Archives quotidiennes : 1-novembre-2013

Dick Proenneke – Alone in the Wilderness

Dick Proenneke ? Inconnu au bataillon  jusqu’à ce que je découvre cette histoire, son histoire, pour le moins fascinante et qui ne manquerait pas de constituer le scénario d’un film de grand écran. L’homme, aujourd’hui décédé, vit le jour en 1916 aux USA.

Alors qu’il servait comme menuisier dans l’armée pendant la seconde guerre mondiale, il contracta une maladie…

…Laquelle le cloua au lit durant des semaines. Un virus. Maudit virus. La suite ? Fin de la guerre et il retrouve le civil comme mécanicien travaillant dans les moteurs diesel.

Finalment Dick  Proenneke a succombé à l’appel de la nature et il partit en Oregon pour travailler dans un ranch de moutons.

Changement de cap en 1950 et direction l’île de Shuyak, à Alaska. Après avoir travaillé quelques années, il mit sur le cap les grandes montagnes de Alaska dans un lieu dénommé Twin Lakes.

C’est véritablement là, en 1968, que on existence bascula. Vivant en totale autarcie, Dick  Proenneke s’est isolé en plein nature subvenant comme il pouvait à ses besoins. Au fil des jours, il se construisit une véritable cabane en bois. Et voilà où il vécut, simplement en compagnie de Dame Nature et ses créatures, durant trente-cinq longues années ravitaillé très épisodiquement par une femme devenue son ami au fil du temps. Au passage il affina et développa toute une batterie de connaissances en météorologie, zoologie et encore divers phénomènes naturels.

Un cinéaste le filma même alors qu’il commençait à bâtir sa cabane, tout sauf un abri de fortune. En découle une vidéo à apprécier ci-dessous (le montage est incroyable).

Quant à ce personnage extraordinaire, il finit sa vie aux côtés de son frère en revenant à la civilisation du côté de la Californie. Cet ancien Robinson Crusoé volontaire succomba finalement à une crise cardiaque à l’âge de 87 ans.

Love is all, love is you!

Au commencement…

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La mort du quotidien

On a éteint le quotidien comme on souffle sur une chandelle. On a effacé le merveilleux des enfants pour tout marquer, compter, chaque seconde, chaque heure, chaque jour.

Nous sommes horlogés du cerveau.

On n’a pas nos vies: non. On a celle des gouvernements, du travail sans plaisir, du travail sans avoir dans le dos un poignard de l’État qui vous ramollit comme une huître visqueuse enfermée dans sa coquille sot-lide du rythme de vie-marmite.

C’est insidieux, comme dans ainsi dit dieu… Nous n’en somme pas conscients. Tout l’appareillage sophistiqué, alarmiste, nous cisèle. Nous sommes sculptés. Nous somme bronzés d’avance. Dès la naissance, l’État enferme la maman et le papa dans un horaire de travail horrifiant. Soldats de la mondialisation. Nous avons des principes, des principes écrits… Dans la réalité, le dirigeant est une sorte de monstre lardé de mensonges. Un « Je vous aime, moi non plus » étatisé. Rien que ça… De la ribambelle…

On a les moyens (sic), de se payer un 4X4, mais pas de lésiner un jour de pluie en lisant un vieux roman de Simenon, – affalé dans son lit douillet, en attendant rien –  qui savait si bien émouvoir par quelques personnages souffrants. Simenon, c’était la vie simple, la petit anecdote. Mais personne ne veut plus être une anecdote aujourd’hui.  On se veut star… Et l’art est bien représentatif de nos vie:

Photo de profil !

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Si c’est de l’art, j’en aurais fait un avatar…

ANECDOTE

Un jour, pendant que je vivais à Ottawa, j’ai offert à ma conjointe d’aller visiter la galerie d’art. C’était dans les années 70, et un artiste exposait une chambre dans laquelle les meubles étaient croches, penchés, colorés.  Je reconnus alors la chambre de ma grand-mère. Un peu avant, dans un cours de création littéraire, un « original » écrivit un poème sur le ventre d’une poupée qu’il amena dans la classe dans un carrosse. 

C’était de l’art…

Il est inutile d’acheter une « trou du cul » pour l’afficher dans votre salon. Il en passe à la dizaine à la télé.

***

À travers notre monde bouillant, l’essentiel a été laissé de côté. L’essentiel, c’est la liberté. On a hélas piraté tous les cerveaux… L’État est le meilleur de hackers. Le plus performant. Et c’est le quidam qui paye. Nous les payons pour nous investir. Nous les payons pour qu’ils trouvent un terroriste, peu importe le prix, même si sa grenade est un fruit.

Urinons fait la force:

emerveillez-vous-devant-ces-illustrations-creatives-et-originales-qui-donnent-vie-aux-objets-du-quotidien26

Source

Avez-vous noté que nous essayons d’expliquer la vie comme s’il fallait le faire pour trouver une recette de vie?

Un gant à l’envers…

Petit passage insignifiant… 

Chaque matin je vais aux bois. Il y a là des pommiers sauvages. Les meilleurs pomme sont là.J’en mange une à chaque fois. Ça n’a rien à voir avec les pommes des supermarchés.  Et, en ce matin d’octobre, des pistes de chevreuil étaient imprimées dans la neige. Il y a deux semaines, j’ai vu un aigle énorme s’envoler. Ses ailes étaient si grandes! Puis quand il a disparu, j’ai regardé les arbres. On doit les regarder comme si chacun d’entre eux était une lettre. Ils sont comme les humains: malades, solides, minces, gras, morts. Mais ils sont là, perdent leurs feuilles, s’en font de nouvelles au printemps, en buvant de la lumière et de l’eau. Alors que nous, nous nous nourrissons des poisons sans nous attarder à la leçon de la simplicité. 

Nous ne sommes que des arbres qui faisons la forêt. Le plus gigantesque eugénisme est de trier cette nature humaine si riche. Et on le fait si bien que personne ne comprend le rôle des feuilles mortes, des arbres couchés par le vent, des moisissures, des petits animaux grouillants. Car si quelqu’un comprenait  vraiment nous n’aurions pas besoin d’être des « intellectuels » bouffis.

Dans un monde préfabriqué il faut refaire son cerveau d’enfant. Il le faut… Sinon nous nous robotisons parce que nous payons davantage pour être robotisés que vivants.

On ne comprend pas la Vie à travers les livres et les intellectuels. On la comprend vraiment après avoir vécu. Et notre qualité de vie ne dépend pas de nos sommes d’argent « investies » dans notre avenir. L’avenir est une illusion: il se peut qu’il soit, il se peut qu’il ne soit pas.

J’ai fait de mon passé ce qu’il était vraiment. Comme une leçon sans école, réelle, remplie d’émotions. Je fais de mon avenir un tableau blanc. Mais chaque matin, je vais aux bois. Chaque jour j’essaie de trouver un moment qui n’est pas vendu à l’État. C’est de plus en plus difficile.

Ma tante cultivait  un superbe  jardin potager. Elle riait, pleurait, s’énervait, prenait un verre. Et pendant la canicule, on mangeait les premiers légumes de l’été, assis sous les pommiers qui nous servait de pare soleil. Elle était un peu grasse, hystérique, et elle craignait tellement les autos qu’elle n’embarquait que couchée. Son premier enfant a 80 ans. Il a décidé de se marier. Je lui ai dit qu’il était trop jeune. Il cuisine, répare des autos, va à la chasse, à la pêche, vit près d’un lac. 

Le 28 décembre, nous irons tous nous rappeler que nous avons vécu. Le cousin va se marier, et nous parlerons, un peu étourdis, du temps où le quotidien existait, mais, surtout, comment il existe encore à travers la vie simple. Tous ceux qui seront là savent tous qu’ils vont mourir un jour. Au moins, ils auront vécu.

C’est là le grand danger de cette perte de quotidien: mourir sans avoir vécu les émotions que nous sommes.

Il n’est pas besoin d’écrire pour vivre, ni de passer par Harvard. Ni de changer le monde. Ceux qui passent leur vie à vouloir le changer se retrouvent devant un grand mur: il ne change pas.

Nous pouvons seulement nous changer. Mais avant tout, rester fidèle à l’enfant que nous avons été. L’émerveillé.

Gaëtan Pelletier

1 novembre 2013

La chanson du décervelage

LA CHANSON DU DECERVELAGE
Je fus pendant longtemps ouvrier ébéniste,
Dans la ru’ du Champ d’ Mars, d’ la paroiss’ de Toussaints.
Mon épouse exerçait la profession d’ modiste,
Et nous n’avions jamais manqué de rien.

Quand le dimanche s’annonçait sans nuage,
Nous exhibions nos beaux accoutrements
Et nous allions voir le décervelage
Ru’ d’ l’Echaudé, passer un bon moment.

Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervelle sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
(CHOEUR) : Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !

Nos deux marmots chéris, barbouillés d’ confitures,
Brandissant avec joi’ des poupins en papier,
Avec nous s’installaient sur le haut d’ la voiture
Et nous roulions gaîment vers l’Echaudé.

On s’ précipite en foule à la barrière,
On s’ fich’ des coups pour être au premier rang ;
Moi je m’ mettais toujours sur un tas d’ pierres
Pour pas salir mes godillots dans l’ sang.

Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervelle sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
(CHOEUR) : Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !

Bientôt ma femme et moi nous somm’s tout blancs d’ cervelle,
Les marmots en boulottent et tous nous trépignons
En voyant l’ Palotin qui brandit sa lumelle,
Et les blessur’s et les numéros d’ plomb.

Soudain j’ perçois dans l’ coin, près d’ la machine,
La gueul’ d’un bonz’ qui n’ m’ revient qu’à moitié.
Mon vieux, que j’ dis, je reconnais ta bobine,
Tu m’as volé, c’est pas moi qui t’ plaindrai.

Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervelle sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
(CHOEUR) : Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !

Soudain j’ me sens tirer la manch’ par mon épouse :
Espèc’ d’andouill’, qu’ell’ m’dit, v’là l’moment d’te montrer :
Flanque-lui par la gueule un bon gros paquet d’ bouse,
V’là l’ Palotin qu’a just’ le dos tourné.

En entendant ce raisonn’ ment superbe,
J’attrap’ sus l’ coup mon courage à deux mains :
J’ flanque au Rentier une gigantesque merdre
Qui s’aplatit sur l’ nez du Palotin.

Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervelle sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
(CHOEUR) : Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !

Aussitôt suis lancé par-dessus la barrière,
Par la foule en fureur je me vois bousculé
Et j’ suis précipité la tête la première
Dans l’grand trou noir d’ous qu’on n’ revient jamais.

Voilà c’ que c’est qu’ d’aller s’ prom’ ner l’ dimanche
Rue d’ l’Echaudé pour voir décerveler,
Marcher l’ Pinc’-Porc ou bien l’ Démanch’-Comanche,
On part vivant et l’on revient tudé.

Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervell’ sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
(CHOEUR) : Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !
Alfred Jarry
Ubu roi / 1888