Archives quotidiennes : 27-octobre-2013

L’enveloppe

La vie est une enveloppe.

Certains ne l’on jamais ouverte. Trop y sont englués.
Il y a des lettres, des mots, des livres, des mystères. Tout y est. En couleurs, noir ou blanc,

avec des V géants 

les chemins les plus perlés, avec des fritures, des dorures, des étangs avec des, avec trop… 

Il faut l’ouvrir. L’ouvrir, ne pas simplement en lécher la bordure pour la refermer.

La peur! La grande peur de ce qu’il y a en nous. L’aventure et tous les inédits récits orange, brasillant  de feux étranges et voilés.  Il ne faut pas, il ne faut jamais la craindre.

L’enveloppe est un esprit encadré. Aminci.

avec des A perdus 

Et certains, trop encore, y passent leur vie, enfermés… 

Puis ils partent jamais lus…

C’est le cercueil plat dans lequel dorment bien des âmes…

Toute une vie! Toute une vie!

Comme si chaque jour était un testament à écrire…

Ce ne sont que des fleurs que l’on enferme. Et chaque mot est une couleur que personne n’a pu voir. Coffrées qu’elles sont…

Gaëtan Pelletier

27 octobre 2013

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Summer Landscape, Renoir

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Flics, expulsions, étrangers, indésirables : rien ne change

détective

Où va le travail?

Par Yann Fievet

La thèse enrichissante selon laquelle le capitalisme est déjà mort impose une question tout aussi enrichissante : que devient le travail désormais orphelin de la traditionnelle exploitation capitaliste ? La résolution à venir des crises écologique et sociale monstrueuses que nous a délibérément légué le capitalisme devra impérativement s’occuper de définir ce qui remplacera le travail dans la société nouvelle. Un travail de titans !

Dans leur ouvrage paru en 2012, « Dead Man Working » [1], Carl Cederström et Peter Fleming, entament leur analyse par un constat remarquable : « Même ses plus ardents partisans reconnaissent que le capitalisme a rendu l’âme à un moment ou à un autre des années 1970. Tous les efforts pour le ranimer ont échoué. Pourtant bizarrement, à présent qu’il est mort, le voilà devenu (…) plus puissant et plus influent que jamais. Ce livre s’intéresse à ce que signifie vivre et travailler dans un monde mort. » [2] Il interroge notamment ce fait paradoxal : bien que « l’ère du travail » prend fin, la lutte pour des « jobs » toujours plus précaires et dénués de sens a toujours plus de férocité et prend des formes de plus en plus anormales. Confronté à la disparition du travail et donc avec lui de la « substance du capital » – pour reprendre le concept fondamental de Marx – le capitalisme est devenu incapable de réagir de façon ordonnée, par exemple en partageant équitablement le travail restant. Au contraire, au nom de l’avantage à conserver au sein de la concurrence exacerbée, il convient d’extraire de ceux qui ont un emploi jusqu’à la dernière parcelle de plus-value.

Bien sûr, l’exploitation du travail n’est pas nouvelle, puisqu’en son absence il n’y aurait pas même de capitalisme. Ce qui est nouveau, c’est l’abolition de la frontière entre travail et temps libre, production et reproduction : « Le capitalisme actuel a ceci de particulier que son influence s’étend bien au-delà du bureau. Le fordisme laissait encore les week-ends et le temps libre relativement intacts. Leur rôle était de soutenir indirectement le monde du travail. Aujourd’hui, en revanche, le capital cherche à exploiter notre socialité même, dans toutes les sphères de la vie. À partir du moment où nous nous transformons tous en capital humain, on ne peut plus se contenter de dire que nous avons ou que nous effectuons un job. Nous sommes le job. Y compris lorsque la journée de travail paraît finie. » [3] Selon Cederström et Fleming, il en résulte l’espèce des « dead men working », les morts-vivants qui travaillent, incapables de vivre vraiment et attendant une fin qui pourtant ne vient pas. L’extension du travail à toutes les sphères de la vie est accompagnée, dans l’autre sens, de tentatives de gestion des ressources humaines « libératrice » (liberation management) visant à faire entrer la « vie » dans le travail. Ainsi, on rencontrera, jusqu’au plus pathétique, des « exercices de mise en d’équipe » (team-building exercises) s’apparentant aux anniversaires d’enfants, des invitations à être « authentique » en toutes circonstances, à prendre le lieu de travail pour sa salle de séjour, et même à libérer sa haine du capitalisme. Tout cela consiste à faire en sorte que les employés s’investissent entièrement dans leur travail et « profitent » d’autant à l’entreprise.

Seulement voilà : la double équation « le ravail c’est la vie, et la vie c’est le travail » ne se vérifie pas. Les arrêts de travail en raison de maladies psychiques augmentent dans des proportions effrayantes, tout comme la consommation de produits psycho-pharmaceutiques permettant la préservation de la capacité de travail. Dépression et burn out sont désormais perçus comme des « maladies de société ». Même le suicide se métamorphose en « séries noires » dans les journaux télévisés. Une vie vouée exclusivement au travail, sans la possibilité de se réfugier dans la sphère de la reproduction – sphère dissociée et dévalorisée obéissant à une autre logique – n’est assurément pas vivable. La conclusion s’impose : « Être un travailleur n’a rien de glorieux. Une politique de l’emploi digne de ce nom n’aurait pas pour objectif un travail plus juste, un travail meilleur ou plus ou moins de travail, mais la fin du travail. » [4]

Evidemment, il faudrait alors mettre fin en même temps au « patriarcat capitaliste » : une autre gageure. Dans la société bonne restant à construire le travail aura changé de nature profonde en même temps que de nom. Des rapports sociaux et de production basés sur tout autre chose que la domination du capital sur le travail pourrait naître enfin. Le libre consentement à l’effort producteur des richesses nécessaires aura remplacé la contrainte omnipotente. Un pari sur la bonne volonté des hommes ? Certes ! Et l’humanité d’y gagner en dignité.

Yann Fievet

Les Zindignés/La vie est à nous – N° 3 – Novembre 2013

[1] Carl Cederström et Peter Fleming, Dead Man Working, Zero Books, Londres 2012

[2] Ibidem

[3] Ibid.

[4] Ibid.

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article24320

BAH!…

CHANDELLE

« Appareil d’éclairage formée d’une mèche

tressée enveloppée de suif».

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Je viens de vivre la perte de deux êtres chers. Ils étaient liés – du moins dans l’armoire –  comme des siamois. Trois ans de vie commune. Au moins 1000 kilomètres… Quand je transpirais, pendant les canicules, ils suaient encore plus… Quand je courais, ils couraient aussi vite que moi… Plus attachants que des  ombres…

Je ne sais pas pourquoi on les achète de toutes les couleurs. Quand quelqu’un vous regarde dans le visage, il ne les voit pas… Ceux-là étaient bleu…

Je  les ai retrouvés ce matin… Un trou dans la tête… Comme s’ils s’étaient tiré dans le pied…Ma femme me disaient qu’ils n’allaient pas bien depuis quelque temps : un petit teint que trop javellisé. Je les voyais bien s’en aller de couleur…

Affadis.

Je les avais achetés- je m’en souviens comme si c’était le lendemain d’une veille – au magasin de chaussures.  Une façon de prendre mon pied… Les meilleurs…

Ils me suivaient partout. Pas à pas. On aurait dit qu’ils avalaient toutes mes odeurs. La laine fétide, c’était eux…

Chaque soir, ils s’endormaient au pied de mon lit. Quand c’était leur tour. Mais je les choisissais souvent…

Je les ai envoyés à la poubelle. J’aurais dû les brûler, mettre leur cendres dans un petit pot de céramique fabriqué en Chine… Puis sur l’armoire… En deuil : de bas bleus aux bas noirs…

Déjà qu’ils avaient la chair ratatinée… Des plis partout. Pas de crèmes pour les remonter un peu… Des bas d’hommes…

J’étais bien avec eux… Au point de me demander si en haut c’est comme en bas…

Alors, quand j’irai là-haut, j’irai au pays des bas… Je verrai flotter dans un ciel bleu tous les bas du monde… Ailés du bas gauche et du bas droit…

Car je sais, c’est scientifique, ( parole de Murphy) , le moindre atome de cet univers ne meurt pas : il déménage. Il emporte avec lui toute les sensations dont nous avons été imprégnés…

La vie d’un bas, ce ne doit pas être facile. Surtout ceux qui transportent des américains, qui vont à la guerre, qui se font voler par des soldats de l’autre camp. En Irak. Des bas sablés et sec… Brrr! Ou des bas d’une américaine qui a trop bouffé de McDo… Les bas enfermés dans une cage de sandales…

Bas de Blair, bas de Bush… Ou d’«ambush… ( Ce qui signifie embuscade, avec un AM au début, «american ambush). Et blairer?…

Pas facile la vie de bas  : ils ont la même couleur que les cravates, mais sont plus discrets… Toujours entre l’arbre et l’écorce : le pied et le soulier.

Depuis qu’ils sont décédés, je ne vois plus la vie de la même manière.

Les bas sont les itinérants  des sociétés :ils  traînent tous dans les rues et vont s’endormir le soir au pieds d’un lit… Toujours «au pied» de quelqu’un ou de quelque chose…

Ils vivent dans des châteaux ou des taudis.

Mais les bas ne peuvent regarder un autre bas de haut.   C’est toujours ça… Ils sont toujours au même niveau.  Sauf qu’un bas blanc ça peut dénigrer un bas noir…  Encore… C’est comme dans nos vies…

Quand je pense qu’un bas de nylon peut faire un vol de banque… Avec la petite suce qui retrousse sur le crâne… On dirait un sein qui cherche la bouche d’un coffre-fort…

Enfin!

Je soupire!…

–  Qu’est-ce que tu as à regarder tes bas comme ça, mon amour.

– Bof! Rien…

–  Alors, envoie-les à la poubelle… Et puis en passant, tu as une paire de bobettes trouée… Il faudrait…

Bon! On vient de monter d’un étage… C’est le chapeau qui va y passer… Finalement, on s’éteint de bas en haut…

Ce doit être ça… Partir les deux pieds devant…

–  Je pense que je vais coudre mes bobettes…

Elle me regarde d’un air effaré…

Je me suis dit que l’humain c’est comme une chandelle à l’envers : il se consume à partir d’en bas…

Gaëtan Pelletier

Circa 2005