Archives quotidiennes : 6-novembre-2013

La vie et Facebook

🙂

Merci à Dominic! De Facebook…

Nov. 2013

Les deux « Rose »

Source de l’image

Une étudiante de 87 ans appelée Rose !
Le premier jour de la rentrée , notre professeur s’est présenté et nous a proposé de faire la connaissance d’une personne qu’on ne connaissait pas auparavant ! Je me suis levé ,en regardant autour de moi , lorsqu’une main chaleureuse se posa sur mon épaule. Je me retournai pour retrouve un visage ridé sur lequel était tracé un sourire des plus merveilleux , un sourire qui illuminait tout son être.
Elle me dit « Salut beau gosse , mon nom est ROSE , j’ai 87 ans , est ce que je peux t’enlacer ? »
Je rigolais et répondais avec enthousiasme « Bien sûr ! vous pouvez ! » après quoi elle me serrait avec affection.
« Pourquoi êtes vous à l’université à un âge aussi jeune et innocent » m’amusais-je à lui demander.
Elle me répondit avec humour , « Je suis ici pour rencontrer un mari riche , me marier et faire deux enfants ».
«Non sérieusement » demandais-je ? Je me sentais tellement intrigué de savoir ce qui pourrait la motiver à relever un tel challenge à cet âge
« J’ai toujours rêvé de suivre un cursus universitaire et maintenant j’ai cette occasion” répondait-elle
Après le cours , nous sommes partis à la buvette de l’université partager un milk-shake au chocolat.Le courant est si bien passé qu’on se liait d’amitié presque instantanément. Chaque jour pendant les 3 mois qui suivaient , nous quittions la classe ensemble , inséparables , et parlions incessamment.
Les histoires qu’elle me racontait avaient un effet hypnotisant sur moi, elle me confiait ses experiences , la sagesse qu’elle avait acquise de son vécu et nombres d’anecdotes sur la vie.
Au fur et à mesure que le temps passait , Rose devenait une icône de notre campus et se faisait des amis en tout temps et en tout lieu , elle était fascinante !
Elle adorait se mettre sur son trente et un ! toujours élégante et tirée à quatre épingles , on lui accordait beaucoup d’attention et un intérêt particulier parmi les étudiants ! et franchement , elle se montrait à la hauteur ! Vers la fin du premier semestre , les étudiants invitèrent Rose à prendre la parole en public lors de l’événement de fin d’année scolaire , je n’oublierai jamais ce qu’elle nous a apprit! Elle fut donc présentée par l’animateur qui lui céda le microphone , alors qu’elle commençait à peine à s’adresser à l’audience , elle fit tomber les feuilles ou elle avait copié son speech par terre.
Embarrassée et mal à l’aise , elle s’approchait du microphone pour reprendre de la façon la plus simple qui soit «Je m’excuse , je suis vraiment tendue. J’ai arrêté la bière depuis le carême, et ce Whiskey me tue ! Je ne pourrai vraiment pas reprendre mon speech en ordre , donc laissez- moi juste vous dire ce que je sais ! »

Alors qu’on se désopilait de rire , elle reprit « On n’arrête pas de jouer parce qu’on vieillit , on vieillit parce qu’on arrête de jouer !
Il n’y a que deux secrets pour préserver sa jeunesse, être heureux et atteindre ses objectifs :
1) Vous devez rigoler et trouver de l’humour chaque jour !
2) Vous devez avoir un rêve
Vous arrêtez de rêver , vous mourez ! c’est simple !
Plusieurs personnes qui traînent un peu partout sont déjà mortes mais ne le savent même pas !!!!! Il existe une énorme différence entre Vieillir et Grandir !

Si vous avez 19 ans et que vous passez la plupart de votre temps sur facebook , à glander ou à dormir , sans faire rien de productif , vous passerez à 20 ans !!! Si je suis à 87 ans et que je passe mes journées au lit pendant un an à ne rien faire je vais passer à 88 ans !

Tout le monde peut vieillir ! Ca ne demande aucun talent ni aucune habilité particulière. Ce que je veux dire c’est qu’il faut Grandir en cherchant toujours une opportunité de créer la différence et de progresser ! Atteindre ses objectifs ! Vivre pleinement et toujours s’accrocher à ses rêves ! N’ayez aucun regret !

N’oubliez pas que les seules personnes qui ont peur de la mort sont celles qui ont des regrets ! »

Elle mit un terme à son discours en chantant courageusement la chanson “The Rose”.

Elle invita chacun de nous à en apprendre les paroles et à les vivre dans nos vraies vies !

Vers la fin de l’année scolaire Rose obtint le diplôme pour lequel elle a commencé à lutter trois ans plus tôt. Une semaine après , elle s’envola pour l’au-delà alors qu’elle dormait paisiblement.

Environ 2000 étudiants se sont présentés à ses funérailles en hommage à la grande femme qui donna aux étudiants une leçon de vie en leur apprenant qu’il n’était jamais trop tard pour réaliser ses rêves. Lorsque vous finirez de lire cet article , s’il vous plaît partagez ce texte marquant avec vos amis , famille et proches , ils adoreront tous !!!

Ces mots ont été transmis chaleureusement de personne en personne à la mémoire de cette femme d’exception !

N’oubliez pas ! Vieillir est obligatoire. Grandir est optionnel
Nous survivons grâce à ce que l’on gagne . Mais on vit avec ce que l’on donne !

GP

Novembre 2013

Au revoir là-haut, par Pierre Lemaitre

20 AOÛT 2013 |  PAR BERNARD GENSANE

Je ne suis pas sûr que Pierre Lemaitre connaisse cet extrait d’Un Peu d’air frais, publié par George Orwell en 1939 :

 

« À la guerre, il arrive aux gens des choses extraordinaires. Et ce qu’il y a de plus extraordinaire que la façon dont on y trouve la mort, c’est la façon dont celle-ci vous épargne parfois. On aurait dit un flot impétueux vous emportant vers votre dernière heure et vous abandonnant soudain dans un bras mort, occupé à des tâches invraisemblables et futiles, avec une solde améliorée. Il y avait des bataillons de travailleurs traçant dans le désert des routes ne menant nulle part, des types oubliés dans des îles au milieu de l’océan, avec pour mission de repérer des croiseurs allemands coulés déjà depuis des années, des ministères de ci et de ça employant des armées de scribes et de dactylos qui subsistaient longtemps après avoir perdu leur raison d’être, par simple force d’inertie. On fourrait des gens dans des emplois sans objet, et ensuite ils y étaient perdus de vue jusqu’à perpète. »

 

Le narrateur de ce roman publié juste avant la Seconde Guerre mondiale nous dit que la guerre et, mieux encore, l’après guerre, c’est la mort de la démocratie (entre autre parce que la surabondance de bureaucratie laisse libre court à la bêtise et l’arbitraire), la lutte des classes exacerbée au profit des puissants et le bordel – pas vraiment joyeux – organisé.

 

L’histoire de ce roman, où Lemaitre se renouvelle complètement, est à la fois extravagante et fortement réaliste : Édouard, un fils de la grande bourgeoisie, artiste, homosexuel, a sauvé Albert, modeste comptable, d’une mort atroce au prix de sa défiguration par un éclat d’obus. Le lieutenant Pradelle, arriviste méprisant, va tenter de briser les deux hommes avant de se lancer après la victoire dans une arnaque ignoble consistant à vendre aux collectivités des cercueils remplis de terre et de cailloux, de morceaux de cadavres français, voire de soldats allemands. Les deux héros vont, quant à eux, monter une entourloupe plus géniale encore que celle de l’officier en profitant du climat du moment où le culte des Poilus est, en surface en tout cas, la nouvelle religion, pendant que les marchands du temple prospèrent comme jamais. Il s’agira de lancer une souscription nationale auprès des municipalités pour l’achat de monuments aux morts qui n’existeront que sur le papier. La première arnaque m’a remémoré une escroquerie similaire qui fit la fortune d’un industriel français dans les années cinquante, pendant et après la guerre d’Indochine. La seconde est le fruit de l’imagination de l’auteur, alors qu’elle semble au moins aussi authentique que la première.

 

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Je me demande si un roman a jamais aussi bien filé la métaphore de la chair à canons et celle de la lutte des classes autour de la guerre. Comme Orwell (qui combattit en Espagne), Lemaitre nous rappelle que les champs de bataille sont le lieu de la pestilence, d’une géhenne “ boschienne ” (« à la première accalmie, des rats gros comme des lièvres cavalent avec sauvagerie d’un  cadavre à l’autre pour disputer aux mouches les restes que les vers ont déjà entamés »), de la machine aveugle qui détruit le libre arbitre et qui broie (pour le soldat de base, l’ennemi c’est l’officier et non le bougre d’en face ; entre eux, une ligne de démarcation qui n’est pas que de verre). Dans cette lutte de classe poussée à l’extrême, l’individu cesse de résister car il sait, pour ne citer que cet exemple bien connu, que le refus de porter un pantalon rouge taché de sang peut l’amener devant un peloton d’exécution. S’il en allait autrement, les guerres ne dureraient pas trois semaines. Pendant les combats, les soldats sont durement manipulés : on leur demanderait d’aller se battre sur la lune, ils iraient. La résignation peut déboucher sur la déraison :

 

« [Les soldats] en ont subi tant et tant que voir cette guerre se terminer comme ça [par un armistice], avec autant de copains morts et autant d’ennemis vivants, on a presque envie d’un massacre, d’en finir une fois pour toutes. On saignerait n’importe qui. »

 

Après les combats, la machine guerrière est tellement lourde qu’elle ne peut s’arrêter, comme un Titanic sur son erre. Les Poilus ne servent plus à rien, mais on ne parvient pas à les démobiliser comme il convient, c’est-à-dire en leur donnant un métier autre que celui d’homme-sandwich et en réinsérant dans la société les blessés, les handicapés, les cassés de manière honorable.

 

Toujours près de ses personnages qui ont leur chance parce qu’il ne les juge pas, Pierre Lemaitre tient son lecteur en haleine pendant plus de 500 pages grâce à des intrigues aux rebondissements dont il a le secret et à des trouvailles stylistiques éblouissantes. Je ne déflorerai pas l’utilisation « daliesque » que l’auteur fait d’une tête de cheval mort car elle est consubstantielle au fil rouge du récit. J’ai quand même plaisir à citer la rencontre d’Albert avec la créature :

 

« Il agrippe la tête de cheval, parvient à saisir les grasses babines dont la chair se dérobe sous ses doigts, il attrape les grandes dents jaunes et, dans un effort surhumain, écarte la bouche qui exhale un souffle putride qu’Albert respire à pleins poumons. Il gagne ainsi quelques secondes de survie, son estomac se révulse, il vomit, son corps tout entier est de nouveau secoué de tremblements, mais tente de se retourner sur lui-même à la recherche d’une once d’oxygène, c’est sans espoir. »

 

Et j’invite à lire et relire les descriptions des combats, en d’autres termes la manière dont le Moloch pulvérise les combattants. Sous le feu d’enfer, Albert va, pense-t-il, mourir dans un trou d’obus. Voyez ceci :

 

« Et là, à la place du ciel, à une dizaine de mètres au-dessus de lui, il voit se dérouler presque au ralenti, une immense vague de terre brune dont la crête mouvante et sinueuse ploie lentement dans sa direction et s’apprête à descendre vers lui pour l’enlacer. Une pluie claire, presque paresseuse, de cailloux, de mottes de terre, de débris de toutes sortes annonce son arrivée imminente. » Une pluie claire et paresseuse : il fallait l’oser !

 

Lemaitre a désormais, non pas une, mais des manières de raconter, légèrement différentes, pour chacun de ses textes, et à l’intérieur d’un même texte. Tout coule comme de l’eau de source. Il y a chez lui une volonté d’imaginer très forte, un imaginaire puissant (ce qui n’est pas la même chose), le courage, le dessein de surprendre (avec ce qu’il faut de fantaisie, de dinguerie), et un très grand besoin d’écriture au sens durassien du terme. Au pire moment du récit, Lemaitre nous impose son humour machiavélique. Que donne-t-il après la « pluie claire » ? Un petit conseil technique :

 

« Albert se recroqueville et bloque sa respiration. Ce n’est pas du tout ce qu’il faudrait faire, au contraire, il faut se mettre en extension, tous les morts ensevelis vous le diront. » Se mettre en extension quand on va mourir au fond d’un trou d’obus ! Et puis quoi encore ? La remarque parfaitement idiote selon laquelle le petit comptable, au moment où des tonnes de terre, de cailloux, de ferraille vont l’asphyxier, ressemble, en temps normal – il y a beaucoup de peintres et de tableaux célèbres dans ce récit, à un Tintoret. Magnifique enchevêtrement du tragique et du comique. Sublime mais dérisoire irruption de la culture dans l’horreur séculière. On retrouvera cet embrouillamini au niveau de la nation. L’auteur nous explique par le menu ce qui se passe quand les militaires sont au pouvoir, comme pendant la période de démobilisation. Le chaos est « indescriptible ». Les morts sont enterrés, déterrés, réinhumés dans une puanteur qui n’importune guère les narines des dirigeants. Les gares sont pleines des cercueils qu’on est parvenu à extirper du front. Sous l’apparat, le sacré de l’honneur à rendre à ceux qui sont tombés, il y a la grande bouillie des cadavres anonymes de Poilus entombés n’importe comment : on brisera des nuques, on coupera des pieds, on cassera des chevilles pour faire entrer ces déchets humains dans des cercueils d’un mètre trente de long. Au passage, on raflera quelques montres, quelques tabatières, quelques alliances. Pour les capitalistes effrénés, les cadavres en putréfaction sont une marchandise. Cela n’adviendra que parce que le monde des affaires aura pris le pas sur les élus et l’administration. À la pestilence des champs de bataille succédera la puanteur de la vie politique et économique. Comme les soldats au Chemin des Dames, les citoyens qui sombreront seront ensevelis par les margoulins.

 

Lemaitre excelle dans l’ironie. Qu’un artiste, défiguré par un énorme trou béant en plein milieu du visage, un trou où l’on passe le poing sans peine, dessine des enfants de profil, il fallait le tenter ! Il faut suivre les méandres de l’instance narrative de l’auteur :

 

« Certes, la guerre avait été meurtrière au-delà de l’imaginable, mais si on regardait le bon côté des choses, elle avait permis aussi de grandes avancées en matière de chirurgies maxillofaciale. »

 

Ou mieux encore lorsqu’il y a une rupture de temps qui fait qu’on ne sait plus très bien qui parle :

 

« Ajoutez à cela qu’il était assez beau. Il fallait aimer les beautés sans imagination, bien sûr, mais tout de même, les femmes le désiraient, les hommes le jalousaient, ce sont des signes qui ne trompent pas. »

 

Le narrateur chez Lemaitre n’est jamais totalement objectif. Il joue avec les personnages sans se jouer d’eux, il les investit par différents côtés, mais pas globalement. Lemaitre, qui est pourtant fin psychologue, nous livre juste ce qu’il faut de la psychologie de ses créations. L’important pour lui est ailleurs. D’abord, dans la verticalité de ce monde déshumanisé (Au revoir là-haut), qui est la métaphore centrale, parce que politique, du livre :

 

« De se retrouver comme ça dans une fosse, même aussi peu profonde, de vraies sueurs d’angoisse le saisissent malgré le froid qui est descendu, parce que, avec lui dans le trou et le capitaine au-dessus campé sur ses jambes, toute l’histoire lui remonte à la gorge, il a l’impression qu’on va le recouvrir, l’ensevelir, il se met à trembler, mais il repense à son camarade, à son Édouard, et il se force à se baisser, à reprendre son ouvrage. »

 

C’est cette verticalité qui permet à l’officier, âme damnée du récit, d’être à la fois ferrailleur et membre du jockey-club, de reconstruire la demeure familiale en trois coups de cuiller à pot, en exploitant, selon une hiérarchie subtile, des travailleurs chinois, sénégalais et français.

 

L’important est en outre pour l’auteur de montrer comment les personnages, y compris l’ancien officier, sont les marionnettes figées d’une histoire qui ne se fait plus. Dans cet objectif, Lemaitre use abondamment du présent et invente un système de ponctuation qui nivelle les actants du récit, les ramène sans arrêt au niveau du sol ou plus bas que terre. Trois exemples entre cent :

 

« Maintenant, le voilà seul dans cette pièce, la porte est refermée, on va prévenir que M. Maillard est ici, son fou rire est calmé, ce silence, cette majesté, ce luxe vous en imposent quand même. »

 

« « Elle est derrière lui, en tablier ou en blouse, et porte un enfant dans ses bras, elle pleure, ils sont jeunes tous les deux, il y a le titre au-dessus du dessein : Départ pour le combat. »

 

« Ils avancent groupés, l’un tient haut son fusil prolongé par une baïonnette, le deuxième, près de lui, le bras tendu, s’apprête à lancer une grenade, le troisième, légèrement en retrait, vient d’être atteint d’une balle ou d’un éclat d’obus, il est cambré, ses genoux cèdent sous lui, il va tomber à la renverse… »

 

Dans tous ses romans, Lemaitre aime désarçonner le lecteur par des rebondissements totalement imprévus. Au revoir là-haut en compte une paire, sidérants. Mais ce que j’affectionne particulièrement dans ces pages censées narrer la petite et la grande histoires, c’est l’utilisation par l’auteur de prolepses qui authentifient un récit qui n’est que pure invention :

 

« Évidemment, voir comme ça Édouard Péricourt allongé dans la gadoue le 2 novembre 1918 avec une jambe en bouillie, on peut se demander si la chance ne vient pas de tourner, et dans le mauvais sens. En fait, non, pas tout à fait, parce qu’il va garder sa jambe. Il boitera le restant de ses jours, mais sur deux jambes. »

 

Au fait, quid de ce titre bizarroïde ? Quelques instants avant d’être fusillé pour traîtrise le 4 décembre 1914, le soldat Jean Blanchard écrivit ces quelques mots à sa femme : « Je te donne rendez-vous au ciel où j’espère que Dieu nous réunira. Au revoir là-haut, ma chère épouse… »

 

Blanchard fut réhabilité le 29 janvier 1921.

 

J’encourage tous les élèves de France à lire ce grand roman. Cela compensera un peu l’asthénie de l’enseignement de l’histoire dans nos classes.

 

 

 

Pour mémoire : j’ai rendu compte de Cadres noirs ici ; d’Alex ici ; et de Sacrifices ici.

 

Les premières critiques dans les grands médias sont plus qu’élogieuses. je sais que le rêve de Lemaitre serait d’obtenir le Goncourt des Lycées. Il le mérite !

 

 

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Paris, Albin Michel 2013.

 

Photo de Pierre Lemaitre : B.G., d.r.

 

 

http://bernard-gensane.over-blog.com 

http://blogs.mediapart.fr/blog/bernard-gensane/200813/au-revoir-la-haut-par-pierre-lemaitre

Le Vatican et l’avenir de la pensée politique mondiale

de Diéguez (Théopolitique) 131102

« On ne peut apprendre la philosophie, on ne peut qu’apprendre à philosopher. »
E Kant

Présentation

Une grande majorité des internautes qui m’écrivent approuvent l’insistance avec laquelle, depuis le mois de juin, j’estime que M. Vladimir Poutine et le pape François se placent au cœur de l’histoire mondiale. Le 30 octobre, Forbes, qui établit chaque année un classement devenu officiel des personnalités dominantes de la planète, accorde le premier rang à M. Vladimir Poutine et, tout de suite, après le trio des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine, à un nouvel arrivant dont l’autorité sur la scène internationale n’est autre que celle du pape François.

L’un des évènements les plus extraordinaires et, il faut bien le dire, les plus incroyables de ce début du IIIe millénaire aura été le retour torrentiel sur le théâtre du globe terrestre d’une Eglise de plus en plus marginalisée dans l’enceinte de tous les Etats démocratiques depuis la loi de 1905, qui a déclenché la laïcisation accélérée d’une civilisation mondiale censée avoir substitué la liberté terrestre à la liberté de la foi selon Saint Paul. Jamais, même sous Dioclétien ou Constantin, la religion fondée sur la divinisation d’un supplice sacrificiel perpétré sur le bois d’une potence n’avait guidé l’empire romain agonisant. Assistons-nous au passage du sceptre de la raison politique des mains des défenseurs d’une religion de la Liberté humaine à celle d’une classe dirigeante un peu plus éclairée sur la barbarie nouvelle de la planisphère qui substitue désormais à la colonisation armée de la mappemonde, un crime inconnu des ancêtres, celui de la strangnulation économique d’un peuple de quatre vingt cinq millions d’habitants : l’Iran héritier des Darius et des Artaxerxès?

Certes, la domination sauvage des puissants sur les faibles et des vainqueurs sur les vaincus faisait l’histoire du monde depuis des milliers d’années ; mais qui aurait seulement imaginé qu’une religion des valeurs morales fondées sur les droits innés du genre humain ne courrait pas à toute allure vers le bonheur universel, parce que les auréoles des idéalités manqueraient de carburant surnaturel?

Dans le texte ci-dessous, j’ai tenté de spectrographier les promesses de l’éthique internationale dont l’Eglise ne tient pas encore les cartes en mains, parce qu’une religion n’apprend pas tout subitement à porter un regard d’anthropologue sur la barbarie du Dieu des théologiens. Mais le pape François est déjà devenu un acteur immense du monde contemporain, parce que l’âme et la raison à la peine sur notre astéroïde ne reposent pas sur une cargaison de dogmes intouchables, mais sur des témoins respirants de l’ « esprit ».

Malraux ne renvoyait en rien à l’Eglise quand il disait : « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas ». Qu’est-ce que le « spirituel » ?

1 – Une nouvelle intelligentsia mondiale
2 – L’Eglise et la raison politique
3 – Le péché de candeur
4 – L’anthropologie scientifique et le mythe de la révélation
5 – L’Eglise et le trépas des utopies
6 – Un cas d’école
7 – La chute d’Achille dans le fantasmagorique
8 – Qu’est-ce que le génie politique?
9 – Les nouveaux lunetiers de la mort

1 – Une nouvelle intelligentsia mondiale

Il est paradoxal d’imaginer que, trois siècles après Voltaire, ce serait au sein de l’Eglise et, plus précisément, à la tête même de la religion catholique que l’avant-garde de l’intelligentsia politique mondiale trouverait les promesses d’une écoute. Bien plus, qui aurait cru que le nouveau Vatican deviendrait l’interlocuteur le plus attentif aux progrès de la connaissance rationnelle du genre humain, parce qu’il rénoverait la méthode historique superficielle qui ridiculise la science officielle de la mémoire du monde depuis un siècle et demi? Ce prodige culturel s’expliquerait pourtant par vingt siècles d’expérience secrète des Etats dont bénéficie le Saint Siège et que nulle autre autorité politique ne saurait égaler: deux millénaires de documentation anthropologique cachée à une Clio puérile ont armé la Curie romaine d’une lucidité et d’un pessimisme à toute épreuve. Les intellectuels laïcs ont à en prendre de la graine, et cela nullement parce que François est devenu une star mondiale aux yeux d’une jeunesse de plus de dix millions de « followers« , mais, tout au contraire, parce queson grand âge illustre l’analyse de Platon dans La République, qui explique qu’il faut attendre deux générations après la défaite militaire d’une nation pour qu’elle retrouve son courage et sa lucidité. La Libération est désormais ressentie comme le déclencheur de l’éjection du Vieux Continent de l’arène de l’histoire. C’est pourquoi la troisième génération des vaincus trouve ses guides intellectuels et politiques chez les septuagénaires et les octogénaires, tandis que les phalanges de la raison nées entre 1950 et 1970 se révèlent endoctrinées par les ressassements stériles d’un désastre.

Jean Paul II, né en 1920 savait encore que la chute du socialisme serait nécessairement suivie de l’échec aggravé du capitalisme mondial. Pas un instant il n’a cédé à l’euphorie qui a embrumé l’encéphale du monde entier à la suite de la chute du mur de Berlin. Mais seule une poignée d’intellectuels nés entre 1920 et 1930 ont compris la portée du jugement de Cicéron: « Exsistit e rege dominus, ex optimatibus factio, e populo turba et confusio » – « La royauté conduit au despotisme, l’oligarchie au règne d’une faction, le peuple à la chienlit« .

En revanche, les hauts dignitaires de l’Eglise savent depuis des siècles qu’à l’opposé des fourmis et des abeilles, les évadés du règne animal sont ingouvernables sur la longue durée et que, de siècle en siècle, la raison politique se trouve alertée et sur pied de guerre non point seulement afin de combattre des décadences en chaîne, mais des naufrages successifs. De plus, l’Eglise sait que l’identité d’un troupeau de bœufs se reconnaît au seul nom de son propriétaire, tandis que l’identité des peuples et des nations ressortit à l’inventaire du patrimoine d’une divinité. Elle sait également que le troupeau choisit son propriétaire céleste, le peint à son image et en dresse le portrait. Aussi Rome expose-t-elle une galerie d’encéphales d’Adam dont l’intelligentsia prospective du IIIe millénaire ne cessera de décrypter les armoiries. Les ultimes secrets des pavanes de l’histoire et de la politique sous le soleil se trouveront progressivement décodés à l’école des déchiffreurs à venir de la succession des pavois théologiques auxquels notre espèce s’est livrée. Ce sera à l’école du réalisme politique le plus sûr, celui dont les archives de la foi conservent le trésor, que l’anthropologie iconoclaste s’initiera à la lecture des documents secrets en possession de l’interlocuteur le plus lucide du genre humain.

2 – L’Eglise et la raison politique

Prenons un seul exemple du quasi monopole de la lucidité anthropologique dont témoigne une papauté paradoxalement demeurée juvénile face aux défaussements narcissiques que les piétés collectives présentent sur le théâtre du monde. Il est évident qu’Israël est un quinquagénaire déphasé et qu’il a grand besoin de faire preuve de constance dans l’étalage de ses dévotions sur la scène internationale. Ce sera donc au nom d’une Liberté et d’une Justice universelles et catéchisées que cet Etat fera sans cesse appel à la conscience de soi édénisée que tout le genre humain sera censé partager face à la menace militaire de l’Iran. Mais tout le monde sait que deux Etats armés de la foudre de l’apocalypse se neutralisent réciproquement sur les planches de l’histoire et que tel est le fondement anthropologique planétaire de la stratégie de la dissuasion vertueuse.

Voir : Trois textes sur la dissuasion nucléaire que j’ai publiés dans la revue Esprit, présentation mise en ligne le 1 er septembre 2005

Le dissuadeur dissuadéEsprit, novembre-décembre 1980Critique de la dissuasionEsprit, juin 1979

La crédibilité de la dissuasion nucléaireEsprit, novembre 1977

 

Or, David dispose de cent quatre vingt cinq frondes atomiques et le Goliath de Téhéran d’aucune. La menace s’exerce-t-elle du faible au fort ou du fort au faible?

3 – Le péché de candeur

Aussi les phalanges originelles des Pères de l’Eglise n’ont-elles pas attendu Molière pour découvrir à quel point le dédoublement confortable de la sainteté entre le ciel et la terre fait tomber les théologies banalisées dans un péché originel biface. Toutes les religions qui se savent perfectibles connaissent la sclérose des auréoles de l’angélisme, et le christianisme de paroisse est le principal otage des défaussements de la foi sur un apostolat de façade. Mais qui d’autre que l’Eglise de François armera la naïveté des intellectuels laïcs d’un réalisme politique guéri de ses illusions les plus infantiles? Car le tartuffisme confessionnel de type démocratique s’est calqué sur les masques sacrés d’une Eglise confite en dévotions. Les Etats modernes se sont bien vite revêtus de la chasuble des idéalités de 1789. Comment se fait-il que le rationalisme énergique, mais en apprentissage du XVIIIe siècle n’ait pas gagné en profondeur au sein de la politologie pseudo-scientifique mondiale, sinon parce que la raison adolescente dont le mythe de la Liberté rédemptrice des modernes nourrit ses candeurs s’est révélé aussi faussement séraphique que le confessionnalisme bourgeois d’autrefois?

Mais il se trouve que le pape François a fait un pas de plus – et sans doute le plus décisif – dans la dénonciation d’une histoire des religions masquée et truquée à l’usage des nourrissons; car il a refusé tout net de recevoir M. Netanyahou. Serait-ce parce que ce dernier a traité le Vatican avec une désinvolture diplomatique affichée? On ne rend pas visite au Saint Père en passant et seulement à l’occasion d’une rencontre programmée depuis longtemps avec le chef du gouvernement italien. Mais le nouveau Vatican fait débarquer dans l’histoire du monde une connaissance psychobiologique de la géopolitique: le regard d’anthropologue abyssal que l’Eglise porte secrètement sur la conscience superficielle et spéculaire d’une humanité de nouveau-nés dresse le portrait d’une espèce viscéralement onirique et dont le miroir des théologies réfléchit depuis deux millénaires la dichotomie cérébrale apeurée.

4 – L’anthropologie scientifique et le mythe de la révélation

Mais le réalisme du spéléologue que le regard trans-zoologique de la foi religieuse porte sur la crudité de la politique semi animale d’Adam étoffe également le récit biaisé et paniqué que le défaussement dévot de la bête tente de voiler. La haute classe dirigeante d’ Israël sait fort bien que l’Iran n’est coupable que d’un seul forfait, mais irrépressible, celui de se trouver à tel endroit précis du globe terrestre. Elle n’ignore pas non plus que, depuis trois millénaires, la science historique réfléchie enseigne que le destin des nations et des empires est commandé par un défi inhérent à ce type impardonnable de face à face entre les Etats. Thémistocle passe deux ans à Sparte: il feint de négocier avec la cité de Lycurgue, alors qu’ il s’agit seulement de permettre à Athènes de s’entourer de murailles à l’insu de Lacédémone. Trois siècles plus tard, c’est avec un grand retard que l’empire athénien découvre le scandale de l’ascension patiente et continue de Rome à l’ouest. Puis la ville éternelle mettra longtemps à comprendre que le commerce maritime avec la Phénicie passe par la conquête de la Sicile et que « Carthago delenda est« .

L’Espagne dévote de Charles-Quint découvrira que l’Angleterre n’a aucune raison légitime de se dresser effrontément aux côtés de l’empire des conquistadors, puisqu’elle porte ombrage à sa tiare. Puis, Napoléon découvrira que la France ne saurait régner sur le Continent face au souverain de toutes les mers du globe. Quant à la Grande Bretagne d’aujourd’hui, elle sait, depuis Jules César, qu’elle ne saurait tolérer l’unification pécheresse d’un Continent face à ses rivages. La voici rassurée: cette unification périlleuse pour son identité insulaire ne se fera jamais – inutile de combattre des moulins à vent.

5 – L’Eglise et le trépas des utopies

Les hauts dignitaires d’Israël, en revanche, se savent piégés par la religion actuellement culpabilisante sur toute la mappemonde et qui répand partout le venin de ses songes vaporeux – ceux des droits d’un homme universel, donc schématisé, mais flanqué en tous lieux d’une théologie abstraite de la décolonisation mondiale. Or, cet Etat en expansion n’a pas achevé la conquête de son territoire biblique. Depuis trois quarts de siècle, il combat d’estoc et de taille en Cisjordanie et à Jérusalem afin d’en expulser manu militari la population autochtone qui l’empoisonne et d’y imposer la domination exclusive du glaive de son ethnie messianique.

Mais qui se trouve le mieux armé pour peser l’échiquier des rêves eschatologiques à la lumière d’une anthropologie de spéléologue du sacré, sinon, comme il est dit plus haut, le théologien des alliances en profondeur de la sotériologie chrétienne avec la politique? Seul le mythe du salut permet de braquer sur le bimane détoisonné le télescope des paradis verbifiques dont se nourrit la politique des démocraties infernales. On sait qu’avec Jean Paul II l’Eglise était déjà devenue discrètement suspecte de darwinisme et qu’elle voyait dans l’évolutionnisme « bien davantage qu’une hypothèse« , parce qu’une humanité en marche vers le ciel répond au fondement même de la vie mystique: depuis les origines, celle-ci met l’histoire du salut à l’écoute d’une annonciation progressive. L’Eglise sommitale a perdu ses illusions politiques dès le premier siècle. Mais elle sait qu’un animal évolutif, donc inachevé par définition a placé ses neurones à des altitudes variables entre le réel et l’utopie et qu’il s’agit de fabriquer la balance nécessaire à la pesée d’une bête en suspension germinative dans le néant.

6 – Un cas d’école

Bien plus, depuis Jean Paul II, une alliance souterraine de l’intelligentsia ecclésiale d’avant-garde, d’un côté, avec, de l’autre, le « clergé » sommital de la raison scientifique fournit à l’Eglise en marche de François les armes nouvelles d’une simianthropologie critique. Une politologie mondiale du bébé humain se trouve en cours d’enrichissement cérébral dans les profondeurs de notre civilisation, parce qu’Israël présente désormais un cas d’école à l’examen spectral de cette discipline au berceau: pour la première fois au monde, un Etat réputé rationnel, donc doté d’une raison encore infirme, se voit contraint de s’armer d’un tartuffisme politico-religieux internationalisé et étalé sans relâche, en raison de la nécessité absolue dans laquelle il se trouve de se fonder sur une foi démocratique plus planétarisée qu’aucune religion du passé. Mais, dans le même temps, il s’agit, plus que jamais, d’une rivalité politique inscrite dans le temporel depuis qu’il existe des Etats et des peuples ambitieux de s’accroître. La haute classe dirigeante d’Israël sait fort bien que son hégémonie locale au Moyen Orient n’est pas moins incompatible sur le long terme avec l’existence d’un Iran puissant et en devenir que l’Angleterre de Wellington ne pouvait partager « équitablement » l’empire de Neptune avec la France du Ier Empire ou l’Amérique d’aujourd’hui se réjouir de l’ascension irrésistible de la Russie de la Chine, de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du Sud.

Le sceptre du monde ne se partage pas. Mais, en raison de sa taille, Washington peut encore s’offrir le luxe de se rendre crédible sur les deux fronts, celui de sa piété démocratique et celui de sa vocation impériale, tandis qu’Israël n’est pas d’une stature suffisante pour brandir efficacement ses bénitiers: sitôt que ce nain tire son épée du fourreau et se campe en matamore sur le champ de bataille de l’histoire de la planète, tout le monde lui glisse à l’oreille: « Ne serais-tu pas exclusivement la victime pitoyable de l’holocauste, le crucifié immémorial sur la potence de l’histoire du monde, le Christ nouveau et universel de l’humanité? »

7 – La chute d’Achille dans le fantasmagorique

Israël s’affole: Netanyahou déclarait tout de go dans le Monde que la future bombe atomique de l’Iran menacerait de pulvériser non seulement son pays, mais Paris, Berlin, Londres ou Rome et qu’il était mortifère de remettre l’arme de l’apocalypse terminale entre les mains d’un tueur-né, parce que, dans ce cas, la survie même de tout le genre humain dépendrait des caprices d’un dément incurable. Tel-Aviv déclarait en outre que tous les Etats du globe peinent sang et eau à augmenter la radioactivité de l’uranium afin de porter l’évaporation naturelle de cette matière à la « masse critique » qui permettra de la faire exploser, tandis que l’Iran serait capable de vaporiser la mappemonde dans les plus hautes régions de l’atmosphère avec de l’uranium enrichi seulement à 3,5%. Comment expliquer la pathologie cérébrale qui rend incontrôlable l’encéphale délirant d’une humanité encore en bas âge et reléguer dans le bucolique les rêveries guerrières, mais contagieuses dont s’enflaient les cosmologies mythiques des premiers millénaires?

Mais tout se tient. Si la conque osseuse de l’Europe de la raison ne se trouvait pas contaminée par l’épidémie du fabuleux nucléaire, Israël ne pourrait se livrer à une fantasmagorie gesticulatoire. N’est-il pas hallucinant que les plus vieilles nations du Continent d’Archimède et de Copernic rivalisent dans le ridicule de s’exercer, chacune pour son compte et sur ses lopins à des manoeuvres militaires exclusivement cérébrales? Le Ministre allemand de la défense, M. de Maizières, se frotte les mains: il aurait consolidé, dit-il, le rang de Berlin au sein d’une Alliance résignée à se trouver privée d’ennemis et dont le commandement pseudo salvifique se trouve entièrement entre les mains d’un galonné américain.

La logique interne d’une humanité redevenue aussi onirique qu’au Moyen Age conduit à l’émergence du plus vassalisé des Etats: le prestige du miraculé de première classe appartient, depuis soixante-dix ans, à une Allemagne domestiquée par le bivouac de deux cents bases militaires de l’étranger campées sur son sol. Il est normal que la masse la plus nombreuse des valets conquière une hégémonie de marionnette militaire au détriment de sa compagne d’infortune, la Gaule, qui a perdu l’avantage de prêter son territoire aux garnisons de l’étranger. Certes, la France s’est placée derechef sous le joug dont elle s’était libérée en 1966. Mais, sur le terrain, elle n’est plus attelée au char du triomphateur de 1945. Raison de plus pour qu’elle retrouve le sens rassis et qu’elle apprenne à décrypter les mécanismes psychiques délirants, mais guérissables qui commandent le fonctionnement mental d’une scolastique politique débile.

Comment se fait-il que les guerriers nouveaux de l’imagination para religieuse de l’humanité invoquent le plus sérieusement du monde et avec des mines sévères de stratèges avertis la « capacité de réaction » rapide de leurs légions face à une attaque ennemie qui surgirait de nulle part? Où le champ de bataille se trouve-t-il si l’ennemi à combattre se révèle aussi verbifique que Lucifer dans les boîtes osseuses du Moyen Age ? Mais la Turquie ayant fait mine d’acheter des armes moins coûteuses à la Chine, Washington a bondi comme le diable de sa boîte: les apôtres d’une sophistique universelle et vaporisée ont l’obligation de ne se présenter qu’à un guichet hors de prix et de ne remplir qu’une seule caisse, celle de l’Amérique, parce que le ciel de la démocratie idéale n’a qu’un seul coffre à remplir et un seul fabricant d’armes à rémunérer.

8 – Qu’est-ce que le génie politique?

Pour comprendre le fonctionnement cérébral des nains de la politique internationale tridimensionnelle, il faut méditer la portée anthropologique de la remarque d’Einstein, qui disait aux physiciens de son temps qu’ils connaissaient la physique sur le bout des doigts, mais qu’ils n’avaient aucune compréhension du génie. C’est que, pour bousculer les notions d’espace et de temps et pour mettre l’univers cul par-dessus tête, il faut renverser la table de jeu de la raison combinatoire et changer tout l’ échiquier d’Euclide et d’Archimède.

Le petit homme d’Etat est un caissier: le nez sur ses dossiers, il connaît les paramètres à appliquer au traitement bon marché des affaires les plus courantes. Il s’agit de régenter l’équilibre des forces et des comptes sur la route des Etats. M. Sarkozy demandait: « Si Israël attaque l’Iran, qu’est-ce qu’on fait?« . A son tour, M. Hollande contemple une châsse, celle qu’on appelle « l’équilibre des forces aux Moyen Orient« .

Le petit homme d’Etat fait ses additions et ses soustractions. Cet arithméticien de l’histoire ne sait pas que le monde se trouve perpétuellement en mouvement et il ignore où il se rend de ce pas. Un vrai chef d’Etat européen saurait que la question de l’illégitimité fondamentale de l’occupation militaire perpétuelle du Vieux Monde par les troupes d’occupation d’une puissance étrangère est un propulseur de la révolte dont il entendrait vrombir le moteur et dont les pistons poseront inévitablement aux démocraties de ce continent le problème de leur survie politique. La France jouerait un rôle immense dans le monde actuel si elle s’était engagée sur le chemin de la logique qui commande l’histoire universelle. Mais, pour cela, il aurait fallu atteler au timon des affaires un chef d’Etat informé de ce qu’on ne négocie pas à armes égales avec une puissance commerciale dominante, sinon elle qualifiera de négociation des pourparlers condescendants avec des subalternes dont elle prendra sans tarder le commandement.

Certes, l’Europe en marche vers sa souveraineté aurait subi de lourdes rétorsions économiques de son maître si elle avait placé des chefs d’Etat à sa tête, mais l’élan de ses exportations aurait été irrésistible, parce que le prestige politique s’attache à l’indépendance des Etats et le commerce ne fait jamais que drainer après coup des écus dans l’éclat des armes qui précède le charroi des marchandises. Mais la fortune sourit aux audacieux: voici que de petits cailloux dans les chaussures du géant entravent son expansion sur toute la terre habitée.

Car si l’Amérique cesse de placer ses vassaux sur écoutes, elle renonce à ses ambitions d’empire, ce qui lui est bien impossible, et si elle persévère, elle perdra plus lentement, mais non moins irrévocablement son statut de pieuvre dominante de la planète, parce que personne ne croit que les affranchis enrubannés pourront se savoir écoutés sans se ridiculiser sans cesse davantage aux yeux de leur propre nation. Petites causes, grands effets, dit la sagesse populaire. Elle a tort: les petites causes ne sont jamais que des rejetons des grandes, mais leur minusculité permet de porter le regard sur l’histoire des vaines chamarrures des esclaves.

9 – Les nouveaux lunetiers de la mort

Pourquoi les Etats démocratiques de l’Europe encore qualifiés de souverains, mais seulement du bout des lèvres, n’ont-ils pas d’yeux pour les cinq cents gigantesques forteresses américaines qui campent le plus bibliquement du monde sur leurs lopins? Parce que, dans ce cas, Israël se trouverait réduit à invoquer à l’écart du troupeau la menace atomique imaginaire dont l’Iran est censé menacer son apostolat. Il faut donc que l’Europe se dévoue à porter le harnais du mythe-alibi de la planète des sauvages du XXIe siècle. Mais, encore une fois, qui donc, à l’exception de l’Eglise romaine, expliquera jamais aux Etats devenus soi-disant rationnels à l’école de leurs idéalités de 1789 le fonctionnement viscéral d’une espèce censée placée sur écoutes depuis les origines du monde et dont un créateur du cosmos aux longues oreilles écouterait les conversations?

Faute d’un décryptage anthropologique des téléphones cosmiques, dont la fabrication qui remonte à la Genèse, une humanité devenue onirique à titre atavique demeurerait à jamais indéchiffrable, parce que l’asservissement cérébral d’une Europe mythologisée dans l’inconscient sur le modèle vétéro-testamentaire demeurerait purement et simplement incompréhensible à elle-même. Les dossiers ne portent pas de regard sur eux-mêmes, dit Einstein, fort médiocre physicien classique, mais génial regardant.

Certes, on n’élèvera pas l’Eglise tout entière et d’un seul coup au rang d’un pédagogue de la classe dirigeante mondiale – mais le globe oculaire qui observera la cécité édénisée de l’humanité naîtra dans l’Eglise de François et de ses successeurs, parce que seuls les deux mille ans d’expérience de l’histoire et de la politique catéchisée dont dispose le clergé catholique permettraient dès aujourd’hui à des iconoclastes ecclésiaux d’élargir le champ de vision d’une phalange de croyants aux yeux isaïaques.

Quelle tâche plus digne du réalisme sacerdotal de demain que de percer les secrets théologiques de la bête frappée de cécité par le fabuleux cérébral qui nourrit le sacré et qui lui interdit de regarder du dehors la divinité censée jouir du monopole de l’extériorité! Mais comment se fait-il que la « raison » des nains de la politique enfante des religions infantiles, mais autrefois reléguées dans l’au-delà des Pygmées?

Puisque la bête dichotomisée de naissance reproduit le modèle politique de son ciel schizoïde, puisque l’animal bipolaire est appelé à doter un géant du cosmos du recul intellectuel d’Adam, puisqu’enfin l’envers de l’idole construite sur le modèle d’un réseau téléphonique révèle les secrets de la liberté cérébrale de la créature, puisse le Vatican éclairer un jour l’histoire du cerveau humain à une profondeur inconnue des anciens lunetiers de la mort..

le 2 novembre 2013
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

http://w41k.com/84915

Scoop : le grand reporter et l’éditocrate moyen seraient confrères !

 

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Admirables, ces grands reporters souvent anonymes qui, au péril de leur vie vont arracher l’info au cœur des conflits. Admirables oui, ces journalistes de terrain, mourant caméra à la main pour le droit d’informer.

Bouleversant aussi ce concert de louanges et d’éloges venus des grands éditocrates à commentaires, des liseurs de prompteur, des recopieurs in extenso et à la main des dépêches AFP, saluant la mémoire de leurs « confrères ??? »° enlevés en Afghanistan, assassinés au Mali.

Magnifique, cette grande famille confraternelle au service d’une même investigation, du pigiste précaire à 500 euros mensuel au chroniqueur cumulard à 30 000 boules, recoupant les faits, vérifiant les infos à partir du champ d’honneur et des hostilités.

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Ainsi par exemple, l’intrépide Eric Zemmour, briseur de tabous et de pensée unique, sortant de RTL et n’hésitant pas un instant à affronter la pluie sans même de gilet pare-balles, traversant la rue en dehors des clous, avant de s’engouffrer chez Europe 1 en face, pour mieux y dénoncer le SDF basané croupissant sur son carton extorqué à l’état providence.

Ainsi le baroudeur Franz Olivier Giesbert, slalomant courageusement entre les crottes de chien des Champs Elysées avant de se réfugier sain et sauf au Fouquet’s, y attendant avec sang-froid son chauffeur et ses 4,5 millions de subventions pour mieux dénoncer en une du Point la France des assistés.

Tout pareillement le téméraire Christophe Barbier, découvrant après analyse scrupuleuse en direct de son 867 ème C dans l’air, une tâche sur sa légendaire écharpe rouge sortant du pressing et lançant sans concession une enquête contre le lobby des teinturiers islamistes au péril de sa vie et de sa carte fidélité de chez Pressing Plus.

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Exemplaire aussi le bourlingueur Jean Michel Aphatie rapatrié d’urgence par hélicoptère à l’hôpital américain pour des escarres chopées dans l’exercice de son fascinant métier d’Anal+, après avoir passé plus de 20 heures à demander des preuves, le cul sur son fauteuil de chroniqueur au vitriol des faibles et de flagorneur pommadé des puissants.

Tout comme l’héroïque Laurent Joffrin, s’enfonçant jusqu’à 150 mètres au-delà du périph pour y rencontrer son « fixeur » et déclarant stoïquement à sa rédaction qu’en cas d’enlèvement terroriste, le nouvel Obs ne paie aucune rançon pour récupérer l’otage en mission spéciale quasi suicide.

Oui ainsi donc, et c’est un scoop, les grands reporters tout comme les éditocrates du journalisme sans peine seraient confrères et exerceraient la même profession.

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C’est Ivan Rioufol la plume entre deux putes qui va être content.

tgb

° – « Le choc et l’immense tristesse à l’annonce de l’assassinat de nos deux confrères au Mali »

Jean-Michel Aphatie

http://rue-affre.20minutes-blogs.fr/archive/2013/11/04/scoop-le-grand-reporter-et-l-editocrate-moyen-seraient-confr.html

Illusion!

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fabforgottennobility:

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(via parmavioletheart)