Archives quotidiennes : 29-mai-2013

Ottawa, capitale canadienne de la corruption

Il y a au siège de la fédération un puissant dispositif étatique qui pratique le copinage et même le népotisme.

Pierre Beaudet – Professeur à l’université d’Ottawa Pierre Beaudet

mulroney-schreiber-w-cp-38773

Le juge Jeffrey Oliphant a conclu en juin 2010 que l’ancien premier ministre Brian Mulroney avait enfreint son propre code d’éthique en acceptant de l’argent liquide de l’homme d’affaires Karlheinz Schreiber.
Pendant qu’on s’émeut (à juste titre) des enveloppes brunes et des mauvais coups commis par des administrations municipales et des entreprises de construction dans les villes du Québec, on se rend compte que le problème de la corruption est beaucoup plus important dans ce pays. Le lieu où tout cela prend des proportions gigantesques ne s’appelle pas Laval, Mascouche ou même Montréal, mais Ottawa.

Les frasques des sénateurs Mike Duffy et Patrick Brazeau mettent Harper dans l’embarras. Mais est-ce que le problème se limite à quelques « pommes pourries » ? Le Sénat coûte environ 100 millions de dollars par an (y compris les émoluments des 105 sénateurs) aux contribuables que nous sommes. Cette institution tient son origine dans le régime colonial britannique, car au départ, elle avait été conçue pour empêcher les députés élus d’exercer les pleins pouvoirs. Depuis, c’est devenu le refuge des amis du pouvoir. Les sénateurs nommés à vie mènent une vie confortable, c’est le moins qu’on puisse dire.
Certains se prennent au sérieux (Duffy justement). D’autres moins, comme le sénateur Raymond Lavigne qui, de 2008 à 2010, a coûté aux contribuables 703 000 $ (dont des remboursements de dépenses de 315 000 $) tout en étant présent à Ottawa quelques rares fois pendant cette période !
Depuis 2006, Harper a nommé 53 sénateurs, ce qui lui donne une majorité dans cette Chambre dite « haute ». Certes, il faut dire que, de temps en temps, certains sénateurs se réveillent et participent aux débats publics. Mais en tout et pour tout, cette institution n’a plus sa place. La réformer serait l’équivalent de peinturer les murs d’une maison aux fondations écroulées.

 

Une machine étatique au service des élites
Cette scandaleuse histoire ne raconte pas toute l’histoire. Depuis des décennies, le gouvernement fédéral est l’objet de grandes manipulations. A l’époque de Brian Mulroney dans les années 1980, la corruption avait touché plusieurs députés et ministres dont plusieurs avaient démissionné. Le premier ministre lui-même fut impliqué dans une histoire louche liée à l’achat d’avions Airbus (contrat de 1,4 milliard). Selon la journaliste Stevie Cameron, plusieurs millions auraient été payés à des entremetteurs. Plus tard, les malversations de Mulroney ont rebondi avec les révélations du courtier Karlheinz Schreiber sur des paiements en argent de plus de 225 000 $, encaissés en secret. La loi n’ayant pas été transgressée, on a essayé de nous faire oublier les enveloppes brunes transmises à un ex-premier ministre.
Après le retour des libéraux au pouvoir en 1993, d’autres « histoires » ont fait la manchette, dont bien sûr le scandale des commandites. Selon une enquête de Radio-Canada, 164 millions sur les 332 millions dépensés pour ces programmes sont revenus à des intermédiaires et au PLC, ce qui a été confirmé par la commission Gomery.
À côté de cela, les bouteilles de vin, les billets pour les matchs de hockey et les paiements versés aux partis municipaux, c’est des peanuts.
L’État fédéral, c’est un budget de plus de 250 milliards de dollars par année dont la gestion laisse beaucoup à désirer, selon les critiques de Kevin Page (ex-directeur parlementaire du budget à la Chambre des communes) et de Michael Ferguson (vérificateur général). Sous Harper, la liste des montants d’argent envolés ou mal dépensés est très longue, dont les dizaines de millions dépensés dans des comtés conservateurs à l’occasion du sommet du G8 à Toronto. Pas encore dépensés mais très mal partis, les budgets programmés pour les énormes dépenses militaires ont été sciemment sous-estimés et occultés, induisant le public en erreur (on pense notamment aux avions de chasse F-35).
Au-delà des efforts des gouvernements pour détourner l’attention, il y a également un puissant dispositif étatique à Ottawa qui pratique le copinage et même le népotisme. Les « amis » des partis au pouvoir sont généreusement pourvus en contrats et en mandats, comme les nombreux conservateurs récemment nommés à divers tribunaux administratifs et conseils d’administration. Ce copinage (qui inclut conjoints et parents) prend la forme d’un constant va-et-vient entre élus, ex-élus, candidats qui n’ont jamais été élus, et positions de haut niveau dans l’administration publique et parapublique.
Une fois dit cela, il serait abusif d’affirmer que les gestionnaires de l’État sont tous pourris. Récemment, on a vu des cadres s’insurger contre l’omertà qui leur est imposée par le gouvernement. Pour la très grande majorité des employés de la fonction publique, le système actuel est une punition et non une récompense. Il faudra autre chose que de belles déclarations pour nettoyer Ottawa de la gangrène qui contamine l’État fédéral.

Pierre Beaudet – Professeur à l’université d’Ottawa

Iqbal Masih, enfant esclave affranchi à 10 ans et assassiné à 12

 

 

Iqbal Masih, l’enfant esclave

Iqbal Masih, enfant esclave affranchi à 10 ans et assassiné à 12

Iqbal Masih n’était encore qu’un tout petit enfant pakistanais lorsque ses parents l’ont vendu pour éponger la dette familiale, contractée lors du mariage de son frère. A quatre ans, Iqbal rejoint une de ces fabriques de tapis qui exploitent déjà huit millions de gosses honteusement exploités dans son pays pour la finesse de leurs doigts aptes à réaliser les fameux tapis d’Orient. Pendant six ans, il travaille comme un esclave, les chevilles blessées par de lourdes chaînes. A dix ans il a déjà une tête de vieillard et les mains ravagées d’avoir noué douze heures par jour et pendant 6 ans de précieux tapis revendus à prix d’or en Occident. Un jour de 1993, son calvaire prend fin grâce à Eshan Khan, président de la ligue contre le travail des enfants (BLLF). Lors d’une réunion qu’il organise dans le village d’Iqbal, Eshan découvre le jeune enfant blotti dans un coin de la salle, littéralement effrayé. « Il était émacié et ressemblait à un vieil homme » dira Eshan.
A l’âge de 10 ans, son libérateur l’arrache donc de son métier à tisser pour lui redonner le goût de vivre et la rage de se battre. Iqbal devient alors le symbole de cette jeunesse martyrisée. Il rejoint le Front de Libération du travail des enfants et participe à leur campagne devenant bientôt le porte-parole de l’enfance exploitée. Orateur de talent, il parcourt le monde pour alerter l’opinion internationale sur les conditions de travail inhumaines imposées à des millions d’enfants du Pakistan, de l’Inde, du Bangladesh et d’ailleurs. « Nous nous levons à 4 heures du matin et travaillons enchaînés durant 12 heures… n’achetez pas le sang des enfants ! » s’écrie lqbal dont l’appel bouleverse les consciences.
En janvier 1995, il participe à une Convention contre l’esclavage des enfants à Lahore. Il se rend en Suède et aux États Unis, où il reçoit un prix de la firme américaine Reebok et déclare vouloir utiliser cet argent pour suivre des études d’avocat.
Sous la pression internationale, le gouvernement pakistanais ferme plusieurs dizaines de fabriques de tapis et trois mille petits esclaves sortent ainsi de l’oubli. « Je n’ai plus peur de mon patron, déclare Iqbal qui se rend désormais à l’école de son village, maintenant c’est lui qui a peur de moi » … Mais l’enfant n’aura pas le temps de goûter à sa liberté.
Alors qu’il n’a que 12 ans, l meurt assassiné sur son vélo, le corps criblé de plomb gisant sur la lande de Chapa Kana Mill, près de Lahore (Pakistan). Il avait reçu des menaces de la « mafia de l’industrie du tapis » comme l’affirmait Eshan Kahn. La police pakistanaise écrira dans son rapport : « l’assassinat résulte d’une dispute entre un paysan et Iqbal ». Histoire sordide d’un porte-parole qui devenait gênant. Les pistes de ce meurtre sont brouillées alors que la Commission des droits de l’homme du Pakistan a « adopté » la version de la police.
Départ à la fois prématuré et harmonieux d’un petit prince de lumière qui a donné sa vie pour éterniser, dans l’esprit des nations, le souffle de vie, de vérité, de justice et de courage qu’il avait répandu. Grande âme au sourire d’enfant, Iqbal a réussi sa mission d’Amour : nous pouvons aujourd’hui nous appuyer sur lui pour avancer. « Il était si courageux, disait Khan, vous ne pouvez imaginer »…
Permettra-t-on que le combat d’Iqbal est été vain ?

 

Autres articles qui parlent d’Iqbal et aussi des vidéos à voir ici Iqbal Masih, l’enfant esclave – Chien Guevara    chez Chien Guevara   qui encore une fois cible l’essentiel.

 

Les états d’Anne