Archives quotidiennes : 4-mai-2013

Nous irons tous pisser à la rivière

Je ne sais pas si vous êtes déjà allés à la pêche dans les montagnes… Vous remontez la rivière pour en trouver la source, et puis vous vous rendez compte que c’est rempli de petites nervures d’eau… Et vous ne savez plus d’où vient la rivière.

En fait,  y a pus de rivière… Il n’y a que de petits ruisselets qui gigotent : des sources.

C’est ça le mystère!

C’est là que l’eau est bonne. Du moins encore. Car, au bout de la rivière, avant qu’elle ne se jette dans un fleuve, tout le monde y a passé, tout le monde y a pissé, et tout le monde y a bu.

On vous dira de pas trop rincer vos verres, de vous moucher dans le coude, et de faire votre petit citoyen parfait pendant que Sarko vole en gros jet, – et bientôt au biogaz – que les chefs de grosses entreprises reçoivent des primes au rendement, qu’on investit dans des éléphants beiges, qu’on se tartine aux antidépresseurs, la gueule molle. Les enfants passent au ritalin et les adultes à la SAQ ou à la pharmacie.

On n’a plus les dirigeants qu’on avait, on a des hypnotiseurs patentés avec une bande de moutons qui pissent tous dans la rivière.

Paraît que le Fleuve Saint-Laurent est rempli de poissons qui nagent aux antidépresseurs. Si on n’arrête pas de les gaver, ils vont finir par se jeter hors de l’eau pour se suicider un jour…

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Dans son dernier livre, Edgar Morin prétend que les politiciens manquent de culture. En fait, il veut dire de « vision ». Manque de culture, ça on le savait… D’autant que notre Premier ministre se ferait conseiller par des évangélistes faisandés parce qu’ils nagent dans les mêmes eaux depuis des siècles.

Restent les économistes.

Les politiciens se font également conseiller par des économistes. Et on engage des patenteux pour aller pomper  du gaz en le léchant avec  un mélange d’eau et  quelque 500 produits chimiques dont la recette est secrète.

Comme la caramilk… Ou le code Da Vinci…

La recette du politicien, elle, est de plus en plus simple. Comme le « pâté chinois » de la Petite Vie : « Steak, blé d’Inde, patates ».

En encore plus simple : « Argent, dette, emprunts ».

L’argent coule, mais on ne sait plus trop d’où elle provient. En fait, ce bout-là, il m’échappe un peu : des banques en faillite qui prêtent aux gouvernements, puis le gouvernement renflouent les banques par Ginette la waitress et Roger, le mécanicien.

Tous les peuples se font carotter d’une manière ou d’une autre par une grosse légume…

Moubarak est parti?

La recette va changer. Le dictateur va être remplacé par une foule de petites veines pour avoir toute la rivière. On appelle ça des investisseurs.

Ensuite les paradis fiscaux, ces chapeaux qui cachent tous les lapins qui font l’amour à l’argent pour se reproduire entre eux.

Et voilà la rivière rendue invisible.

La démocratie est parfois pire que la dictature… Elle n’a pas de visage… Ni de cou à guillotiner. Comment couper le cou à quelqu’un qui se le coupe pour se le replanter ailleurs?

Ah! Morin…

Le rôle de l’intellectuel aujourd’hui dans «nos sociétés reste important», a-t-il insisté tout en reconnaissant que des penseurs s’étaient trompés et que bien des idées politiques se sont avérées incorrectes, notamment les idéologies qui n’ont pas vu la complexité de l’être humain. Car, estime Edgar Morin, dans l’être humain il y a «la raison», mais aussi «le délire et la folie».

Pour ce qui est de la mondialisation, le penseur français a affirmé que celle-ci a commencé au 15e siècle avec les grandes découvertes puis l’ère coloniale, postcoloniale et puis s’est accélérée avec l’effondrement des pays de l’Est vers la fin du siècle dernier.

Toutefois, a-t-il poursuivi, la mondialisation a pris le visage de l‘occidentalisation et du modèle de développement occidental.

Pour Edgar Morin, la «mondialisation occidentalisation» ne peut constituer un substitut à la culture locale, relevant que tout Etat se doit de veiller à prendre de l’occident ce qui est bénéfique à sa population, mais préserver ce qui est positif dans sa propre culture comme les valeurs de solidarité au moment où l’occidentalisation développe l’individualisme.( Conférence, Edgar Morin)

Le travailleur Kleenex

On vient de fermer une usine je ne sais plus trop où. Pour les compagnies, le travailleur et une sorte de mouchoir provisoire qu’on jette après usage. Il y a de plus en plus de 1ers juillet dans le monde.

Ça déménage.

Quand un ouvrier quitte, après 5 ou 6 ans de travail dans pour une compagnie canadienne (sic) avec des dirigeants américains, on devrait lui donner une aiguille. Puis un bracelet… Puis le boîtier… Puis la pile… En fin de compte, il aura sa montre.

La biofraise

Pour ceux qui sont de ma génération, voire un peu avant, on se souviendra que nos mamans utilisaient des mouchoirs de coton qu’on lavait. Les couches aussi… C’était pas beau à voir. En février, les mamans des campagnes lavaient les couches et les suspendaient sur la corde à linge. Elles devenaient raides comme la morale de Benoît XVI. On aurait dit qu’il y avait quelqu’un dedans.

On les lavait à l’eau … Du gaz de shit! C’était écolo.

Mais je ne vous ai pas parlé des fraises d’un village que je ne nommerai pas.

Un vieux marin engraissait sa culture de fraises, le soir, avec ses résidus… Puis il vendait les fraises.

C’était écolo… Mais fallait pas le savoir.

Aujourd’hui, on dit que c’est bio.

Ce qu’il y a de crétin dans notre monde de technocrates élevés non plus à la réalité, mais à la grande fiction, c’est qu’ils pensent réinventer le monde.

Et plus, ils le font dans des laboratoires, avec des blouses blanches.

La même couleur que celles que portaient les fous, jadis.

Exploiter la mort

J’ai un ami qui vient d’aller préparer ses funérailles. Cher? Exorbitant. On n’a plus les moyens de mourir. C’est pour ça que certains meurent vieux. Ils veulent reporter leurs paiements…

Il y a quelques siècles, on les enterrait n’importe où. Puis on faisait une croix en bois qui pourrissait. On oubliait… Maintenant, c’est tout une cérémonie de papiers pour mourir. Le pire c’est qu’on n’est pas là, après, pour faire faillite. Payez avant, mourez plus tard!

L’éternité est un magasin à grande surface…

Il faut s’acheter une place au cimetière et ça coûte la peau  des fesses.

J’ai une solution : qu’on les enterre debout. Ou bien qu’on nous dessèche comme des légumes déshydratés. Imaginez toute l’eau qu’on épargnerait! On pourrait soustraire plus de gaz de schiste.

Et pour les urnes, creusons un puits artésien afin d’en enfiler des centaines, par ordre alphabétique.

La nostalgie des voleurs de banques

Je voudrais dire à ceux qui ont essayé de s’emparer du guichet d’une banque à l’aide d’une grue jaune,  ou de je ne sais quoi, qu’on s’ennuie des vieux voleurs qui prenaient le temps de creuser des tunnels sous les banques. Ou bien d’entrer  en trombe avec des révolvers ou des mitraillettes.

Il n’y a plus de Bonny and Clyde. Dommage! On aimait bien leur petit côté Robin des bois, leur vécu malheureux. Des héros pour le peuple.

C’est devenu fade : les voleurs, maintenant, ils sont élus.

Drôle de revirement dans le grand film de l’Histoire : c’est le banquier qui vole le citoyen.

Mais on a peur de perdre le peu qu’on a… On pisse tous dans la rivière. « Crache en l’air, r’tombe sur l’nez. »

On pisse en pissous…On veut pas aller voir où se trouve la source de la rivière…

Gaëtan Pelletier