Archives quotidiennes : 1-août-2013

Les anti-américains…américains

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C’est la question que nous nous posons tous: que pensent les étatsuniens de leur pays? À en croire l’article de John Pilger… la même chose que nous. L’attitude des États-Unis est jugée de l’intérieur mais, on dirait, bien étouffée par une élite dirigeante. Comme toute «démocratie», elle n’existe plus qu’en format vernis, ainsi que la grande illusion qu’ils s’obstinent à entretenir à un coût exorbitant. C’est déjà là une blessure interne infligée à ce peuple qui cherche la paix, alors qu’on leur vend une guerre «perpétuelle» sous toutes ses formes.

« L’histoire sans mémoire », écrivait le magazine Time à la fin du 20eme siècle, « confine les Américains dans une sorte de présent éternel. Ils sont particulièrement incapables de se souvenir de ce qu’ils ont infligé aux autres, par opposition à ce qu’ils ont fait pour eux. »

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John Pilger

Mourn on the fourth of July

Adaptation d’une conférence « Empire, Obama et le Dernier Tabou » donnée par John Pilger à Socialisme 2009 à San Francisco, le 4 juillet.

Texte Original
Mourn on the 4th of July (*)
http://www.johnpilger.com/page.asp?partid=539

Traduction VD pour le Grand Soir  http://www.legrandsoir.infohttp://www.legrandsoir.info/Aux-larmes-citoyens.html

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Un jour j’ai demandé à une amie, grand correspondant de guerre et humaniste, Martha Gellhorn, de m’expliquer ce terme. « Je vais vous dire ce que signifie « anti-américain », m’a-t-elle répondu. « C’est comme ça que les gouvernements et les intérêts qu’ils défendent appellent ceux qui honorent l’Amérique en s’opposant à la guerre et au pillage des ressources naturelles, et qui croient en l’humanité. Il y a des millions de ces anti-américains aux Etats-Unis. Ce sont des gens ordinaires, qui n’appartiennent à aucune élite, et qui jugent leur gouvernement en termes moraux, même s’ils emploient eux-mêmes plutôt le terme de « décence élémentaire ». Ils ne sont pas vaniteux. Ce sont des gens qui ont une conscience éveillée, qui constituent le meilleur du peuple américain. On peut compter sur eux. Ils étaient dans le Sud avec le mouvement de défense des droits civiques pour faire abolir l’esclavage. Ils étaient dans la rue pour exiger la fin des guerres en Asie. Certes, ils disparaissent de temps en temps, mais ils sont comme des graines sous la neige. Je dirais qu’ils sont véritablement exceptionnels. » EXTRAIT.

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La mousson avait tissé d’épais voiles de brume au-dessus des hauts plateaux du centre du Vietnam. J’étais un jeune correspondant de guerre et je bivouaquais dans le village de Tuylon avec une unité de marines US investis de la mission de gagner les coeurs et les esprits. « Nous ne sommes pas ici pour tuer, » a dit le sergent, « nous sommes ici pour partager la Liberté à l’Américaine comme indiqué dans le Manuel de Pacification. L’objectif est de gagner les coeurs et les esprits des gens, comme c’est écrit à la page 86. »

Le titre de la page 86 était WHAM [Win Hearts And Minds – « gagner les coeurs et les esprits » mais aussi une onomatopée pouvant être traduite par BANG – NdT]. L’unité du sergent était appelée une compagnie d’action combinée, ce qui signifiait, dit-il, « Les lundis, nous les attaquons, et les mardis nous gagnons leurs coeurs et leurs esprits ». Il plaisantait, mais pas tant que ça. Debout sur une jeep à la limite d’une rizière, il a annoncé par porte-voix : « Sortez, tout le monde. Nous avons du riz, des sucreries et des brosses à dents pour vous. »

Silence. Pas l’ombre d’un mouvement.

« Bon, écoutez bien les niakoués, ou vous sortez de vos cachettes ou nous irons vous chercher ! »

Les habitants de Tuylon sont finalement sortis et se sont mis en rang pour recevoir des paquets de riz long grain Uncle Ben’s, des tablettes de chocolat, des ballons gonflables et plusieurs milliers de brosses à dents. Trois WC portables jaunes alimentés par batteries furent mis de côté en attendant l’arrivée du colonel. Lorsque le colonel est arrivé le soir, le chef du district fut convoqué et les WC portables dévoilés.

« M. le Chef du District, et vous tous, » a dit le Colonel, « ces cadeaux représentent plus qu’un ensemble d’objets. Ils portent l’esprit de l’Amérique. Mesdames et messieurs, il n’y a pas d’autre endroit au monde comme l’Amérique. Elle est la lumière qui me guide, et qui vous guidera aussi. Voyez-vous, là-bas chez nous, nous nous disons que nous avons beaucoup de chance de vivre dans la plus grande démocratie que le monde ait jamais connue, et nous voulons partager notre bonne fortune avec vous tous, braves gens. »

Thomas Jefferson, George Washington et Davy Crockett ont eu droit de cité. Il a prononcé maintes fois le mot « phare » et tandis qu’il évoquait la « cité sur la colline » de John Winthrop, les marines ont applaudi, et les enfants ont applaudi aussi sans avoir compris un traître mot.

C’était une belle démonstration de ce que les historiens appellent « l’exceptionnalisme », cette notion selon laquelle les Etats-Unis ont le droit divin d’apporter ce qu’ils appellent la liberté et la démocratie au reste de la planète. Il ne pouvait surtout pas être dit que ces termes cachaient simplement un système de domination, ce que Martin Luther King décrivait, peu avant son assassinat, comme « la plus grande source de violence au monde ».

Comme l’a fait remarquer ce grand historien des peuples, Howard Zinn, Winthrop, avec sa « cité sur la colline », faisait référence à une colonie du 17eme siècle dans le Massachusetts, Bay Colony, nimbée d’une bonté et d’une noblesse infinies. Mais sa description était rarement confrontée à la réalité de la violence des premiers colons pour qui le fait de brûler vifs 400 Indiens Pequot constituait « une joie triomphante ». Les massacres innombrables qui ont suivi, écrit Zinn, étaient justifiés par « l’idée que l’expansionnisme américain était l’oeuvre d’une volonté divine ».

Il y a peu, j’ai visité le Musée Américain d’Histoire, dans le cadre des célébrations du Smithsonian Institution à Washington, DC. Une des expositions les plus populaires était « Le Prix de la Liberté : les Américains en guerre ». C’était pendant les vacances et des longues files de visiteurs, dont de nombreux enfants, défilaient respectueusement devant une sorte de grotte du Père Noël dédiée à la guerre et à la conquête et où des messages sur la « grande mission » de la nation étaient dispensées. On y trouvait un hommage rendu aux « américains d’exception qui ont sauvé un million de vies » au Vietnam, où ils étaient « déterminés à stopper l’expansion communiste. » En Irak, d’autres coeurs vaillants « ont effectué des frappes aériennes d’une précision sans précédent. » La description révisionniste de deux des crimes les plus épiques des temps modernes était moins choquante que l’ampleur des omissions.

« L’histoire sans mémoire », écrivait le magazine Time à la fin du 20eme siècle, « confine les Américains dans une sorte de présent éternel. Ils sont particulièrement incapables de se souvenir de ce qu’ils ont infligé aux autres, par opposition à ce qu’ils ont fait pour eux. » De manière ironique, c’est Henry Luce, le fondateur de Time, qui avait prédit en 1941 que le « siècle américain » serait celui d’une « victoire » sociale, politique et culturelle américaine sur l’humanité et le droit « d’exercer sur le monde tout le poids de notre influence, pour les objectifs qui nous conviennent et par les moyens qui nous conviennent. »

Tout ceci n’est pas destiné à vous faire croire que les Etats-Unis ont l’exclusivité d’une telle vanité. Les Britanniques ont souvent présenté leur violente domination d’une bonne partie du globe comme une avancée naturelle de gentlemen chrétiens qui cherchaient d’une manière altruiste à civiliser les indigènes, et les historiens de la télévision moderne perpétuent ce mythe. Les Français aussi célèbrent toujours leur « mission civilisatrice » sanglante.

Avant la deuxième guerre mondiale, le mot « impérialiste » était considéré comme une médaille politique que l’on arborait avec fierté en Europe, alors qu’aux Etats-Unis on lui préférait le terme « age de l’innocence ». L’Amérique était différente du Vieux Continent, affirmaient les mythologistes. L’Amérique était la Terre de la Liberté, indifférente aux conquêtes. Mais que dire alors de l’appel de George Washington en faveur d’un « empire à construire », et celui de James Madison pour « jeter les fondations d’un grand empire » ? Que dire de l’esclavage, du vol du Texas au Mexique, de la soumission sanglante de l’Amérique centrale, de Cuba et des Philippines ?

La mémoire nationale qui est imposée relègue ces éléments dans les marges de l’histoire et le mot « impérialisme » a été pour le moins discrédité aux Etats-Unis, surtout après qu’Adolf Hitler et les fascistes, avec leurs idées de supériorité raciale et culturelle, aient légué un sentiment de culpabilité par association d’idées. Après tout, les Nazis étaient eux aussi fiers d’être des impérialistes, et l’Allemagne aussi était « exceptionnelle ». L’idée d’impérialisme, le mot même, fut littéralement bannie du vocabulaire américain, « parce qu’il attribuait à tort des motivations immorales à la politique étrangère de l’occident, » selon un historien. Ceux qui persistaient à employer ce terme étaient « inspirés par la doctrine communiste » ou des « nègres intellectuels qui avaient des comptes personnels à régler avec le capitalisme blanc ».

Pendant ce temps, la « cité sur la colline » continuait à être le phare de la rapacité tandis que le capital US s’apprêtait à réaliser le rêve de Luce en recolonisant les empires européens après la guerre. C’était « la marche en avant du libre entreprise ». En réalité, la marche était impulsée par le boom d’une production subventionnée dans un pays qui n’avait pas été ravagé par la guerre : une sorte de socialisme pour les grandes entreprises, ou un capitalisme d’état, qui a permis à l’Amérique d’accaparer la moitié des richesses de la planète. La pierre angulaire de ce nouvel impérialisme fut posée en 1944 lors d’une conférence des Alliés à Bretton Woods, dans le New Hampshire. Présentée comme « des négociations pour la stabilité économique », la conférence a marqué le début de la conquête par l’Amérique de la majeure partie du reste du monde.

Ce que l’élite américaine exigeait, écrit Frederic F Clairmont dans The Rise and Fall of Economic Liberalism (montée et déclin du libéralisme économique – ndt), « n’était pas des alliés mais des états serviles. Ce que Bretton Woods a donné au monde est un plan totalitaire visant à accaparer les marchés mondiaux. » La Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, la Banque Asiatique de Développement, la Banque Interaméricaine de Développement et la Banque Africaine de Développement ont été créées comme autant d’armes entre les mains du Trésor américain pour organiser et contrôler le nouvel ordre. L’armée américaine et ses alliés étaient chargés de monter la garde devant ces institutions « internationales », tandis qu’un « gouvernement invisible » des médias imposerait le mythe, selon Edward Bernays.

Bernays, décrit comme le père de l’ère des médias, était le neveu de Sigmund Freud. « Le mot propagande », écrivit-il, « était devenu un gros mot à cause des Allemands… alors j’ai du chercher d’autres termes [tels que] Relations Publiques. » Bernay a eu recours aux théories de Freud sur le contrôle du subconscient pour promouvoir la « culture de masse » destinée à cultiver la peur des ennemis officiels et la servilité du consumérisme. C’est Bernay qui, au nom des industries du tabac, a fait campagne auprès des femmes américaines pour les convaincre que fumer était un acte de libération féministe, en qualifiant les cigarettes de « torches de la liberté » ; et c’est sa notion de désinformation qui a été employée pour renverser des gouvernements, tels que celui de la démocratie guatémaltèque en 1954.

Mais, plus que tout, l’objectif était de distraire et d’éliminer les pulsions sociales-démocrates des travailleurs. Le Big Business, perçu jusqu’alors par l’opinion publique comme une sorte de maffia, fût élevé au rang de force patriotique. La « libre entreprise » devint une divinité. « Au début des années 50, » écrit Noam Chomsky, « 20 millions de personnes par semaine regardaient des films sponsorisés par l’industrie. L’industrie du divertissement fut enrôlée pour servir la cause et présenter les syndicats sous les traits de l’ennemi, un intrus qui vient perturber l’ « harmonie » du American Way of Life… Tous les aspects de la vie sociale étaient visés, les écoles, les universités, les églises et même les programmes de divertissement en étaient imprégnés. En 1954, la propagande commerciale dispensée dans les écoles publiques équivalait à la moitié des dépenses effectuées pour les livres scolaires. »

Le nouveau mot en « isme » était l’américanisme, une idéologie dont la particularité est de nier sa qualité d’idéologie. Récemment, j’ai vu la comédie musicale de 1957 Silk Stockings (Belle de Moscou en français – NdT), avec Fred Astaire et Cyd Charisse. Entre les merveilleuses scènes de danse sur une musique de Cole Porter, on entend des gages de loyauté qui auraient pu être écrits par le colonel au Vietnam. J’avais oublié à quel point la propagande était ouverte et généralisée ; les Soviétiques n’étaient vraiment pas à la hauteur. Un serment de fidélité à tout ce qui était américain est devenu un engagement idéologique auprès des monstres du Big Business : de l’industrie de l’armement et de la guerre (qui aujourd’hui consomme 42% des impôts) jusqu’à l’agroalimentaire (qui reçoit 157 milliards de dollars de subventions par an).

Barack Obama est l’incarnation de cet « isme ». Dès ses premiers pas dans la vie politique, son thème récurrent n’a pas été « le changement », comme le slogan de sa campagne électorale, mais le droit de l’Amérique à diriger et à organiser le monde. En parlant des Etats-Unis, il dit « nous dirigeons le monde en combattant le mal qui menace et en défendant le bien suprême… Nous devons diriger le monde en créant une armée du 21eme siècle afin de garantir la sécurité de notre peuple ainsi que celle de tous les peuples. » Et aussi : « Au siècle dernier, dans les moments de grand danger, nos dirigeants ont fait en sorte que l’Amérique, par ses actes et par son exemple, mène le monde et que nous défendions et luttions pour les libertés chéries par des milliards de personnes au-delà de nos frontières ».

Depuis 1945, par ses actes et par l’exemple, les Etats-Unis ont renversé 50 gouvernements, dont des démocraties, écrasé 30 mouvements de libération et soutenu des tyrannies de l’Egypte au Guatemala (voir les écrits de William Blum). Bombarder est un acte typiquement américain. Après avoir bourré son gouvernement de va-t-en-guerre, de copains de Wall Street et des pollueurs rescapés des administrations Bush et Clinton, le 45eme président ne fait que maintenir une tradition. La farce au sujet des coeurs et des esprits à laquelle j’ai assisté au Vietnam se répète aujourd’hui dans les villages d’Afghanistan et, par procuration, ceux du Pakistan, qui sont les guerres d’Obama.

Dans son discours prononcé lors de la remise de son prix Nobel de Littérature 2005, Harold Pinter a dit que « tout le monde savait que des crimes terribles avaient été commis par l’Union Soviétique dans la période d’après-guerre, mais les crimes américains commis à la même époque n’ont été que vaguement rapportés, encore moins documentés, encore moins reconnus comme tels. » C’est comme si « Rien ne s’était passé. Rien du tout. Même lorsque ça se passait, rien ne se passait. Il faut tirer son chapeau à l’Amérique… déguisée comme une force de bien universel. C’est un numéro d’hypnose brillant, génial même, et très efficace. »

Tandis qu’Obama envoie des drones pour tuer (depuis janvier) quelques 700 civils, certains progressistes distingués se réjouissent que l’Amérique soit redevenue une « nation d’idéaux moraux », selon les mots de Paul Krugman dans le New York Times. En Grande-Bretagne, l’élite a longtemps vu l’exceptionnelle Amérique comme un lieu propice pour exercer « l’influence » britannique, bien que ce ne soit qu’en tant que laquais ou marionnette. L’historien pop Tristram Hunt dit que l’Amérique sous Obama est un pays « où se produisent des miracles ». Justin Webb, jusqu’à récemment le correspondant de la BBC à Washington, se réfère béatement, comme le colonel au Vietnam, à la « cité sur la colline ».

Derrière cette façade « d’intensification du sentiment et de détérioration de la signification » (Walter Lippmann), les Américains ordinaires s’agitent comme peut-être jamais auparavant, comme s’ils avaient renié la déité du « Rêve Américain » selon laquelle la prospérité était garantie à ceux qui travaillaient dure et dépensaient avec parcimonie. Washington a été submergée par des millions de courriers électroniques rageurs envoyés par des gens ordinaires qui exprimaient une indignation que l’élection d’un nouveau président n’a pas calmée. Au contraire, ceux qui ont perdu leur emploi ou leur maison voient le nouveau président récompenser des banquiers escrocs et des militaires obèses, et se consacrer pour l’essentiel à protéger le clan Bush.

Je pense qu’un populisme émergera dans les prochaines années et déclenchera une force puissante qui sommeille dans les profondeurs de l’Amérique et qui a connu un passé glorieux. On ne peut pas prédire la direction qu’il prendra. Néanmoins, c’est cet authentique américanisme issu de la base qui a donné le droit de vote aux femmes, la journée de travail de 8 heures, l’impôt progressif et l’étatisation. A la fin du 19eme siècle, les populistes ont été trahis par des dirigeants qui les ont poussés au compromis et à fusionner avec le Parti Démocrate. Le règne d’Obama donne une impression de déjà vu.

Ce qui est le plus extraordinaire avec les Etats-Unis aujourd’hui, c’est le rejet et le mépris, exprimé sous maintes formes, envers l’omniprésente propagande historique et contemporaine diffusée par le « gouvernement invisible ». Des sondages crédibles ont depuis longtemps confirmé que plus de deux tiers des Américains avaient des opinions progressistes. Une majorité veut un gouvernement qui prenne soin des plus démunis. Ils seraient prêts à payer plus d’impôts pour garantir une couverture médicale à l’ensemble de la population. Ils veulent un désarmement nucléaire total. 72 pour cent veulent la fin des guerres coloniales US, et ainsi de suite. Ils sont informés, subversifs, et même « anti-américains ».

Un jour j’ai demandé à une amie, grand correspondant de guerre et humaniste, Martha Gellhorn, de m’expliquer ce terme. « Je vais vous dire ce que signifie « anti-américain », m’a-t-elle répondu. « C’est comme ça que les gouvernements et les intérêts qu’ils défendent appellent ceux qui honorent l’Amérique en s’opposant à la guerre et au pillage des ressources naturelles, et qui croient en l’humanité. Il y a des millions de ces anti-américains aux Etats-Unis. Ce sont des gens ordinaires, qui n’appartiennent à aucune élite, et qui jugent leur gouvernement en termes moraux, même s’ils emploient eux-mêmes plutôt le terme de « décence élémentaire ». Ils ne sont pas vaniteux. Ce sont des gens qui ont une conscience éveillée, qui constituent le meilleur du peuple américain. On peut compter sur eux. Ils étaient dans le Sud avec le mouvement de défense des droits civiques pour faire abolir l’esclavage. Ils étaient dans la rue pour exiger la fin des guerres en Asie. Certes, ils disparaissent de temps en temps, mais ils sont comme des graines sous la neige. Je dirais qu’ils sont véritablement exceptionnels. »

John Pilger

Nous apprenons avec les grands esprits

Source
Survival International

Pour les Yanomami d’Amazonie brésilienne, le monde des esprits occupe une part fondamentale de la vie. Chaque créature, chaque rocher, chaque arbre, chaque montagne possède un esprit.
Omama, notre Créateur, nous a permis de penser et de parler avec l’esprit de la forêt et l’esprit de la montagne ainsi qu’avec l’esprit de la lune, du soleil et des étoiles, dit le chamane Davi Kopenawa, qui décrit ici comment les chamanes yanomami veillent sur le monde.

Le mot ‘chamane’ est emprunté aux Toungouses (appelés aussi Evenk) de Sibérie qui désignent ainsi leurs spécialistes religieux. Les chamanes ont un rôle essentiel dans de nombreuses sociétés indigènes.
A la fois prêtre, sorcier, guérisseur, magicien et devin, le chamane remplit le rôle d’intermédiaire entre les hommes et les esprits. Il entretient une relation privilégiée avec la nature et les animaux sauvages. Il est le gardien des rituels sacrés et du savoir botanique, il prédit le temps et interprète les rêves.
Guidés par les esprits xapiripë et la sagesse de leurs ancêtres, les chamanes yanomami (xapiripë thëpë) maîtrisent les orages et prévoient les vents. Ils préviennent la chute du ciel et utilisent leurs pouvoirs pour assurer le succès des chasseurs, guérir les maladies humaines et éloigner les esprits hostiles.
Les chamanes donnent des ordres au soleil et enseignent aux esprits comment s’adresser à la lune.
© Claudia Andujar/Survival
Je suis chamane de la forêt, je travaille avec les forces de la nature et non avec le pouvoir de l’argent ou des armes, dit Davi.
Notre sagesse est différente. Notre savoir est un savoir différent.
C’est la sagesse de nos esprits chamaniques, de la Terre, qui est si importante pour la survie de l’humanité.
© Victor Englebert/Survival
A travers les rêves et les transes, les chamanes yanomami transcendent les limites physiques de leur enveloppe corporelle et celles de la conscience humaine pour communier avec les xapiripë.
Nous, Yanomami, apprenons avec les grands esprits, les xapiripë. Nous apprenons à connaître les xapiripë, comment les voir et les écouter. Seuls les chamanes – ceux qui connaissent les xapiripë – peuvent les voir, car ils ressemblent aux êtres humains. Mais leurs pénis sont très petits et leurs mains n’ont que quelques doigts. Ils sont minuscules, comme des poussières lumineuses.
Leurs chants sont puissants, et leur pensée est très droite.
© Claudia Andujar/Survival
Les chamanes yanomami inhalent la poudre de yãkoana, extraite de l’écorce de l’arbre Virola qui contient un puissant alcaloïde hallucinogène afin d’entrer dans un état de transe. La poudre est inhalée à l’aide d’un long tube – horoma – , fait de tiges évidées de canne à flèche ou d’un petit palmier. ’C’est ainsi que nous faisons danser les esprits’ explique Davi.
Il y a beaucoup, beaucoup de xapiripë, pas peu, mais des milliers, comme les étoiles. Certains vivent dans le ciel, d’autres sous la terre et d’autres encore vivent dans les hautes montagnes couvertes de forêts et de fleurs. Nous appelons ces lieux sacrés ‘hutu pata’.
Lorsque le soleil monte dans le ciel, les xapiripë dorment. Lorsqu’il commence à descendre, l’aube commence à poindre. Ils se réveillent alors tous, innombrables dans la forêt. Notre nuit est pour eux le jour.
Lorsque nous dormons, ils s’amusent et dansent.
© Claudia Andujar/Survival
Davi a vu pour la première fois les xapiripë lorsqu’il était enfant ; il a continué à les voir dans son sommeil quand il grandissait. C’est seulement lorsqu’il est devenu adulte qu’il a demandé à être initié au chamanisme.
Lorsque nous inhalons pour la première fois la poudre yãkoana, les esprits xapiripë commencent à se rassembler autour de nous.
D’abord, on entend de loin leurs chants joyeux, légers comme le bourdonnement des moustiques. Puis on les voit briller, innombrables, avec une clarté lunaire.
Ils n’en finissent jamais d’arriver à nous, les uns après les autres, sans nombre, sans fin.
© Claudia Andujar/Survival
Les xapiripë descendent vers nous sur des chemins aussi fins que ceux des araignées.
Ils sont beaux, leurs corps sont enduits de teinture de roucou vermillon et dessinés d’ondulations de traits et de taches d’un noir luisant.
Ils sont couverts d’ornements et de plumes de perroquets et d’oiseaux bariolés et ont très fière allure. Ils dansent de façon magnifique et chantent différemment. Leurs chants sont très nombreux et mélodieux. Ils ne cessent de les entonner l’un après l’autre, sans relâche, celui de l’ara, celui du perroquet, celui du tapir, celui de la tortue, celui de l’aigle…
Les xapiripë sont très parfumés. Lorsqu’ils jouent avec les femmes esprits du vent, on sent dans la forêt l’odeur du roucou et des charmes de chasse qu’ils portent autour du cou.
© Claudia Andujar/Survival
Les xapiripë dansent pour les chamanes depuis la nuit des temps, et ils continuent de danser aujourd’hui.
Ils sont beaux, noirs et limpides, et voient très loin. Leurs têtes sont couvertes de plumules de duvet du vautour blanc. Il en émane une luminosité éblouissante. Leur front est ceint de bandeaux de queue de singe capucin qui rehaussent l’abondance de leur chevelure. Des plumes caudales de perroquets et de poitrines de cotinga turquoises et violettes sont fichées dans le lobe de leurs oreilles.
Ils dansent en cercle, sans hâte.
© Claudia Andujar/Survival
Pour les Yanomami, chaque être humain ou non humain possède une ‘image-essence’, un double appelé utupë à qui il est uni pour la vie.
Tous les êtres de la forêt ont une image utupë : les oiseaux, les singes, les insectes… Il y a aussi les arbres, les rapides, le miel sauvage… Ce sont elles que les chamanes appellent et font descendre.
Un par un, les esprits sont arrivés. Les esprits toucan sont arrivés avec leurs grands bâtons d’oreille et leurs pagnes rouge vif, décrit Davi. Les esprits colibri sont arrivés en volant. Les esprits grenouilles étaient là avec un carquois sur le dos. Puis sont arrivés les esprits pécari, les esprits chauve-souris et les esprits des rapides.
Mon esprit a commencé à briller.
Ils sont tous venus à moi et ont accroché leurs hamacs dans ma poitrine.
© Claudia Andujar/Survival
Les Yanomami pensent que les xapiripë sont venus à l’existence lorsque la forêt était encore jeune.
Aujourd’hui, alors que la déforestation s’accélère en Amazonie, Davi craint que les esprits de la forêt ne fuient, ce qui aura un effet dévastateur sur la forêt et sur la planète entière.
Ne croyez pas que la forêt soit morte, laissée ainsi sans raison, dit-il. Si elle était morte, les arbres n’auraient plus de feuilles et nous ne serions plus en vie.
Elle vit, elle nous donne la vie. Et elle a un long souffle de vie, plus long que le nôtre. Avec le souffle de l’esprit de la terre, la forêt devient magnifique, elle est arrosée par la pluie et il y a toujours du vent.
Elle respire, même si vous ne vous en rendez pas compte.
© Claudia Andujar/Survival
Les chamanes yanomami sollicitent aussi l’aide des xapiripë pour guérir les maladies humaines, en utilisant des plantes médicinales pour traiter les fièvres, les maux d’estomac, les douleurs musculaires et autres maladies. Diagnostiquer les maladies nécessite plusieurs années d’apprentissage chamanique.
En général, tout mal trouve sa guérison, en dehors des maladies transmises par les étrangers et contre lesquelles les Yanomami ont très peu d’immunité.
Si les xapiripë n’existaient pas, nous ne serions plus en vie. Les esprits malins nous auraient dévorés il y a bien longtemps. Ils savent quelles maladies nous frappent. Ils se débarrassent de la maladie et la jettent loin, dans le monde souterrain.
Ainsi, ils nous guérissent.
© Claudia Andujar/Survival
En communiant avec les xapiripë et en les contrôlant, non seulement les chamanes yanomami protègent leur propre communauté mais ils veillent aussi sur le monde entier. Davi pense que beaucoup de puissants chamanes sont nécessaires pour préserver la planète.
Nous les chamanes travaillons aussi pour vous, les Blancs, dit-il. Nos chamanes savent que notre planète est en train de changer. Nous connaissons l’état de santé de l’Amazonie. Nous savons qu’il est dangereux d’abuser de la nature et lorsque vous détruisez la forêt, vous coupez les artères du futur et la force du monde décline.
Le ciel est empli de fumées car notre forêt est rasée et brûlée. La pluie vient tard, le soleil se comporte de manière étrange. Les poumons du ciel sont pollués. Le monde est malade. La forêt mourra si elle est détruite par les Blancs.
Où irons-nous lorsque nous aurons détruit notre monde?
Si la planète est silencieuse, comment pourrons-nous apprendre?
© Claudia Andujar/Survival
La sagesse des xapiripë yanomami est ancienne.
Nous avons gardé en nous les paroles de nos ancêtres pendant longtemps et nous continuons à les transmettre à nos enfants, dit Davi.
Ainsi, les paroles des esprits ne disparaîtront jamais.
Leur histoire n’a pas de fin.
© Claudia Andujar/Survival

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Saby, Des yeux pour voir 

El jardinero

Esta mañana, hice de nuevo el jardín

En el mes de junio.

Como un nuevo mundo …

Las manos en la tierra, las mariposas se van, se enredaron con las flores del ciruelo que hormiguean el jardín. Mis músculos gimen … ya estoy viejo como un pedazo de tierra que ha hecho su camino.

Abrí un poco de carne.

Pero tengo el alma de cada niño limpio, limpiar la suciedad de la vida. Un mosquito es un mundo, una brizna de hierba, las nubes que pasan. No es más que eso es todo.

¿Qué es la felicidad, si no todos estar en este lío llamado las malas hierbas. Siendo tal, nada de eso. Sin orgullo, sin vanidad.

La naturaleza no mejor cuando se trabaja para organizar. Es el equilibrio. El secreto está ahí. Se ve como un espíritu libre que deja que su imaginación. No hay nada que elegir lo que es bello, porque la belleza no es una organización, es todo lo contrario. En este anarquismo, al menos en apariencia, se encuentra la creación. Todo verde, estos colores son sólo la obra de un espíritu libre. A Dios?

La mejor lección es escuchar a la mirada de una coreografía confuso architected tanto en sus investigaciones, sus resultados y su nuevo reducida.

El arte es una actividad para encontrar la manera de ser.

El arte es para usted. Pero yo no es nunca una tan sola. Esto es parte de un nosotros.

No hay nada a la venta en esta investigación.

Nadie se creó aquí. Todo el mundo copia.

La belleza no se crea, se descubre.

Escribir es, de alguna manera, ridículo. Este es un Vidure un intento. Por encima de todo, se trata de mostrar lo que un ciego puede ver. Es un acto personal.

En la universidad, no hay estudios sobre el diente de león, mariposa, nubes, y el viejo clavo oxidado ser descubierto en trabajar la tierra.

Yo no sé quién le dio vida a todo el mundo. Sé que los seres humanos han dicho: « Podemos hacerlo mejor. »

No se puede hacer mejor, porque lo mejor está por delante.

El desafío es reconocer que el verdadero modelo está dentro de nosotros.

Existe la manera occidental es negar. Negar que somos pobres en espíritu.

No hay alma en el trabajo humano.

No hay dinero en el cielo tampoco.

Cuando muera, el jardín se convertirá en un caos desorganizado.

Él nacerá otro jardinero.

¿Sabe lo que crece no es otro que él?

Gaetan Pelletier

Circa 2000