Archives quotidiennes : 20-juillet-2013

Après l’avant

Dame

La dignité et l’honnêteté… Comme dirait Fethi, la sagesse arrive trop tard…

Elle arrive sans doute avec la fin de la grande excitation de la jeunesse. Je disais qu’à 20 ans on a l’éternité devant soi… Mais à 78, on l’a vraiment…

Mais qu’est-ce que la beauté?

À mesure que se creusent les rides, que l’on prend conscience de l’éphémère de la Vie, nous avons celle du papillon dans un espace-temps qui nous culbute.

La beauté est sans doute l’amour. Et cela passe par les yeux, par ce qui sourd dans une extraordinaire vision que seuls peuvent capter ceux qui sont « insensibles » au temps.

L’éternité, c’est comprendre, que le corps n’est qu’une maille affichant parfois la grande voilure cachée de la lumière…

Gaëtan Pelletier

20 juillet 2013

Les clowns ont acheté 500 chars et 20 hélicoptères

Brigade Activiste des Clowns                                 


Pour célébrer un 14 juillet de gauche militaire plus tricolore que jamais, les Clowns ont scellé un accord d’achat en bonne et due forme avec la firme Sofema.
AVIS A LA POUPULASSE !
Rencontre au sommet entre les envoyés du Clownistan, Monseigneur Du Rocdefer, ambassadeur du Clownistan et sa délégation, et SOFEMA.
En ce jour du 12 juillet de l’an de grâce 12 après Naïnileveune, notre rencontre a porté sur les dernières innovations technologiques et électroniques de la belle entreprise d’armes SOFEMA afin d’équiper le Clownistan de la meilleure des technologies françaises.
Après un audit approfondi sur leur méthode d’exploitation explosive, sur la qualité de leurs produits de maintien de la Paix et sur leurs partenariats avec d’autres clients, telles les bienfaitrices démocraties Russes et Syriennes, les deux parties ont conclu un accord juteux pour l’achat des équipements suivants :
– 500 AMC
– 170 AMX
– 30 VBL 90
– 20 hélicoptères alouettes
– 50 mortiers
– 1 super Cougar (en jupe)
– 2 avions Mirage 2000
De plus, le Clownistan se réjouit qu’un partenariat de référence pour la gestion de l’obsolescence de ces machines et pour la maintenance de ses soldats ait été mis en place dans un souci de pérenniser la manne financière que représente ce marché pour nos dirigeants.
Cet accord s’est formalisé par une plainte et des auditions libres !
Le Clownistan se félicite de la qualité de la relation établie avec la SOFEMA, qu’elle espère durable et destructrice.
Vive le Capitalisme libre ! Vive la Guerre !

Source et photo : Courriel à Reporterre de la Brigade Activiste des Clowns
Lire aussi : L’Etat français poursuit les clowns qui soutenaient l’armée Rançaise

http://humeursdemarisse.blogspot.fr/2013/07/les-clowns-ont-achete-500-chars-et-20.html

Les drogues et la machine de guerre des États-Unis

par Maxime Chaix

L’ancien diplomate canadien Peter Dale Scott met à profit sa retraite pour étudier en détail le Système des États-Unis qu’il décrit, livre après livre. Il répond ici aux questions de son traducteur francophone, notre collaborateur, Maxime Chaix.

Réseau Voltaire | 18 juillet 2013

Peter Dale Scott est docteur en Sciences politiques, professeur émérite de Littérature anglaise à l’Université de Californie (Berkeley), poète et ancien diplomate canadien. The Road to 9/11 est son premier livre traduit en français, publié en septembre 2010 par les Éditions Demi-Lune sous le titreLa Route vers le Nouveau Désordre Mondial. Cet ouvrage a fait l’objet d’une recension élogieuse par le général d’armée aérienne (2S) Bernard Norlain dans le numéro 738 de la Revue Défense Nationale (mars 2011). Son dernier livre, La Machine de guerre américaine, a été publié par les Éditions Demi-Lune en octobre 2012. Il a également été recommandé par le général Norlain dans le numéro 757 de la Revue Défense Nationale (février 2013).Peter Dale Scott publie régulièrement des articles sur le site du Réseau Voltaire.

Maxime Chaix : Dans votre dernier ouvrage, La Machine de guerre américaine, vous étudiez en profondeur ce que vous appelez la « connexion narcotique globale ». Pourriez-vous nous éclairer sur cette notion ?

 

Peter Dale Scott : Avant tout, permettez-moi de définir ce que j’entends par « connexion narcotique ». Les drogues n’entrent pas comme par enchantement aux États-Unis. Parfois, de très importantes cargaisons de drogues sont acheminées dans ce pays avec l’assentiment et/ou la complicité directe de la CIA. Je vais vous l’illustrer par un exemple tiré de La Machine de guerre américaine. Dans ce livre, je parle du général Ramon Guillén Davila, le directeur d’une unité anti-drogue créée par la CIA au Venezuela, qui fut inculpé à Miami pour avoir introduit clandestinement aux États-Unis une tonne de cocaïne. Selon leNew York Times, « la CIA, malgré les objections de la Drug Enforcement Administration [DEA], approuva la livraison d’au moins une tonne de cocaïne pure à l’aéroport international de Miami [], comme moyen d’obtenir des renseignements sur les cartels de la drogue colombiens ». Au total, selon le Wall Street Journal, le général Guillén aurait pu avoir acheminé illégalement plus de 22 tonnes de drogues aux États-Unis. Néanmoins, les autorités US n’ont jamais demandé au Venezuela l’extradition de Guillén pour le juger. De plus, lorsqu’en 2007 il fut arrêté dans son pays pour avoir planifié l’assassinat d’Hugo Chávez, son acte d’accusation était encore maintenu sous scellés à Miami. Ce n’est pas surprenant, sachant qu’il était un allié de la CIA.

Toutefois, la connexion narcotique de l’Agence ne se limite pas aux États-Unis et au Venezuela. Depuis l’après-guerre, elle s’est progressivement étendue à travers le globe. En effet, les États-Unis ont voulu exercer leur influence dans certaines parties du monde mais, en tant que démocratie, ils ne pouvaient pas envoyer l’US Army dans ces régions. Par conséquent, ils ont développé des armées de soutien (proxy armies) financées par les trafiquants de drogues locaux. Progressivement, ce mode opératoire est devenu une règle générale. C’est l’un des principaux sujets de mon livre, La Machine de guerre américaine. J’y étudie notamment l’opération Paper, qui débuta en 1950 avec l’utilisation par l’Agence de l’armée du KMT en Birmanie, qui organisait le trafic de drogues dans la région. Quand il s’est avéré que cette armée était totalement inefficace, la CIA développa sa propre force en Thaïlande (la PARU). L’officier de l’Agence qui en avait la responsabilité a admis qu’elle finançait ses opérations par de très importantes saisies de drogues.

En rétablissant le trafic de drogues en Asie du Sud-Est, le KMT en tant qu’armée de soutien constituait un précédent de ce qui allait devenir une habitude de la CIA : collaborer secrètement avec des groupes financés par les drogues pour mener la guerre – en Indochine et en mer de Chine méridionale dans les années 1950, 60 et 70 ; en Afghanistan et en Amérique centrale dans les années 1980 ; en Colombie dans les années 1990 ; et de nouveau en Afghanistan en 2001 -. Les mêmes secteurs de la CIA en sont responsables, soit les équipes chargées d’organiser les opérations clandestines. Depuis l’après-guerre, nous pouvons observer comment leurs agents, financés par les bénéfices narcotiques de ces opérations, se déplacent de continents en continents pour répéter le même schéma. C’est pourquoi nous pouvons parler d’une « connexion narcotique globale ».

Maxime Chaix : D’ailleurs, dans La Machine de guerre américaine, vous remarquez que la production de drogues explose souvent là où les États-Unis interviennent avec leur armée et/ou leurs services de renseignement, et que cette production décline lorsque ces interventions s’achèvent. En Afghanistan, alors que l’OTAN retire progressivement ses troupes, pensez-vous que la production de drogue va diminuer une fois le retrait achevé ?

Peter Dale Scott : Dans le cas de l’Afghanistan, il est intéressant de constater qu’au cours des années 1970, à mesure que le trafic de drogues déclinait en Asie du Sud-Est, la zone frontalière pakistano-afghane devenait peu à peu centrale dans le trafic international d’opium. Finalement, en 1980, la CIA s’impliqua de manière indirecte, mais massive, contre l’URSS dans la guerre d’Afghanistan. D’ailleurs, Zbigniew Brzezinski se vanta auprès du président Carter d’avoir donné aux soviétiques « leur Vietnam ». Toutefois, il déclencha également une épidémie d’héroïne aux États-Unis. En effet, avant 1979, de très faibles quantités d’opium du Croissant d’Or entraient dans ce pays. Or, en une année seulement, 60 % de l’héroïne pénétrant aux États-Unis provenait de cette zone, selon les statistiques officielles.

Comme je le rappelle dans La Machine de guerre américaine, les coûts sociaux de cette guerre alimentée par la drogue continuent de nous affecter. Par exemple, il y aurait aujourd’hui 5 millions d’héroïnomanes au seul Pakistan. Et pourtant, en 2001, les États-Unis, avec l’aide des trafiquants, relancèrent leurs tentatives d’imposer un processus d’édification nationale à un quasi-État, comptant au moins une douzaine de groupes ethniques majeurs parlant des langues différentes. À cette époque, l’intention qu’avaient les États-Unis d’utiliser des trafiquants de drogue pour se positionner sur le terrain en Afghanistan n’avait pas la moindre ambiguïté. En 2001, la CIA créa sa propre coalition pour lutter contre les talibans en recrutant – et même en important – des trafiquants de drogues, qui étaient en principe d’anciens alliés des années 1980. Comme au Laos en 1959 et en Afghanistan en 1980, l’intervention états-unienne a été une aubaine pour les cartels internationaux des drogues. Avec l’amplification du chaos dans les zones rurales afghanes et l’augmentation du trafic aérien, la production d’opium fit plus que doubler, passant de 3 276 tonnes en 2000 (mais surtout de 185 tonnes en 2001, l’année où les talibans l’interdirent) à 8 200 tonnes en 2007.

Aujourd’hui, il est impossible de déterminer comment va évoluer la production de drogues en Afghanistan. Cependant, si les États-Unis et l’OTAN se contentent de se retirer en laissant le chaos derrière eux, tout le monde en pâtira – sauf les trafiquants de drogues, qui profiteraient du désordre pour leurs activités illicites -. Il serait donc indispensable d’établir une collaboration entre l’Afghanistan et tous les pays avoisinants, incluant la Chine et la Russie (qui peut être considérée comme une nation voisine du fait de ses frontières avec les États d’Asie centrale). Le Conseil international sur la sécurité et le développement (ICOS) a suggéré d’acheter et de transformer l’opium afghan afin de l’utiliser médicalement dans les pays du Tiers-Monde, qui en ont cruellement besoin. Washington reste opposé à cette mesure, qui est difficile à mettre en œuvre en l’absence d’un système de maintien de l’ordre efficace et solide. Dans tous les cas, nous devons aller vers une solution multilatérale incluant l’Iran, une nation très affectée par le trafic de drogues venant d’Afghanistan. Il est également le pays le plus actif dans la lutte contre les exportations de stupéfiants afghans, et celui qui subit le plus de pertes humaines à cause de ce trafic. Par conséquent, l’Iran devrait être reconnu comme un allié central dans la lutte contre ce fléau mais, pour de nombreuses raisons, ce pays est considéré comme un ennemi dans le monde occidental.

Maxime Chaix : Votre dernier livre, La Machine de guerre américaine, démontre notamment qu’une part importante des revenus narcotiques alimente le système bancaire global, dont les banques des États-Unis, créant une véritable « narconomie ». Dans cette perspective, que pensez-vous de l’affaire HSBC ?

Peter Dale Scott : Tout d’abord, le scandale du blanchiment d’argent par HSBC nous amène à penser que la manipulation des bénéfices narcotiques par cette banque aurait pu contribuer à financer le terrorisme – comme l’avait révélé une sous-commission du Sénat en juillet 2012 -. De plus, un nouveau rapport sénatorial a estimé que « chaque année, entre 300 milliards et 1 trillion de dollars d’origine criminelle sont blanchis par les banques à travers le monde, la moitié de ces fonds transitant par les banques états-uniennes ». Dans ce contexte, les autorités gouvernementales nous expliquent qu’HSBC ne sera pas démantelée car elle est trop importante dans l’architecture financière occidentale. Souvenez-vous qu’Antonio Maria Costa, le directeur de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC), avait rapporté qu’en 2008, « ?les milliards de narcodollars ont empêché le système de sombrer au paroxysme de la crise [financière] globale. »

Ainsi, HSBC s’est entendue avec le département de la Justice pour payer une amende d’environ 1,92 milliards de dollars, ce qui évitera des poursuites pénales. Le gouvernement des États-Unis nous fait ainsi comprendre que personne ne sera condamné pour ces crimes car, comme je l’ai souligné précédemment, cette banque fait partie intégrante du système. C’est un aveu déterminant. En réalité, toutes les grandes banques ayant une importance systémique – pas seulement HSBC – ont admis avoir mis en place des filiales spécialement conçues pour blanchir l’argent sale (les private banks). Certaines ont payé de lourdes amendes, qui sont habituellement bien moins importantes que les profits générés par le blanchiment d’argent. Et aussi longtemps que cette impunité sera maintenue, le système fonctionnera de cette manière. C’est un véritable scandale. En effet, songez à un individu lambda se faisant arrêter avec quelques grammes de cocaïne en poche. Il sera très probablement incarcéré, mais la banque HSBC pourrait avoir blanchi environ 7 milliards de dollars de revenus narcotiques grâce à sa filiale mexicaine sans que personne n’aille en prison. En réalité, la drogue est l’un des principaux éléments soutenant le dollar, d’où l’emploi de l’expression « narconomie ». Les trois premiers produits échangés dans le commerce international sont d’abord le pétrole, puis les armes et enfin les drogues. Ces trois éléments sont interconnectés, et ils alimentent les banques de la même manière. C’est pourquoi la majorité de l’argent des drogues est absorbée par le système bancaire global. Ainsi, dans La Machine de guerre américaine, j’étudie comment une partie de ces revenus narcotiques finance certaines opérations clandestines états-uniennes, et j’en analyse les conséquences.

Maxime Chaix : Il y a 10 ans, l’administration Bush lançait la guerre d’Irak, sans l’aval du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Quel bilan tirez-vous de ce conflit, notamment au regard de ses coûts humains et financiers ?

Peter Dale Scott : Selon moi, il y a eu deux grands désastres dans la politique étrangère récente des États-Unis. Il s’agit de la guerre du Vietnam, qui n’était pas nécessaire, et de la guerre d’Irak, qui l’était encore moins. L’objectif affiché de cette guerre était d’instaurer la démocratie dans ce pays, ce qui était une véritable illusion. Il appartient au peuple irakien de déterminer s’il est dans une meilleure situation aujourd’hui qu’avant cette guerre, mais je doute qu’il réponde par l’affirmative s’il était consulté sur cette question.

Au regard des coûts humains et financiers de ce conflit, celui-ci fut un désastre, aussi bien pour l’Irak que pour les États-Unis. Toutefois, dans un documentaire qui lui est dédié, l’ancien vice-président Dick Cheney vient de déclarer qu’il referait la même chose « dans la minute ». Or, le Financial Times a récemment estimé que les contractants avaient signé pour plus de 138 milliards de dollars de contrats avec le gouvernement des États-Unis, dans le cadre de la reconstruction de l’Irak. À elle seule l’entreprise KBR, une filiale d’Halliburton – dirigée par Dick Cheney avant qu’il ne devienne vice-président -, a signé pour au moins 39,5 milliards de dollars de contrats fédéraux depuis 2003. Rappelons également qu’à la fin de l’anne?e 2000, un an avant le 11-Septembre, Dick Cheney et Donald Rumsfeld ont cosigne? une e?tude importante e?labore?e par le PNAC (le groupe de pression ne?oconservateur appelé le Projet pour le Nouveau Sie?cle Ame?ricain). Intitulée Reconstruire les De?fenses de l’Ame?rique (Rebuilding America’s Defenses), cette e?tude re?clamait notamment une forte augmentation du budget de la De?fense, l’e?viction d’Irak de Saddam Hussein, et le maintien de troupes e?tats-uniennes dans la re?gion du golfe Persique même apre?s la chute du dictateur irakien. Ainsi, en dépit des coûts humains et financiers de cette guerre, certaines entreprises privées ont massivement profité de ce conflit, comme je l’ai analysé dans La Machine de guerre américaine. Enfin, au Proche-Orient, lorsque l’on observe les très fortes tensions entre les chiites, qui sont appuyés par l’Iran, et les sunnites soutenus par l’Arabie saoudite et le Qatar, il faut garder à l’esprit que la guerre d’Irak a eu un impact très déstabilisant dans cette région…

Maxime Chaix : Justement, quel est votre point de vue sur la situation en Syrie, et sur les potentielles solutions à ce conflit ?

Peter Dale Scott : Au vu de la complexité de cette situation, il n’existe pas de réponse simple sur ce qui devrait être fait en Syrie, du moins au niveau local. Toutefois, en tant qu’ancien diplomate, je suis convaincu que nous ayons besoin d’un consensus entre les grandes puissances. La Russie continue d’insister sur la nécessité de s’en tenir aux accords de Genève. Ce n’est pas le cas des États-Unis, qui ont agi bien au-delà du mandat du Conseil de sécurité en Libye, et qui sont en train de rompre un potentiel consensus en Syrie. Ce n’est pas la marche à suivre car, à mon sens, un consensus international est nécessaire. Sinon, il se pourrait que la guerre par procuration entre chiites et sunnites au Proche-Orient finisse par attirer directement l’Arabie saoudite et l’Iran dans le conflit syrien. Il y aurait alors un risque de guerre entre les États-Unis et la Russie. La Première Guerre mondiale a éclaté de cette manière, ayant été déclenchée par un événement local en Bosnie. Et la Seconde Guerre mondiale a débuté avec une guerre par procuration en Espagne, qui opposait à distance la Russie et l’Allemagne. Nous devons et nous pouvons éviter la répétition d’une telle tragédie.

Maxime Chaix : Mais ne pensez-vous pas qu’au contraire, les États-Unis cherchent aujourd’hui à s’entendre avec la Russie, essentiellement à travers la diplomatie de John Kerry ?

Peter Dale Scott : Pour vous répondre, permettez-moi de faire une analogie avec ce qu’il s’est déroulé en Afghanistan et en Asie centrale dans les années 1990, après le retrait soviétique. Aux États-Unis, le problème récurrent est qu’il est difficile de parvenir à un consensus au sein du gouvernement, car il existe une multitude d’agences ayant parfois des objectifs antagonistes. Il en résulte l’impossibilité d’obtenir une politique unifiée et cohérente, et c’est précisément ce que nous avons pu observer en Afghanistan en 1990. Le département d’État voulait impérativement parvenir à un accord avec la Russie, mais la CIA continuait de travailler avec ses alliés narcotiques et/ou jihadistes en Afghanistan, n’ayant pas l’intention de mettre fin à cette collaboration. Par conséquent, dans une certaine mesure, il existait une concurrence entre l’Agence et le département d’État en Afghanistan. À cette époque, Strobe Talbott – un très proche ami du président Clinton, dont il était un influent représentant personnel au sein du département d’État -, déclara avec justesse que les États-Unis devaient parvenir à un arrangement avec la Russie en Asie centrale, et non considérer cette région comme un « grand échiquier » où manipuler les événements à notre avantage (pour reprendre le concept de Zbigniew Brzezinski). Mais dans le même temps, la CIA et le Pentagone étaient en train de nouer des accords secrets avec l’Ouzbékistan, qui neutralisèrent totalement ce que Strobe Talbott était en train d’accomplir. Je doute qu’aujourd’hui, de telles divisions internes au sein de l’appareil diplomatique et sécuritaire des États-Unis aient disparu.

Dans tous les cas, depuis 1992, la doctrine Wolfowitz mise en œuvre à partir de 2001 par les néoconservateurs de l’administration Bush appelle à la domination globale et unilatérale des États-Unis. Parallèlement, des éléments plus modérés du département d’État tentent de négocier des solutions pacifiques aux différents conflits dans le cadre des Nations Unies. Cependant, il est impossible de négocier la paix tout en appelant à dominer le monde par la force militaire. Malheureusement, les faucons intransigeants l’emportent le plus souvent, pour la simple et bonne raison qu’ils bénéficient des budgets les plus élevés – ceux qui alimentent La Machine de guerre américaine -. En effet, si vous parvenez à des compromis diplomatiques, ces faucons verront leurs budgets amoindris, ce qui explique pourquoi les pires solutions ont tendance à prévaloir dans la politique étrangère états-unienne. Et c’est précisément ce qui pourrait empêcher un consensus diplomatique entre les États-Unis et la Russie dans le conflit syrien.

Maxime Chaix

Diplomatie (France)

voltairenet.org

http://centpapiers.com/les-drogues-et-la-machine-de-guerre-des-etats-unis/

Avec 18,5 milliards de dettes, la ville de Détroit se déclare en faillite

Le berceau de l’industrie automobile américaine est en faillite. Voilà une preuve, s’il en faut, du puits sans fond dans lequel s’est engouffré l’économie US. Détroit vient ainsi grossir les rangs des 22 autres villes américaines ayant déjà fait faillite depuis Janvier 2010. La différence c’est que cette fois, il s’agit d’un symbole d’un vestige de l’hégémonie américaine et une ville qui compte plus de 700 000 habitants.



Reuters:
« La ville de Detroit a déposé son bilan jeudi, ce qui en fait la plus grande faillite municipale jamais connue dans l’histoire américaine et marquant un nouveau coup bas pour une ville qui fut le berceau de l’industrie automobile américaine.

Dans une lettre accompagnant le dépôt, le gouverneur Rick Snyder du Michigan a dit qu’il avait approuvé une demande du directeur de gestion de crise de Detroit Kevyn Orr ayant fait appel au chapitre 9 de protection de la faillite en disant « il est clair que la situation d’urgence financière à Detroit ne peut être traitée avec succès en dehors d’un tel dépôt , et c’est la seule solution raisonnable qui est disponible « .

Snyder, un républicain, nommait Orr en Mars pour s’attaquer à la dette à long terme en spirale de la ville, qui est estimée à 18,5 milliards de dollars.

L’ancienne puissance manufacturière a vu sa population diminuer à 700.000 alors qu’elle culminaut à un pic de 1,8 millions de personnes en 1950. Le gouvernement de la ville a été en proie à des affaires de corruption au cours des années.

En Juin, Orr a présenté une proposition à ses créanciers en leur offrant des penny sur le dollar. Son plan avait rencontré la résistance de certains créanciers, notamment deux fonds de pension de Detroit, qui ont récemment intenté des poursuites critiquant la capacité de Snyder d’autoriser Orr à déposer le bilan. »

Source:
Reuters

Traduction:
Fawkes News

http://fawkes-news.blogspot.fr/2013/07/avec-185-milliards-de-dettes-la-ville.html

Race et classe aux États-Unis

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Par Barry Grey
18 juillet 2013
L’acquittement de George Zimmerman, le «surveillant de quartier» qui a tué par balle un jeune de 17 ans, Trayvon Martin, en février 2012, a soulevé la colère populaire. Le meurtre gratuit d’un jeune afro-américain non armé et qui ne posait aucun danger à son agresseur ainsi que la parodie judiciaire qui a exonéré le tueur sont devenus le point de ralliement de l’opposition aux injustices dont est imprégnée la société américaine.

Tant la mort tragique de Martin que la colère face à l’acquittement de Zimmerman peuvent seulement être comprises dans le contexte de décennies de réaction politique aux États-Unis, durant lesquelles la classe dirigeante a sans relâche cherché à promouvoir la réaction sociale, le militarisme et une atmosphère d’autodéfense.

Comme ce fut le cas après la mort de Trayvon Martin, les médias, l’establishment politique et les différents groupes pseudo-gauchistes de la classe moyenne ont réagi à l’acquittement de Zimmerman en plaçant l’évènement dans un cadre exclusivement racial.

Une fois de plus, l’appel est à la «discussion nationale sur la race». C’est une évasion des questions sociales, politiques et historiques fondamentales soulevées par le cas de Trayvon Martin.

L’éditorial du New York Times était typique. Il déclarait que l’acquittement de Zimmerman «est certainement une question de race» et a poursuivi en décrivant les États-Unis comme «un pays qui est assailli par le racisme». Des variantes encore plus hystériques sur le même thème ont été fournies par SocialistWorker.org de l’International Socialist Organization et par le magazine Nation. Ce dernier a publié un article («La suprématie blanche acquitte Zimmerman» ou, en anglais, «White Supremacy Acquits Zimmerman») qui dénonce les avocats à la défense de Zimmerman pour avoir cité «Thomas Jefferson, le violeur et maître d’esclaves».

Est-ce que la race a joué un rôle dans l’affaire Trayvon Martin et est-ce qu’elle joue un rôle dans la vie américaine? Bien sûr. Or, elle ne peut être comprise comme une chose en elle-même, sortie de ses véritables racines matérielles, économiques, sociales et historiques qui trouvent leur source dans le développement du capitalisme américain et mondial. Faire cela revient à obscurcir la source la plus fondamentale de l’oppression des travailleurs et des jeunes de toutes races, couleurs, religions, etc. – l’exploitation de la classe ouvrière – et la véritable force motrice de l’histoire: la lutte des classes.

Plus de 40 ans ont passé depuis le mouvement des droits civiques, qui a joué un rôle si important dans la vie politique américaine. À cette époque, c’était compris que la question de la race était liée à des questions de classe. C’était largement accepté que les conditions auxquelles faisaient face les Afro-américains – la ségrégation Jim Crow, les lynchages au Sud; la pauvreté, la brutalité policière et la discrimination au Nord – provenaient de la société capitaliste et que le racisme était l’un des outils les plus nocifs utilisés par la classe dirigeante pour diviser la classe ouvrière.

Dans le grand mouvement de la classe ouvrière pour fonder des syndicats industriels, mouvement qui a précédé le mouvement des droits civiques, un enjeu critique était de combattre le racisme et d’unir les travailleurs de toutes les races et de toutes les nationalités. Henry Ford a cherché à fomenter les divisions raciales, important des travailleurs afro-américains du Sud pour qu’ils servent de briseurs de grève lors de la grève de 1941 déclenchée par la United Auto Workers. Ses plans ont échoué en grande partie en raison des efforts des travailleurs de l’automobile d’allégeance socialiste qui ont lutté pour unir les travailleurs dans une lutte commune contre le despotisme industriel.

Le mouvement pour les droits civiques des décennies subséquentes a de plus en plus été intégré à la lutte des classes dans son ensemble, incluant une série de grèves militantes vers la fin des années 1960 et le début des années 1970. C’était de plus en plus clair que la lutte pour les droits civiques était liée à la lutte de la classe ouvrière dans son ensemble.

Le mouvement pour les droits civiques a fini par se développer sous l’influence des socialistes, un développement auquel s’opposaient farouchement les leaders plus conservateurs. Martin Luther King Jr et d’autres, même s’ils demeuraient réformistes quant à leurs programmes, étaient influencés par la pensée socialiste et voyaient la libération des Afro-américains comme étant inséparablement liée à la lutte pour l’égalité sociale et juridique. Ils n’étaient pas, par contraste avec Barack Obama, partisans de la «libre entreprise».

En réponse aux soulèvements sociaux des années 1960, la classe dirigeante américaine a cherché à cultiver une section du leadership du mouvement des droits civiques et de la classe moyenne supérieure afro-américaine en l’intégrant au système de pouvoir économique et politique à travers le Parti démocrate et à l’aide de la discrimination positive et des politiques identitaires. Ce processus a coïncidé avec l’abandon par le Parti démocrate de toute politique de réforme sociale.

Pendant plus de quatre décennies, la classe dirigeante américaine a usé de telles méthodes pour séparer la question de la race des questions de classe. Cela a servi les intérêts d’un riche establishment afro-américain, mais l’impact sur les masses a été catastrophique. Les conditions de la majorité des Afro-américains aujourd’hui sont pires qu’elles ne l’étaient il y a 40 ans.

C’est pour cette couche de gens privilégiés de la classe moyenne supérieure qui ont bénéficié de la discrimination positive que les défenseurs des politiques identitaires raciales ou autres parlent.

Il y a un énorme élément d’hypocrisie et d’égoïsme dans la tentative d’utiliser l’affaire Trayvon Martin pour promouvoir des politiques raciales. Des charlatans politiques comme Al Sharpton, des chefs d’organisations officielles des droits civiques, des universitaires et commentateurs médiatiques afro-américains et aisés, des groupes pseudo-gauchistes comme l’International Socialist Organization – qui sont tous liés au Parti démocrate – ont un intérêt direct à garder en vie l’industrie des politiques identitaires.

Ces groupes n’ont pas du tout l’intention d’aborder le contexte social et politique de l’affaire Trayvon Martin. Leur position est résumée par Obama, qui a publié une déclaration particulièrement hypocrite sur le site web de la Maison blanche: «Nous sommes une nation de droit et un jury a rendu son verdict».

Ce n’est pratiquement jamais mentionné que le «quartier privé» de Sanford, en Floride, où Trayvon Martin a été assassiné était criblé de maisons saisies. Dans les commentaires continuels des médias sur l’affaire Martin, il n’y a pratiquement jamais de mention du chômage de masse, de la pauvreté grandissante et de l’impact dévastateur des coupes dans les salaires par les entreprises et de l’austérité du gouvernement.

Au lieu d’un «débat national sur la race», ce qui est nécessaire est un «débat national» sur les conditions horribles produites par la chute de l’infrastructure industrielle aux États-Unis, la montée d’une aristocratie financière vorace, la militarisation et la brutalité de la société américaine ainsi que la hausse des inégalités sociales.

Ce sont des conditions qui peuvent être renversées seulement par l’unification de la classe ouvrière sur la base d’un programme socialiste révolutionnaire qui s’oppose au système capitaliste et à l’exploitation de classe qui en constitue son fondement.

(Article original paru le 16 juillet 2013)

wsws.org