Archives quotidiennes : 24-octobre-2013

Nouvelle manière de vivre

Perception, conscience et intelligence existent avant la naissance !

 

Foetus de neuf semaines Source : Larousse

Foetus de neuf semaines
Source : Larousse

 

Le 19 avril dernier, une équipe de recherche franco-danoise, dirigée par Sid Kouider, du Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique (ENS Paris, CNRS) publiait dans la prestigieuse revue « Science », un article qui a eu un grand retentissement au sein de la communauté scientifique internationale.

Cette étude, intitulée « Découverte d’un marqueur neuronal de la perception consciente chez le nouveau-né » (LSCP), a, pour la première fois, établi de manière rigoureuse l’existence chez le nourrisson d’une réponse cérébrale à des stimuli extérieurs, identique à celle des adultes.

Les chercheurs sont parvenus à cette surprenante conclusion en analysant l’activité cérébrale de bébés de 5 à 15 mois. Au cours de ces expérimentations, ils ont pu montrer que l’enchaînement des événements neurologiques entraînés par la vision, même très brève, d’un visage, s’effectue de manière identique chez ces nourrissons et chez les adultes.

Ces scientifiques savaient déjà que, chez l’adulte, ces marqueurs de la conscience montraient l’existence d’un mécanisme à double détente, aboutissant à la perception d’un évènement extérieur.  Dans un premier temps, la réponse du cerveau est non-consciente et se traduit par une activité cérébrale linéaire. Mais dans une deuxième phase, au bout d’environ 0,3 seconde, cette activité connaît une brusque rupture qui correspond, selon les scientifiques, à l’apparition de la conscience.

Pour connaître le niveau de perception et de conscience exacte de ces nourrissons, les chercheurs ont mesuré l’activité électrique du cerveau de 80 bébés, âgés de cinq à 15 mois, exposés à des visages qui leur étaient soumis plus ou moins brièvement.

Les résultats sont étonnants puisque l’étude précise que « Pour tous les groupes d’âge, il a été observé la même réponse tardive et non-linéaire que chez les adultes, confirmant la présence de cette signature neuronale de la conscience chez ces nourrissons ».

Ce mécanisme de la conscience perceptive chez les bébés fonctionne juste un peu plus lentement que chez les adultes, se déclenchant au bout d’une seconde, au lieu d’un tiers de seconde chez l’adulte. Mais il ne s’agit pas d’une différence de nature quant au mécanisme fondamental à l’œuvre dans le cerveau.

Sid Kouider, le jeune et brillant chercheur qui a dirigé ces travaux, précise que la conscience dont il est question dans ces expériences est une conscience perceptive, une conscience primaire. Il ne s’agit pas de la conscience réflexive qui apparaît plus tard et permet au sujet de se concevoir comme séparé du monde qui l’entoure.

Mais, comme le précise ce scientifique « Nous pouvons, à l’issue de ces expériences, affirmer que les bébés possèdent des mécanismes d’accès à la conscience».

Cette découverte fondamentale confirme et prolonge de récentes recherches qui démontrent les étonnantes capacités de raisonnement abstrait et probabiliste des nouveau-nés et même des prématurés.

Des chercheurs du CNRS dirigé par Vittorio Girotto ont par exemple montré (CNRS) dans une étude publiée en mai 2011 dans la revue « Science », que les bébés sont capables, à partir d’un an, alors qu’ils ne savent pas encore parler, d’utiliser une faculté cognitive que l’on croyait réservée à des enfants beaucoup plus âgés : la prévision rationnelle, dans un environnement complexe et inconnu, d’événements possibles, en s’appuyant sur un calcul de probabilités.

Pour parvenir à ce constat qui a beaucoup étonné la communauté scientifique, ces chercheurs ont montré de petits films à 60 bébés âgés d’environ un an.

Dans ces vidéos, les bébés pouvaient voir un ensemble d’objets ayant différentes formes et différentes couleurs rebondir dans un récipient transparent dont le fond pouvait s’ouvrir. Ce récipient était ensuite masqué. Quand le fond s’ouvrait, les bébés pouvaient voir l’un des objets en sortir.

Les chercheurs ont alors mesuré la durée de l’attention des enfants face aux différentes scènes, en supposant que ces bébés regarderaient plus longtemps un événement qu’ils considéraient comme inattendu et improbable.

Et c’est exactement ce qui s’est passé puisque les différences de niveau d’attention constatées montraient clairement que ces enfants faisaient des prédictions probabilistes correctes et étaient surpris lorsqu’ils voyaient sortir du récipient des objets qui ne correspondaient pas à leurs prévisions.

Ces travaux, comme ceux de Sid Kouider, ont fait l’effet d’une petite bombe dans le domaine des sciences cognitives car ils remettent en cause une partie du cadre théorique de référence concernant le développement cognitif de l’enfant, formulée par Jean Piaget, il y a plus d’un demi-siècle. Celui-ci, dans sa description des différentes phases de la construction cognitive chez l’enfant, considéraient en effet qu’une telle faculté n’était pas en place avant l’âge de sept ans.

En avril 2012, une autre découverte étonnante, réalisé par des chercheurs du CNRS, dirigés par Édouard Gentaz, est venue également bousculer la conception généralement admise des capacités cognitives chez les bébés. (NCBI).

Cette étude a en effet montré que les prématurés, dès la 31e semaine de grossesse, sont capables de reconnaître avec une main un objet déjà manipulé par l’autre main. Ces observations expérimentales montrent qu’une aire cérébrale impliquée dans le transfert d’informations, le corps calleux, est déjà opérationnelle chez ces enfants nés avant terme.

Il y a trois ans, la même équipe de recherche avait déjà montré pour la première fois que les prématurés étaient capables de mémoriser la forme des objets à partir de l’information tactile que ces bébés parvenaient à en extraire…

Il faut également évoquer une autre étude, publiée en février 2013 et réalisée par une équipe associant des chercheurs de l’Inserm, du CEA et du NeuroSpin. Ces recherches, dirigées par Fabrice Wallois et Ghislaine Dehaene-Lambertz, visaient à évaluer les capacités de discrimination auditive de nouveaux-nés prématurés, nés deux à trois mois avant le terme. (Voir « Capacités de discrimination syllabique chez les enfants prématurés » (INSERM)

Certaines études avaient déjà montré que les nouveaux-nés étaient capables, à la naissance, de distinguer des syllabes proches, de reconnaître la voix de leur mère et même de différencier diverses langues humaines. Mais le débat se poursuivait au sein de la communauté scientifique pour savoir si ces capacités chez les bébés résultaient de mécanismes innés d’aptitude au langage, ou étaient le résultat d’un apprentissage des spécificités de la voix maternelle au cours des dernières semaines de grossesse

Des expériences réalisées dans le cadre de cette étude ont montré que ces enfants prématurés possédaient déjà une capacité d’identification d’un changement de syllabe et de repérage d’un nouveau son, ce qui montre que les fœtus disposent bien, avant la naissance, de capacités intrinsèques d’acquisition du langage.

Pour parvenir à ces conclusions étonnantes, les chercheurs ont stimulé auditivement les nouveau-nés prématurés, en les exposant à deux sons de syllabes proches, prononcées, soit par un homme, soit par une femme. Les réactions cérébrales de ces enfants ont ensuite été analysées à l’aide d’un système d’imagerie optique utilisant la spectroscopie. C’est cette analyse qui a permis de montrer qu’en dépit d’un cerveau immature, les prématurés sont à la fois réceptifs aux changements de voix (homme ou femme) et aux changements de phonèmes.

Ces travaux ont également montré que les réseaux de neurones mobilisés par ces aptitudes chez le prématuré sont très proches de ceux à l’œuvre chez le sujet adulte.

Il semble donc, à la lumière de ces récentes expériences, qu’avant même qu’un apprentissage quelconque ait pu produire ses effets, le cerveau du fœtus est déjà équipé pour pouvoir « décoder » et traiter le type d’information correspondant à la parole humaine.

Ces travaux passionnants et ces avancées majeures dans la connaissance de la construction cognitive chez le jeune enfant tendent à confirmer la théorie d’une grammaire générative, innée et universelle formulée par le philosophe et linguiste américain Noam Chomsky, il y a plus de 50 ans.

Dans cette hypothèse, que Chomsky n’a cessé d’enrichir et de compléter au fil des décennies, la grammaire générative est conçue comme un système de règles grammaticales permettant de générer toutes les phrases de la langue.

Les travaux de Chomsky ont non seulement bouleversé la linguistique mais également l’ensemble des sciences cognitives et partent d’un constat empirique : comment se fait-il qu’un très jeune enfant puisse produire et comprendre instantanément de nouvelles phrases qui sont différentes de toutes celles qu’il a déjà entendues, à la fois en termes de prononciation et d’intonation et sur le plan de la structure et de l’organisation.

L’idée maîtresse de Chomsky est que cette remarquable capacité d’acquisition linguistique repose sur l’utilisation par l’enfant d’une « grammaire générative » innée et génétiquement programmée qui va permettre à l’enfant de développer très précocement et même in utero des capacités linguistiques inexplicables dans le seul cadre de l’apprentissage et de l’environnement.

Pour autant, cette approche « nativiste », qui semble confortée par les récentes découvertes des sciences cognitives, rend-elle caduque et inopérante l’approche constructiviste chère à Jean Piaget.

La réponse est non car un nombre croissant de chercheurs considèrent aujourd’hui que cette opposition scientifique, épistémologique et philosophique entre « constructivistes » et « nativistes » doit être dépassée.

Il n’est en effet pas contradictoire, ni incohérent d’admettre que le nouveau-né dispose déjà d’un extraordinaire outil d’analyse cognitive, sans doute génétiquement programmé, qui lui permet déjà de réaliser des opérations de calcul et d’évaluation abstraite et d’accéder très tôt au sens du langage  et qu’il va ensuite développer et modifier tout au long de sa vie, son propre système d’appréhension mental, cognitif et symbolique du monde, en fonction de son histoire affective, corporelle, sociale et culturelle singulière.

C’est bien pourquoi, en dépit de l’extraordinaire viatique cérébral et cognitif dont nous disposons, avant même notre naissance, nous ne cessons de commettre au cours de notre vie des erreurs de raisonnement, de prendre des décisions illogiques et de faire des choix non prévisibles.

En effet, comme l’avait bien vu Piaget et comme l’ont développé depuis de grands scientifiques comme Antonio Damasio, qui refusent une vision neurobiologique réductrice de l’homme, notre esprit s’inscrit dans un corps et son fonctionnement, même dans les domaines les plus abstraits et les plus logiques, n’est jamais séparable du monde infini de perception, d’émotions et de sensations qui nous entoure et des liens affectifs que nous ne cessons de tisser avec les autres.

Loin de nous réduire à des êtres qui seraient essentiellement déterminés par leurs gènes, ou au contraire de faire de l’homme, une entité désincarnée, dont la dimension biologique serait effacée, ces découvertes majeures et convergentes dans le domaine des sciences cognitives montrent que notre extraordinaire capacité à penser et à construire notre représentation du monde est inséparable de cette unité retrouvée entre corps et esprit et de cette spirale ascendante qui va de la vie à la conscience et par laquelle nous construisons notre irréductible liberté.

Source : René Trégouet 

http://neoconscienceblog.wordpress.com/2013/10/20/perception-conscience-et-intelligence-existent-avant-la-naissance/

Vivre et penser comme une truie

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Chère Gina,

Si je me permets de te faire cette petite bafouille, c’est pour te féliciter de ton commentaire frais, fin et parfumé, concernant tous les méchants envieux bolchevico-communistes qui n‘en veulent qu’à ton pognon laborieusement gagné à la sueur du front de tes gens qui se lèvent tôt pendant que tu te fais du lard :

« Si vous êtes jaloux de ceux qui ont plus d’argent que vous, ne restez pas assis à vous plaindre. Faites quelque chose pour gagner davantage – passez moins de temps à boire, à fumer et à socialiser ; travaillez plus »

En effet, ce n’est pas parce qu’en tant que Gina Rinehart, patronne adipeuse australienne du groupe Hancock Prospecting et accessoirement femme la plus riche du monde (24 milliards d’euros) qu’à côté mamie Liliane (18,5 milliards d’euros) ferait presque pitié, que tu n’as pas le droit à l’instar de tes poivrots d’esclaves ouvriers, crevant au fond de ton empire minier, de tenir des propos d’ivrogne de comptoir à jeun qui plus est.

Je sais bien que certains aigris diront qu’à l’aune de tes admirables valeurs, travail, effort, mérite, tu es un tantinet mal placée pour ouvrir ton gros gras groin, étant passée par l’ascenseur social plutôt que par l’escalier de service et ne devant ton immense fortune que par le fait d’hériter de papounet cheri, mais foin de ces calomnies de quelques médisants avinés.

Manquerait plus que tu t’excuses de sortir par hasard des couilles paternelles et que tu n’exiges pas du gouvernement australien d’abaisser le salaire minimum de ces bons à rien d’alcoolos à l’hygiène douteuse, même pas foutus d’atteindre l’âge de la retraite qu’il serait d’ailleurs logique de supprimer.

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Au nom de quoi le fait d’être né une cuiller en platine sertie de diamants dans la bouche devrait t’interdire de penser comme une truie, de tendre vers un QI de kangourou en éructant des conneries, faisant se marrer plus d’un marsupial australien ?

On peut être riche et con à la fois. Merci pour cette illustration décomplexée de ta vulgarité assumée.

Certes, je connais personnellement quelques travailleurs sans papiers (peut être bien les tiens) bossant jour et nuit, ni ne buvant, ni ne fumant, ni même socialisant tant ils rasent les murs, qui ne gagnent pas en un an, ce que tu palpes en une heure, mais sous leur colossale fatigue ne cacheraient ils pas sournoisement leur nature de feignant génétique ?

Rassure toi, Gina de mon cœur, la troïka émancipatrice exige enfinque ces branleurs de grecs travaillent six jours sur sept en regrettant probablement que la semaine n’en comporte pas 8.

Ce retour nostalgique au 19éme de Zola devrait te consoler quelque peu de tant de mauvais acquis sociaux poussant à l’oisiveté dépravée et au syndicalisme.

Oh bien sûr certains gauchistes malveillants incapables de gratitudes se vautrant dans la facilité, se gausseront de ton physique ingrat, te traiteront de grosse vache, de Parisot porcine, de maquerelle graisseuse, tant il est aisé de se moquer de ta gueule de l’emploi bouffie et gavée.

Je ne me commettrai pas à ces bassesses-là, admirant au contraire ta beauté intérieure faisant émaner de toi une grâce, une élégance naturelle malgré un physique pas facile de grosse dame et d’enflure.

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Mais tout bien réfléchi malgré ta fortune et ton esprit alliant finesse et géométrie, non je ne t’épouserai pas.

Suivant tes conseils, ma pulpeuse Gina, je viens de trouver une idée pour gagner davantage, cesser de boire, arrêter de fumer et prendre une douche par semaine.

Je vais te vendre au kilo, à la découpe, alléger tes souffrances existentielles et nourrir au passage quelque horde de prolétaires affamés enfin désocialisés.

Gina mon amour, ne me remercie pas, je te pisse cordialement à la raie.

ton tgb

http://rue-affre.20minutes-blogs.fr/archive/2012/09/06/vivre-et-penser-comme-une-truie.html

 

LA MORT VUE DU CIEL

Cette chronique a été publiée dans le numéro 8 de la version papier d’Article11

*

«  C’est le plus grand jour de l’histoire ! » (Harry Truman, apprenant que le bombardement d’Hiroshima est un « succès »)

Il y a des gens que le remords n’étouffe pas. Paul Tibbets, qui largua la première bombe atomique sur Hiroshima un triste jour d’août 1945, affirmait par la suite dormir comme un bébé, conscience tranquille, merci, il n’avait fait que son devoir1. Quant au fils aviateur de Mussolini – bon sang ne saurait mentir –, Bruno, il se rappelait avec émerveillement le plaisir éprouvé à semer la mort lors de la campagne d’Éthiopie, en 1936 : « Nous devions incendier les collines boisées, les champs et les petits villages […]. C’était vraiment divertissant. […] Encerclés par le feu, environ cinq mille Abyssiniens ont eu une mort difficile. » À la guerre comme à la guerre… Un général de l’armée de l’air américaine, Curtis LeMay, l’éructa au moment du grand bombardement de Tokyo – nuit du 9 au 10 mars 1945, plus de 100 000 morts : « Un civil innocent, ça n’existe pas ! »

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Des exemples extrêmes ? Même pas. Juste de parfaits symboles du caractère impersonnel, presque « indolore », du massacre par bombes aériennes interposées. La mort vue du ciel ou d’un poste de commande n’est pas si « culpabilisante » : des fourmis affolées, des fumées éparses ; pas des gosses éventrés ni des tornades de feu. Vision tronquée. Même le grand Howard Zinn se laissa un temps aveugler. L’historien américain n’avait que 23 ans lorsqu’il participa à une terrible opération militaire, le second bombardement de Royan, qui fit en avril 1945 des milliers de victimes civiles pour un intérêt stratégique nul2. Dans La Bombe3, il revient sur cette expérience, interroge sa bonne conscience de l’époque, se décrivant «  sous la verrière en plexiglas d’un B-17, les yeux rivés au viseur, observant les éclats de lumière fusant des cibles touchées, mais ne voyant nul être humain et ne percevant aucun cri, à l’abri du sang et totalement inconscient de la possibilité que, en dessous, des enfants soient en train de mourir, de devenir aveugles, de perdre un bras ou une jambe  ». C’est bien après la fin des combats que Zinn comprit ce à quoi il avait participé. Il l’expliquait lors d’une prise de parole parisienne, en juin 20094 : «  Au début, j’étais un bombardier enthousiaste, ma compréhension de cette guerre se faisait en des termes très simplistes. […] La logique était simple : les fascistes étaient les mauvais, nous étions les gentils. Une fois la guerre terminée, […] j’ai découvert que la Deuxième Guerre mondiale était, en termes moraux, beaucoup plus compliquée que ce que je m’étais imaginé. C’est seulement alors que j’ai commencé à penser aux millions de personnes mortes sous nos bombes, à Nagasaki, Hiroshima ou Dresde.  »

CIVILISER PAR LES BOMBES

« [Il faut] bombarder le Vietnam pour le ramener à l’âge de pierre. » (Curtis LeMay)

Si le premier bombardement aérien date du 1er novembre 1911 – un pilote italien lâche une grenade à main sur une oasis libyenne –, des écrivains et essayistes avaient dès le XIXe siècle commencé à fantasmer le potentiel dévastateur d’une pratique permettant d’exporter le champ de bataille chez l’ennemi. Dans Robur le Conquérant (1886), Jules Vernes met ainsi en scène une machine volante gigantesque, L’Albatros, qui sème l’effroi lorsque des « sauvages » africains dépassent les bornes5. L’engin présente nombre de similitudes avec les forteresses volantes du XXe siècle.

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« Le rêve consistant à résoudre tous les problèmes par une extermination venue des airs existe avant même que la première bombe soit larguée d’un avion », rappelle Sven Lindqvist dans sa magistrale Histoire du bombardement6. L’utopie de tout bon général d’armée ? Aux boucheries façon Sedan ou Verdun, substituer une guerre zéro mort…. chez nous. Évidemment, il y a un hic : les « dégâts collatéraux ». Voilà pourquoi les premiers bombardements de masse sont dirigés contre des populations considérées comme inférieures. Évoquant le très oublié massacre aérien de Chechaouene (Maroc, 1925), Lindqvist écrit : « La vérité sur Chechaouene n’a pas besoin d’être occulté. Bombarder des indigènes est considéré comme une chose naturelle. Les Italiens l’ont fait en Libye, les Français au Maroc et en Syrie, les Britanniques dans tout le Moyen-Orient, en Inde et en Afrique de l’Est, et les Sud-Africains dans le Sud-Ouest africain. Y’aura-t-il jamais un ambassadeur pour s’en excuser ? De toutes ces villes et de tous ces villages bombardés, c’est Guernica qui est entrée dans l’histoire. Car Guernica se trouvait en Europe. Là où nous mourrons. » Logique implacable. Et très utile pour amadouer l’opinion publique. Le bombardé, civil ou militaire, n’est jamais comme nous : il appartient au camp d’en face. Ainsi en ira-t-il des bombardements massifs de cibles civiles en Allemagne ou au Japon, pays aux populations alors considérées comme fondamentalement « coupables ». Une logique également à l’œuvre dans les frappes américaine soi disant chirurgicales en Afghanistan ou au Pakistan. « Il est vrai que je larguais mes bombes d’une altitude de 9 000 mètres, tandis que les bombardiers à réaction d’aujourd’hui volent plus près du sol et sont munis d’ordinateurs hautement sophistiqués leur permettant d’atteindre leur cible avec une plus grande précision  », note Howard Zinn dans La Bombe. Avant de rappeler l’essentiel : « L’opération n’est pas moins impersonnelle, car même le soldat qui procède à des ’frappes chirurgicales’ ne voit aucun être humain. »

CATCH 22 : INSIDE JOB

On ne va quand même pas envoyer les fous se faire tuer, non ?
– Qui d’autre irait ?
 »
(Joseph Heller)

Quand Catch 22 sortit en librairie aux États-Unis, en 1961, la Guerre du Vietnam restait une réalité lointaine, peu discutée en terre yankee. Mais à mesure que la première puissance mondiale s’embourbait et que l’opposition au conflit se développait, le roman de Joseph Heller devint un symbole du pacifisme, pavé lumineux agité à la porcine face des va-t-en-guerre. Au point d’être aujourd’hui passé dans le langage courant US : une situation qualifiée de Catch 22désigne un épisode particulièrement kafkaïen, dépourvu d’humanité et de la plus élémentaire logique.

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La trame de Catch 22 est simple : une unité de bombardiers est stationnée dans une petite île de Méditerranée à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle est chargée d’appuyer les offensives terrestres et de noyer la résistance fasciste sous un déluge de bombes. Les hommes sont épuisés, démoralisés ; ou cinglés. Mais on ne leur demande pas leur avis – états d’âme interdits. Le « héros », le capitaine Yossarian, consacre toute son énergie à une tâche primordiale : esquiver la prochaine mission, et celles d’après, en « feignant » la folie. Sur sa route démobilisée, un obstacle, l’article 22, sommet d’absurdité stipulant que quiconque demandant à se faire exempter de combat pour folie n’est pas fou, puisque refusant le combat : « Quiconque veut se faire dispenser d’aller au feu n’est pas réellement cinglé. »

État major débile, missions suicide en pagaille, troufions paniqués, objectifs absurdes, massacres de civils… Le tableau dressé par Joseph Heller est cinglant, l’équivalent littéraire du Docteur Folamour7 de Kubrick : la morbide absurdité de la guerre poussée à son maximum. Comme le Bardamu de Voyage au bout de la nuit, Yossarian est propulsé dans un univers aussi frappadingue que cruel. Mais Yossarian n’est pas Bardamu : il ne s’échappe pas, ne voyage pas, reste bloqué dans cet univers dénué de toute logique. Chaque nouvelle tentative échoue lamentablement, le renvoie aux commandes de son avion, bombardant encore et encore, la peur aux tripes. À l’image de Claude Eatherly, le « rénégat » d’Hiroshima8, Yossarian et ses camarades bombardiers n’ont d’autre échappatoire que la folie. L’humanité, parfois, passe par l’effroi.


1 Le même Tibbets poussa l’indécence jusqu’à monnayer des pseudos-souvenirs du jour J sur un site Internet ouvert en 1999 : pour 25 dollars, l’heureux acheteur se voyait envoyer quatre photos dédicacées de la mission atomique.

2 Hormis celui d’essayer une nouvelle forme de bombe incendiaire, que l’on nommera par la suite napalm.

3 La Bombe, de l’inutilité des bombardements aériens, éditions Lux, 2011.

4 Retranscrite sur Article11.info le 3 juin 2009, sous le titre « Parvenir à la justice sociale en faisant l’économie de la guerre. 

5 Jules Vernes avait déjà imaginé une scène similaire – l’homme blanc punit le sauvage africain depuis les airs – en 1863, dans Cinq semaines en ballon.

6 La Découverte, 2012.

7 Le film sortit en 1964 aux États-Unis, avec un sous-titre grinçant : Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe

8 De tous les participants au vol qui largua la première bombe atomique sur Hiroshima le 6 août 1945, un seul manifesta publiquement des remords, un certain Claude Eatherly, chargé de donner le feu vert météo au sinistre largage. Traumatisé par l’épisode, il ne tourna jamais la page, dénonçant le crime commis avant de flirter avec la folie.

 

SANTÉ, JUSQU’OÙ IRONS-NOUS?

Chronique : La médecine du professeur Biron 

SANTÉ, JUSQU’OÙ IRONS-NOUS?

Entrevue virtuelle avec Oscar Grosjean

Sujet 

Santé, jusqu’où irons-nous? Fabriquer des patients pour tuer la Sécu. Charleroi BE; Couleur livres : 2005, 117 pages, ISBN 978-2-87003-533-7 – <www.couleurlivres.be>

Un ouvrage décapant qui décrit les choses telles qu’elles sont devenues en matière de santé et de médecine. Un ouvrage sur la médecine d’aujourd’hui, débordant de constatations surprenantes et de questions impertinentes comme de savoir si les examens et soins proposés aujourd’hui, de plus en plus nombreux et coûteux, sont utiles à notre santé. Son regard critique nous rappelle celui des américains Nortin Hadler (Malades d’inquiétude ?) et Gilbert Welch (Dois-je me faire tester pour le cancer ?), tous deux traduits par Fernand Turcotte, aux Presses de l’Université Laval.

Auteur

Oscar Grosjean est criminologue et médecin de formation, chirurgien de profession, belge de nationalité, enseignant; chercheur. Il a effectué plusieurs missions chirurgicales au tiers monde. Son signe particulier est qu’il n’a pas la langue dans sa poche. Il a aussi publié : Victimisation et soins de santé : Comprendre, prévenir et réparer. Bruxelles : Mardaga; 2002 et La santé à quel prix ? Charleroi BE :Couleur livres; 2005

Interview virtuelle

Q – Contre quoi fustigez-vous ?

R – Les dépistages, la médicalisation, la médicamentation, la médecine reproductive, l’acharnement sur les prématurés, l’acharnement en fin de vie, la privatisation des soins, la disparition du secret médical, la césarienne de convenance, les programmes d’accompagnement pour fidéliser les patients, l’eau embouteillée, et bien d’autres dérapages de la conception de la santé et de la pratique médicale modernes

Q – Pourquoi l’histoire de la médecine est si peu enseignée?

R – Elle est étroitement liée aux religions qui lui ont fixé ses limites, ses règles et sa place dans nos sociétés. Mais il est temps de démystifier la médecine, ses apparats et son appareil, comme l’ont été les religions, leur cérémonial et leur clergé.

Q – Comment hiérarchisez-vous les déterminants de la santé?

R – Les facteurs médicaux n’y contribuent que 11%, loin derrière le style de vie (43%), la qualité de l’environnement (19%), le génome et le comportement individuel (27%). La santé est inégalement répartie au départ par le génome et elle s’use plus ou moins vite au fil du temps selon l’environnement de vie et de travail.[1]

Q – Les budgets gouvernementaux reliés à la santé sont-ils mal répartis?

R – On multiplie les campagnes de dépistages de toutes sortes, les vaccinations discutables[2] et les procréations médicalement assistées[3] plutôt que de financer la recherche fondamentale, l’enseignement et l’éducation. On investit dans les promesses commerciales d’innovations diagnostiques et thérapeutiques.

Q – Comment se promeuvent les nouveaux produits et les nouvelles indications?

R – Par des campagnes de dépistages et de journées dédiées aux maladies; par le démarchage auprès des Agences du médicament pour autoriser des médicaments inutiles ou nocifs, par le dénigrement des produits génériques. La menace rampante de rendre obligatoires les dépistages, régulièrement proférée par des politiciens sous influence de l’industrie, est contraire aux droits humains et à ceux des patient qui doivent pouvoir choisir librement en ces matières.

Q – Quelles sont les conséquences des budgets alloués à la médicalisation et la médicamentation?

R – Leur inutilité et leur inefficience rendent inaccessibles au plus grand nombre les soins de santé indispensables, utiles et nécessaires. Ils détruiront le caractère de service public de la santé[4] comme font de tous les services publics les puissances financières qui veulent les soumettre aux règles inhumaines et anti-démocratiques de l’Organisation mondiale du commerce.

Q – La relation patient-médecin en est-elle affectée ?

R – La relation soignant-soigné et la notion même de maladie ont pris un caractère commercial qui fait du patient un client.

Q – D’où viennent surtout les pressions à la privatisation?

R – De l’Organisation mondiale du commerce (OMC). De la Coalition des industries de service américaines (United States Coalition of Service Industries). On milite pour enfoncer toutes les barrières à la libéralisation et donner ainsi l’occasion aux entreprises américaines de s’étendre vers les marchés de soins de santé à l’étranger.[5] On milite pour faire sauter les règlementations jugées excessives en ce qui concerne le secret médical; ainsi à l’OMC on souhaite reclassifier du domaine de la santé vers le traitement informatique les bases de données concernant les patients.

Q – Que pensez-vous de la médecine reproductive?

R – L’infertilité n’est pas un si grand malheur et les pouvoirs publics ne devraient pas financer le désir de se reproduire à tout prix. La procréation médicalement assistée est un véritable chemin de croix. Une litanie de manipulations attend la future mère. Inséminations artificielles, prélèvement d’ovules, fécondations in vitro, réimplantation… en fait une hyper-médicalisation douloureuse pour la personne, le couple, l’enfant. Avec le risque de grossesses multiples, de prématurité, de bébés fragiles.

Q – Et de la prématurité?

R – Certains progrès sont des régressions : en 1960, un prématuré de moins d’un kilo avait 95% de chances de mourir; en 2009, il a 95% de malchances de survivre. Assurer la santé des jeunes mères et de leurs nouveau-nés est infiniment moins onéreux que les acrobaties de la procréation médicalement assistée et des soins intensifs aux prématurés.

Q – Et des fins de vie?

R – Aux santés défaillantes des riches vieillissants répond une médecine à la fois défensive et vorace qui se nourrit de dépistages, de bilans de santé et de traitements anti-âge. Il est devenu interdit de vieillir. Tant pis pour ceux qui n’entrent pas dans le format, ils n’avaient qu’à se faire dépister pour échapper aux cancers, au diabète, aux maladies cardiovasculaires, aux aléas de la ménopause et de l’andropause, à l’ostéoporose, aux démences.

Nos vieux courent à toutes les consultations, se soumettent à des interventions et avalent des médicaments comme les croyants invoquaient les saints et recouraient aux eaux miraculeuses[6]. La longévité dans nos pays fait que l’esprit s’éteint de plus en plus tôt que le corps dont la médecine prolonge la survie.

Q – La chirurgie est-elle parfois inutile?

R – Dans certaines régions, sans aucune raison, on pratique beaucoup plus de thyroïdectomies totales, de chirurgies de l’obésité, d’hystérectomies, de prostatectomies totales.

Q – Quel rôle peuvent jouer les omnipraticiens pour protéger leurs patients?

R – Un médecin de famille bien formé, mieux honoré et doté de pouvoirs décisionnels pourrait tempérer cette frénésie d’actes inappropriés ou injustifiés[7]. Ce professionnel intègre est pour l’instant encore réduit à clamer dans le désert.

Q – Que pensez-vous de l’aide à l’observance par des programmes industriels d’accompagnement ?

R – Généralisée et légalisée, cette aide constituerait une atteinte à la vie privée et aux droits des patients; elle court-circuiterait médecins et pharmaciens. On prévoit des relance téléphoniques, des numéros de téléphone sans frais; une ‘éducation personnalisée’; des visites infirmières à domicile. Pour fidéliser la clientèle à la marque et contraindre les patients à suivre les ordonnances.

La législation serait aussi dangereuse pour la santé et les finances publiques que l’est déjà la publicité directe pour les médicaments de prescription qui pollue la relation médecin-patient. Demander aux entreprises de s’occuper d’observance, c’est demander aux loups de garder les moutons. L’industrie concentre ses efforts sur les médicaments onéreux et innovants. Les projets dérivés vont des dépistages à la télévigilance.[8]

Q – Le gouvernement du Québec vient d’appuyer en 2011 l’exportation d’amiante aux Indes malgré les protestations de centaines de médecins, toxicologues, épidémiologistes et environnementalistes du Québec et du monde entier…

R – Les industries chimiques toxiques, explosives, polluantes sont refoulées vers les pays pauvres où les lois et règlements sur la protection des hommes et de l’environnement sont rudimentaires ou monnayables.

Q – Et le tabagisme?

R – Les cigarettiers peuvent acheter à n’importe quel prix les décideurs politiques : directement dans les dictatures, en finançant les campagnes électorales dans les démocraties.

Q – Et les frites?

R – En 1960, un cornet de frites commercial faisait 200 calories… pour arriver à 610 calories en 2003 et ce n’est pas fini. Le saupoudrage de sel a aussi triplé…

Q – Pourquoi le fructose est-il ‘le mauvais sucre’?

R – Le sirop de fructose (extrait du maïs) a un pouvoir sucrant bien supérieur à celui du glucose de la canne à sucre… on le trouve dans toutes les boissons gazeuses. Mais le métabolisme du fructose diffère de celui du glucose, il augmente : triglycérides, mauvais cholestérol, résistance à l’insuline, et mène au syndrome métabolique, à la stéatose hépatique, au diabète gras

Q – Que penser des dépistages?

R – Cesser de fabriquer des malades à force de dépistages, de bilans de santé et d’inventions de maladies, réduirait bien des couts et souffrances inutiles, sans accroître la mortalité globale. Ils font l’objet de promotions à la limite du harcèlement alors que leur efficacité est controversée. Ils sont la cause de sur-diagnostics et de sur-traitements. Ils partent de bonnes intentions fondées sur des idées fausses pour parvenir à des résultats absurdes.

Q – Même pour le cancer?

R – Les études bien conduites et statistiquement significatives n’ont jamais établi que le dépistage réduisait la mortalité globale, quel que soit le cancer ciblé. La plupart des personnes qui se font dépister n’auront jamais de cancer et ne tirent donc aucun bénéfice des dépistages tandis que d’autres mourront du cancer malgré des dépistages assidus. On dépiste  surtout les lésions à évolution lente… il en va ainsi de nombre de cancers du sein, du poumon, de la prostate et du côlon.

L’histoire montre une diminution spectaculaire de la mortalité par cancers du corps utérin, des testicules, de l’estomac, de la maladie de Hodgkin… sans doute par modification de l’environnement, du mode de vie, de l’alimentation… Ce résultat n’a absolument rien à voir avec les dépistages puisque les cancers dont la mortalité a le plus baissé au cours des dernières décennies n’étaient pas dépistés.

Q – Et le dépistage génétique?

R – Jamais un seul gène n’est impliqué dans le développement d’un cancer ou d’autres maladies non spécifiquement héréditaires. Ces tests génétiques ne sont d’aucune aide. Il est trop tôt pour tirer des choix diagnostiques et thérapeutiques individuels depuis le décryptage actuel du génome humain. Un moratoire sur les dépistages des cancers simultanément à une évaluation rigoureuse de leur efficience, en dehors de toute influence commerciale et politique, s’impose avant de les promouvoir.

Q – Et les bilans sanguins?

R – Suite à leur mode de calcul, les marges des valeurs de référence rétrécissent sans tenir compte de l’âge ni du mode de vie. Il en va ainsi des glycémies, triglycérides, cholestérols… et autres valeurs fétiches en sorte que peu de personnes en bonne santé on la chance d’avoir aujourd’hui un bilan d’apparence normale.  On finit par donner des chiffres ou images hors normes qui rendent anxieux sinon malade.

Q – Et la tension artérielle?

R – Une pression de 140 / 90 était, jusqu’à il y a peu, normale, elle est maintenant à traiter si la glycémie, le cholestérol dépassent la ‘normale’. Ce n’est pas raisonnable. Pourtant l’utilisation de la pression artérielle ‘moyenne’ – le tiers de la différence entre systolique et diastolique + la diastolique[9] – mènerait à beaucoup moins de pseudo hypertendus sous traitement. Au delà de 80 ans un sevrage des antihypertenseurs devrait être envisagé systématiquement, pour éviter des chutes, déficits cognitifs ou pertes d’élan vital résultant d’hypotension induite médicalement.

Q – Et les vaccins antigrippaux?

R – Dans les pays riches certaines vaccinations à l’efficacité discutable sont encouragées et mises à charge de la communauté : l’influenza saisonnier et le virus du papillome humain (dit HPV). Pour la vaccination contre la grippe saisonnière, aucune étude épidémiologique de grande ampleur n’a démontré à ce jour son impact sur la mortalité globale là où elle est encouragée

Q – Et les antiviraux contre la grippe?

R – Ils se vendent et se stockent de façon délirante alors que leur utilité est controversée[10]

Q – Et la vaccination anti HPV?[11]

R – Ces vaccins abusivement appelés vaccins contre le cancer du col de l’utérus ont été mis sur le marché à des prix prohibitifs mais déjà remboursés dans certains pays riches grâce à un lobbying intensif des firmes auprès des ministères compétents. L’efficacité, et en tout cas l’efficience, font toujours débat.

Q – Vous plaidez pour la valorisation de la médecine de première ligne?

R – L’expérience apprend qu’il est bien plus important et difficile de former un généraliste[12] qu’un spécialiste. Une médecine de première ligne performante serait le meilleur garant de soins de qualité pour tous et d’une sécurité sociale viable. Les étudiants les mieux classés devraient être sélectionnés pour la formation en médecine générale, on devrait les rétribuer aussi bien que leurs collègues spécialistes. Il faut valoriser[13] l’acte intellectuel plutôt que les actes techniques, cela vaut aussi pour les spécialistes.

Q – Merci Dr Grosjean


[1] Alias statut socio-économico-environnemental-éducationnel

[2] On se croirait au Québec…

[3] On se croirait au Québec…

[4] Comme le clame au Québec le groupe Médecins québécois pour le régime public (MQRP)

[5] Québec inclus

[6] Par exemple, prendre une statine quand on ne souffre pas de maladie coronaire revient pratiquement à prendre un placebo qui pèse lourd dans le budget santé, surtout chez les femmes

[7] Incidemment ce rôle de « iatroprotection » se dit aussi « prévention quaternaire », concept mis de l’avant par l’omnipraticien Marc Jamoulle, Belge lui aussi : « mesures prises pour identifier les patients à risque de surtraitement, de les protéger contre de nouvelles procédures médicales ». Le terme est inclus dans le Dictionnaire de médecine générale et familiale

[8] Novartis met au point présentement une « puce dans la pilule » qui communique avec sa jumelle réceptrice implantée sous la peau du patient, laquelle permet le relais à un téléphone intelligent ou un ordinateur. Elle émet le signal de sa présence quotidienne dans l’intestin, c’est en quelque sorte un bracelet électronique médical à l’instar de celui des criminels en liberté surveillée. On commence par des greffés, où l’observance se justifie médicalement, mais jusqu’où dérivera cette surveillance?

[9] Pour 140 / 90, 17 + 90 = 107 mmHg (puisque 140-90=50, et 50/3 = 17)

[10] Comme Tamiflu®

[11] Comme Gardasil®

[12] Alias médecin personnel, médecin traitant, médecin de famille, omnipraticien

[13] Donc rémunérer aussi bien la recherche des meilleures décisions diagnostiques et thérapeutiques, plutôt que rembourser trop généreusement l’accomplissement de gestes techniques (imageries, interventions invasives…)

Pierre Biron MD

L’AGENDA

 

Je ne me souviens plus de rien…

Si

Des lambeaux…

Des écharpes  de temps qui flânent  dans ma mémoire, comme  celles  des aviateurs dans les biplans  d’antan. La tête giflée de nuages…

 

Un peu Saint Ex..

Mais jamais  has been…

 

Mon avenir est passé à la sécheuse . Ça m’a sculpté quelques rides, j’ai la pelure, au matin, toute  fripée. Tout à faire et à refaire, tout à repasser… 

Pomme de Terre  

Tombé d’un arbre aux branches occultes

Cherchant l’avocat du diable défendant la loi de la gravité…

Mais j’y ai fait une cabane pour jouer

J’y suis encore niché

Et ça me rassure d’avoir  toute l’eau et tout le sable pour mes petits châteaux. 

 

 

J’ai vécu, vécu, vécu

Mais ce n’est pas et ne sera jamais  assez …

Un désert toujours avide. J’ai tellement de sable dans la peau que je viderais l’Atlantique en m’y jetant. Mais j’aime la paix, j’ai toujours été pacifique…

 

Ma vie est un agenda, et je ne saurais  jamais où se trouve la page dernière 

J’écris  pour qu’elle n’arrive pas… 

 

 Je n’ai pas vu tous les yeux de toutes les femmes du monde…

Ça me manque… J’aime à penser que dans leurs ventres sont ou seront enfermé tous les enfants du monde… J’ai toujours aimé la toile de leur iris délicat. Comme des fleurs colorant   leur visage…J’aime les arroser de la lumière des amours.  Un petit foyer de salon des salons roses…

 

J’ai des écrits sans pages…

 

J’aimerais visiter l’Alaska.. Éjaculer dans la bouche d’une russe… Visiter l’Irak en moto.. Concocter une recette de tartes aux bananes …M’avachir sur une plage et devant l’eau verte pour délaver les blues de mon âme…Filer  de la laine pour climatiser les moutons…Tout ça, tout ça, pour l’infinie passion qui me grille…Et comme si par tous mes dires je n’avais encore que des taires…

 

Avant de m’en retourner j’aimerais me fondre dans les bois, rien que pour essayer, en écoutant, en sentant, en mangeant ,  de comprendre un arbre……

 

Il y a sûrement une feuille sur cette planète que je n’ai pas bien regardée, une fleur que je n’ai pas bien sentie… Un caillou dont l’or  ne sera jamais à vendre.

 

 

 

Il ne me reste qu’à rester  un enfant. Dessiner, barbouiller, comme si j’essayais de me trouver, de rester quand tout s’en va, quand tous s’en vont…

Il m’a été dit en naissant que je  n’étais  un agenda. Un an de chair…

Je cherche sans doute de quoi est faite une page, ce qu’est  un an, ce qu’est un âge.

Il doit bien exister d’autres agendas…

 

 

 

.

Gaëtan Pelletier, 2004

 

 

PRIÈRE

Donnez-moi un arbre
Donnez-moi une rivière
Donnez-moi un caillou
J’en ferai la Terre…

Donnez-moi une ombre
Donnez-moi un air
Donnez-moi un champ
J’en ferai une chanson…

Donnez-moi un rire
Donnez-moi le temps
Donnez-moi un instant
J’en ferai l’Éternité…

Mais, mais, mais, mais..
Si tu n’entends pas
Mais, mais, mais, mais
Je ferai le premier pas

Je tuerai tous les sourds
Je tuerai les aveugles
Je tuerai tous les fous
Qui n’écoutent et ne voient pas…

Ceux qui tuent tous les arbres
Et toutes les rivières
Comme si tu n’étais pas là
Dans ton éternité…

Mais, mais , mais, mais
Si tu n’entends pas
Mais, mais ,mais, mais
Je ferai le premier pas

Je te tuerai en me taisant
Comme tu me tues dans ton silence
Je tuerai tous tes sourds et tes aveugles
En ne disant, assassinant la voix
Que tu as mise en moi..

Donne-moi un arbre
J’en prendrai les fruit
Pour les planter en terre
Pour qu’ils portent…

Ta voix et tes silence
Sous une couche de matière
Où l’on dirait tu dors
Depuis trop d’hier…

Mais, mais, mais, mais…

Gaëtan Pelletier
12 novembre 2000