Archives mensuelles : novembre 2013

Brzezinski : “La résistance populiste empêche le nouvel ordre mondial’

Brzezinski

Corbis

Un mouvement mondial de résistance au contrôle externe impulsé par « l’activisme populiste » menace de faire « dévier » la transition vers un nouvel ordre mondial, déclare l’ex conseiller de Sécurité Nationale des E.U., Zbigniew Brzezinski.

Le stratège politique étasunien signale que « l’augmentation de l’activisme populiste dans le monde se montre préjudiciable à la domination externe comme celle qui prévalait à l’époque du colonialisme et de l’impérialisme »

Brzezinski arrive à la conclusion que « la résistance populiste persistante et hautement motivée de la part de peuples politiquement réveillés et affectés de ressentiment historique[i] contre le contrôle externe se montre chaque fois plus difficile à supprimer »

Quoique le politicien ait présenté ses observations d’un ton neutre, le contexte dans lequel il les a prononcées joint à ses déclarations antérieures démontre qu’il ne s’agit pas d’une acclamation de cette « résistance populiste” mais d’une lamentation et d’un avertissement aux élites concernant l’impact qu’elle a sur le dit “contrôle externe »

Ici même, l’ex conseiller de Sécurité nationale disqualifie l’idée que le 21ème siècle est le siècle des E.U. « d’espoir[ii] partagé » et affirme que la domination étasunienne n’est déjà plus possible à cause d’un changement social accéléré provoqué par les « communications de masses comme la radio, la télévision et Internet », qui ont stimulé de manière cumulative « un réveil universel de la conscience politique de masse »

Brezinski a fait ses déclaration dans le cadre du Forum Européen pour les Nouvelles Idées (Euopean Forum For New Ideas, EFNI),une organisation qui plaide pour la transformation de l’Union Européenne en un super-état fédéral, autrement dit « du même type de contrôle externe bureaucratique » mentionné par Brzezinski dans son discours. Dans ce contexte, selon le politicien, « la résistance populiste » pourrait être un grand obstacle pour l’imposition d’un nouvel ordre mondial.
Traduction Anne Wolff

Source originale en espagnol :
http://actualidad.rt.com/actualidad/view/111579-brzezinski-resistencia-populista-orden-mundial

[i] Pour ceux qui l’ignore, la notion de « ressentiment social », une sorte de maladie qui affecte les âmes dévoyées du bas peuple. C’est la version ultra-droitière du concept de « lutte de classe », expliquant mécontentement populaire et la cause de la résistance des peuples, comme s’il s’agissait de quelque vilain trait de caractère particulier aux « basses classes » qui les poussent à en vouloir toujours plus. La jalousie, l’insatisfaction et le ressentiment sont parmi les composantes de ce concept.

[ii] Ilusión : désigne aussi bien un enthousiasme au sens de foi (qui déplace les montagne) et illusion au sens de mirage, de faux espoir

Commentaire de lecture

Ce n’est pas la première fois que je publie des déclarations de Brzezinski (je passe sur les qualificatifs applicables à ce « monsieur », il n’y a pas de mot pour décrire ce niveau de perversité, sinon peut-être dans les lexiques des psychiatres). Et pourtant ce grand malade jouit d’un pouvoir démesuré dont personne en toute bonne logique, tant de souveraineté populaire que de démocratie bourgeoise ne devrait disposer sur cette planète.

Nous sommes de plus en plus nombreux à penser que le Nouvel Ordre Mondial en question ici, n’a jamais été envisagé comme une hégémonie étasunienne, mais bien comme une gouvernance mondiale des Corporations Marchandes Apatrides.

Pour que cette gouvernance puisse s’installer, la faillite tant politique que financière des Etats, Etats-Unis compris est un préalable nécessaire. Malade oui, mais pas stupide (malheureusement). Brzezinsky est un fin stratège, il fut aussi le mentor d’Obama (son fabricant pourrait-on dire), on peut donc se poser légitimement la question… la chute d’Obama, une conséquence de la sénilité de Brzezinsky, ou une étape nécessaire du démantèlement des Etats-Unis ?

Ce texte peut-être pris comme une sorte de communiqué d’un état de guerre. Nous les gênons. Nous connaissons leurs pratiques de longue date, ceux qui les gênent doivent être neutralisés ou éliminé par n’importe quel moyen de la corruption à l’assassinat. Donc nous sommes prévenus.

Nous les gênons ? Très bien. Mais largement insuffisant, la question devient comment poursuivre en si bon chemin pour les mettre hors d’état de nuire avant qu’ils ne nous aient mis hors d’état d’agir ? Cette question est marquée par l’état d’urgence !

 

Autres citations du même pour compléter les précédentes :

“[…] la société sera dominée par une élite de personnes libres de valeurs traditionnelles qui n’hésiteront pas à réaliser leurs objectifs aux moyens de techniques épurées avec lesquelles ils influenceront le comportement du peuple et contrôleront la société dans tous les détails, jusqu’au point où il sera possible d’exercer une surveillance quasi permanente sur chacun des habitants de la planète ».

A un autre moment, il dit ;

«[…] cette élite cherchera tous les moyens pour parvenir à ses fins politiques, comme de nouvelles techniques pour influencer le comportement des masses, ainsi que pour obtenir le contrôle et la soumission de la société »

 Brzezensky in Les 4 lieutenants des Rockefeller

Anne Wolf, Les états d’Anne 

Publicités

Les fantômes des armoires

_

Je les regardais depuis des mois, ces armoires. Elles me faisaient souffrir… Car il fallait les nettoyer. Les vider de leur contenu et passer au torchon mouillé chaque menue pièce,  chaque tasse, chaque cuillère. Je ne pensais pas souffrir autant en regardant des armoires. En fait, la vraie souffrance était de regarder les armoires et de penser que j’allais souffrir en les lavant.

J’ai pris trois jours à me faire à l’idée : lundi, les armoires.

Quand j’ai ouvert le premier panneau, j’étais déjà mort : ce qu’on ramasse et ce qu’on garde est le poids écrase. Il y avait une telle multitude de petits objets, qu’en en faisant la somme, ils auraient pu écrabouiller une  auto. De là sans doute vient l’expression : Ça m’écrase. On est juste écrasés par le poids de ses pensées…

J’ai pris mon courage d’une main et mon torchon de l’autre.

Tranquillement, à petit pas de paresseux, j’ai vidée la première. Puis j’ai lavé le fond comme un chat fait sa toilette.

C’est en frottant chaque petit, voire infime objet que le calme s’est installé. L’esprit est un grenier qui nourrit trop de fantômes. En plus, il les crée. On ne souffre que d’être hantés.

Plus j’avançais, plus les gestes se mutaient en un dynamisme qui se renouvelait. La tristesse des pensées empoisonnées s’est transformée lentement en la joie de l’artisan. Quand on fait le tour des objets avec un linge mouillé, on le regarde, on le retourne, on y réfléchit. La pensée infernale, passe par une sorte d’église… Les pensées nous construisent.

Et tout dépend comment on travaille sa petite demeure. Car peu importe où l’on est, on est toujours dans la demeure de soi. De sorte qu’il n’existe qu’un seul château, qu’une seule richesse : celle qu’on construit. Et plus la douceur et l’amour de faire est grand – même dans l’apparente insignifiance d’une armoire à nettoyer – plus la demeure du corps est agréable.

J’y ai passé des heures. J’ai jeté des minuscules objets rouillés. Rouillées comme des idées reçues. Rien de pire que les idées reçues : ils encombrent les âmes comme tous ces «oubliés», jamais remis en question dans les tiroirs. On les garde par peur de manquer de quelque chose. On les garde par conviction que les posséder nous déleste de la peur.

Au bout de deux heures, j’étais dans une sorte de monastère. J’égrenais mes objets comme des petits grains roses et douillets.

On trouve des trésors dans l’ablution d’infimes bibelots  : j’ai sorti du tiroir un petit éléphant sculpté aux Indes. Souvenir qui avait été donné à ma mère par une amie lors d’un voyage.

J’ai souri.

Je l’ai frotté, retourné, examiné. Ce n’était pas la beauté de l’objet qui me fascinait. Non, c’était tout simplement le souvenir de ma mère qui collectionnait les minuscules éléphants pour la chance qu’ils sont supposés représenter. C’était d’ailleurs le plus petit bibelot de l’appartement de ma mère… Pourtant, c’était lui que je regardais toujours quand, assis sur les causeuses, nous parlions de la vie. Je me demande si à travers le temps la petite sculpture ne savait pas qu’un jour je la découvrirais et qu’elle allait me permettre de découvrir un peu un sens et une beauté ajoutée à cette vie. Que savons- nous du rapport entre les objets et nous? Le bois et la pierre sont peut-être des pièces emmagasinant les souvenirs dans une éternité figée. Alors que nous, nous allons tout frileux dans les petits pas du temps.

J’ai terminé le débarbouillage des armoires hier. Chaque objet a été une histoire, un conte.

J’en suis sorti comme si j’avais lu en lavant.

Puis je me suis reculé, les ai regardé, fier. Fier de mon travail, fier de mon voyage, fier de constater qu’il n’y a rien à nettoyer dans les armoires.

Le grand lavage, c’est celui de l’esprit   toujours trop petit pour affronter les faux fantômes des armoires.

La peur est un éléphant qui nous écrase tous.

Gaëtan Pelletier

23 avril 09

Image

Rire à perdre ses yeux!

tumblr_lsiehb0ceM1qeogk0o1_500

Image

Visiter sa première demeure

tumblr_mp83epO2ym1spn6xyo1_1280

Huile de palme : cartes sur table avec les marques

Par Greenpeace

Il ne reste plus que 400 tigres de Sumatra dans les forêts indonésiennes. Et ils sont en sursis. Leur habitat est grignoté, jour après jour, par d’immenses plantations de palmiers à huile. D’après les cartes officielles du ministère indonésien des Forêts, l’Indonésie a perdu au moins 1 240 000 hectares de forêts entre 2009 et 2011, soit 620 000 hectares par an. L’expansion des plantations de palmier à huile est le principal moteur de cette déforestation.

Les grandes marques ont des responsabilités envers nous en tant que consommateurs. Greenpeace a analysé les politiques d’approvisionnement de 8 grandes firmes multinationales, qui sont toute clientes de la firme Wilmar International, premier négociant en huile de palme du monde et contributeur notoire à la destruction des forêts indonésiennes. La plupart de ces entreprises se retranchent encore derrière le label de durabilité RSPO, qui est pourtant insuffisant à garantir des achats d’huile responsable. D’autres ont enfin pris la mesure de l’enjeu lié à la présence d’huile de palme dans leur produits, tels Nestlé et tout récemment Ferrero ou encore Unilever !Voir la totalité des réponses des marques sur le site du “Tiger Challenge

12 entreprises françaises contactées

Enseignes de la grande distribution, industriels de l’agroalimentaire ou des cosmétiques, membres de la Roundtable for Sustainable Palm Oil (RSPO, Table ronde pour une huile de palme durable) ou importantes utilisatrices d’huile de palme, Greenpeace les a contactées. Dans la grande distribution française, les mauvais élèves sontSystème U et Casino, qui n’ont aujourd’hui communiqué aucune information à Greenpeace. Le cas de Casino est tout particulièrement ironique. Côté pile, cette enseigne s’est saisie de longue date de la controverse sur l’huile de palme, en lançant une campagne de communication sur la substitution d’huile de palme dans des produits alimentaires. Pur opportunisme marketing ? Car côté face, Casino ne donne aucun signe montrant qu’elle prend sérieusement en compte le problème de sa contribution à la déforestation dans ses produits non alimentaires.

Aux actes !

Carrefour, Auchan, Intermarché et Leclerc ont déclaré avoir contacté certains de leurs fournisseurs pour qu’ils garantissent à terme une huile de palme “zéro déforestation”. Mais si cette demande n’est pas assortie d’une échéance et de sanctions éventuelles (et notamment des sanctions économiques, voire une suspension de contrat), on peut s’interroger sur la sincérité de leur résolution.

Carrefour en particulier est très investi au sein de la RSPO. La crédibilité des engagements du distributeur dans ce dossier est donc étroitement liée à celle de la table ronde… sérieusement écornée ces derniers temps. Près de dix ans après sa création, le bilan de la RSPO est en demi-teinte. Alors que l’organisation aurait dû contribuer à briser le cercle vicieux entre fabrication d’huile de palme et déforestation, les résultats ne sont pas là… (lire notre billet : Huile de palme : vous avez dit “durable” ?)

Carrefour vient toutefois de reconnaître la nécessité d’aller au-delà du “socle RSPO” pour “préserver tourbières et forêts naturelles”. Il lui faut maintenant joindre les actes à la parole, rendre public un engagement zéro déforestation et établir un plan d’action avec ses fournisseurs. Côté entreprises consommatrices d’huile de palme,L’Oréal a entamé un dialogue avec ses fournisseurs en leur indiquant sa volonté de ne plus travailler, à terme, qu’avec des fournisseurs garantissant une huile de palme zéro déforestation. C’est un signal significatif donné au secteur par le leader mondial des cosmétiques, mais là encore L’Oréal doit assumer jusqu’au bout cette démarche,s’engager publiquement auprès du public à ne plus contribuer à la déforestation tropicales par ses achats d’huile de palme, et établir un plan d’action à échéance rapide pour y parvenir. L’Oréal doit en particulier signifier clairement à Wilmar International, dont Greenpeace vient de dénoncer les pratiques conduisant à la déforestation tropicales (voir en anglais, le rapport Permis de tuer), qu’il perdra des clients importants si Wilmar ne s’engage pas vers le “zéro déforestation”.

Danone s’est engagé à 100 % d’huile certifiée RSPO et physiquement tracée d’ici 2015, mais cela ne constitue qu’une première étape vers la responsabilité environnementale. Danone doit impérativement s’engager à aller au-delà des critères RSPO, largement insuffisants ! Car les déboisements et incendies catastrophiques qui affectent l’Indonésie continuent d’impliquer des plantations certifiées “durables et donc, de fait, des membres de la RSPO… CommeDanoneLa palme de l’hypocrisie revient à Bongrain (St Morêt, Elle et Vire, etc.), Lactalis (Président, Nesquik, La Laitière parmi beaucoup d’autres) et Pasquier(brioches), qui sont des groupes membres de la RSPO et fiers de l’être… Mais qui n’ont pas daigné répondre au questionnaire !

Nous estimons, comme de plus en plus de citoyens, qu’il est légitime de savoir si les produits que nous utilisons au quotidien sont liés à la disparition des forêts et des tigres. Des mesures doivent être prises de toute urgence pour arrêter la destruction des forêts liée à l’huile de palme, produite pour fabriquer les produits que nous consommons. Des alternatives existent : il est possible de cultiver des palmiers à huile sans détruire l’environnement.

Si les grandes marques veulent cesser de faire partie du problème, elles doivent appliquer des normes plus strictes que celles de la RSPO, faire le ménage dans leurs chaînes de production et choisir des fournisseurs qui respectent l’environnement.

forets.greenpeace.fr

VIA

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article24582

Pont Champlain: Montréal se pratique pour les bouchons de circulation

tumblr_mwfp7sakHT1soeph9o1_1280

 

Pour ceux qui parlent d’économie d’essence, combien en coûte-t-il pour des milliers de voitures qui passent deux heures à traverser un pont?

En écoutant la radio…. Au chaud…

 

Un accident à la sortie du pont Champlain,... (PHOTO: RÉMI LEMÉE, ARCHIVES LA PRESSE)

 

 

Matt Damon: Vrai ou faux?

Les terres de l’Argentine en vente libre

Les terres de l’Argentine en vente libreL ‘Argentine est aux enchères : c’est le cri d’alarme lancé à Buenos Aires par des économistes et des écologistes, mais aussi par l’Eglise catholique. Le plus grand propriétaire terrien de l’Argentine est un groupe familial italien et multinational de la mode : les frères Benetton ont débarqué en Patagonie dans les années 1990. Ils possèdent 900 000 hectares et sont devenus les plus grands éleveurs de moutons et producteurs de laine de l’Argentine. Ils se consacrent également à la reforestation, avec une grande variété d’arbres dont le bois est utilisé pour la fabrication de meubles.
Christine Legrand

L ‘Argentine est aux enchères : c’est le cri d’alarme lancé à Buenos Aires par des économistes et des écologistes, mais aussi par l’Eglise catholique. Le plus grand propriétaire terrien de l’Argentine est un groupe familial italien et multinational de la mode : les frères Benetton ont débarqué en Patagonie dans les années 1990. Ils possèdent 900 000 hectares et sont devenus les plus grands éleveurs de moutons et producteurs de laine de l’Argentine. Ils se consacrent également à la reforestation, avec une grande variété d’arbres dont le bois est utilisé pour la fabrication de meubles.

L’Eglise a publié, en septembre 2006, un document intitulé « Une terre pour tous », dans lequel elle critique la concentration de la propriété de la terre et la vente massive à des étrangers de terres productives et de ressources naturelles. L’Eglise réclame une politique fédérale pour résoudre un problème qui affecte les communautés indigènes et les petits paysans chassés de leurs terres.

Depuis quinze ans, les étrangers sont de plus en plus nombreux à acheter de vastes étendues de terres, déplaçant les traditionnelles familles de l’oligarchie argentine. « Nous avons de la terre en trop », affirmait dans les années 1990 l’ancien président Carlos Menem, invitant corporations étrangères et particuliers à investir. Depuis 2002, la dévaluation du peso, autrefois arrimé au dollar, a entraîné un change favorable (1 euro vaut 4 pesos) accélérant le processus de vente effrénée et sans contrôle.

« Dans les provinces de Santiago del Estero et du Chaco (nord), l’hectare vaut le prix d’un hamburger », dénoncent les journalistes Andres Klipphan et Daniel Enz, auteurs de Tierras S.A., une enquête menée pendant trois ans à travers l’Argentine. Ils soulignent qu’il y a « trente projets pour réguler ces ventes, au Parlement ou au niveau des provinces, mais ils restent tous dans des tiroirs ».

Quelque 300 000 kilomètres carrés (10 % du territoire argentin) sont entre les mains d’étrangers, selon la Fédération agraire argentine. Ce chiffre peut paraître minime par rapport à la superficie de l’Argentine (2 780 000 kilomètres carrés), mais équivaut à plus de la moitié de la France. « On peut acheter ce que l’on veut dans n’importe quel endroit, si on a le capital suffisant, même dans les parcs nationaux », assure Gonzalo Sanchez, auteur de La Patagonia vendida (La Patagonie vendue), qui s’est entretenu avec la plupart des étrangers qui ont acheté des terres dans le Sud.

La Patagonie est en effet une des régions les plus convoitées. A peine 5 % des 37 millions d’Argentins vivent en Patagonie, qui représente néanmoins le tiers du territoire national et détient ses principales richesses : énergie hydroélectrique, 80 % du pétrole et du gaz naturel et une des grandes réserves d’eau douce de la planète. Ce légendaire bout du monde est devenu le paradis de milliardaires étrangers qui, selon les auteurs de Tierras S.A., « ont bénéficié d’attitudes flexibles de différents gouvernements nationaux et provinciaux, pour pouvoir acquérir des millions d’hectares et de ressources naturelles non renouvelables, sans restrictions, et à des prix modiques ».

Outre les Benetton, d’autres milliardaires étrangers ont acheté des terres en Patagonie pour leur plaisir personnel. Ancien homme d’affaires converti à l’écologie, l’Américain Douglas Tompkins, qui a fait fortune avec les vêtements sportifs North Face et Esprit, possède quelque 4 500 kilomètres carrés dont 20 % sont consacrés à la production et le reste fait partie d’un projet de conservation de la nature. Il est également propriétaire de 179 000 hectares dans la province de Corrientes et de 300 000 hectares dans le sud du Chili, soit l’équivalent du parc national Yosemite en Californie. Certains l’accusent de vouloir s’approprier l’une des plus grandes réserves d’eau douce du monde. Le philanthrope répond qu’il veut juste protéger l’environnement et qu’il a cédé à l’Etat de grandes extensions de terres, à condition qu’elles soient classées réserves naturelles.

Vice-président de AOL Time Warner et fondateur de la chaîne CNN, Ted Turner possède 45 000 hectares dans la région, où il aime pêcher la truite. Joseph Lewis, un des hommes les plus riches de Grande-Bretagne, passe l’été austral sur ses 14 000 hectares, qui encerclent le lac Escondido. Le Belge Huber Grosse a acheté 11 000 hectares dans la province de Rio Negro, où les riches touristes viennent jouer au polo et au golf.

« La Patagonie me rappelle le Texas des années 1950 », affirme Ward Lay, magnat de la pomme de terre frite et ami de George Bush, qui s’est acheté des milliers d’hectares en Patagonie et des vignobles à Mendoza (ouest). Tombé amoureux du Sud argentin et d’une Argentine, le chanteur Florent Pagny vit une partie de l’année entre ses deux estancias de la province de Chubut.

Ces nouveaux propriétaires terriens ont régulièrement des démêlés avec les communautés indigènes – les Mapuches – qui les accusent de s’être appropriés la terre de leurs ancêtres. Les habitants de la Patagonie se plaignent également de ne plus avoir un libre accès à certains lacs ou sentiers de montagnes qui se trouvent dans les propriétés privées.

D’autres provinces sont convoitées. Les acteurs Robert Duvall, Richard Gere et Matt Damon sont propriétaires de plusieurs estancias dans les provinces de Tucuman, Salta ou Jujuy (nord). De grands groupes viticoles français, espagnols et italiens se sont installés dans la province de Mendoza, aux pieds de la cordillère des Andes, qui offre des terres et un climat exceptionnels pour la culture du vin. L’hectare y vaut dix fois moins cher qu’en Californie. De grands groupes miniers, en majorité canadiens, exploitent les mines d’or et d’argent des provinces de San Juan, La Rioja et Santa Cruz. Parmi les investisseurs : Bill Gates, l’homme le plus riche de la planète.

La ruée sur la terre n’est pas exclusive des étrangers. De nouveaux riches argentins, vedettes du spectacle et du sport, mais aussi hommes politiques, constituent à leur tour une nouvelle bourgeoisie terrienne. Le joueur de basket, étoile des Spurs, Emanuel Ginobili, a investi plus de 2 millions de dollars dans des projets touristiques de grand luxe sur les côtes de Rio Negro et sur les rives du lac Correntoso, en Patagonie. Le footballeur Gabriel Batistuta, ancien buteur de la Fiorentina, est devenu un des grands propriétaires terriens de la fertile province de Santa Fe.

Selon une enquête publiée par le quotidien Clarín, neuf Argentins sur dix s’inquiètent de voir les ressources naturelles du pays entre les mains d’étrangers. Six sur dix estiment que cela porte atteinte à la souveraineté nationale.

Source