Archives quotidiennes : 8-juillet-2012

La grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite

Imaginez une marmite remplie d’eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite, l’eau chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continu de nager. La température continue de grimper. L’eau est maintenant chaude. C’est un peu plus que n’apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s’affole pas pour autant.

L’eau est cette fois vraiment chaude; la grenouille commence a trouver cela désagréable, mais elle s’est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien. La température continue de monter, jusqu’au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir.
Si la même grenouille avait été plongée directement dans l’eau à 50 degrés, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l’aurait éjectée aussitôt de la marmite.
Cette expérience montre que, lorsqu’un changement s’effectue d’une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart de temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte.
Si nous regardons se qui se passe dans notre société depuis quelque décennies, nous subissons une lente dérive à laquelle nous nous habituons.
Des tas de choses qui nous auraient horrifiés il y a 20, 30 ou 40 ans, ont été peu à peu banalisés, édulcorées, et nous dérangent mollement à ce jour, ou laissent carrément indifférent la plupart des gens.
AU NOM DU PROGRÈS et de la science, les pires atteintes aux libertés individuelles, à la dignité du vivant, à l’intégrité de la nature, à la beauté et au bonheur de vivre, s’effectuent lentement et inexorablement avec la complicité constante des victimes, ignorantes ou démunies. Les noirs tableaux annoncés pour l’avenir, au lieu de susciter des réactions et des mesures préventives, ne font que préparer psychologiquement le peuple à accepter des conditions de la vie décadente, voire DRAMATIQUE. LE GAVAGE PERMANENT d’information de la part des médias sature les cerveaux qui n’arrivent plus à faire la part des choses. Lorsque j’ai annoncé ces choses pour la première fois, c’était pour demain. Là, C’EST POUR AUJOURD’HUI.
Alors si vous n’êtes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuit, donnez le coup de patte salutaire avant qu’il ne soit trop tard.
Olivier Clerc, écrivain et philosophe
Voir aussi : La grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite… et autres leçons de vie

SOURCE

Mouammar Kadhafi: une si longue traque

 

Mouammar Kadhafi, assassiné le 20 octobre 2011

 

Dans la longue liste des tentatives d’assassinat de Mouammar Kadhafi depuis septembre 1969, figure celle du 27 juin 1980. Ce jour-là, à 20h 59 aux larges de l’ìle d’Ustica en Italie, un avion de la compagnie Itavia s’écrase en mer avec 81 personnes à bord. Officiellement, il s’agit d’un accident. Mais la réalité est ailleurs: il s’agit pour les Services Secrets français d’assassiner Mouammar Kadhafi qui devait voyager à Varsovie à la même heure en empruntant le même itinéraire. A la dernière minute le Guide Libyen avait changé d’avis. Le SDECE devenu la DGSE, les services secrets français avaient déjà, avec les instructions du président Giscard D’Estaing, tenté à plusieurs reprises de liquider Kadhafi. Après ce raté d’Ustica, non seulement les 14 personnes appelées à témoigner devant le juge en Italie sont mortes l’une après l’autre dans des conditions mystérieuses, mais aussi les agents du SAS (services secrets britanniques) et surtout ceux d’IFREMER (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer) lié au SDECE chargés de récupérer l’épave de l’avion avaient fait leur boulot à moitié.
Les agents d’IFREMER sortirent quelques morceaux de l’avion en laissant au fond de la mer la partie touchée par le missile. Le chef des Service secrets militaire italien Pascuale Notarnicola dira que « la vérité a été laissée au fond de la mer ». Giscard d’Estaing limogera Alexandre de Marenches, le chef du SDECE suite à une nouvelle tentative d’assassinat en août 1980 à travers le soulèvement de la garnison de Tobrouk avec comme stratégie de marcher sur Tripoli en passant par Benghazi avec le soutien de quelques tribus bédouines. Giscard d’Estaing dira plus tard dans ses Mémoires que l’un des 4 secrets transmis en 1981 à Mitterrand concernait Mouammar Kadhafi, qui sera finalement supprimé par Sarkozy, Obama, Cameron, Berlusconi et Al Thani (émir du Qatar) réunis au sein de l’OTAN avec le commandant Canadien, Charles Bouchard qui a depuis Naples, dirigé les bombardements sur la Libye.
La Chine et la Russie avaient quant à elles donné un feu vert-clair à cette coalition d’assassins en laissant passer la fameuse résolution 1973 prescrivant « la protection des populations civiles ». Une notion promue par Gareth Evans, ancien président de  International Crisis Group basée à Bruxelles et à Washington, une prétendue ONG bien connue en Afrique où elle se présente comme oeuvrant pour « la prévention et la résolution des conflits armés. »

Ustica démontre une nouvelle fois que lorsque les hyènes occidentales pourchassent un homme ou une femme appelé dans leur jargon une cible, elles sont capables de tout y compris l’assassinat de leurs propres compatriotes en décrétant cyniquement qu’il s’agit « d’accident ». Dans une patience redoutable et dans la logique du principe de la continuité de l’Etat, les prédécesseurs passent le dossier de chasse à leurs successeurs en cas d’alternance. Ces hyènes ne renoncent pas. Même si on peut noter ici ou là des variations dans les tactiques et les modes opératoires, l’objectif stratégique est toujours maintenu. Il demeure invariable. Une chasse à l’homme, en l’occurrence celle de Mouammar Kadhafi, débute dans les années 1969, immédiatement à sa prise du pouvoir par la révolution et prend fin en 2011. Soit 42 ans après. Cette hargne, cette patience et ce jusqu’au-boutisme sont diaboliquement admirables et méritent d’être appris par des militants que nous voulons être: ne jamais renoncer tant que nos objectifs ne sont pas atteints.

Comme les hyènes ne renoncent que lorsqu’elles atteignent leur cible, les mots qui suivent doivent être les nôtres aujourd’hui: « Je ne fais confiance à un colonialiste ou à un impérialiste que lorsqu’il est mort », écrivait Kwame Nkrumah le 12 septembre 1960 à Patrice Lumumba menacé de toute part.

Komla KPOGLI

LES HÉRÉSIAQUES DE LA TERRE

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La Terre avait semé des givrures
Par des hommes calculateurs et froids

Tout au bout de nos peines, nous fondions
À l’abattoir des monnaies, esclaves volontaires
Abusés, violés de nos droits

Il s’ensuivit un chaos violent entre l’âme et la chair, entre la raison et l’art d’être nous fut tué. Le temps s’en allait, nos montres vendues, nos sabliers de chairs déchiquetés par la machine des collets-montés.
Navrance!
Nous fûmes engloutis dans la glace des neurones, des fiers-à-bras d’État, comme si la Terre était un bar ouvert fermé par des mains de pierre.

Ils ont leurs îles, échappatoires à la plèbe. Ils ont leurs chants faux, et leurs messes lassantes, une bible chiffrée.

Ils nous ont, et ils nous auront, nous les âmes avant la chair, nous les simples.
Ils vous laveront des pierres des économies en feu.

Les vains.

L’armée des cheveux blanc, des sages apocryphes, trappeurs de bras et de cerveaux. Cancrelats immiscés jusqu’à la culture qu’on vend au coin des universités.

Pauvre orgueil!
Regarde-toi dans la vanité de deux miroirs qui se regardent.

14 Décembre 2005

L’homme jetable

Voici un « viel » article d’Olivier Cabanel. Il date de 2011. En éducation, il faut répéter et répéter. Comme pour apprendre le piano.  Mais au cours des ans, depuis l’avènement de la vidéo, souvent, l’apprentissage c’est « voir » et avoir appris.

GP

Du bas nylon à l’imprimante d’ordinateur, on sait maintenant que les marchands du temple de la finance ont savamment programmé la durée de vie d’un objet.

Il s’agit de faire de nous d’éternels consommateurs.

Pourtant, des citoyens réagissent.

Cette société dite de consommation que des mauvais esprits qualifieront de gaspillage pourrait connaitre de mauvais jours dans les temps à venir.

Certains petits malins, à la recherche de produits durables, ont découvert des parades possibles afin de prolonger la vie de nos produits de consommation.

C’est ce que racontait le 15 février 2011 le film de Cosima Dannoritzer, « Prêt à jeter » sur ARTE. lien

Prenant l’exemple d’une imprimante d’ordinateur, ils ont découvert qu’une puce y avait été installée, afin de provoquer une panne à partir de 18 000 feuilles imprimées.

Le calcul est simple : il s’agit de pousser le consommateur à acheter une nouvelle imprimante, alors que la sienne marche très bien, et d’en faire un consommateur victime, aux ordres du marché.

De plus les arguments ne manquent pas : la réparation coutera une centaine d’euros, alors qu’une nouvelle imprimante plus performante n’en coute que 30. Pourquoi hésiter ?

Cette pratique à un nom : l’obsolescence programmée  : il s’agit de mettre au point des techniques pour réduire la durée de vie d’un produit, l’argument « choc » étant : s’il n’y a plus de consommation, il n’y a plus de croissance.

Un magasine écrivait déjà en 1928 : « Un produit qui ne s’use pas est une tragédie pour les affaires ».

Mais où est l’éthique quand on conçoit délibérément un produit pour qu’il tombe en panne au bout d’un certain temps ?

D’autant que l’obsolescence programmée contribue à l’épuisement des réserves, et remet en cause la politique de gestion des déchets. lien

Alors, refusant d’être considéré comme une vache à lait, un ingénieux informaticien, Marco Lopez, à la recherche de la puce fautive, et l’ayant détectée, l’a tout simplement enlevée, relançant la vie de son imprimante pour quelques années de plus.

L’obsolescence programmée s’est invitée dès 1938 lorsque  Wallace H. Carothers de chez Du Pont a mis au point le nylon, afin de remplacer la soie pour la fabrication des bas. lien

Ce fil synthétique était si résistant que les bas nylons produits à l’époque étaient quasiment inusables. lien

Les fabricants ont perçu ça comme un danger pour l’économie, et se sont empressés de fragiliser ce fil nylon, afin de permettre de vendre régulièrement des bas nylons.

Selon le professeur et chimiste, spécialiste de la chimie verte, Michael Braungart : « afin d’y arriver, ils ont modifié la texture du nylon en y mettant moins d’additifs, ou plus d’additifs du tout, en les rendant plus sensibles aux rayonnements ultra-violet du soleil ou à l’oxygène présent dans l’air  ». lien

La même mésaventure est arrivée à la lampe à incandescence.

Le 22 octobre 1879 Thomas Edison met au point la première ampoule qui va bruler pendant 40 heures. lien

Mais à Shelby, dans l’Ohio, en 1895 Adolphe Chaillet, met au point des lampes qui ont une vie quasi illimitée : il en reste au moins une, et elle se trouve à Livermore en Californie.  lien

Elle est suspendue au plafond de la caserne des pompiers et elle a une particularité : celle d’avoir brillé sans discontinuer depuis le 18 juin1901. lien

L’inventeur à malheureusement emmené son secret dans sa tombe.

Çà fait donc plus de 109 ans qu’elle éclaire le plafond de la caserne des pompiers sans la moindre défaillance, et pour son centenaire, 900 amis de la lampe sont venues fêter la vie  interminable de la courageuse petite ampoule, en lui chantant : « happy birthday to you ».

Il y a même un site web qui montre cette ampoule, filmée en continu par une caméra. lien

Hélas, en 1924, plusieurs hommes se sont réunis dans le plus grand des secrets, afin de créer un cartel appelé Phébus, (compagnie industrielle pour le développement de l’éclairage, à Genève) afin de contrôler la durée de vie des ampoules et de se partager « le gâteau ». lien

Le cartel de Phébus décida donc de promouvoir l’idée de limiter par des moyens techniques cette durée de vie à 1000 heures.

Si les fabricants n’obéissaient pas aux consignes du cartel, ils devaient payer des amendes.

Lorsque l’existence du cartel fut découverte, un procès fut lancé, lequel dura 11 ans et qui condamna le cartel à lever leur prescription sur la durée de vie des ampoules : c’était en 1954.

Mais ce jugement n’a jamais été appliqué, et les ampoules continuent à être programmées pour ne vivre que 1000 heures.

Dans les années suivantes des chercheurs ont mis au point des ampoules dont la durée de vie pouvait atteindre 100 000 heures, mais aucune d’elle n’est parvenue sur le marché.

Le même phénomène s’est produit en Allemagne de l’Est, ou avant la chute du mur, l’entreprise Narva avait mis au point une ampoule avec une durée de vie exceptionnelle.

A la chute du mur, l’entreprise a fermé, et aujourd’hui on ne trouve plus cette ampoule que dans un musée, ou chez des collectionneurs.

Que dire de ce fabricant de vélo qui faisait une entaille sur le pédalier afin qu’il casse plus facilement ? lien

Un autre exemple de cette stratégie est illustré par Ford, l’inventeur de la célèbre Ford T, laquelle était conçue pour durer, et être bon marché.

Ford la voulait aussi universelle et comme il le disait « tout le monde peut avoir une Ford T de couleur, à condition que ce soit le noir  ».

Il en vendra plus de 16 millions en 19 ans.

Pour battre Ford, Alfred P. Sloan patron de Général Motors, choisit alors une stratégie opposée : privilégiant la forme au fond, proposant des modèles de couleurs et de formes différentes, il va encourager le consommateur à changer de voiture tous les 3 ans et sera le premier à développer le concept de l’obsolescence planifiée. lien

Le consommateur a été séduit, les ventes de Ford se sont écroulées, et il n’a eu d’autres choix que  de reprendre à son compte la stratégie de Général Motors en proposant de nouveaux modèles Ford chaque année.

C’est aussi l’histoire du « Blue Jean » inventé en 1853 par Oscar Levi Strauss, fabriqué dans une toile de bâche quasi inusable, qui venait de Nîmes, et qu’il teintait en « bleu de Gênes » d’où son nom.

Hélas, ceux que l’on nous propose aujourd’hui ont une vie bien plus courte, et sont même parfois vendus avec des déchirures. lien

C’est la grande crise de 1929, qui a déclaré l’obsolescence obligatoire, allant jusqu’à menacer les commerçants d’amendes s’ils ne mettaient pas de dates limites de consommation à leurs produits, tout çà au nom de la relance de la croissance.

La société du gaspillage et de l’obsolescence programmée s’était généralisée.

Comme le dit Serge Latouche « il ne s’agit plus de croitre pour satisfaire les besoins, mais de croitre pour croitre (…) celui qui croit qu’une croissance infinie est compatible avec une planète finie est soit un fou, soit un économiste, le drame c’est qu’au fond, nous sommes tous des économistes maintenant »

Vouloir la croissance à tout prix, dans un monde qui a une limite est donc une folie : nous sommes lancés à grande vitesse sur l’autoroute du progrès et devant nous, il y a un mur, mais personne ne veut freiner. vidéo

La guerre entre le jetable et l’inusable est donc lancée. D’ailleurs on trouve sur le marché de nombreux produits quasi inusables, comme ce couteau, ces boules de lavage, ces outils, cette future batterie, ce moulinet de pêche ou cette clé USB fait d’un alliage métallique de zinc, aluminium, magnésium et cuivre quasi indestructible. lien

L’orichalque, cher aux Atlantes, et dont certains supposent qu’il s’agissait d’aluminium, n’était-il pas, d’après Platon, indestructible ? lien

Au moment où le travail se fait de plus en plus rare, et où 6 millions de Français gagnent moins de 750€ par mois, pourquoi ne pas se tourner résolument vers des produits durables, voire inusables ?

N’y a-t-il pas quelques chose de désuet dans ce qu’on appelle la mode, qui consiste à se débarrasser d’un vêtement en bon état, qui ne « se porte plus », pour l’unique raison qu’il n’est « plus à la mode » ?

Comment ne pas se réjouir d’avoir un véhicule qui ne connait pas le garage, à part une vidange de temps en temps, équipé de pneus inusables, et qui ne rouille pas ?

Comment nos compagnes ne se réjouiraient-elles pas de porter des collants, ou des bas, inusables ?

Comment ne pas souhaiter d’avoir des ampoules inépuisables pour éclairer nos vies ? Des imprimantes qui ne tombent jamais en panne ?

Quant aux fabricants, après tout, lorsqu’ils nous auront équipés de matériel robuste, ils auront rempli leurs caisses, et pourront profiter de jolies vacances.

Car comme dit mon vieil ami africain :

« L’eau du fleuve ne retourne jamais à sa source »

L’image illustrant l’article provient de « zazzle.fr »

OLIVIER CABANEL