Archives quotidiennes : 2-août-2013

Pourquoi ne pouvons-nous pas vivre dans la paix ?

Krishnamurti

Il paraît étrange que nous ne puissions trouver une façon de vivre où il n’y ait ni conflit, ni souffrance, ni confusion, mais au contraire une abondance de joie et de bienveillance. Nous lisons des livres, œuvres d’intellectuels nous proposant des organisations économiques et morales de la société. Nous nous tournons aussi vers des ouvrages écrits par des théologiens, personnages religieux ayant leurs idées de prédilection et se complaisant à de nombreuses spéculations.

Apparemment, il est difficile pour la plupart d’entre nous de découvrir une manière de vivre qui soit vivante, paisible, pleine d’énergie et de clarté et où l’on ne dépende pas d’autrui. Nous sommes censés être des gens mûris et sophistiqués. Ceux d’entre nous qui sommes plus âgés avons assisté à deux épouvantables guerres, à des révolutions, des soulèvements, et à la souffrance sous toutes ses formes. Et pourtant nous voici, par une belle matinée, parlant de toutes ces choses, attendant peut-être qu’on nous dise quoi faire, qu’on nous indique une façon pratique de vivre, de suivre quelqu’un qui nous donne une clef à la beauté de la vie et à une grandeur qui dépasse la routine quotidienne.

Je me demande – et vous aussi peut-être – pourquoi nous écoutons les autres. Pourquoi ne pouvons-nous pas trouver la clarté par nous-mêmes dans notre propre esprit, dans notre propre cœur, et sans aucune déformation ; pourquoi devons-nous être si encombrés de littérature ? Ne pouvons-nous pas vivre pleinement, sereinement, dans une grande extase et véritablement en paix ? Notre état de choses me paraît très étrange, mais il est ce qu’il est. N’avez-vous jamais considéré si vous ne pourriez pas vivre d’une vie complètement dépourvue d’efforts et de luttes ? Nous faisons sans cesse des efforts pour changer ceci, pour transformer cela, pour supprimer une chose, en accepter une autre, pour imiter, pour mettre en pratique certaines formules et certaines idées.

Je me demande si nous nous sommes jamais préoccupés de savoir s’il est possible de vivre sans conflit – non pas pour cela nous retrancher dans un isolement intellectuel ou dans une ambiance émotive, sentimentale et brouillonne. Mais au contraire de vivre sans aucun effort du tout. Parce que l’effort, si agréable (ou désagréable), si satisfaisant ou si profitable qu’il soit, fausse et déforme l’esprit. C’est comme une machine qui fonctionne tout le temps avec frottement et jamais tout uniment et qui, ainsi, se détruit rapidement par l’usure. Alors on se pose la question – et il me paraît qu’elle en vaut la peine – la question de savoir s’il est possible de vivre, tout effort étant éliminé, sans pour cela tomber dans la paresse, l’isolement, l’indifférence, l’insensitivité, la torpeur. Toute notre vie, depuis l’instant de notre naissance jusqu’à celui de notre mort, se passe dans une lutte interminable pour nous adapter, nous modifier, pour devenir quelque chose. Et cette lutte, ce conflit engendrent la confusion, émoussent l’esprit et nos cœurs deviennent insensibles.

Donc, est-il possible – non pas en tant qu’idée, ou comme une chose sans espoir, au-delà de notre portée – de découvrir une façon de vivre sans conflit, non seulement superficiellement mais encore dans les profondeurs de l’inconscient, dans la profondeur de nous-mêmes ? Ce matin nous allons peut-être pouvoir pousser ’cette question très avant. Et tout d’abord, pourquoi inventons-nous des conflits, agréables ou pénibles, et est-il possible d’y mettre fin ? Pouvons-nous y mettre fin et vivre d’une vie entièrement différente, disposant de la plus grande énergie, la plus grande clarté, la plus grande vigueur intellectuelle, la raison, et avoir dans le cœur une abondance d’amour dans le vrai sens de ce mot ? Il y a lieu, me semble-t-il, d’appliquer notre esprit et notre cœur à cette question, à nous en pénétrer complètement.

Le conflit existe évidemment en nous à cause de nos contradictions intérieures, lesquelles s’expriment extérieurement dans la société, dans les activités du « moi » et du « non moi » ; autrement dit, du « moi » avec toutes ses ambitions, ses élans, ses recherches, ses plaisirs, ses anxiétés, sa haine, sa compétition, sa peur, et de l’cc autre » qui est le « non moi ». En face de cela il y a cette idée d’une existence sans conflits, sans désirs, sans recherches, sans poussées contradictoires. En prenant conscience de notre état de tension, nous pouvons contempler tout le tableau en nous-mêmes, les crispations issues d’exigences contradictoires, de conscience, d’idées, de recherches opposées.

C’est cette dualité, cette opposition dans nos désirs, avec leurs craintes et leurs contradictions, qui entraînent le conflit. Il me semble que ceci est assez clair quand nous observons la chose en nous-mêmes. Ce thème se répète sans cesse, non seulement dans notre vie quotidienne, mais encore dans la vie religieuse – entre le paradis et l’enfer, le bien et le mal, le noble et l’ignoble, l’amour et la haine et ainsi de suite. Si je puis vous le suggérer, je vous en prie, ne vous contentez pas d’écouter les paroles, mais observez-vous vous-mêmes, sans analyser mais utilisant l’orateur comme un miroir dans lequel vous pouvez vous contempler réellement, prenant ainsi conscience du fonctionnement de votre esprit et de votre cœur, tandis que vous regardez dans ce miroir. On peut voir comment la division sous toutes ses formes, la séparation ou la contradiction en soi-même ou en dehors de soi-même, suscitent inévitablement un conflit entre la violence et la non-violence.

Ayant constaté cet état de choses tel qu’il existe vraiment, est-il possible d’y mettre fin, non seulement au niveau superficiel de notre conscience, dans notre vie quotidienne, mais aussi très profondément aux racines mêmes de notre être, de sorte que n’existent plus aucune contradiction, plus d’exigences ou de désirs en opposition, plus d’activité de l’esprit dualiste ? Comment faire ? Nous cherchons toujours à jeter un pont entre le « moi » et le « non moi » – le « moi » avec ses ambitions, ses élans, ses contradictions, et le « non moi » qui est l’idéal, la formule, le concept. Nous cherchons toujours à jeter un pont entre ce qui est et ce qui devrait être ; et par là, donnons naissance à un état de contradiction et de conflit où se perdent toutes nos énergies. Notre esprit peut-il cesser de diviser, ne peut-il pas demeurer complètement avec ce qui est ? Et dans la compréhension de ce qui est, subsiste-t-il un conflit quelconque ?

Je voudrais approfondir cette question, la voir sous un jour différent dans ses rapports avec la liberté et la crainte. La plupart d’entre nous avons soif de liberté, bien que nous vivions dans une activité égocentrique où nous passons nos journées penchés sur nous-mêmes, nos échecs, nos accomplissements. Nous voulons être libres – non seulement politiquement, ce qui est comparativement facile, à l’exception du monde des dictatures – mais libres aussi de toute propagande religieuse. Toute religion, ancienne ou moderne, est l’œuvre de propagandistes et n’est par conséquent pas une religion. Plus on est sérieux, plus on s’intéresse à la qualité de notre vie, plus on recherche la vérité et plus on met en doute sans accepter, sans croire. On veut être libre dans le but de découvrir si la réalité existe, s’il existe quelque chose d’éternel, d’intemporel ou non. Il y a cet extraordinaire besoin d’être libre dans tous nos rapports. Mais en général cette liberté devient un processus d’auto-isolement et n’est par conséquent pas la vraie liberté.

Même notre besoin de liberté est empreint de peur. Parce que celle-ci peut signifier une insécurité complète et absolue, et cette insécurité nous paraît redoutable. Elle nous semble être une chose très dangereuse – chaque enfant aspire à la sécurité dans ses rapports avec l’extérieur. Et à mesure que nous vieillissons nous continuons à aspirer à la sécurité, à la certitude dans tous nos rapports avec les objets, les gens et les idées. Ce besoin de sécurité engendre inévitablement la peur et, ayant peur, nous dépendons de plus en plus des choses auxquelles nous sommes attachés. C’est ainsi que surgit la question de la liberté et de la peur, et on se demande s’il est le moins du monde possible d’être affranchi de cette peur, non seulement physiquement mais psychologiquement, non pas superficiellement mais encore dans les recoins les plus obscurs et les plus profonds de notre âme, dans ces mêmes recoins secrets qui n’ont jamais été pénétrés.

L’esprit peut-il être entièrement et complètement affranchi de toute angoisse ? C’est la peur qui détruit l’amour – ceci n’est pas une théorie – c’est elle qui facilite l’anxiété, l’attachement, la possessivité, la domination, la jalousie dans tous nos rapports, et c’est elle qui provoque la violence. Comme on peut l’observer dans les villes surpeuplées avec leur explosion démographique, il y a une grande insécurité, une grande incertitude, une grande anxiété. C’est là en partie ce qui pousse à la violence. Pourrons-nous nous en affranchir de façon à quitter cette salle et à en sortir sans que subsiste cette ombre, cette obscurité qui accompagne la peur ?

Pour la comprendre, il nous faut examiner non seulement les peurs physiques mais encore le vaste enchevêtrement des peurs psychologiques. C’est un point que nous allons pouvoir approfondir quelque peu. Notre question est : comment la peur surgit-elle ? Qu’est-ce qui l’entretient, qui la prolonge, et est-il possible d’y mettre fin ? Les anxiétés physiques sont assez faciles à comprendre. Il y a une réaction immédiate à un danger physique et cette réaction est due à de nombreux siècles de conditionnement, parce que sans cela il n’y aurait aucune survie physique, la vie aurait pris fin. Physiquement il faut survivre et une tradition millénaire nous dit « attention », la mémoire dit « attention il y a danger, agissez tout de suite ». Mais cette réaction visible au danger est-elle vraiment de la peur ?

Je vous en prie, suivez tout ceci soigneusement parce que, bien que nous ayons à approfondir quelque chose d’assez simple mais qui est tout de même suffisamment compliqué, si vous n’y prêtez pas votre attention toute entière nous n’allons pas comprendre. Nous demandons si cette réaction physique, sensorielle au danger, qui pousse à une action immédiate, si c’est de la peur ? N’est-ce pas plutôt de l’intelligence et par conséquent cela n’est pas de la peur ? Or, l’intelligence est-elle une affaire de tradition et de mémoire ? Et si oui, pourquoi n’agit-elle pas d’une façon complète, comme elle le devrait, dans le champ psychologique où nous sommes si affreusement terrifiés par tant de choses ? Pourquoi cette même intelligence qui agit lors de l’observation du danger physique, n’agit-elle plus quand nos angoisses sont psychologiques ? Cette intelligence physique n’est-¬elle pas applicable à la nature psychologique de l’homme ? Autrement dit, il y a des peurs de diverses sortes que nous connaissons tous – peur de la mort, de l’obscurité, de ce que pourrait dire notre mari ou notre femme, ou ce que peut penser le voisin ou le patron – tout un enchevêtrement d’angoisses.

** 
*

Nous n’allons pas entrer dans les détails de ses diverses formes ; l’objet de notre examen c’est la peur elle-même et non pas telle ou telle peur particulière. Et quand elle existe et que nous en prenons conscience, il y a un mouvement qui nous pousse à l’éviter, à la supprimer, à la fuir, à l’ignorer grâce à différentes formes de divertissements, des distractions religieuses, ou encore en développant en nous le courage qui est une résistance à la peur. Evasion, distraction et courage sont toutes des formes différentes de résistance devant le fait immédiat de la peur.

Plus elle est grande, plus la résistance est intense et ainsi certaines activités névrotiques sont mises en branle. Quand elle est là, l’esprit – ou le « moi » – dit : « il ne faut pas qu’il y ait de peur », et nous voilà dans la dualité. Il y a un « moi » qui est autre chose que la peur, qui s’en évade, qui y résiste, qui cultive son énergie, dévide des théories ou va trouver un psychanalyste ; et puis il y a le « non moi » ! Le « non moi » c’est la peur ; et le « moi » est maintenu séparé d’elle. Il y a donc un conflit immédiat entre la peur et le « moi » qui cherche à s’en rendre maître. Il y a l’observateur et la chose observée. La chose observée étant la peur et l’observateur étant le « moi » qui se propose de s’en débarrasser. Il y a donc une opposition, une contradiction, une séparation et par conséquent un conflit entre la peur et le « moi » qui veut l’annihiler. Est-ce que nous communiquons l’un avec l’autre ?

Donc, il y a le problème de ce conflit entre le « non moi » qui est la peur et le « moi » qui pense en être différent et qui veut y résister, qui cherche à la dominer, à s’en évader, à la supprimer ou à la maîtriser. Cette division entraînera invariablement un état de conflit, comme il arrive pour les nations avec leurs armées, leurs marines et leurs gouvernements souvent différents.

Il y a donc l’observateur et la chose observée – l’observateur qui dit : « Il me faut me débarrasser de cette chose affreuse, il faut absolument que je la détruise. » L’observateur est toujours à lutter, il est devant un état de conflit. Ceci est devenu pour nous une habitude, une tradition, un conditionnement. Et c’est une des choses les plus difficiles au monde que de briser aucune habitude, parce que nous nous complaisons à vivre dans nos routines, fumant, buvant, nous abandonnant à des habitudes sexuelles ou psychologiques ; et il en va de même pour les nations, les gouvernements souverains qui disent « mon pays et votre pays », « mon Dieu et votre Dieu », « ma croyance et votre croyance ». Il est dans notre tradition de combattre, de résister à la peur et par conséquent d’intensifier le conflit et de vitaliser nos angoisses.

Si ceci est bien clair, nous pouvons alors envisager la prochaine question que voici : y a-t-il une différence réelle entre l’observateur et la chose observée, dans ce cas particulier ? L’observateur se figure être autre chose que la chose observée, c’est-à-dire la peur. Y a-t-il vraiment une différence entre lui et la chose qu’il observe ou ne sont-ils pas tous deux une seule et même chose ? Très évidemment ils sont une seule et même chose. L’observateur est la chose observée – si quelque chose d’entièrement neuf se présente il n’y a plus d’observateur du tout. Mais du fait que l’observateur reconnaît sa propre réaction comme étant la peur, qu’il a connue auparavant, il y a division. Aussi, si vous voulez comprendre la chose à fond vous découvrirez par vous-même – j’espère que vous le faites – que l’observateur et la chose observée essentiellement ne font qu’un. Et par conséquent, s’ils sont la même chose, vous éliminez la contradiction, le « moi » et le « non moi », et en même temps vous balayez totalement toute sorte d’effort. Toutefois ceci ne veut pas dire que vous acceptez la peur, ni que vous vous identifiez à elle.

Il y a donc la peur, la chose observée et l’observateur qui en fait partie. Que faire alors ? (Travaillez-vous aussi dur que l’orateur ? Si vous vous contentez d’écouter ses paroles, je crains bien que jamais vous ne puissiez résoudre cette question). Il n’y a donc plus que la peur – et non plus l’observateur qui la regarde, parce que l’observateur est la peur. Il se passe alors bien des choses mais, tout d’abord, qu’est-ce que la peur et comment se pro¬duit-elle ? Nous ne parlons pas de ses résultats, ni de sa cause, ni de la façon dont elle obscurcit notre vie avec sa laideur et sa souffrance. Mais nous nous demandons ce qu’elle est et comment elle se produit. Devons-nous pour cela l’analyser constamment afin de découvrir ses innombrables causes ? Parce que dès l’instant où vous vous mettez à analyser, l’analyseur doit être extraordinairement dégagé de tout préjugé, de tout conditionnement, il lui faut regarder et observer. Autrement s’il existe une sorte de déformation dans son jugement, cette déformation ne cesse de croître à mesure qu’il poursuit son analyse.

Donc, analyser dans le but de mettre fin à la peur n’y met pas fin, bien au contraire. J’espère qu’il y a ici des psychanalystes ! Parce qu’en découvrant sa cause et en agissant à la suite d’une telle découverte, la cause devient l’effet et l’effet devient la cause. L’effet et toute action sur cet effet poursuivie dans le but de découvrir la cause, la découverte de la cause et l’action qui se poursuit conformément à cette cause, nous place dans la situation suivante. C’est une chaîne ininterrompue d’effets et de causes. Si nous rejetons cette compréhension de la cause et de son analyse, que nous reste-t-il à faire ?

Voyez-vous, ce n’est pas ici un amusement mais il y a pourtant une grande joie dans la découverte, une grande satisfaction à comprendre tout ceci. Donc, qu’est-ce qui crée la peur ? Elle est engendrée par le temps et la pensée – le temps : hier, aujourd’hui et demain ; on a peur que quelque chose ne se passe demain, une perte de situation, une mort, la fuite de la femme ou du mari, on a peur que la souffrance et la maladie que j’ai connues jadis, il y a longtemps, ne se reproduisent. C’est ici qu’intervient le temps ; le temps comprenant ce que mon voisin peut dire de moi demain, ou bien le temps qui jusqu’ici a dissimulé une chose que j’ai pu faire il y a bien des années. Je redoute certains désirs profonds, des désirs qui pourraient ne pas recevoir d’accomplissement (donc dans la peur, le temps joue un rôle). La crainte de la mort qui se produit à la fin de la vie, qui peut-être se cache au coin de la rue, et j’en ai peur. Par conséquent, le temps implique la pensée et la peur. S’il n’y a pas de temps, il n’y a pas de pensée. Et quand je m’attarde à penser à ce qui s’est passé hier, dans la crainte que j’ai de le voir se reproduire demain – ceci implique le temps aussi bien que la peur.

Je vous en prie, observez ceci, regardez par vous-même – n’acceptez, ne rejetez rien ; mais écoutez, découvrez par vous-même la vérité de la chose et non pas simplement les paroles, ne vous demandez pas si vous êtes d’accord ou non, mais allez de l’avant. Pour discerner la vérité il vous faut le sentiment, la passion de découvrir et une grande énergie. Vous vous apercevrez alors que la pensée engendre la peur ; penser au passé ou à l’avenir – l’avenir pouvant être la minute qui suit ou le lendemain où dans dix ans – en y pensant vous en faites un événement.

Et penser à un événement qui vous a été agréable hier, le maintient, le prolonge, que ce plaisir soit sexuel, sensoriel, intellectuel ou psychologique ; en y pensant, en construisant une image comme le font la plupart des gens, vous donnez à cet événement passé une continuité due à cette pensée et qui engendre ’ un nouveau plaisir.

Mais la pensée donne naissance à la peur aussi bien qu’au plaisir ; tous deux appartiennent au domaine du temps. C’est ainsi que la pensée engendre cette monnaie à deux faces, le plaisir et la souffrance, qui est peur. Alors que faire ? Nous révérons la pensée. Elle a pris pour nous une importance telle que nous nous figurons : que plus elle est rusée, le mieux cela vaut. Dans le monde des affaires, le monde religieux, le monde de la famille, l’intellectuel utilise la pensée, il se complaît à manipuler cette monnaie, à tresser une couronne de paroles. Combien nous honorons ces gens qui sont verbalement et intellectuellement habiles en pensée ! Et pourtant c’est celle-ci qui est responsable de la peur et de cette chose que nous appelons le plaisir.

Nous ne prétendons pas qu’il faille se priver de plaisir. Nous ne tombons pas dans le puritanisme, nous cherchons à le comprendre, et dans la compréhension, même de ce processus, la peur prend fin. Vous verrez alors que le plaisir est quelque chose d’entièrement différent, et c’est une chose que nous approfondirons si nous en avons le temps. C’est donc la pensée qui est responsable de ces tourments – une face est tourmentée, l’autre est plaisir et prolongation du plaisir ; ce besoin, cette recherche du plaisir, s’adressent à des plaisirs de toutes sortes, le plaisir religieux compris. Alors que faire avec notre pensée ? Peut-elle prendre fin ? Est-ce là une question juste ? Qui doit y mettre fin ? – est-ce un « moi » qui ne serait pas pensée ? Mais ce « moi » est le résultat de la pensée. Et par conséquent vous retombez dans le même vieux problème ; le « moi » et le « non moi », l’observateur qui dit : « Si seulement je pouvais mettre fin à la pensée, je vivrais une vie différente. » Mais en tout cela il n’y a rien d’autre que la pensée, il n’y a pas le penseur qui dit : « Je veux mettre fin à la pensée », parce que l’observateur est le résultat de la pensée.

Et comment celle-ci prend-elle naissance ? Il est facile de voir que c’est une réaction de la mémoire, de l’expérience, du savoir qui est le cerveau, le siège de la mémoire. Quand on lui demande quelque chose, il répond par une réaction qui est à la fois mémoire et reconnaissance. Le cerveau est le résultat de millénaires d’évolution et conditionnement – la pensée est toujours vieille, elle n’est jamais libre, elle est une réaction du conditionnement tout entier.

Dès lors que faire ? Quand la pensée se rend compte qu’elle ne peut absolument rien sur la peur parce que c’est elle qui la crée, alors il y a silence ; il y a la négation complète de tout mouvement qui puisse engendrer la peur. Alors l’esprit, cerveau compris, observe tout ce phénomène de l’habitude, de la contradiction et de la lutte entre le « moi » et le « non moi ». Il se rend compte que l’observateur est la chose observée. Et, voyant que la peur ne peut pas être simplement analysée et mise de côté, mais qu’elle sera toujours là, l’esprit se rend compte aussi que l’analyse ne mène à rien. Et alors on demande : quelle est l’origine de la peur ? Comment prend-elle naissance ?

Nous avons dit qu’elle doit sa naissance au temps et à la pensée. La pensée est une réaction de la mémoire et ainsi elle engendre la peur. Celle-ci ne peut pas prendre fin par un simple contrôle ou une suppression de la pensée, inutile de faire des efforts pour la transformer ou de se complaire à toutes sortes de procédés que l’on emploie contre soi-même. Voyant tout ce tableau étalé devant soi, le voyant sans jugement, choix ou censure, la pensée elle-même dit : « Je vais rester tranquille, sans aucun contrôle, sans aucune censure, je vais être immobile, silencieuse. »

Et ainsi il y a la fin de la peur, ce qui veut dire la fin de la souffrance, la compréhension de soi-même. Faute de se connaître soi-même il n’y a pas de fin à la souffrance et à la peur. Seul un esprit affranchi de la peur peut faire face à la réalité.

Peut-être voudrez-vous maintenant poser des questions. Il faut poser des questions – s’exposer ainsi soi-même à soi-même est nécessaire, nécessaire ici et nécessaire aussi quand vous êtes seul dans votre chambre, dans votre jardin, assis tranquillement dans l’autobus ou en vous promenant – il vous faut poser des questions afin de découvrir.

Mais il faut poser la question juste, et la question juste elle-même comprend la réponse juste.

J.Krishnamurti : Le vol de l’aigle.
Chapitre 5 ; Pourquoi ne pouvons-nous pas vivre dans la paix ?
(Amsterdam, 10 mai 1969) Pages 96 à 111.
Edition Delachaux et Niestlé 1971, 1978.

EL CUERPO EN LOS FLORES

Cuando estás solo
Cuando uno tiene el corazón para el borde de los ojos
¿Cuándo fue la persona que viene de todas partes
Cualquier cosa puede pasar …

Cuando se trata de un templo
Cuando la luz se hizo
Cuando la ternura que nos hace estremecer
Cualquier cosa puede pasar …

Así que cuando se encuentran
Los reyes coronados ceros
Armado con figuras aliados locos
Ir a la guerra para diezmar
El niño, la mujer, el viejo

Paz a matar nunca vuelve
Y cuando regresa, ella tiene el aire
La guerra, la guerra y la guerra
Sangrado suave y ligero
Por lo tanto, vienen de todas partes
Almas negras que buscan negros
Para descifrar la tierra de su orgullo
Ellos venden sus madres y de la Tierra
Ojo por ojo y carros de hierro

Cuando es suave y no comerciales
Aquellos que invaden y perseguirte
En esta iglesia, azul, redondo, de un territorio
Matan a todo lo que vive por el oro negro

Cuando estás solo
Cuando uno tiene el corazón para el borde de los ojos
¿Cuándo fue la persona que viene de todas partes
En un jardín más pequeño que el hambre
Cualquier cosa puede pasar …

Así que aquí están por todas partes, el arado
Sin la siembra, excepto que la muerte
En tumbas abiertas
Cuerpo y flores Enterrar

Gaetan Pelletier
Kamouraska
28 de diciembre 2000

La fleur et le bouton

La vérité est en toute compréhension, maître ; cependant, il faut aussi bien distinguer que toute vérité est susceptible d’affinement, car chaque instant affine la vérité. C’est la raison pour laquelle Dieu n’est pas dans un état de perfection mais plutôt en un état de devenir. Chaque entité progresse continuellement dans sa compréhension, englobant ainsi des vérités de plus en plus illimitées. Mais quelle que soit sa compréhension, son intelligence des choses, d’instant en instant, ce ne sera jamais que la vérité telle que vue par elle. Prenons l’exemple d’une fleur. Est-il vrai que la fleur soit un bouton ? Assurément. Mais une fois en fleur, quand elle n’est plus bouton, serait-elle menteuse ? Non, évidemment pas. Elle se trouve dans un état de vérité progressive. De même, lorsque ses pétales sont tombés, qu’ils ne sont plus, la fleur serait-elle menteuse ? Que dire alors ? Elle se trouve dans un autre état encore de sa vérité.


Tout enseignement – qu’il soit oral ou écrit, qui parle de lois, ou qui limite l’homme, ou bien qui divise Ce Qui Est en bien et en mal, ou bien qui prétend que Dieu est une entité singulière plutôt que l’être de tout ce qui est – tout enseignement de ce type vient d’entités qui tout simplement ont accepté ces choses comme leur vérité et se sentent obligées de les répandre dans le monde. C’est leur vérité, maître, et elles n’ont pas tort. (…)

Ramtha

Douleurama

Source:Giveabuck
Source:Giveabuck

GAËTAN PELLETIER

Je me souviens d’une époque où des gens simples disaient, en leurs propres mots, que l’argent n’était qu’un outil, que les banques étaient des opérations de brigandages institutionnalisées et qu’on ne s’en porterait que mieux si l’État distribuait chaque mois aux citoyens un “dividende” social qui constituerait pour chacun sa juste part de l’enrichissement national. Vers demain, Pierre JC Allard, Nouvelle Société

Nous sommes en 19, 998

Cette «piasse» fait penser aux pubs du parti conservateur contre M. Ignatieff. Sauf qu’elle pointe la risibilité du fait de créer, ni plus ni moins, de l’argent virtuel. Le mot «virtuel» avait un autre sens à l’époque. Puisque l’argent était  relié à une certaine «réalité».

Après avoir élu 26 députés au fédéral, le Crédit Social du Canada avait grugé une partie importante de l’électorat. On émit donc cette pièce de «monnaie», «Refusée au porteur», nommée «une douleur».  Et on la répandit partout. Ça se passait dans les années 60 ou début70.  Vous pouvez lire sur la «piasse» : Ottawa 19,998. Ce qui reportait très loin une théorie… Aux calendes grecques, si on veut… Vers demain est devenu «vers l’impossible».

Distribution de la richesse

À l’origine, le crédit social était une théorie économique développée par l’ingénieur écossais Clifford Hugh Douglas. Le nom « crédit social » dérive de son désir de faire que le but du système monétaire (crédit) soit l’amélioration de la société (social).

Il a depuis été soutenu par nombre d’économistes dont le seul prix Nobel Français d’économie Maurice Allais qui dénonce une économie basée non pas sur l’argent réel, mais l’argent dette (on crée de la monnaie avec du crédit – dette, amené à disparaître au fur et à mesure de son remboursement). Le crédit social est aussi appelé dividende universel, dividende social ou, de façon sans doute plus adaptée, dividende monétaire. Philosophie créditiste

La richesse devait être distribuée… Elle le fut. On sait maintenant que les riches se la distribuent entre eux.

L’hyper crédit social : l’économie sur un fil de fer

Aujourd’hui, on est plus malins… Et plus hypocrites. Et ce savant  de la science de l’économie est plus qu’habile : les contorsions et les ballets pour maintenir en vie une économie  réussit à nous éblouir en marchant sur un fil invisible de New York à Shanghai… Une toile d’araignée, une toile de dettes…

Le show est beau… En autant que les pirouettes ne finissent pas par un accident… Et que la tente n’écrase  pas les spectateurs…

***

Réal Caouette était pointé comme une sorte de Jacques Clouseau, inspecteur des séries de la Panthère Rose, un balourd,  dans le monde de la «grande finance». Les  gens qui votaient à l’époque avaient passé par la crise des années 30, la guerre, et ils n’étaient pas instruits : on les avait formés à l’école de la terre et de la roche par une Église-usine  occupée à «produire» des  âmes. La misère faisait partie du péché «originel». On les vaccinait  à l’eau bénite pour qu’elles  n’aillent  pas en enfer.  C’était l’époque où Vincent Lacroix était un personnage d’un livre de Science Fiction…

Et que comprenaient ces gens au mot «économie»? Bas de laine…C’était tout de même un peu plus chaleureux que bas de gamme. Ils savaient ce qu’était un «riche». Ils rêvaient, non pas de richesse, simplement d’une vie décente.

L’élito-créditisme : détournement de fonds

Nous vivons dans un régime “créditiste”. Évidemment, on n’a pas tout pris du “crédit social”. On a pris le crédit, mais on a négligé le social, de sorte que le “dividende” n’a pas été distribué à la population pour soutenir le pouvoir d’achat et faire tourner l’économie; le “dividende” – la plus-value, année après année du progrès technologique – est resté sagement dans le giron des nantis et s’est soldé par une hausse météorique de la valeur des actions en bourse.  (…)  !«Vers Demain»

On a ri longtemps de M. Couette… Imprimer de l’argent ! Ridicule !  On ne peut pas être plus ridicule qu’aujourd’hui. On ne l’imprime même pas,  on l’égare dans le virtuel.

Le crédit social planétaire

Climat : 50 ans d’efforts contre la pauvreté, titrait Cyberpresse.

«Le véritable coût du changement climatique ne se mesurera pas en dollars, mais en millions ou milliards de vies», estime l’organisation qui appelle les pays industrialisés à s’engager immédiatement sur une réduction d’au moins 40% de leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020.» Cyberpresse

Climat? Et si on essayait de faire de prévisions sur les «détournements à venir»? Le Tiers-Monde a été davantage – et l’est toujours – une  source de pillage auquel s’adonnent les investisseurs internationaux. Il  y a plus de pilleurs que de missionnaires. De sorte que ces pays pauvres ont été, depuis 50 ans, une source de revenus «répartis» parmi les plus rusés et les plus hypocrites. Il y a qu’il y a deux fois plus d’habitants qui souffrent de la faim depuis un an. Deux milliards… L’intérêt pour le Tiers-Monde est le premier mot de la phrase : intérêt.

La mondialisation est pire  que le pillage géographique des puissants empires  d’antan: en abattant les frontières, les richesses sont devenues privées. Mais la dette…publique.

Le coffre-fort des pays industrialisés étant éventré, le mot pays est lui aussi devenu virtuel.

Le Prince et le pauvre

Ce qui me rappelle un vieux livre :   The Prince and the Pauper, Mark Twain :

Au temps des Tudor, à Londres, le Prince Edouard VI propose à un mendiant, Tom, d’échanger leurs vies. Chacun prend les vêtements de l’autre et en se voyant dans les habits de l’autre, ils sont surpris de constater que leur ressemblance physique est saisissante … Tellement saisissante que quand le roi vient à mourir, laissant le Prince hériter du trône, personne ne les croit …

Un coup de chance. Comme dans le film  Slumdog Millionnaire …

Les pauvres du monde ne sont que des nègres de maîtres  invisibles qui multiplient  les compagnies à numéro.  Et leurs profits vont dans des banques à numéros.

Les princes n’ont pas de pays… Ils se contrefichent  carrément des pays et de leurs occupants.  Les princes sont des  scanneurs  de richesse à grande échelle. Des  Robin des «moi». Robin Hood à l’envers : prend aux pauvres et donne aux riches.

On n’en a rien à cirer que Pablo vende sa terre pour une somme mirobolante pour lui qui ne connaît pas la valeur des devises. Après, il n’a plus de terre… Il est simplement devenu plus pauvre… Nous voilà rendus à l’ère de «l’humanisme» virtuel…

Comme disait M. Prix Nobel de l’économie : «Il n’y a pas de différence entre le crime organisé et l’argent organisé».   Le crime organisé a compris qu’il faut user de l’argent du crime  et le transformer en valeur réelle. C’est «monnaie courante»…. Quand Pablo perd son lopin de terre, il ne lui reste rien de réel… Il a transféré son seul avoir à «l’argent organisé».  C’est ça la magie des «pouvoirés…

La douleur ne sera jamais virtuelle… La douleur des Africains et des millions d’habitants terriens partout dans le monde  ne sera jamais virtuelle…

La grande question

C’est assez ignoble comme constat : depuis la «crise économique», après que les banques eurent sapé et vidé les goussets des petits épargnants, ne vivions-nous pas sur la «piasse à Caouette» ? À l’échelle mondiale?

La guerre des «mondes»

Cette «douleur» à la Caouette ne valait rien… Pourtant, une fois utilisée dans son «idéologie» contrefaite, elle fait la fortune d’une élite crasse.

Alors, c’est la guerre des «mondes». Celle où les entreprises internationales mettent  main basse sur les terres agricoles. La pauvreté réelle, obligée de vendre par famine et le riche achetant par des moyens vicieux des terres où les enfants n’ont même pas de soulier pour marcher nous mène encore plus loin qu’en 19,998.

Il ne faut pas se leurrer. À chaque fois que nous vendons notre avoir «réel» pour un profit «excitant» à des Vincent Lacroix, ou autre placier de cinéma, nous lui donnons le pouvoir de flouer 9,200 autres petits épargnants. Et peut-être qu’avec les intérêts, il en arrive à 19,998.

La chose la plus dégoûtante de ce «rappel historique» est que le petit joufflu au teint ciré de Lacroix n’est rien : une puce sur la planète.

Les vrais escrocs, les plus dangereux, ont une «licence d’État»…

Les vrais floués, ce sont les pays

De sorte qu’il ne faut pas s’étonner que le PIB fasse du bungee dans le grand resto qu’est la Terre, ne laissant au citoyen qu’un pourboire pour ses sueurs.

On aura beau se faire suer dans le jogging de la vie, nous n’aurons jamais assez d’eau pour faire le château de sable de ces gamins lunatiques.

On comprend pourquoi ils aiment la  queue-de-pie.

Mais c’est bien plus expressif  en anglais : Black-Tie.

Une grosse cravate noire qui traîne sur l’arrière-train.

Satan en avait une comme ça…

Gaëtan Pelletier, La Vidure