Archives quotidiennes : 12-février-2012

Allons-nous quelque part?

Au moment où François Hollande et Barack Obama, dans des discours remarquables, font un effort admirable pour donner un sens à leur société respective, chez nous au Québec, quand on se demande où nous allons, la réponse la plus courte, c’est nulle part! Depuis plusieurs décennies, notre société fait du surplace. En éducation, en santé ou, plus récemment, au sujet des pratiques occultes dans le monde des affaires, toutes les réformes engagées sont en définitive peu concluantes. Malgré les promesses cycliques de nos mentors politiques, nous faisons du surplace. Actuellement, le cynisme mine tous les débats, car ce que les citoyens pardonnent le moins, ce sont les déceptions, les demi-vérités et les promesses à demi tenues.

Posons la question: comment en sommes-nous arrivés là? Les régimes parlementaires, autant à la Chambre des communes à Ottawa, à l’Assemblée nationale à Québec sont devenus trop souvent le lieu de mascarades derrière lesquelles l’intérêt politique partisan s’allie à l’intérêt privé.

Cette alliance qu’on nous annonçait prometteuse apparaît plutôt aujourd’hui comme un frein au développement social. Nous vivons dans un univers économique, social et politique qui «sous-traite le collectif» à des individus, pour reprendre l’expression d’Olivier Mongin. Nous sommes devenus une nation exclusivement préoccupée d’intérêts matériels, idéologiquement dépendante du capitalisme financier mondial, sans patriotisme défini. Cette idéologie a fini par s’imposer : nous sommes dans une civilisation centrée sur la performance économique, qui fait de la grande entreprise sa seule solution à l’avancement de la société, et donc de l’efficacité comptable sa seule sagesse. Cela, on s’en rend compte aujourd’hui, nous coûte beaucoup plus cher que prévu dans tous les domaines de l’activité humaine.

C’est aussi l’asservissement de nos gestionnaires d’État à ces modèles entrepreneuriaux de gouvernance qui, en définitive, appliquent les freins. C’est particulièrement vérifiable chez nous en santé et en éducation où les réformes se succèdent sans qu’on évalue vraiment ce qui a fait défaut dans l’application de la précédente. Ensuite, la centralisation des pouvoirs de gestion est telle que peu de véritables décisions sont prises par le gestionnaire au niveau des opérations sans s’assurer qu’elles plaisent au niveau politique, sans qu’elles ne soient soumises à la tyrannie des chiffres ou des bons sentiments. Dans cette culture organisationnelle où le gestionnaire est plongé, il apprend vite à se méfier de la sagesse, de la clairvoyance et du savoir tacite de l’expérience de ceux qui, sur le terrain, voudraient faire progresser les choses.

Est-il possible d’avancer? Sans doute, mais à deux conditions : premièrement, tant que nos dirigeants ne prendront pas à nouveau les dispositions pour réguler le capitalisme qui fonctionne non pas à la vertu mais à l’égoïsme, nous ne progresserons pas.

Deuxièmement, par delà les causes profondes de cet affaissement moral et éthique, il faut rappeler qu’il est de la responsabilité première des élus dans une démocratie, et de leurs chefs en particulier, de faire ce qu’ils disent… et de dire la vérité, sans filouteries ou manoeuvres cyniques auxquelles on nous a trop souvent habitués. Les convictions affichées de nos élus et les comportements conséquents qu’elles induisent doivent être exemplaires, rien de moins.

Dire ce qu’on veut faire est une chose, le faire en est une autre. Tout chef d’État ou de gouvernement en démocratie est confronté au dilemme suivant : imposer les conditions nécessaires (les interdictions et les sanctions) pour que la morale puisse exister et fleurir dans le gouvernement des hommes par-delà la stricte légalité, ou laisser à chacun, ou à chaque groupe d’intérêt, le soin d’appliquer les siennes. Que celles et ceux incapables de résoudre ce dilemme en faveur du seul bien public ne postulent point ou quittent les rangs.

Michel Héroux, Normand Chatigny, Denys Larose et Jean-Noël Tremblay

Québec