Archives quotidiennes : 29-juillet-2012

OSWALD SPENGLER ET L’ÂGE DES « CÉSARS »

Fonctionnaires globaux, négociants libre-échangistes, milliardaires : les questions essentielles posées par Spengler et ses sombres prophéties sont d’une étonnante actualité.

« Nous ne vivons pas une époque où il y a lieu de s’enthousiasmer ou de triompher (…). Des fanatiques exagèrent des idées justes au point de procéder à la propre annulation de celles-ci. Ce qui promettait grandeur au départ, se termine en tragédie ou en comédie ».

Il y a 75 ans, le 8 mai 1936, Oswald Spengler, philosophe des cultures et esprit universel, est mort. Si l’on lit aujourd’hui les pronostics qu’il a formulés en 1918 pour la fin du 20ème siècle, on est frappé de découvrir ce que ce penseur isolé a entrevu, seul, dans son cabinet d’études, alors que le siècle venait à peine de commencer et que l’Allemagne était encore un sujet souverain sur l’échiquier mondial et dans l’histoire vivante, qui était en train de se faire.

L’épopée monumentale de Spengler, son « Déclin de l’Occident », dont le premier volume était paru en 1918, a fait d’emblée de ce savant isolé et sans chaire une célébrité internationale. Malgré le titre du livre, qui est clair mais peut aisément induire en erreur, Spengler ne se préoccupait pas seulement du déclin de l’Occident. Plus précisément, il analysait les dernières étapes de la civilisation occidentale et réfléchissait à son « accomplissement »; selon lui, cet « accomplissement » aurait lieu dans le futur. C’est pourquoi il a développé une théorie grandiose sur le devenir de la culture, de l’histoire, de l’art et des sciences.

Pour élaborer cette théorie, il rompt avec le schéma classique qui divise le temps historique entre une antiquité, un moyen âge et des temps modernes et veut inaugurer rien moins qu’une « révolution copernicienne » dans les sciences historiques. Les cultures, pour Spengler, sont des organismes supra-personnels, nés d’idées matricielles et primordiales (« Urideen ») auxquelles ils demeurent fidèles dans toutes leurs formes et expressions, que ce soit en art, en diplomatie, en politique ou en économie. Mais lorsque le temps de ces organismes est révolu, ceux-ci se figent, se rigidifient et tombent en déliquescence.

Sur le plan de sa conception de la science, Spengler se réclame de Goethe : « Une forme forgée/façonnée  geprägt »), qui se développe en vivant » (« Geprägte Form, die lebend sich entwickelt »). Dans le germe d’une plante se trouve déjà tout le devenir ultérieur de cette plante : selon la même analogie, l’« Uridee » (l’idée matricielle et primordiale) de la culture occidentale a émergé il y a mille ans en Europe; celle de la culture antique, il y a environ trois mille ans dans l’espace méditerranéen. Toutes les cultures ont un passé ancien, primordial, qui est villageois et religieux, puis elle développent l’équivalent de notre gothique, de notre renaissance, de notre baroque et de nos époques tardives et (hyper)-urbanisées; ces dernières époques, Spengler les qualifie de « civilisation ». Le symbole originel («Ursymbol ») de la culture occidentale est pour Spengler la dynamique illimitée des forces, des puissances et de l’espace, comme on le perçoit dans les cathédrales gothiques, dans le calcul différentiel, dans l’imprimerie, dans les symphonies de Beethoven, dans les armes capables de frapper loin et dans les explorations et conquêtes des Vikings. La culture chinoise a, elle aussi, construit des navires capables d’affronter la haute mer ainsi que la poudre à canon, mais elle avait une autre « âme ». L’idée matricielle et primordiale de la Chine, c’est pour Spengler, le «sentier » (« der Pfad »). Jamais la culture chinoise n’a imaginé de conquérir la planète.

Dans toutes les cultures, on trouve la juxtaposition d’une volonté de puissance et d’un espace spirituel et religieux, qui se repère d’abord dans l’opposition entre aristocratie et hiérocratie (entre la classe aristocratique et les prêtres), ensuite dans l’opposition politique/économie ou celle qu’il y a entre philosophie et sciences. Et, en fin de compte, au moment où elles atteignent leur point d’accomplissement, les civilisations sombrent dans ce que Spengler appelle la « Spätzeit », l’« ère tardive », où règne une « seconde religiosité » (« eine zweite Religiosität »). Les masses sortent alors du flux de l’histoire et se vautrent dans le cycle répétitif et éternel de la nature : elles ne mènent plus qu’une existence simple.

La « Spätzeit » des masses scelle aussi la fin de la démocratie, elle-même phase tardive dans toutes les cultures. C’est à ce moment-là que commence l’ère du césarisme. Il n’y a alors « plus de problèmes politiques. On se débrouille avec les situations et les pouvoirs qui sont en place (…). Déjà au temps de César les strates convenables et honnêtes de la population ne se préoccupaient plus des élections. (…) A la place des armées permanentes, on a vu apparaître progressivement des armées de métier (…). A la place des millions, on a à nouveau eu affaire aux « centaines de milliers » (…) ». Pourtant, Spengler est très éloigné de toute position déterministe : «A la surface des événements mondiaux règne toutefois l’imprévu (…). Personne n’avait pu envisager l’émergence de Mohammed et le déferlement de l’islam et personne n’avait prévu, à la chute de Robespierre, l’avènement de Napoléon ».

La guerre dans la phase finale de la civilisation occidentale

La vie d’Oswald Spengler peut se raconter en peu de mots : né en 1880 à Blankenburg dans le Harz, il a eu une enfance malheureuse; le mariage de ses parents n’avait pas été un mariage heureux: il n’a généré que problèmes; trop de femmes difficiles dans une famille où il était le seul garçon; il a fréquenté les «Fondations Francke » à Halle; il n’avait pas d’amis : il lisait, il méditait, il élaborait ses visions. Il était loin du monde. Ses études couvrent un vaste champs d’investigation: il voulait devenir professeur et a abordé la physique, les sciences de la nature, la philosophie, l’histoire… Et était aussi un autodidacte accompli. « Il n’y avait aucune personnalité à laquelle je pouvais me référer ». Il ne fréquentait que rarement les salles de conférence ou de cours. Il a abandonné la carrière d’enseignant dès qu’un héritage lui a permis de mener une existence indépendante et modeste. Il n’eut que de très rares amis et levait de temps à autre une fille dans la rue. On ne s’étonnera dès lors pas que Spengler ait choisi comme deuxième mentor, après Goethe, ce célibataire ultra-sensible que fut Friedrich Nietzsche. Celui-ci exercera une profonde influence sur l’auteur du « Déclin de l’Occident » : « De Goethe , j’ai repris la méthode; de Nietzsche, les questions ».

L’influence politique de Spengler ne s’est déployée que sur peu d’années. Dans «Preussentum und Sozialismus » (« Prussianité et socialisme »), un livre paru en 1919, il esquisse la différence qui existe entre l’esprit allemand et l’esprit anglais, une différence qui s’avère fondamentale pour comprendre la « phase tardive » du monde occidental. Pour Spengler, il faut le rappeler, les cultures n’ont rien d’homogène : partout, en leur sein, on repère une dialectique entre forces et contre-forces, lequelles sont toujours suscitées par la volonté de puissance que manifeste toute forme de vie. Pour Spengler, ce qui est spécifiquement allemand, ou prussien, ce sont les idées de communauté, de devoir et de solidarité, assorties du primat du politique; ces idées ont été façonnées, au fil du temps, par les Chevaliers de l’Ordre Teutonique, qui colonisèrent l’espace prussien au Moyen-Âge. Ce qui est spécifiquement anglais, c’est le primat de la richesse matérielle, c’est la liberté de rafler du butin et c’est l’idéal du Non-Etat, inspiré par les Vikings et les pirates de la Manche.

« C’est ainsi que s’opposent aujourd’hui deux grands principes économiques : le Viking a donné à terme le libre-échangiste; le Chevalier teutonique a donné le fonctionnaire administratif. Il n’y a pas de réconciliation possible entre ces deux attitudes et toutes deux ne reconnaissent aucune limite à leur volonté, elles ne croiront avoir atteint leur but que lorsque le monde entier sera soumis à leur idée; il y aura donc la guerre jusqu’à ce que l’une de ces deux idées aura totalement vaincu ». Cette opposition irréconciliable implique de poser la question décisive : laquelle de ces deux idées dominera la phase finale de la civilisation occidentale ? « L’économie planétaire prendra-t-elle la forme d’une exploitation générale et totale de la planète ou impliquera-t-elle l’organisation totale du monde ? Les Césars de cet imperium futur seront-ils des milliardaires ou des fonctionnaires globaux ? (…) la population du monde sera-t-elle l’objet de la politique de trusts ou l’objet de la politique d’hommes, tels qu’ils sont évoqués à la fin du second Faust de Goethe ? ».

Lorsque, armés du savoir dont nous disposons aujourd’hui, nous jetons un regard rétrospectif sur ces questions soulevées jadis par Spengler, lorsque nous constatons que les lobbies imposent des lois, pour qu’elles servent leurs propres intérêts économiques, lorsque nous voyons les hommes politiques entrer au service de consortiums, lorsque des fonds quelconques, de pension ou de logement, avides comme des sauterelles affamées, ruinent des pans entiers de l’industrie, lorsque nous constatons que le patrimoine génétique se voit désormais privatisé et, enfin, lorsque toutes les initiatives publiques se réduisent comme peau de chagrin, les questions posées par Spengler regagnent une formidable pertinence et accusent une cruelle actualité. En effet, les nouveaux dominateurs du monde sont des milliardaires et les hommes politiques ne sont plus que des pions ou des figures marginalisées.

Spengler a rejeté les propositions de Goebbels

Spengler espérait que le Reich allemand allait retrouver sa vigueur et sa fonction, comme l’atteste son écrit de 1924, « Neubau des Deutschen Reiches » (« Pour une reconstruction du Reich allemand »). Dans cet écrit, il exprimait son désir de voir « la partie la plus valable du monde allemand des travailleurs s’unir aux meilleurs porteurs du sentiment d’Etat vieux-prussien (…) pour réaliser ensemble une démocratisation au sens prussien du terme, en soudant leurs efforts communs par une adhésion déterminée au sentiment du devoir ». Spengler utilise souvent le terme « Rasse » (« race ») dans cet écrit. Mais ce terme, chez lui, signifie « mode de comportement avéré, qui va de soi sans remise en question aucune »; en fait, c’est ce que nous appelerions aujourd’hui une « culture d’organisation » («Organisationskultur »). Spengler rejetait nettement la théorie folciste (« völkisch ») de la race. Lorsqu’il parlait de « race », il entendait « la race que l’on possédait, et non pas la race à laquelle on appartient. La première relève de l’éthique, la seconde de la zoologie ».

A la fin des années 20, Spengler se retire du monde et adopte la vie du savant sans chaire. Il ne reprendra la parole qu’en 1933, en publiant « Jahre der Entscheidung » («Années décisives »). En quelques mois, le livre atteint les ventes exceptionnelles de 160.000 exemplaires. On le considère à juste titre comme le manifeste de la résistance conservatrice.

Spengler lance un avertissement : « Nous ne vivons pas une époque où il y a lieu de s’enthousiasmer ou de triompher (…). Des fanatiques exagèrent des idées justes au point de procéder à la propre annulation de celles-ci. Ce qui promettait grandeur au départ, se termine en tragédie ou en comédie ». Goebbels a demandé à Spengler de collaborer à ses publications : il refuse. Il s’enfonce dans la solitude. Il avait déjà conçu un second volume aux « Années décisives » mais il ne le couche pas sur le papier car, dit-il, « je n’écris pas pour me faire interdire ».

Au début du 21ème siècle, l’esprit viking semble avoir définitivement triompher de l’esprit d’ordre. Le monde entier et ses patrimoines culturels sont de plus en plus considérés comme des propriétés privées. La conscience du devoir, la conscience d’appartenir à une histoire, les multiples formes de loyauté, le sens de la communauté, le sentiment d’appartenir à un Etat sont houspillés hors des coeurs et des esprits au bénéfice d’une liberté que l’on pose comme sans limites, comme dépourvue d’histoire et uniquement vouée à la jouissance. La politique est devenue une marchandise que l’on achète. Le savoir de l’humanité est entreposé sur le site «Google », qui s’en est généralement emparé de manière illégitime; la conquête de l’espace n’est plus qu’un amusement privé.

Mais : « Le temps n’autorise pas qu’on le retourne; il n’y aurait d’ailleurs aucune sagesse dans un quelconque retournement du temps comme il n’y a pas de renoncement qui serait indice d’intelligence. Nous sommes nés à cette époque-ci et nous devons courageusement emprunter le chemin qui nous a été tracé (…). Il faut se maintenir, tenir bon, comme ce soldat romain, dont on a retrouvé les ossements devant une porte de Pompéi; cet homme est mort, parce qu’au moment de l’éruption du Vésuve, on n’a pas pensé à le relever. Ça, c’est de la grandeur. Cette fin honnête est la seule chose qu’on ne peut pas retirer à un homme ».

Et nous ? Nous qui croyons à l’Etat et au sens de la communauté, nous qui sentons au-dessus de nous la présence d’un ciel étoilé et au-dedans de nous la présence de la loi morale, nous qui aimons les symphonies de Beethoven et les paysages de Caspar David Friedrich, va-t-on nous octroyer une fin digne ? On peut le supposer. S’il doit en être ainsi, qu’il en soit ainsi.

Max Otte

Max Otte est professeur d’économie (économie de l’entreprise) à Worms en Allemagne. Dans son ouvrage « Der Crash kommt » (« Le crash arrive »), il a annoncé très exactement, dès 2006, l’éclatement de la crise financière qui nous a frappés en 2008 et dont les conséquences sont loin d’avoir été éliminées.

Article paru dans “Junge Freiheit”, Berlin, n°19/2011

Source

« SALAM GAZA » ou l’aguerrissement d’un poète

Fethi GHARBI

Deux mois après le massacre perpétré à Gaza par l’armée sioniste, Tahar Bekri, avec ses poèmes en bandoulière, s’engage sur les chemins escarpés de la Terre Sainte. Invité à Ramallah, Naplouse, Jérusalem-Est et Bir Zeit pour un cycle de lectures,. le poète réalise à quel point les mots sont dérisoires et impuissants face à la dure réalité du vécu en Palestine occupée. Une dialectique s’opère alors et la poésie détrônée se laisse transcender par l’expressivité des êtres et des choses et s’imprègne, muette, de l’éloquence de leur souffrance.

Maniant admirablement cette langue de Molière devenue outil d’asservissement colonial et instrument d’acculturation d’un Magreb profondément arabophone et berbère, des écrivains comme Kateb Yacine ou Rachid Boujedra s’en sont emparé comme d’une arme,  » un butin de guerre  » dira l’auteur de Nedjma (correction apportée 26/6/10 – NdA). Mais notre poète, lui, semble transcender tout clivage et toute contingence, scrutant l’horizon à travers un humanisme inébranlable dans sa quête d’un idéal du beau et du bien.

Oui, Tahar Bekri continue à croire à l’universalité des valeurs de liberté, de justice et de fraternité. C’est à la lumière de celles-ci que le poète interpelle le monde sans forcer le dire, sans crier sa douleur :

« …l’importance d’une parole ne réside pas dans la puissance de son cri mais dans la hauteur du silence qu’elle impose… »

Pour Bekri, la poésie est « un devoir de beauté » contre toutes les formes de laideurs, sa vocation ne peut être qu’universelle :

« …Mon toit est l’univers, mon sol est la terre, ma porte est ouverte sur le large pour accueillir l’humanité entière…« .

« SALAM GAZA » (1), journal de voyage, d’un voyage initiatique, au travers d’une terre blessée. On est entraîné dans les méandres subtils d’un récit digressif C’est comme si les êtres et les pierres invitaient le poète à les accompagner dans l’intimité de leur mémoire. Voilà que renaissent de leurs cendres des êtres que rappelle vainement à la vie l’amertume du présent :

« …Albert Einstein doit se retourner dans sa tombe, lui qui rappelait, avec d’autres intellectuels juifs, dont la philosophe Hannah Arendt, dans une lettre adressée le 2 décembre 1948 au New York Times, les massacres de Deir Yassine… »

A Ramallah, au sommet d’une colline surplombant la ville, peut être pour fuir son vacarme, peut être aussi pour échapper aux souillure de l’occupant, gît un autre poète

« …L’herbe est verte, le jeune olivier, planté récemment, résiste au vent léger. le soleil est tendre. Le poète repose ici. Ses mots emplissent le lieu (…) Dors en paix Mahmoud, parmi les arbres que tu aimais tant. Tu es chez toi. Tu aurais aimé être enterré en Galilée, peut être… »

Et le poète ému , s’adressant à la tombe de Mahmoud Darwich

Tu disais à la pierre inconsolée
« Sur cette terre
Maîtresse de la terre
Il y a ce qui mérite la vie »
Le sapin sourd à la prière
Le thym reclus aux frontières de l’oubli
Combien de murs
Combien de fils barbelés
Faut-il détruire pour confier à la colline
Ceux qui confisquent les oliviers
Séquestrent la lumière
Sombrent dans la cécité du cimetière

La pierre millénaire semble elle aussi interpeller le poète

« …Naplouse est une ville à la mémoire haute, construite par les Cananéens il y a plus de quatre mille ans. le pays de Canaan est le nom biblique de la Palestine et de la Phénicie réunies… »

Un défilement tourbillonnant de réminiscences ballottent le narrateur dans tous les sens. Mais pris dans le tumulte oppressant du quotidien, dans cette Cisjordanie écartelée, cet autre camp de concentration que les malheurs de Gaza font un peu oublier, le poète se trouve confronté à l’aigreur du présent : Check Point, monnaie israélienne, immatriculations israéliennes, panneaux en hébreu, population quadrillée, humiliée, écrasée sous la botte de la soldatesque sioniste…

Un jour, il se retrouve dans le camp de réfugies de Balata à Naplouse, des réfugiés palestiniens sur leur propre terre s’étonne-t-il ! Le chant triste et nostalgique d’une chorale de petites filles a fini par avoir raison de ses nerfs :

« …Je suis là à écouter ces voix d’anges. Je me penche légèrement pour cacher une larme au fond de l’oeil. Mes larmes coulent plus fortes que moi. Je me lève confus et trop ému pour m’excuser. je sors de la pièce sous le regard troublé de mes hôtes, un besoin de crier au ciel : Pourquoi es-tu si sourd ?… »

Oui, on ne sort jamais tout à fait indemne d’un parcours initiatique. Ébranlé mais aguerri, notre poète continue malgré tout à croire…

De retour à Paris, il retrouve en bas de son immeuble, tels qu’il les a laissés, ses deux frères dans l’exil, pliant sous le poids du destin mais refusant farouchement de céder…est-ce une prémonition, un signe d’espoir ?…

« …La neige tombe abondamment sur Paris. Difficile d’aller me promener par ce froid sans craindre de glisser et de faire une chute. Le palmier et l’olivier devant moi sont toujours là mais alourdis et courbés sous le poids des flocons. Palmes fragiles, feuilles délicates. Pourquoi suis-je si attaché à la vue de ces deux arbres ? Me consolent-ils de paysages perdus depuis longtemps ?… »

Fethi GHARBI

1) http://www.elyzad.com/index.php?option=com_content&view=…

Futures pandémies tant attendues: voici leur plan démentiel

 

Le 11 juillet dernier, le site Huffington Postpubliait une dépêche hallucinante de l’agence Reuters, une agence dont l’indépendance est bien sûr très loin d’être garantie… et pour cause, l’affaire semble être parfaitement  »entendue », avec discussions des scénarios possibles à l’insu des principaux intéressés, c’est à dire les citoyens.

Que dit cette dépêche en substance?

Que des grosses quantités de volailles ont dû être récemment abattues dans différents endroits du monde, que le virus aviaire n’est plus qu’à trois mutations d’une forme possiblement léthale d’humain à humain et qu’étant donné le retard de plusieurs mois dans la fourniture des vaccins H1N1 par rapport au début de la (fausse) pandémie, il est nécessaire d’envisager une nouvelle approche en préparation de la prochaine pandémie, à savoir celle d’une vaccination « pré-pandémique » qui pourrait consister à vacciner l’entièreté de la planète sur 3 à 5 ans de temps contre un virus qui ne surviendra peut-être jamais!!

 

Voici en effet quelques passages de ladite dépêche:

« En 2009, durant la pandémie du virus porcin H1N1, les vaccins furent disponibles seulement des mois après que le virus se soit propagé à l’ensemble du monde- et même alors, il n’y en avait que pour un cinquième de l’humanité.

La prochaine fois, les experts disent que nous aurons besoin d’une autre approche.

Les discussions portent sur une « vaccination pré-pandémique », consistant à immuniser les gens des années à l’avance contre une pandémie grippale qui ne s’est pas encore produite et qui pourrait ne jamais advenir, plutôt que de devoir créer des vaccins dans l’urgence, une fois que la nouvelle pandémie aura débuté. »

« Même si vous modifiez la production à la faveur de technologies à haut rendement, vous allez encore en rester à devoir chasser le virus » estime David Salisbury, directeur de la vaccination en Grande-Bretagne dont les conflits d’intérêts accablants ont déjà fait d’ailleurs couler beaucoup d’encre.

« En un mot, la production actuelle ne résoudra jamais le problème. Vous aurez toujours au moins une, si pas deux vagues d’infection avant que vous ne puissiez obtenir des quantités suffisantes de vaccin pour pouvoir obtenir un effet significatif… Si vous voulez devancer le virus, vous devez adopter une stratégie différente. »

« Les scientifiques et les fabricants de vaccins ont déjà produit des vaccins pré-pandémiques H5N1 et certains sont stockés par les pays riches comme les Etats-Unis et plusieurs gouvernements européens, à destination de leurs personnels médicaux de première ligne. »

« Les sociétés pharmaceutiques ont également beaucoup investi dans la grippe et leur capacité de production de vaccins est montée en puissance, en partie à cause de la pandémie de H1N1 mais aussi en réponse aux appels de l’OMS pour une meilleure préparation aux prochaineS pandémieS. »

 

 » Des programmes annuels de vaccination anti-grippale ont également pris de l’ampleur ces dernières années, avec comme résultats que les campagnes saisonnières sont à présent bien établies dans de nombreux pays développés et dans certains pays en développement et que les structures existent donc pour vacciner beaucoup de gens. »

 

« Alors, pourquoi ne pas mettre tous ces éléments ensemble et exécuter une campagne de vaccination pré-pandémique pour prémunir les victimes potentielles avec une vaccination pré-pandémique? »

La dépêche se poursuit alors de façon à la fois dramatisante (rappel des ravages de la grippe espagnole, rappel également d’une récente étude ayant prétendu que les décès dus à la grippe H1N1 pourraient avoir été sous-estimés et se monter à 500 000 dans le monde, rappel du taux de létalité de 60% de la grippe H5N1 jusqu’à présent,..) et  pseudo-rassurante (ouf, il y a notre sacrosainte solution, la vaccination prépandémique qui va tout arranger!). C’est ce qu’on peut appeler le tandem « PEUR-PROTECTION »: on fait peur parce que cela va alors créer artificiellement un besoin de protection qui n’existerait pas sinon. C’est une technique marketing bien connue pour pousser à consommer.

Le communiqué rapporte alors les propos d’un scientifique de Novartis, Rino Rappuoli, qui avait écrit sur le scénario d’une pandémie de grippe aviaire dans le journal Science du mois dernier -Novartis, Sanofi et GSK étant les fabricants de plusieurs vaccins anti-H5N1 déjà approuvés-:

« Etant donné que des vaccins anti-H5N1 disposant d’une autorisation sont déjà disponibles, nous avons l’option de vacciner les individus à haut risque ou de vacciner plus largement, incluant les populations de pays individuels ou même de continents entiers, ou encore de vacciner l’entièreté de la planète. » a-t-il écrit.

« Il s’agit seulement d’évaluer les coûts, la logistique et le risque d’implémenter une telle campagne de vaccination. Cela n’est pas impossible. » a-t-il poursuivi.

« Une campagne mondiale pourrait prendre de 3 à 5 ans » a-t-il également estimé.

Dans la revue scientifique Expert Rev. Vaccines de févier 2012, les scientifiques italiens de l’Institut de Santé publique concluaient ainsi le compte-rendu de leur publication sur l’Aflunov, le dernier vaccin prépandémique en date de Novartis contre le H5N1: « En 2010, le Comité des Médicaments à Usage Humain de l’Agence européenne du Médiament a émis une opinion positive sur l’Aflunov et en janvier 2011, l’Aflunov recevait son autorisation de mise sur le marché. Ce vaccin pourrait être très utile dans l’éventualité d’une adaptation du virus H5N1 aux humains, ce qui pourrait causer une nouvelle pandémie. »

Le Dr Albert Garcia, porte-parole du pôle « Préparation Pandémique » de Sanofi Aventis, lui, n’est pas aussi enthousiaste au sujet de ces vaccins prépandémiques auxquels il dit « ne pas croire », bien que Sanofi avait pourtant présenté un vaccin prépandémique contre le H5N1 lors d’une conférence internationale, pour lequel ils n’ont finalement jamais demandé d’autorisation de mise sur le marché (AMM).

La dépêche de Reuters, qui ne donne toutefois pas du tout la parole au moindre scientifique circonspect se permet d’écrire que l’approche d’une vaccination pré-pandémique paraît sensée, en se basant sur une précédente étude (probablement pas indépendante!) de l’Université de Leicester selon laquelle les gens déjà préalablement immunisés contre une souche différente de grippe garderaient une « mémoire immunitaire » utile en cas de contact avec un autre virus grippal, des années plus tard. C’est ce qu’ils appellent « l’effet d’amorce » mais que d’autres scientifiques appellent aussi le « péché originel », en expliquant au contraire que l’élaboration de futurs anticorps contre de futurs virus sera de moins en moins efficace au fil du temps, précisément parce que le modèle de fabrication de ces anticorps reste calqué sur « l’empreinte virale initiale », un peu donc comme une clé qui serait de moins en moins adaptée à la serrure à force d’essayer de la forcer. Par ailleurs, rien n’est non plus redit ici sur les autres récentes découvertes de chercheurs qui ont pu démontrer que la production d’anticorps n’était pas du tout essentielle dans la lutte contre différents virus.

Selon cette dépêche Reuters, qui prépare déjà habilement le terrain, la vaccination pré-pandémique pourrait limiter le tribut humain à payer en cas de pandémie.

L’OMS (comment s’en étonner…) semble bien sûr très enthousiaste au sujet d’une telle vaccination pré-pandémique, le Dr Nikki Shindo de l’Organisation ayant affirmé qu’il s’agissait d’une « excellente idée » en théorie. Pour le Dr Shindo, la vaccination permettrait de rendre la maladie moins sévère chez les gens vaccinés, de réduire les décès et de réduire la transmission virale (remarquez le glissement: on ne parle déjà même plus de leur éviter purement et simplement la maladie!)

Mais l’OMS est infiltrée par les fabricants or, comme le mentionne tout de même Reuters, « Cela ferait sûrement plaisir aux compagnies pharmaceutiques de se voir offrir une nouvelle opportunité d’accroître leurs capacités de production de vaccins antigrippaux, ce qui leur permettrait potentiellement de rééditer un bénéfice supplémentaire de 7 milliards de dollars, comme ils en ont connu un à l’hiver 2009-2010. »

« Appliquer toutefois dans la réalité cette idée théorique de vaccination pré-pandémique est une autre affaire » écrit encore Reuters, précisant que cette idée séduirait peu les cénacles gouvernementaux, sans doute bien conscients de la difficulté à convaincre les gens de se faire vacciner (avec les risques d’effets secondaires que cela comporte)  et de dépenser ainsi dans le contexte actuel d’austérité des sommes folles contre une grippe inexistante.

Mark Clark, analyste pharmaceutique à la Deutsche Bank, «  ne pense pas que le monde est prêt à payer pour quelque chose comme ça maintenant. Le moment n’est juste pas économiquement propice. »

Mais pour quelqu’un comme le Pr Salisbury, « toutes ces stratégies méritent qu’on y réfléchisse« . Il estime que les gouvernements ont encore un bon bout de chemin à faire avant de prendre ce genre de décisions qu’il estime « chargées de bon sens(sic!) et appuyées par la Science (rien que ça!) ». On aura vraiment tout lu et tout entendu.

Commentaires et analyse d’Initiative Citoyenne:

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Cette dépêche démontre à quel point une certaine caste veut A TOUT PRIXet à l’exclusion de toute autre méthode de prévention, vacciner l’humanité entière, comme si l’inondation vaccinale de la planète entière chaque année via des milliards de doses de vaccins ne suffisait toujours pas!

Cette préparation morbide de la population depuis le début des années 2000 à la grippe aviaire est grotesque mais pour les pharmas qui tirent les ficelles, elle ne l’est évidemment pas.

Si vous êtes suffisamment attentifs aux différentes « pièces du puzzle » qui s’enchaînent et s’imbriquent sous vos yeux, vous verrez et vous comprendrez qu’il est assez peu probable que ce déploiement colossal de moyens financiers au sujet de la grippe aviaire ne finisse jamais par se solder par le moindre « retour sur investissements ». Cela signifie que tout sera fait pour que la prochaine pandémie survienne. Avec des firmes comme Medicago qui ont déjà commencé à produire, sur ordre du Ministère américain de la Défense, des grandes quantités de vaccins pandémiques H5N1, le Pr Lina en France qui a été officiellement payé pour faire se croiser les virus H5N1 et H1N1les équipes hollandaise et américaine qui ont évidemment fini par réussir à croiser ces virus pour rendre le nouveau venu à la fois très mortel et très contagieux, sans compter bien sûr tous les stocks de vaccins pré-pandémiques déjà constitués par de nombreux états, dont la Belgique, et entreprosés on ne sait où, il serait assez aberrant de penser qu’il n’y aura pas une suite.

Car oui, plusieurs magnats trépignent déjà en coulisses et tapent bel et point du poing sur la table: ils VEULENT vacciner la terre entière et dans leur esprit, nul doute à cela, vous y passerez également, que vous le vouliez ou non! (avec la bénédiction plus que probable de la très peu respectable OMS). Mme Testori de la Commission européenne non élue n’avait-elle déjà pas exprimé le même genre de souhaits publiquement le 5 octobre 2010?