Archives quotidiennes : 26-novembre-2012

Matin novembre

J’entends, j’entends, j’entends
Le silence et l’amour aux matins des novembres frais
Le glacis des neiges sur la verdure aux yeux fermés
Comme une paix, un paradis de givrures
 
Car au fond, car au fond, tout au fond
Se cache la paix de soi, le mourir des torsions
Avec des yeux de soleil mi endormis
Les engelures en frémissures et mon âme dans son nid
 
Le vent  fouette les arbres, mais le petit oiseau
Qui sur un arbre se penche, est la seule mouvance
Son chant d’ailes frileuses et son sifflement de transes
Cherche ses étés comme j’ai cherché les miennes, trop
 
Tous mes amours sont apparus
À travers le temps, telles  les aiguilles des pins nus
En doigts accrochés au froid des âmes, du temps
Du temps où j’étais enfant…
Gaëtan Pelletier
26 novembre 2012

La route vers soi, 11 : l’art de se sculpter

Le sculpteur n’ajoute rien à la matière sur laquelle il  œuvre : il enlève ce qu’il y a de trop pour trouver la forme voulue. De même nous devons faire.

À la naissance, nous sommes pris en charge et élevés par nos parents. Avec tout ce qu’ils ont comme bagages. Puis, très tôt, nous sommes pris en charge par la société qui a son modèle « parfait », et qui par son pouvoir accordé par la soi disant majorité ou plus simplement par une idéologie qui marque une période de l’Histoire.

C’est toujours la parfaite…

Un sage disait un jour que le vide d’une tasse était sa fonction la plus importante. C’est en cela qu’est considérée l’intuition, actuellement, mais sans la valeur accordée par le sage. La plupart d’entre nous seront marqués par l’aspect matériel, la forme, le matériau, la décoration, etc. Dans l’oubli total du vide, de l’invisible. C’est en cela que nous sommes amputés de plus en plus : notre capacité de voir l’invisible.

Le système d’éducation occidental n’est dirigé que par des ajouts matériels. Vous êtes ce que vous avez. Dans ce que vous avez, il y a la  supposée « qualité » de l’avoir : une montre en or ne donne que la même heure qu’une montre en plastique.

Nous faisons face à la dualité du sculpteur : celle d’avoir le matériau brut et de le tracer à sa guise dans une création où se confondent le créateur et sa route ver « lui ». Car toute démarche dite artistique n’est qu’une démarche dans laquelle le marcheur et la démarche  sont fondus.

Les amérindiens n’accordaient aucune valeur à la possession. Apparurent dans l’Histoire, des êtres voulant posséder, contrôler, et trouver des sujets soumis ou payés pour leurs « grands projets ». Au prix de vies humaines, au prix de massacres, au nom des religions, d’un dieu. Tous les prétextes étaient bons…et souvent « divins ».

Les  veaux d’or  actuels sont des êtres à réussite matérialiste. Il faut comprendre que si la richesse n’était accordée qu’à quelques élus, jadis, par le mensonge et dans une formulation camouflée, mais à la Ponzi, on a répandu l’idée d’un bonheur et de pouvoir par une accessibilité aux surplus des biens et des nécessités.

Les occidentaux ne se sculptent pas, ils s’habillent d’or et de pouvoir. Souvent par la crainte, la peur inculquée.

L’échec de la réussite matérielle étant confondu à une faiblesse de caractère et à une unicité de modèle. La gangrène matérialiste du 20e siècle allait se répandre à travers tous les individus incapables d’échapper aux « recettes » offertes par l’exemple de réussites affichées.

En nous couvrant d’objets inutiles, d’orgueil, de vanité, nous achetons les travers de ce qui tue l’humain. S’il est un siècle de destruction sans vergogne, c’est bien celui du 20e siècle qui dans une poussée extrémiste et exponentielle a vendu un modèle unique, un moule de citoyen « parfait ».

Cette technique de séduction a bien fonctionné. Le but étant d’enterrer le pouvoir de « penser par soi », qui est le résultat d’une simple observation honnête sur les résultats du bonheur dans le circuit matière-temps.

Détruire l’intuition, c’est contrôler. Contrôler c’est créer un modèle et le vendre en laissant croire que chacun est unique… en autant qu’il se moule au « produit » utile à une horde  de marchands ayant investi le temple en nous.

L’humain ayant perdu le pouvoir de retrouver ou de trouver sa singularité, il finira hypnotisé par les créateurs de miroirs technos.

Bref, plus nous serons « occupé », plus nous ferons semblant de « penser », moins nous aurons le pouvoir de laisser la source de l’intuition se glisser en nous pour nous livrer le réel potentiel de la seule et unique création qui soit : nous. Chacun et chacun d’entre nous. Chacun pouvant apporter à l’œuvre sociétaire son travail, tout en poursuivant – avec un temps de réflexion et un pouvoir de choix réels sa vision – son apport à l’ensemble se verra amputé de l’essentiel qui fut à l’origine de la connaissance humaine.

Car le cerveau ne fut au début qu’un outil mal aiguisé. Toutefois, en matière de sociétés, formées en clans, le sauvage n’échappa pas à sa naissance « animale » : il y eut des guerres, des différents, des luttes.

Mais personne n’aurait songé à établir un système où les peaux des bêtes seraient traitées dans une caverne, par des gens ayant conçu un système de rentabilité à la chaîne.

Personne.

Mais il arriva un quelqu’un qui décida de vendre des « quelqu’un ».

Le pouvoir sur soir fut perdu, peu importe les systèmes capitalistes ou communistes.

Si Ford a inventé le travail à la chaîne, les sociétés modernes ont créé les « humains à la chaîne ».

Pour retrouver « le vide » en soi, il faut donc se débarrasser de tout cet arsenal d’avoir et de désirs d’avoir plus pour « plus de bonheur ».

Il y a plus de morts-vivants dans les sociétés occidentales que dans l’ensemble des pays qui n’ont pas  été touché par cette « maladie ».

L’échec est assez évident : on vous a appris à courir, on vous a appris à travailler deux fois plus, on a allongé le temps de travail, sous prétexte de nécessité et d’austérité.

On a multiplié la médication chez les enfants, sans trop connaître les effets secondaires.

Les organisations de travails dans les sociétés débordent de chefs, de cadres, dépassant ou égalisant celle des travailleurs, la vanité a été le grand miroir qui fit de plusieurs des rois mendiants, bien « toités », bien meublés, avec des chars de feu vendus à rabais.

Bref, on a acheté nos temps de silences. Tout est bruit, confusion, malaises, maladies, mal-être. Mais la recette est que vous êtes en manque de tout ce que vous n’avez pas…

Le vide nécessaire pour que la tasse comprenne que sa beauté est fascinante, mais que son rôle est caché dans le vide de l’intuition.

De par cette vie, le temps est la chose la plus nécessaire qui soit.

Ce temps que l’on perd…

Nous le vendons chaque jour. De sorte que nous n’avons plus de temps pour nous sculpter et faire  ou trouver le temps de ne pas comprendre qui nous sommes, mais de saisir au moins un fragment d’éternité.

C’est un pari…

Il faut le loisir et la capacité de savoir s’éloigner un peu pour contempler qu’il y a plus en nous que ce que les systèmes ont à offrir.

Gaëtan Pelletier

26 novembre 2012