Archives quotidiennes : 1-mars-2012

Les deux loups

« La deuxième paix est celle qui se crée entre deux individus,la troisième est celle qui unie deux nations. Mais au-dessus de tout cela il vous faut comprendre que la paix ne sera pas possible entre les nations tant qu’on ne sera pas convaincu que la véritable paix se trouve au coeur même de l’âme humaine. »

Black Elk (Chef Sioux)


DEUX LOUPS

Un soir, un vieux Cherokee parlait à son petit-fils du combat

qui a lieu à l’intérieur des gens. Il disait :

« Mon petit, il y a une lutte entre deux loups à l’intérieur de chacun de nous.
« L’un est le Mal – c’est la colère, l’envie, la jalousie, le chagrin, le regret,

la cupidité, l’arrogance, l’apitoiement, la culpabilité, l’amertume,

le sentiment d’infériorité, le mensonge, l’orgueil, la supériorité et l’égo.
« L’autre est le Bien – c’est la joie, la paix, l’amour, l’espoir, la sérénité, l’humilité,

la bonté, la bienveillance, l’empathie, la générosité, la vérité,

la compassion et la foi. »
Le petit-fils a réfléchi pendant quelques instants,

puis il a demandé à son grand-père :« Quel loup va gagner? »
Le vieux Cherokee a simplement répondu : « Celui que tu nourris. »

 

 

La paille des soleils

Nous sommes la broussaille sèche

Les moutons tondus par les cisailles des lois

Des savoirs guidés et coagulés

C’est l’ère de l’élevage universitaire

Et des gavages inutilitaires

 Des   prêtres s’affairent,  aux claviers des États

À ronger les ronfleurs précaires

Dieu est au  parlement

En toi je crois

En croix et en croix!

 

Peuples des fondues et des fourchettes

À genoux, dans  un évier, crevettes!

C’est l’ère où les prêtres chaudronnent  les missionnaires

Wall Street s’est natté un tapis de  boas

Le Diable est enfourné dans des gants blancs  

La langue fourchue, les  chiffres haletant :

« J’aurai vos terres, j’aurai vos âmes!

Dans la terreur et la peur »

 

Dans les marmites  des misères

Toutes les  guerres nécessaires

Dans les cages psychiques  à boulons, sans tisons

La création des gueux sans frissons

Nous voilà au monde des barbares raffinés

Slow jets privés, rasant l’Amazonie

L’Abitibi

La Vie, la Vie

Sirotant le pue noir des entrailles de la terre

Bienvenue en enfer!

Nous aimons tous les pays chauds

Les plages de sable

Et voilà  l’Homme léché!

Par la beauté des vagues

On vous invite aux bains

Pour vous noyer

Sans jamais vous avoir appris à nager…

Gaëtan Pelletier, 1er mars 2012


LE VIRUS

Picasso, couple

Picasso, couple

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Cela se passait en l’an de grâce 2458.

Hélène Rokopovich venait tout juste de divorcer pour la troisième fois. On ne la reprendrait plus.

Dans son beau condo, elle voyait à l’extérieur de magnifiques arbres en plastique qui donnaient plus d’air  que les “ vrais ”. C’était un paysage qui s’étendait à perte de vue. Mais quand elle sortait de sa tour de 180 étages, elle se noyait dans une foule qui allait hagarde, les yeux couverts de lunettes teintées.

Elle commanda donc un nouveau mari virtuel. Les modèles précédents ne lui avaient pas donné satisfaction. Elle prit bien soin cette fois de ne pas intégrer la fonction “ macho 1999 ”.

Elle attendit trois secondes. Dieu ! que c’était long. Elle flanqua alors la disquette dans son appareil pour “ décompresser ” les fichiers et donner forme au bonhomme qui apparaissait à l’écran de l’ordinateur.

Fébrile. Ah ! qu’elle était fébrile.

Un mâle d’une beauté inégalée apparut en quelques secondes. La silhouette floue, souriante, presque translucide se transforma en une masse bronzée, l’œil pétillant tout imprégné de tendresse.

En souriant, elle tendit la main derrière elle pour programmer avec la touche A,  le programme Amour.

Il y eut comme une gerbe d’étincelles et l’être se transforma en quelques secondes en une chose monstrueuse qui s’élança sur elle. Elle eut à peine le temps de se retourner pour voir sur l’écran le nom du virus informatique : “ The Upper Fly ”.

Gaëtan Pelletier

Circa 1996