Henriette et son chapelet de fourmis

Les jeunes  sont déjà les vieux de quelqu’un.
Jean Anouilh

La vieillesse est un décès par petits morceaux.

Albert Cohen

***

Au début du 20e siècle, raconte le gériatre Réjean Hébert, les journaux étaient pleins de savantes analyses sur le grand problème de l’heure : le rajeunissement de la population. Jamais l’économie ne pourrait s’adapter à ces hordes de jeunes qui envahiraient le marché du travail, s’inquiétaient certains. L’actualité

Comment savoir qu’on est vieux ou qu’on le devient

En vieillissant, il ne faut pas prendre le risque d’être « éliminé » par les regards des autres, les systèmes de santé et les usuriers mondiaux, les affolés  Soyez votre propre gérontologue. Distinguez les signes avant coureurs.

A)    Les membres des Hell’s Angels vous vouvoient. Les policiers aussi…

B)    Vous pouvez faire l’amour trois fois d’affilée, mais il vous faut trois dimanches

C)    Vous êtes vus au loin, mais vous ne voyez plus au loin

D)    Vos proches vous voient mais vous les entendez

E)     Vous êtes capable de déchiffrer la signature de votre médecin

F)     Vous détectez des rides sur la photo de votre permis de conduire

G)    Vous achetez un ordinateur pour jouer au tic tac toe

H)    Vous commencez à comprendre ce qu’est la beauté intérieure…

I)       Vous vous souvenez de votre premier amour mais pas du deuxième prénom de votre femme

J)       Vos assurances coûtent le double de la valeur de  votre auto

K)    Vous dormez bien sur une chaise mais vous souffrez d’insomnie dans un lit

L)     Vous considérez que la morue et un fin plat

Le futur ridographié

Nous sommes probablement la première « civilisation » depuis le début de cette dite « humanité » à se demander que faire avec les  « personne du troisième âge ». Ou du quatrième…  Dire que le vieillard a  déjà représenté – et représente encore dans certaines sociétés ou groupements- le savoir, la sagesse.

Ce n’est plus une bibliothèque qui s’en va, mais une bibliothèque qu’on incinère.

Le vieillard, avant qu’il le devienne, était celui qui bougeait vite, était actif… Il servait. Il avait aussi une âme qu’il cultivait à travers des valeurs, des petits bonheurs, une famille.

On dit des soldats qu’ils sont de la chair à canons… Ben! Voilà le vieux devenu une chair à banquiers.

La bibliothèque vivant est morte… On a wiki…

Un savoir séparé de son âme est-il un « savoir »?

Je sais, ma remarque sera liée aux religions…

Pas du tout.

Elle est inséparable et intime à l’ensemble de tout ce qui est vivant. L’erreur a été de tenter de le refaire mécaniquement sans se laisser aller à le comprendre. J’ai bien dite « se laisser aller à »…

Le vieillard est maintenant devenu la pancarte de la fin du monde. Il n’y a pas de « fin du monde », il n’y a que des catastrophes qui servent à bâtir autre chose. Les économistes ont plagié le « concept » en une simple expression : destruction créatrice.

Débarrassez-vous de votre cheval.

C’était le slogan de la première pub d’auto,  Circa 1897.

Les vieillards -dites personnes du troisième âge –  sont devenues des rouages inutiles d’une machine à « faire de l’argent ». Une fois que la nature ne leur fournit pas assez d’huile dans le genou et qu’ils se supportent d’une canne, il n’y pas de dépotoir, ni de pays pour recycler ce robot usé comme on le fait hypocritement avec les ordinateurs – et tous les gadgets hypnotisant à usure programmée – que l’on rejette  dans les pays-dépotoirs  pas encore émergeants. Là où les humains deviennent par obligation les charognards des carcasses électroniques  des pays riches. Façon de parler… La dette US étant de 14 mille milliards, ils finiront sans doute par manger leurs cartes de crédit…

Ou des hamburgers  Soleil Vert.

40%  de leur budget pour la guerre?

Si j’investissais 40% de mon salaire dans la protection de ma maison et dans la tentative de m’emparer de celle du voisin parce qu’il y a du gaz de schiste, je serais ruiné.

Tout de même ahurissant que les « institutions financières » sont celles qui vous donnent des conseils sur l’art de gérer vos économies … Celles responsables de la crise financière.

Ils s’inquiètent de votre endettement, mais pas de celui de votre pays.

On est tous le biscuit de l’autre : Soleil vert.

…la scène la plus célèbre, où E.G. Robinson, avant d’être euthanasié, se voit montrer, dans une sorte de dôme IMAX avant la lettre, des documentaires animaliers, des films sous-marins, des paysages naturels magnifiques, images banales mais qui, après deux heures de plans généraux d’un New York à aspect de bidonville, baignant dans un smog jaunâtre, agité d’émeutes dégagées au bulldozer, prennent une tonalité bouleversante : le spectateur comprend que tout cela n’existe plus, a été détruit par la pollution et l’empoisonnement planétaire qui en résulte. Soleil Vert.

La mort d’Henriette

Grand-maman Henriette est morte à la maison. Mes parents la gardaient. Elle est morte dans son lit à 16h48, en priant, comme toujours, juste avant le souper.

J’arrivais de l’Abitibi et en débarquant de l’auto, ma petite amie de l’époque courait vers moi en hurlant : « Ta grand-mère est morte ! ».

Quand je suis entré dans la maison, ma mère avait un teint cireux et elle tremblotait. Quelques minutes plus tard, le curé, en soutane noire, lui aussi avec un teint cireux, vint donner les derniers sacrements. Il tremblotait. Je le vis monter l’escalier, effrayé, pour redescendre après avoir accompli sa mission.

Henriette  était née en 1880. Elle avait traîné un chapelet toute sa vie. Un  chapelet de gros grains  noir qu’elle égrenait des ses doigts noueux.

GrGrGr…

Aujourd’hui, on égrène des études, des probabilités, on fait des courbes avec des ordinateurs.

Les vieux vont tuer la planète.

Les prêtres  de papiers ont peur. Plus on continue, plus la poltronnerie nous coagule.

On est devenue une société qui n’a qu’une journée, mais triste : Halloween.

Le corps est le masque…

On ne peut pas cultiver les moutons rien que pour leur peau.

Ils ont oubli que Henriette avait participé, comme la goutte dans l’océan, à bâtir ce pays, ces générations, en cultivant un jardin et en élevant 17 enfants.

Elle avait appris à mourir. Un peu craintivement… Probablement dans le doute. Pas celui d’une autre vie, celui d’avoir à transiger avec « Dieu » sa place dans l’invisible  :

Paradis, enfer, limbes.

Mais tout ce qu’on a sous les pieds, tout le savoir, toutes les institutions… Tout. Tout est le résultat patient des Henriette passés sur terre. En chacun de nous il y a une Henriette, un atome, un petit rien invisible. Une apparence de rien.

La solidité dépend de chaque partie pour la fabrication d’  mur : la paille, l’air, la pierre , la grenaille et l’abstraction ou concept mis en plan.

Le chapelet volant

De gros grains noirs… Comme le chapelet d’Henriette. Aux grains dispersés dans le ciel…

Quand je pense à Henriette, à ma mère, à tous ceux qui sont « partis »,  je me dis que personne ne s’est rendu compte qu’il n’y a rien de « petit » dans ce monde. Les petites gens sont les graines qui nourrissent de plus en plus les carnassiers.

Faut être benoit un peu pour l’ignorer et cultiver l’oublie de la chaîne de la vie.

Quand j’étais enfant, j’étais fasciné par les essaims  de fourmis volantes. Je ne comprenais rien au fait qu’elles rampaient, fabriquaient des nids, travaillaient, puis… Le mystère…Il  leurs poussaient des ailes, s’envolaient, elles, l’air perdues, elles si « organisées », parties en aventure du ciel, vers un nulle part.

Je voudrais bien voir un jour un paperassier, un concepteur de poubelles à pédale de cuisine, m’expliquer pourquoi elles  sont là, et  à quoi elles servent.

Sans doute ces fourmis étaient elles un moyen pour enseigner aux enfants qu’une fourmi seule ne fascine personne. En même temps, elles devaient représenter la nourriture intuitive pour un cerveau habile,  mais bien fermé du grand secret des existences.

Et qu’il est là le secret du chapelet…

Les grains se sont mis à voler…

Pourtant, pendant des siècles on s’est acharné à en  combiner les grains  pour qu’ils aient un sens, une structure, un quelque chose de « logique ».

À la dizaine… Comme les doigts de la main.

Mais plus ça va, plus personne ne fait le lien entre les fourmis volantes et les grains de chapelets.

C’est parce qu’on est vit comme des morts  en ayant peur de la Vie.

Quand les chiens ont trop d’os, ils les enterrent…

Dans des paradis fiscaux…

Publicités

Une réponse à “Henriette et son chapelet de fourmis

  1. Pingback: La prière des framboises | LA VIDURE

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s