Archives quotidiennes : 8-août-2013

Qualité de vie

Arapao

 

Qualité de vie

 

 

Bien-être et qualité de vie sont des arguments que l’on rencontre partout dans notre quotidien. Mais qu’en est-il vraiment?

 

Je suis âgé maintenant de 64 ans et lorsque j’étais jeune, un grand nombre de maladies actuelles ne me semblait pas exister. Durand des années j’ai cru que ces maladies existaient mais qu’elles n’étaient pas connues ou publicisées. Mais je me suis mis à réfléchir sur,par exemple, les allergies. La plus remarquable est l’allergie à l’huile d’arachide. On recontre cette allergie de plus en plus de nos jours. Et je dois bien accepter que je n’ai jamais entendu parler d’une telle allergie lorsque j’étais jeune. Je ne mentionnerai pas la liste d’allergies que je n’avais jamais rencontré à l’époque. Mais il m’est devenu évident que mes grands-parents et mes arrières grands-parents ne souffraient d’aucune des maladies populaires actuellement. On donne comme raison le fait que les individus voyagent de plus en plus tout autour de la planète et que les virus etc sont transportés ainsi jusqu’à nous. On ne peut pas effacer complètement cette possibilité; mais l’allergie au beurre d’arachide n’est pas originaire de l’Asie. Les naissances de bébé.sanormaux ne sont pas causés par des virus d’outre-mer. D’autres raisons doivent exister pour expliquer ces problèmes.

 

Je me suis demandé quels changements étaient survenus dans notre société depuis l’époque de mes grands-parents. La réponse est assez simple, notre société s’est mise à produire en grande quantité et fait de nous des consommateurs. À l’époque de ma grand-mère, c’était elle qui faisait son savon pour laver et elle n’avait pas de produits toxiques à la portée de la main pour le faire.

 

Sur ce simple petit indice, j’ai commencé à fureter un peu partout pour obtenir des renseignements. Voici quelques résultats :

 

1) Les recherches menées par le National Institute of Occupational Safety and Health sur les produits de soins personnels, ont démontré que parmi les 2 983 produits chimiques présents dans les cosmétiques,

 

A)    884 sont toxiques

B)     146 causes des tumeurs

C)    218 causes des complications au système reproducteur

D)    314 causent des mutations biologiques

E)     376 causent des irritations de la peau et des yeux.

 

Parmi les produits de consommation qui contiennent des produits cancérigènes on retrouve :

 

a)      La poudre pour Bébé Johnson

b)      Le dentifrice antitartre Crest

c)      Le désinfectant Lysol

d)      La poudre nettoyante Ajax

e)      Le colorant pour cheveux Clairol Nice & Easy

f)        Le revitalisant pour cheveux VO5 de Vidal Sassoon

(Source : Dr Samuel S Epstein- Coalition Nationale pour la prévention du Cancer et communiqué de presse Ralph Nader du 21 Septembre 1995.

 

La toxicité de certain produits est telle que l’on devrait en disposer que dans des contenants spéciaux pour récupération de produits toxiques : Les polis à meuble; les produits d’entretient de plancher, nettoyeurs pour vitres, insecticides, dissolvant de vernis à ongle.

 

Évidemment tout le monde sait qu’il est dangereux d’ingérer ces produits; d’ailleurs tous leurs contenants présentent une mise en garde à cet effet; mais ce que nous ignorons est que seulement 10% des problèmes de santé sont provoqués par INGESTION de produits chimiques. 90% des problèmes de santé sont provoqués par inhalation des vapeurs et l’absorption des particules par la peau. Un autre détail des plus important est qu’une molécule de produit toxique qui pénètre un organisme n’en est jamais éliminé. Il y reste à demeure et toute autre molécule qui s’y ajoute produit une accumulation de produit toxique. Depuis 50 ou 60 ans que nous introduisons des produits toxique dans nos demeures, il n’est pas surprenant que l’accumulation commence à s’y faire sentir.

 

Ces faits étant établis, j’ai décidé de bannir de mon foyer tous les produits toxiques  qui s’y trouvent, et tenter de reproduire l’environnement sain et sécuritaire dans lequel vivaient mes grands-parents. J’ai finalement trouvé des produits qui sont biologiques et non toxiques pour remplacer tous ceux qui m’étaient pressurisé dans l’esprit par le marketing sauvage et intensif des grandes cie internationales.

 

J’achète maintenant mes produits par internet, et le tout me revient moins dispendieux qu’auparavant. De plus, je reçois une ristourne sur le montant de mes achats, ce qui augmente encore mes économies. Il y existe même la possibilité que je puisse me créer une source additionnelle de revenu mensuel si je suis intéressé. Ce processus entre en ligne directe avec la philosophie sociale de notre site; il protège l’écologie de sa menace la plus importante, il diminue les dépenses de la famille et domnne la possibilité d’un surplus de revenu mensuel.

 

Je n’ai rien décidé encore à ce sujet; mais je tiens à faire connaître les dangers présentés par les produits que l’on rencontre sur le marché qui sont, me semble-t-il encore plus nocif que la cigarette qui subit les assauts « des défenseurs de la santé publique ».

 

J’ai tout de même décidé d’arrêter de fumer, mais pas sans bannir de mon environnement les autres produits toxiques pour les remplacer par des produits meilleurs ou équivalents qui sont sécuritaires.

 

Pour ceux qui voudraient assainir leur environnement et ont besoin d’infos sur ces produits, vous n’avez qu’à me contacter par courriel àandre.lefebvre@id-3.ca je me ferai un plaisir de vous fournir ces infos.

 

Amicalement

 

André Lefebvre

Ces poissons qui polluent

espèce envahissante

 Gaëtan Pelletier 

Les poissons gigotent
Les poissons barbotent
Les poissons vivent dans l’eau
Dans le fond du lac (que)
Font des flique flaque
Sur le ventre et sur le do
Passe-Partout
 
Dans un échantillon de 57 pays, on a dénombré plus de 542 espèces envahissantes, notamment des plantes vasculaires, des poissons, des mammifères, des oiseaux et des amphibiens, dont l’impact sur la biodiversité est connu. Dans chaque pays, 50 espèces exotiques envahissantes ont été trouvées, en moyenne, et l’on considère qu’il s’agit là d’une sous-estimation de la menace réelle. Radio-Canada 
 
*** 
Peu médiatisées, les espèces exotiques envahissantes (EEE) représentent néanmoins une préoccupation croissante pour nos dirigeants politiques. Il y a quelques jours, le gouvernement américain annonçait d’ailleurs un investissement de 50 millions de $US supplémentaires pour contrôler la population de carpes asiatiques et empêcher qu’elle progresse jusqu’aux Grands Lacs, comme l’expliquait Le Devoir (La carpe asiatique menace les Grands Lacs) le 25 juillet dernier.La carpe asiatique n’est toutefois pas seule à menacer nos écosystèmes aquatiques. Sur tous les continents, un grand nombre d’EEE se dispersent à un rythme surprenant. C’est du moins la vision que partagent les nombreux signataires de la Convention sur la diversité biologique, qui les considèrent comme la seconde cause de perte de biodiversité en importance à travers le monde. Au Canada, l’introduction des EEE a commencé avec les grandes explorations et l’arrivée des premiers colons par la voie maritime du Saint-Laurent, aujourd’hui reconnue comme leur principal point d’entrée. Depuis le XIXe siècle, plus de 150 plantes, algues, poissons et autres organismes exotiques de tous genres auraient trouvé refuge dans le bassin du Saint-Laurent et des Grands Lacs (BSLGL), dont une grande partie au cours des trois dernières décennies. D’après l’Union Saint-Laurent -Grands Lacs, « une espèce envahissante est introduite toutes les 28 semaines », la majorité provenant des eaux de ballast des navires marchands.Principales populationsDans le BSLGL, la lamproie marine, la moule zébrée et le gobie à taches noires sont particulièrement problématiques.La première est un parasite qui se fixe aux poissons pour se nourrir de sang et d’autres liquides internes. Selon Environnement Canada, elle peut éliminer jusqu’à 18 kilogrammes de poissons et en attaquer sept fois plus durant sa vie adulte. Elle serait à l’origine de la diminution drastique des populations de truites de lac, de touladis et de corégones. La moule zébrée, pour sa part, y est présente depuis le milieu des années 1980. Grâce à sa capacité à se fixer aux surfaces solides, elle aurait éliminé plusieurs espèces indigènes, en plus d’endommager les systèmes de canalisations, les bateaux et autres types d’installations industrielles, municipales et hydroélectriques.Quant au gobie à taches noires, il a fait son apparition dans les Grands Lacs depuis les années 1990, et quelques années plus tard dans le fleuve Saint-Laurent. Sa particularité tient autant à sa grande capacité d’adaptation qu’à son aptitude à éliminer les progénitures de ses rivaux et à les chasser de leurs habitats. D’autres espèces, enfin, comme la salicaire commune, la châtaigne d’eau, la truite brune, le crabe vert, le codium fragile (type d’algue verte), le crabe chinois à mitaine, la crevette rouge sang, l’écrevisse à taches rouges, la moule quagga, le carassin, la truite arc-en-ciel, la tortue à oreilles rouges, etc. sont toutes reconnues comme étant des EEE particulièrement nuisibles.Les impacts

D’après Environnement Canada, une espèce est dite exotique lorsqu’elle se retrouve « hors de [son] aire de distribution normale ». On la qualifiera ensuite d’envahissante quand il deviendra souhaitable ou nécessaire d’en éradiquer la population. L’introduction de telles espèces ne fut cependant pas toujours considérée comme source d’appauvrissement de la biodiversité, bien au contraire. Cela dit, bien que plusieurs nous soient bénéfiques, une portion considérable est toutefois reconnue comme nuisible. D’une part, elles déstabilisent l’écosystème en se nourrissant des espèces et organismes indigènes ou en entrant en compétition avec ces dernières pour la recherche de nourriture. D’autre part, lorsqu’elles n’ont pas de prédateur naturel, les EEE peuvent altérer considérablement leur nouvel habitat, par exemple en créant les conditions adéquates pour la croissance d’algues nuisibles et toxiques ou en décimant des espèces entières.

En matière économique, les EEE occasionnent également des coûts substantiels pour les régions touchées. À titre d’exemple, Environnement Canada estime à près de cinq milliards de dollars les coûts engendrés par la présence de la moule zébrée dans le BSLGL, depuis son apparition en 1985.

Les dommages causés aux industries de la pêche et de l’aquaculture, la dégradation des ressources exploitables et des services écosystémiques et les mesures d’éradication et de contrôle des EEE figurent parmi les conséquences les plus coûteuses. À titre d’exemple, la Commission des pêcheries des Grands Lacs estime à plus de 13 millions de dollars les coûts reliés aux différents programmes mis en place pour le contrôle de la grande lamproie marine, et ce, pour l’année 2001 uniquement.

Les effets sur la santé de la population, sur les modes de vie traditionnels ou sur l’emploi sont autant d’impacts sociaux dont il est également nécessaire de tenir compte. Le plus préoccupant, c’est qu’une fois bien acclimatées, les EEE ne peuvent pratiquement plus être éliminées et l’on doit alors se contenter d’en contrôler les populations et leurs impacts. En 2001, le Secrétariat des Nations unies sur la diversité biologique soulignait, de plus, que les changements climatiques pourraient accélérer le phénomène en rendant les habitats davantage propices à la prolifération des EEE.

Problématique commune

Le BSLGL est une ressource unique à travers le monde. Il est essentiel à la vie de millions de gens et représente également un important levier économique pour le Canada et son voisin du Sud.

Cela dit, bien que beaucoup de lois et organismes en protègent les eaux, comme la Convention sur les pêcheries des Grands Lacs, l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs (AQEGL) de 1972, la Charte des Grands Lacs ou la Commission mixte internationale (CMI), peu se concentrent spécifiquement sur les EEE. Malgré de nombreuses concertations régionales et internationales et un grand nombre d’avertissements diffusés par la Commission mixte internationale (CMI), la situation demeure problématique. La CMI qualifie d’ailleurs de « gouffre économique et écologique » les risques considérables que représentent les EEE pour l’écosystème et l’économie du BSLGL. L’Ontario, le Québec, les provinces maritimes, tous en subissent les conséquences. À l’Île-du-Prince-Édouard, il y a quelques années, toute une industrie – soit quelque 1500 personnes et des revenus de plus de 23 millions de dollars annuellement – fut menacée par l’ascidie plissée, selon Transports Canada.

Une attitude préventive

Plusieurs méthodes sont actuellement utilisées pour lutter contre certaines EEE dans le BSLGL, telles que l’application de lampricides tuant les larves, le déploiement de mâles stériles pour diminuer le taux de reproduction, l’installation d’obstacles physiques empêchant la migration vers les frayères ou le développement de revêtements protecteurs sur les structures aquatiques. Mais aucune d’entre elles ne fonctionne aussi bien que la prévention. Puisque le transport maritime demeure la principale cause d’introduction d’EEE, il apparaît indispensable d’assurer un contrôle accru des navires qui pénètrent dans les eaux du BSLGL, contrôle qui a déjà prouvé son efficacité, selon le Secrétariat des Nations unies sur la diversité biologique.

Quelle qu’en soit la nature, la mise en oeuvre d’une réglementation efficace ne saurait se faire sans une étroite collaboration entre les différents gouvernements provinciaux et fédéraux, laquelle semble toujours insuffisante. La prévention et les visions à long terme n’étant pas particulièrement à la mode au sein de nos gouvernements actuels, plus accoutumés à réagir qu’à anticiper, les initiatives locales comme Stratégies Saint-Laurent, une ONG regroupant des organismes québécoi, pourraient fournir une aide dont nous aurons bien besoin dans les années à venir. Jacques Benoît, Le DevoirÉtudiant à la maîtrise à l’ÉNAP 

***

La pollution n’est pas seulement constituée de sacs de plastique. Elle est en fait tout un mouvement liée à la mondialisation, à la marchandisation sans limite, incontrôlable. Et les changements à venir ne seront pas que du domaine des sociétés, mais également d’une multitudes de facteurs quasi visibles qui transformeront la planète.

Notre mode de vie ne dépend pas seulement des politiques de nos gouvernements, des « grands projets ». Les changements sont insidieux et finiront par gruger la planète en de multiples manières.

L’ennemi, c’est nous Et notre autodestruction passe par des canaux innombrables, camouflés, ignorés.

Gaëtan Pelletier

2013

Le poisson à tête de serpent

Le poisson à tête de serpent, qui vit en eau douce, est extrêmement robuste et très vorace en tant que prédateur d’autres espèces de poissons. Sa taille atteint rapidement plus de 1,5 mètre. On compte en Eurasie et en Afrique jusqu’à 36 espèces de poissons à tête de serpent indigènes, dont la plupart sont connues pour leur capacité notoire à respirer de l’air et à se déplacer sur le sol. Certaines espèces sont utilisées pour le commerce de poissons d’aquarium et de poissons de consommation vivants. Elles peuvent sans problème rester hors de l’eau pendant plusieurs heures – ou même des jours – et sont expédiés dans une toile de jute humide. On a même vu des poissons à tête de serpent encore en vie après avoir été congelés!  Source 

P.S.: Encore en vie après avoir été congelés… La politique, Wall-Street et les poissons ont quelque chose en commun. Et tous les INC à numéros…

Bloup!

 La Vidure 

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https://gaetanpelletier.wordpress.com/2013/07/05/desastre-de-la-pollution-a-midway/

https://gaetanpelletier.wordpress.com/2013/06/30/quel-est-le-point-commun-entre-une-tomate-un-cochon-et-un-etre-humain/

« Toute démarche qui construit 
de l’autonomie est insurrectionnelle » Pierre Rabhi

Paysan, agroécologiste, philosophe inventeur du concept « Oasis en tous lieux », créateur 
de mouvements écologistes, Pierre Rabhi, 
face au capitalisme, milite pour la puissance de 
la modération et l’insurrection des consciences.

Pierre RabhiSa vie parle pour lui. En 1961, Pierre Rabhi, qui étudie la philosophie en autodidacte, est OS dans une entreprise de la région parisienne. La condition ouvrière crée chez lui une insurrection aussi douce que radicale. «  Je travaillais dans un lieu carcéral et je considérais que ma vie était plus importante qu’un salaire. Nous ne sommes pas nés pour le produit national brut mais pour vivre.  » Avec sa compagne, il part s’installer en Ardèche. Lui, le déraciné d’une oasis du Sud algérien, va prendre racine sur une terre aride où, dès 1962, refusant tout conditionnement, il opte pour l’agriculture biologique. La «  sobriété heureuse  », 
une utopie incarnée, 
qui deviendra le titre d’un 
de ses ouvrages en 2010, est dorénavant son mode de vie. Parallèlement 
à son activité agricole, Pierre Rabhi poursuit 
un travail de réflexion 
et d’écriture  : il a publié une quinzaine d’ouvrages. Dès la fin des années 1970, il forme des stagiaires à l’agroécologie. En 1981, à l’invitation de Thomas Sankara, il intervient au Burkina Faso. Ses réalisations et ses réflexions dépassent les frontières. Il crée le Mouvement pour la terre 
et l’humanisme et lance 
le mouvement Oasis 
en tous lieux. Aujourd’hui, à soixante-quinze ans, face au capitalisme, il prône la «  puissance de la modération  », «  l’insurrection et la fédération des consciences  ». Alors que 
les citoyens mettent en avant leur incapacité à agir, il les invite à «  reprendre 
le pouvoir sur leur existence et à incarner une politique en actes dans chacune des sphères de leur quotidien  ».

En 1960, vous décidez de quitter 
usine et ville. Un choix radical 
et mûrement réfléchi  ?

Pierre Rabhi. La question était pour moi  : comment sortir de cette aliénation, existe-t-il une façon de reconquérir son destin  ? Avec ma compagne, nous avons décidé de retourner à la terre. Les critères de beauté ont beaucoup pesé dans le choix du lieu où nous voulions vivre. En complet décalage avec les critères traditionnels  ! La beauté est une valeur importante dans la vie, mais elle ne figure jamais dans un bilan. Dès le début, nous avons établi une feuille de route  : intégrer la modération, ­rester dans un cadre sobre et maîtrisable. J’ai alors passé un petit diplôme d’agriculteur, pour me former, et j’ai découvert que nous étions dans une forme de guerre contre la nature. Il fallait travailler en permanence avec un masque, vu la dangerosité des produits que nous manipulions à longueur de journée. J’ai refusé cela et j’ai trouvé que des gens avaient déjà mis au point des méthodes d’agronomie respectueuses de la nature. J’ai fait tout de suite ce choix.

Un choix qui a guidé votre vie et reste 
pertinent aujourd’hui  ?

Il y a aujourd’hui des valeurs essentielles à mes yeux dont je vérifie la pertinence et la réceptivité grâce au débat public. Les idées que j’essaie de promouvoir depuis des années reposent sur une composante très concrète, je suis un agroécologiste dans la matière, sur la terre. J’essaie de vivre sur des principes qui ne sont pas ceux du «  produisons, détruisons et polluons  », mais du «  produisons, valorisons et améliorons  ». Nous sommes face à un choix radical  : soit nous nous nourrissons en détruisant la terre qui nous nourrit, soit nous nous nourrissons en entretenant la vie, la terre pour nous-mêmes et les générations à venir. Aujourd’hui, à cause de notre boulimie, notre inintelligence, notre non-sens, notre cruauté, nous laissons aux générations futures de trop graves problèmes à régler. Ce n’est pas déontologiquement acceptable.

Vous avez vérifié les dégâts de ce que 
vous appelez l’«  agro-nécrocarburante  » jusqu’en Afrique…

En 1981, des paysans du Burkina Faso ont fait appel à moi. Ces paysans des zones semi-arides avaient subi un dérèglement complet de leur existence du fait de la «  modernité  ». En son nom, on leur avait dit  : «  Abandonnez les petites parcelles qui vous nourrissent, cultivez du coton et de l’arachide pour exporter  !  » Des brigades de vulgarisateurs parcouraient la brousse avec des sacs d’engrais  : «  Essayez cette poudre des Blancs, vous allez voir  !  » Sur un sol semi-stérile, l’engrais fait des miracles. On donnait cette poudre aux paysans en les invitant à rembourser une fois la récolte faite. Mais la vente du produit des récoltes ne compensait pas l’investissement de l’intrant. Les paysans étaient pris dans la spirale de l’endettement. Face à cette situation, je me suis retrouvé alors à ­expliquer comment l’agroécologie pouvait être une alternative à ce système. Une démarche scientifique, pas un truc façon soixante-­huitards. Nous avons lancé un nouveau paradigme. ­Thomas Sankara, qui présidait alors le ­Burkina Faso, avait décidé d’en faire une politique ­nationale. Hélas, il a été assassiné.

De ces expériences, vous avez tiré la conclusion que notre modèle économique est mortifère…

Notre modèle actuel de société est en déshérence, ne répond plus et provoque un grand nombre de tragédies dans le monde. Le capitalisme cumulatif a réinstauré une féodalité planétaire, provoquant une vulnérabilité humaine et nous installant dans la voie de la confiscation du patrimoine vital de l’humanité par une minorité. Cela m’est insupportable. On aboutit à un paroxysme que j’appellerai «  un hold-up légalisé  ». Je ne peux pas admettre que l’argent justifie tout. Dans le processus de survie de l’humanité, nous sommes face à des sols détruits, 60 % des semences traditionnelles cumulées depuis 10 0000 à 12 000 ans ont disparu… Avec les OGM, les grandes firmes s’occupent d’évacuer tout ce qui les gêne pour dégager des espaces de profit. En suivant ce chemin, l’humanité va se retrouver subordonnée à la stricte autorité de l’argent et des gagneurs d’argent. C’est un coup d’État planétaire qui est en train de se faire insidieusement. Car, ce qu’ils savent faire le mieux, c’est emprunter les voies subliminales  : créer du consentement chez l’autre. Apporter un message et convaincre l’autre de sa véracité. La force de ce système réside dans la manipulation humaine.

Ce sont ces considérations qui vous ont poussé à vous présenter à l’élection présidentielle 
en 2002  ?

La seule chose qui m’intéressait dans cette aventure était d’ouvrir un espace de débat public au plan national et d’y défendre des idées qui ne s’inscrivent pas dans le strict cadre de la politique. Parmi celles que je voulais mettre en avant  : le féminin au cœur du changement, parce qu’on a banalisé la subordination de la femme au plan planétaire  ; l’éducation, dont la base ne doit pas être la compétition mais la coopération, la solidarité  ; l’incarnation des utopies, parce qu’elles ne sont pas des chimères, mais au contraire ce qui fait avancer le monde  ; l’agriculture, qu’il faut sortir du désastre dans lequel elle s’enfonce. Et puis, grand blasphème qui m’aurait valu le bûcher  : la décroissance. Je me suis aperçu que nos idées étaient plus partagées que je ne le pensais. C’est normal, l’écologie c’est la vie, personne n’y échappe. J’intègre à l’écologie, l’être humain, notre rapport les uns aux autres, pas seulement entre la nature et nous.

L’être humain reste un point central 
dans votre réflexion…

L’humain s’est autoproclamé le meilleur et a décrété sa domination sur la nature et sur la vie. Il s’est donc arbitrairement octroyé des prérogatives qu’il considère ­aujourd’hui comme normales. Nous sommes dans ce brouillard-là. L’être humain, par sa pensée, sa capacité spéculative, sa perception du temps, sa connaissance de la vie, n’a-t-il pas plus le devoir de protéger et de prendre soin, plutôt que de détruire  ? Nous devons être les gardiens de la vie et non ses destructeurs. À partir de là, se pose la question  : «  Peut-on remettre en phase ­l’humain et la nature  ?  » Aujourd’hui, nous ­faisons de l’humanitaire. Mais l’humanitaire, c’est la défaillance de l’humanisme. Nous sommes dans le scénario global d’une catégorie sociale humaine qui pille la planète, qui confisque les biens des gens jusqu’à les rendre pauvres et qui, ensuite, court avec des sacs de riz pour leur dire  : «  Voyez comme nous sommes gentils.  » C’est la politique du pompier pyromane. Cette politique a l’appui de chefs d’État pourris, prêts à vendre leur pays et ses ressources au détriment de leur propre peuple. Ces chefs d’État corrompus, complices du banditisme international, m’écœurent. Thomas Sankara a tenté de s’opposer à cela et il a été assassiné.

Quels moyens préconisez-vous pour sortir 
de cette situation  ?

Je pense qu’il faut une fédération des consciences car chacun est un peu pétrifié dans son histoire. Les croyances, les idéologies fragmentent les sociétés. Regardez une ­mappemonde, vous êtes face à un puzzle de nations. C’est un processus de destruction généralisée. L’ensemble du genre humain est confronté à la question de son propre devenir. Quelle planète laisserons-nous à nos enfants  ? Quels enfants laisserons-nous à notre planète  ? Il faut transcender tout cela, fédérer les consciences et raisonner en termes d’humanité. Il faut universaliser la réponse.

En appeler à l’individu, est-ce suffisant  ?

Il est vrai que vous pouvez manger bio, recycler votre eau, vous chauffer à l’énergie solaire… et exploiter votre prochain. Je remarque d’ailleurs que le capitalisme s’intéresse aux alternatives. Il laisse la société civile faire le boulot et quand la situation est mûre, il le détourne à son profit. Quand je vois la bio se retrouver entre les mains de la grande distribution, je me sens ruiné. Aujourd’hui, soit on est subordonné à un système inique, unique et totalitaire qui est fondé sur la puissance ­absolue de la finance, qui est elle-même capable de ­subordonner les États et de ­déterminer les destins collectifs en ­fonction de ses propres critères, soit il faut marquer une forme ­insurrectionnelle. Produire et consommer localement est ­aujourd’hui un critère politique, quand ­l’alimentation est confisquée par des trusts qui font circuler en tout sens les produits dans des camions pour leur plus grand profit, seul ressort de cette dynamique. À tous nos ­stagiaires qui viennent apprendre à cultiver bio, je dis qu’ils sont en train de commettre un acte de résistance et un acte politique. Toute ­démarche qui construit de l’autonomie est ­insurrectionnelle parce que notre système a instauré 
– et n’existe que grâce à – la dépendance. Les trusts, aujourd’hui, nous rendent dépendants. Cette dépendance est claire avec les OGM  : ils ­neutralisent les semences transmissibles. En Inde, cela a provoqué de nombreux suicides de paysans. C’est un crime contre l’humanité.

Parmi vos propositions, vous mettez en avant aujourd’hui la notion de «  puissance de 
la modération  ». Comment se traduit-elle  ?

La puissance de la modération est une option politique. Nous ne sommes pas dans la morale, dans l’ascèse ou la mortification, si nous sommes nombreux à adopter la modération face au toujours plus, infini. Nous n’avons qu’une planète, nous sommes dans un système limité. Dans le cadre d’un humanisme généralisé, nous devrions tenir compte des capacités de notre terre, les partager équitablement sans oublier les générations futures. Voilà une réflexion fondamentale. Produire toujours plus, ça veut dire aussi toujours plus travailler. Dans la logique du capitalisme généralisé, c’est augmenter les profits, réduire les charges, et donc aussi éliminer les gens, en exclure toujours plus. Dans ce système, on produit de plus en plus de choses et on réduit les moyens des gens qui ne peuvent plus les acheter. La publicité entretient la frustration, laisse des citoyens en permanence inassouvis. Une de mes problématiques est, aujourd’hui, comment aller vers la simplicité  ? Dans la société civile, des gens pourtant conditionnés pour penser la complexité vont vers un mode de pensée qui passe par la simplification. Il y a aujourd’hui tout un réservoir de gens qui innovent, inventent, et tout notre boulot est de parvenir à les fédérer pour en faire une proposition politique. Et si les politiques acceptent de sortir du schéma de la croissance à tout prix, qui est négatif, et soutenir ces initiatives, en faire une proposition sociopolitique, là, oui, il y aura de l’intelligence. Nous en avons besoin. À l’appauvrissement financier, il faut donner une réponse non financière.

Vous prônez la décroissance depuis longtemps. A-t-elle toujours autant de vertu à vos yeux  ?

Quand on invoque la croissance, ça veut dire qu’on maintient les castes qui concentrent l’argent. Même s’il y avait générosité, ­attention à l’autre, il faudrait se demander à quoi elle sert. À fabriquer des armes  ? Combien de dépenses sont faites sans qu’on prenne l’humain en compte  ? L’urgence, c’est l’humain. Dans les entreprises, c’est en se délestant des salaires qu’on fait un meilleur bilan. C’est ça, la croissance économique  ? Si l’urgence absolue était de maintenir le travail et non de mettre les gens dehors pour augmenter le profit, la situation serait complètement différente. Aujourd’hui, peu importe l’humain. On a mis en place des palliatifs pernicieux pour éviter que les gens ne meurent de faim. C’est inique, d’autant que je suis persuadé que ces palliatifs ne tiendront pas longtemps. L’indigence va se développer… Face à une telle situation, je considère que les hommes politiques sont dans la gestion, dans l’entretien du système, dans l’acharnement thérapeutique. Pourtant, ce modèle ne peut pas tenir, c’est impossible. Il ne tiendra pas. Par contre, la société civile invente, innove, imagine un autre modèle de société. Avec la puissance de la ­modération, on inverse les choses. La modération devient un fondement puissant de l’organisation d’un monde futur. Avec elle, le capitalisme a du souci à se faire.

- Voir video  : « Vers la Sobriété Heureuse  » Conférence Pierre Rabhi du 20 novembre 2012 à Clermont-Ferrand

Entretien réalisé 
par Dany Stive

http://www.elcorreo.eu.org/Toute-demarche-qui-construit-%E2%80%A8de-l-autonomie-est-insurrectionnelle-Pierre-Rabhi

L’Humanité. París, le 5 de agosto de 2013.