Archives quotidiennes : 13-février-2013

Gel nasal anti-suicide

Photo d'illustration - L'armée américaine tente d'endiguer le fléau du suicide dans ses troupes.Photo d’illustration – L’armée américaine tente d’endiguer le fléau du suicide dans ses troupes. © Shawn Baldwin / Reflexnews/Maxppp

Ce projet, rapporté par The Daily, peut sembler farfelu, mais l’étude est tout ce qu’il y a de plus sérieux : l’armée américaine a octroyé 3 millions de dollars au docteur Michael Kubek (spécialiste en neurobiologie) et à son équipe de l’école de médecine de l’université d’Indiana pour étudier l’hormone thyréotrope et mettre au point un produit capable de répondre en urgence aux idées suicidaires.

L’absorption d’un supplément de cette hormone thyréotrope (ou TRH en anglais), déjà naturellement produite par le cerveau, permettrait de chasser les envies de suicide grâce à un effet antidépresseur très rapide. Jusque-là, les scientifiques se heurtaient au problème du mode d’administration. Le seul moyen connu et efficace pour amener la substance au cerveau était l’injection lombaire, peu adaptée à un usage individuel d’urgence. Grâce à un procédé utilisant des nanoparticules, l’équipe du docteur Kubek pourrait mettre au point une utilisation plus simple et efficace de l’hormone, en spray nasal.

Plus de suicides que de morts au combat

Cette étude commandée par l’armée américaine répond directement à l’explosion du nombre de suicides dans les troupes. Sur le seul mois de juillet 2012, 38 soldats se sont ôté la vie, un record. Les autorités militaires comptent déjà 116 cas avérés ou suspectés pour le premier semestre 2012, soit plus que sur l’ensemble des années 2006 ou 2007. Il y a désormais plus de combattants américains qui se donnent la mort que tués par des talibans.

Avant de donner ces chiffres consternants, le vice-chef d’état-major de l’armée américaine avait ainsi récemment déclaré : « Le suicide est le pire ennemi que j’ai dû affronter durant mes 37 ans dans l’armée », alors que le Pentagone consacre déjà 2 milliards de dollars chaque année pour la santé mentale de ses troupes.

Usage civil

Comme souvent, la technologie développée pour un usage militaire pourrait se retrouver un jour dans les mains des civils. « Ce n’est pas du tout une solution conçue uniquement pour les soldats », explique le docteur Kubek. « Si ça marche, on a potentiellement une toute nouvelle forme de pharmacologie », ajoute-t-il. On peut imaginer, par exemple, l’usage d’un tel produit en milieu carcéral.

Cela pose tout de même la question de l’approche par les symptômes, et non par les causes : plutôt que de s’attaquer aux causes profondes, comme les conditions de vie et d’accompagnement, on cherche ici uniquement à éviter le passage à l’acte.

Le docteur explique également que pour le grand public ce produit pourrait se montrer utile lors de la phase de début de traitement par antidépresseurs « classiques », qui mettent plusieurs semaines à être pleinement efficaces. L’enjeu est de taille lorsqu’on considère que, en France, le suicide est un phénomène de masse : pour les 25-34 ans, il constitue la première cause de mortalité pour les hommes et la deuxième pour les femmes, derrière les tumeurs (chiffres Insee 2008). Mais tout va bien, dans le Meilleur des mondes*.

* Le concept de spray « anti-suicide » n’est pas sans rappeler le flacon de « soma » que tous les protagonistes du roman d’Aldous Huxley portent sur eux pour mieux « supporter les ennuis ».

http://www.lepoint.fr/science/l-armee-americaine-developpe-un-spray-nasal-anti-suicide-21-08-2012-1497770_25.php

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Plan Nord

Plan Nord

Société tératogène et hypocrisie des monstres

Par Camille Loty Malebranche

L’une des plus sûres et classiques méthodes des criminels politiques de tous les temps, est de se faire passer comme justiciers et amis de l’humanité, tout en en profitant pour accuser et criminaliser leurs ennemis ou mal-aimés qu’ils admonestent en s’octroyant toutes les vertus qui, en leur rhétorique moralisatrice, les rendent si meilleurs et tellement différents de leurs accusés. Car pour s’ériger moralisateurs saints et justes, les scélérats du pouvoir doivent sattribuer une autohagiographie où, d’un côté, ils se font prendre comme à la fois, fils et père protecteur du peuple; et de l’autre, étayent un désaveu exclusif sélectif des criminels réels et imaginaires, ipso facto désignés et stigmatisés comme seuls monstres de l’Histoire. Seules crapules tueuses à bannir voire à détruire selon la pureté du saint ordre en cours et de ses chefs sacrés…

Le verbiage ressassé et l’incommensurable glaviot régurgité sur les déviances criminelles des dictateurs passés ou attardés à travers les grands médias officiels et commerciaux, n’est que défouloir et vitrine idéologique pour des monstres actuels tout autant cruels et impitoyables, qui assouvissent leur malfaisance « démocratique », dans la plus monstrueuse des inhumanités. Les idéologues actuels radotent tellement dans leur surenchère de blâme des horribles méchants du passé, qu’il faille constater que c’est pour oublier et faire oublier leur propre monstruosité « démocratique » que les détenteurs des structures du pouvoir mondial contemporain, se paient leur service!

Des monstres de la société tératogène d’aujourd’hui tancent les monstres bellicistes, génocidaires du passé pour se blanchir au présent. Quelle belle manière de mimer une virginité éthérée pour un monde d’insanités! Mais qu’est-ce qu’une démocratie dans la paix, si elle est meurtrière, entraînant des milliards de sacrifiés économiques, des centaines de millions de torturés de la faim sciemment affamés par l’économie dominante? Si elle provoque l’effacement de dizaines de millions d’enfants et d’adultes mourant de maladies soignables et curables, de millions de travailleurs souffrant quotidiennement de vrais garrottages au travail? Si elle écrase des milliards de rudes travailleurs lumpénisés, trompant la misère par des salaires symboliques pour de laborieuses activités dégradantes et dangereuses de leur santé et de leur personne? Si elle dénature des millions d’êtres humains instrumentalisés, réifiés prostitués divers par le système socioéconomique, tout en envoyant des soldats du mal pour jeter des bombes à uranium appauvri comme jadis à l’agent orange sur des populations civiles, sans omettre la nouvelle mode des drones sicaires massacrant des individus innocents dans leur quêtes d’ennemis fictifs ou vrais du système, avec la justification d’une meute de journalistes désinformateurs professionnels?

Une paix faite guerre à intensité variable – disettes, austérités, insécurités, inflations, interventions armées ou onusiennes en pays périphériques – n’a rien à envier aux conflagrations mondiales du vingtième siècle, quant à ses résultats et implications en coût et tribut humains payés au pied du trône de quelques oligarques. Du fascisme autocratique au financiarisme ploutocratique, les ignominies meurtrières sont restées pareilles quant à leur inhumanité. Féroces et implacables contre l’homme et les peuples.

Les monstres économiques et politiques d’aujourd’hui, sachant qu’on ne domine pas le monde par la guerre mondiale mais par la séquestration de l’économie via la Finance planétarisée de la Banque Mondiale, du Fmi, de la Réserve Fédérale et d’autres banques privées, en imposant ses diktats, créent toute une kyrielle de souffrances dont l’atrocité efficace, n’est pas moins tueuse que celles des Hitler, Mussolini et Staline. Le nombre d’enfants morts de faim par minute, les maladies évitables avec un peu plus de décence matérielle, les pathologies induites par le rythme infernal du travail, les ostracismes, les expatriations, les maux industriels comme de multiples formes de cancers venus du chimique, des pesticides et de la manipulation génétique, tout cela pour la maximisation du profit, ne sont pas moins mortels que les horreurs nazies, fascistes ou staliniennes…

Que le monde contemporain avec ses médias mainstream, pour être en congruence avec sa passion de démocratie et de justice contre l’indécence et le totalitarisme, s’occupe des hécatombes actuelles diluées et taciturnes à enrayer, plutôt que de ventiler les plaies et les mouches du passé, en s’évadant du présent par des critiques d’une histoire qui ne saurait revenir tel qu’elle fut!

http://intellection.over-blog.com/

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

oulala.info

L’art de transformer nos jeunes et nos enfants en assassins avec plaisir. – El Correo

Horacio Verbitsky *

La nuit la plus obscure

Après avoir abandonné la présidence, en janvier 1961, Dwight Eisenhower avait prévenu les Usaméricains sur le risque de l’expansion du complexe militairo-industriel pour leurs libertés. Cet avertissement du général victorieux dans la Deuxième Guerre mondiale est tombé dans le vide. Comme le développe le journaliste Nick Turse dans le livre « The Complex. How the Military invades our everyday lives », aujourd’hui il existe un nouveau complexe entrepreneurial omniprésent, un système de systèmes occulte avec habileté. « Ce complexe militaro-industriel-tecnologique -de loisir-éducatif -scientífique -mediatique- d’Intelligence, surveillance et sécurité nationale, s’est emparé des États-Unis. »

La même entreprise qui, avec le financement du Pentagone, produit des robots tactiques avec armes lourdes que les troupes ont utilisés pendant l’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan, fabrique quelques sympathiques aspirateurs domestiques. Comme l’a dit avec candeur le prince britannique Harry, son plaisir pour les jeux vidéo avec saPlayStation et sa Xbox lui ont donné une grande dextérité dans le maniement des systèmes d’armes des hélicoptères avec lesquels il a tué à beaucoup de talibans en Afghanistan. Cela n’arrive pas par hasard, et le Pentagone entretient un registre des adolescents les plus habiles avec le joystick pour les recruter quand ils seront plus grands. La similitude de maniement du jeu vidéo et des armes létales est délibérée et la même chose existe avec le dessin des uniformes.

Ces jeux sont créés par les spécialistes militaires, qui reproduisent des épisodes réels comme l’assassinat des enfants de Saddam Hussein, et servent à préparer les futurs soldats. L’un des créateurs du fameux jeux-vidéo « Doom », David Bartlett, a été directeur de Defense Modeling and Simulation Office du Pentagone, qui est le bureau principal d’entraînement sur ordinateur. « La technologie des jeux a facilité une révolution dans l’art de la guerre », a-t-il dit en 2006 au Washington Post (« Virtual Reality Prepares Soldiers for Real War »). Dans le même article un vétéran de l’Irak a dit que les jeux vidéo lui ont permis de décharger sa mitrailleuse calibre 50 contre un ennemi humain. « je sentais que c’était un jeu vidéo. Cela ne m’a même pas perturbé. je tirais par instinct naturel. Bum, bum, bum. Cela ne semblait même pas réel, mais c’était réel ». Et le lieutenant colonel Scott Sutton, directeur de la Division Technologie dans la base navale de Quantico, a ajouté qu’il est probable que les soldats de cette génération aient moins d’inhibitions pour pointer leurs armes contre quelqu’un. « Cela nous donne une meilleure base pour travailler », dit-il. La pénétration l’industrie du loisir précède le discours d’Eisenhower.

En 1915, au début de la Première Guerre mondiale, le Ministre de la Guerre John Weeks a fourni mille soldats de la cavalerie et une fanfarre au pionnier du cinéma muet D. W. Griffith pour son film épique « Naissance d’une Nation » et un sous-marin, une canonnière et l’usage de la base navale de San Diego pour « Le Sous-marin pirate » (1915), dirigé la même année par Syd Chaplin, le frère de Charlie.

Cette attention pour l’image militaire n’a pas décliné dans la décennie effervescente de 1930, et il s’est accentué avec la nouvelle conflagration mondiale. Même dans les délicieuses comédies musicales de Fred Astaire il manquait rarement une des trois Forces Armées dans un rôle proéminent : « En suivant la flotte », de 1936, où le grillon léger dirige en uniforme de marin une classe collective de danse pour ses camarades sur le pont d’un destroyer ; la Force Aérienne dans « La Grande Farandole », de 1939, et dans « The Sky’s the limit », de 1943, dans lesquels pilote un avion de la Première et un autre de la Deuxième Guerre mondiale ; l’Armée dans « L’Amour vient en dansant », de 1941. Là, on danse avec la Rita Hayworth incomparable dans une base militaire, où s’écoule un film moyen. Une exception lumineuse et en même temps sombre, est « Chercheuses d’or de 1933 » (Gold diggers of 1933), où le chorégraphe étonnant et le directeur Busby Berkeley monte le numéro « Mon homme oublié » (The Forgotten Man), un long nunméro de chant et la danse collectif dans lesquelles les soldats mutilés dans la Grande Guerre se mettent à être les marginaux sans emploi de la Grande Dépression, avec l’esthétique et l’amertume des tableaux d’Otto Dix et de George Grosz en Allemagne de Weimar. Aussi en 1941, Gary Cooper est apparu dans « Le sergent York » de Howard Hawks.
John Huston, Frank Sinatra, Humphrey Bogart ont participé à quelques films de propagande et la visite sur le front d’ acteurs musicaux et de sportifs fut un rituel que seul Muhammad Ali a remis en cause, affrontant la persécution la plus vile pour se refuser à agresser un peuple qui, comme il a dit du peuple Vietnamien, n’avait rien fait aux noirs usaméricains. A l’inverse, John Wayne fut celui, qui en 1968 a filmé « Bérets Verts », une apologie des commandos, pour laquelle le gouvernement a apporté un million de dollars d’alors.

En 2001, la première mondiale de « Pearl Harbor » fut réalisée sur le pont d’un porte-avions nucléaire. En 2007, un des producteurs du film à succès « Transformers », Ian Bryce, il a dit que le film aurait été très différent sans le superbe soutien militaire. « Quand l’approbation du Pentagone a été obtenue, nous sommes tous gagnants. Nous voulons coopérer avec le Pentagone pour les montrer sous la lumière la plus positive, et ils veulent nous donner tous les moyens s pour que nous puissions le faire ». Cela inclut l’accès à des milliers de millions de dollars en chars, en chasseur-bombardiers, en sous-marins nucléaires et en porte-avions. Nick Turse souligne que tandis que le complexe militaro-industriel dénoncé par Eisenhower était gris olive, le nouveau Complexe est imprégné dans la culture pop, ce qu’il lui permet « de submerger les jeunes dans un monde monde de distraction militarisée ». C’est pourquoi, cela ne vaut pas la peine de perdre du temps en se demandant pourquoi Kathryn Bigelow a inclus une scène de torture dans « La nuit la plus obscure » (Zero Dark Thirty), sur la partie de chasse et l’assassinat d’Oussama Ben Laden. Le Complexe invite le monde à croiser cette ligne sans retour et à accepter l’inacceptable avec un geste distrait. Le film a été produit par la multinationale Sony, le même groupe qui fabrique la PlayStation, pour que tuer soit un jeu d’enfants et que les jeunes deviennent des assassins avec du plaisir de surcroît.

Horacio Verbitsky pour Página 12.

Titre originale : « La noche más oscura) » (La nuit la plus obscure)

Página 12. Buenos Aires, le 10 février 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 11 février 2013.

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Horacio Verbitsky, né à Buenos Aires, est un écrivain et journaliste argentin. Il préside aujourd’hui le Centre d’Etudes Légales et Sociales (CELS) à Buenos Aires.

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