Archives quotidiennes : 23-juillet-2012

Lettre à un regard

Bonjour regard,

J’ai toujours aimé les regards… On dirait que c’est un fragment d’un dieu éclaté… Il y a tellement de lumière que j’ai honte parfois d’être triste… Au fond, il n’y a rien pour être triste… J’ai tout, ou presque…

Sauf ton regard…

Je voyais comme ça quand j’étais enfant… Je regardais le ciel, les plantes, les insectes, l’eau, le mica, les chats, les souris.  J’étais tous les regards…

On dirait que la vie m’a parfois mis des capuchons sur les yeux.

J’aimais tant la Terre, tant la Vie, et j’avais une soif énorme de savoir la lumière des autres.

Mais les autres, on dirait, quand ils ont tout, n’ont plus faim de rien…

Surtout pas des autres.

On ne peut voir Dieu qu’à travers les yeux des tout petits dieux… Les enfants. Ou les adultes restés enfants…

Tout ça pour dire que j’ai vu un regard aujourd’hui.

Un peu comme le tien.

Pas de capuchons sur la lumière.

Franc comme un vent du Sud… Tout chaud, comme un humain sorti du four de la Vie.

C’était tellement beau que je suis arrivé à la maison comme si elle m’avait donné une autre paire d’yeux. Et ses cils comme des battements d’ailes…

Je voyais double… Et je volais..

Je vis avec plusieurs yeux, plusieurs regards. Et quand j’en rencontre, je les prends dans mes yeux, à lumière ouverte.

Je sais… Je dois être cinglé… Qui donc dans sa vie a écrit une lettre à un regard? Personne, probablement… C’est juste qu’ils ne savent pas à qui écrire. Ni comment l’écrire…

Même s’il n’y avait pas de mots pour le dire, ni de lettres pour l’écrire, ça ne changerait rien.

Peut-être…

On peut le garder, s’en imprégner, mais jamais capables de le dire pour qu’il reste.

Alors, je me suis dit qu’en le disant aux autres qu’ils allaient ouvrir les yeux…

Comme ça, on ne sera pas seuls à se regarder et à se dire qu’on ne se voit pas. On se voit, mais personne ne sait lire les regards, on dirait.

C’est trop loin dans le temps, un regard.

C’est un clin d’œil d’éternité.

Et quand c’est celui d’un enfant – et qu’on voit ce qu’on fait aux enfants – on se dit qu’il ne faut pas laisser les enfants dans les mains de certains adultes.

Pas tous.

Je sais que tu peux voir un frisson… Avec des yeux. Profites-en!

Beaucoup trop ont oublié.

Bon! Je te laisse.

Je vais aller fermer les yeux pour la nuit.

Pour mieux voir demain.

Les yeux, ça s’aiguise dans le noir.

Tu ne sais pas pourquoi?

Parce que c’est de la lumière cachée.

Gaëtan Pelletier

Janvier 2010

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