Archives quotidiennes : 9-février-2012

Les cinq plus grands regrets des gens avant de mourir

En s’occupant pendant plusieurs années de patients dans les dernières semaines de leur vie, une infirmière australienne a recueilli leurs derniers mots, voeux et souhaits, rapporte The Guardian.

Dans son livre The top five regrets of the dying (les cinq plus grand regrets des mourants) paru à la fin de l’été 2011, Bronnie Ware s’intéresse plus particulièrement à la «clarté de vision que les gens atteignent à la fin de leur vie, et à la façon dont nous pourrions apprendre de cette sagesse».

Elle explique que les réponses de ses patients sur leurs regrets ou des choses qu’ils auraient aimé faire de manière différente se recoupaient, sur «des thèmes communs qui revenaient constamment».

Voici les cinq plus grands regrets des patients dont elle s’est occupée:

1. «J’aurais aimé avoir le courage de vivre comme je voulais, et pas de vivre la vie qu’on attendait de moi»

C’est, d’après Bronnie Ware, le regret le plus partagé.

«Quand les gens se rendent compte que leur vie est presque terminée et qu’ils la regardent avec clarté, c’est facile de voir le nombre de rêves qu’ils avaient et qu’ils n’ont pas réalisé.»

2. «Je regrette d’avoir travaillé si dur»

Le regret des patients masculins de l’infirmière.

«Les femmes l’ont également dit, mais comme la plupart d’entre elles étaient d’une génération plus ancienne, la plupart de mes patientes n’avaient pas été celles qui soutenaient financièrement leur famille.»

3. «J’aurais voulu avoir le courage d’exprimer mes sentiments»

4. «Je regrette de n’être pas resté en contact avec mes amis»

Bronnie Ware assure que ses patients «ne se rendaient vraiment compte de l’avantage des amis de longue date que dans leurs dernières semaines, et il n’était pas toujours possible de les retrouver».

5. «J’aurais aimé m’autoriser à être plus heureux»

Un regret «étonnamment partagé», d’après l’infirmière.

«La plupart ne réalisait qu’à la fin que le bonheur était un choix.»

Ces regrets ne convainquent pas tout le monde. Bronnie Ware avait consacré un billet de blog à ce sujet en 2010. Peu de temps après, le blogueur Robin Hanson notait que «les gens sur leur lit de mort sont généralement loin de leur summum analytique –ils souffrent souvent énormément, et ont des idées plutôt confuses. Alors pourquoi est-ce qu’on apporterait une si grande attention à leurs commentaires?»

Pour lui, «nous donnons une signification irréaliste aux derniers mots d’une personne parce que nous sommes terrifiés par la mort, et que nous avons envie de montrer notre dévotion aux morts et aux mourants».

Un autre blogueur soulevait un deuxième argument à prendre en compte: les regrets des personnes âgées sont différentes des regrets des jeunes gens.

Source

Marc Lafontan, Au bout de la route 

Le racisme est la malédiction des peuples autochtones

Etienne Dubuis (Le Temps)

 

 

 

« Le racisme est la malédiction des peuples autochtones » Un grand nombre de minorités ethniques sont en péril. L’organisation Survival International tire la sonnette d’alarme. Interview de son directeur Stephen Corry

Certains bouleversements passent pratiquement inaperçus. Ainsi en va-t-il de l’appauvrissement culturel sans précédent que connaît l’humanité avec la disparition progressive des peuples autochtones. Le phénomène est majeur du fait qu’il métamorphose l’identité même de notre espèce, en la rendant sensiblement plus homogène qu’elle ne l’a été durant des millénaires. Et pourtant, il n’occupe qu’une très modeste place dans l’agenda politique et n’apparaît qu’exceptionnellement dans les médias. Directeur de Survival International, l’une des rares organisations à militer en faveur de ces populations, Stephen Corry dénonce dans un livre récemment paru, Tribal Peoples for tomorrow’s world*, le traitement qui leur est réservé.

Le Temps : Qu’est-ce qui distingue les peuples autochtones des nombreuses autres populations du monde ?

Stephen Corry : Les peuples autochtones ont pour caractéristiques d’occuper leurs terres depuis très longtemps, de posséder des coutumes distinctes des sociétés dominantes et de garder une haute conscience de leur différence. Ils possèdent une sorte de noyau dur, les peuples tribaux, qui ajoutent à ces singularités une existence autosuffisante.

– De combien de personnes parle-t-on ?

– Les peuples autochtones représentent quelque 370 millions de personnes de par le monde et les peuples tribaux en leur sein environ 150 millions.

– Quels problèmes rencontrent aujourd’hui ces populations ?

– Elles souffrent d’abord de la perte de leurs terres. Les sociétés dominantes considèrent à peu près partout qu’elles ont le droit d’empiéter comme elles l’entendent sur leur domaine.

– Comment expliquez-vous un tel sentiment ?

– Je l’attribue à la survivance d’une mentalité coloniale. Le darwinisme a convaincu pour longtemps beaucoup d’entre nous que certains peuples sont plus avancés que d’autres et qu’à ce titre ils possèdent naturellement davantage de droits. L’Australie a été colonisée dans l’idée qu’elle était inhabitée. Cela était faux, évidemment, puisqu’elle abritait de nombreux autochtones, les Aborigènes. Seulement, ces gens n’étaient pas considérés comme des hommes. Le vocabulaire s’est modifié depuis : certains propos de l’époque ne sont plus en usage. Mais le fond de la pensée n’a guère changé.

– Ces autochtones occupent en petits nombres de grands territoires. Ne peut-on pas leur reprocher de gaspiller l’espace à l’heure où l’humanité, en pleine expansion économique et démographique, se sent de plus en plus à l’étroit sur la Terre ?

– C’est là aussi un vieil argument du colonialisme. Mais il ne tient pas. Pris au sérieux, il autoriserait tout pays densément peuplé à envahir un pays qui le serait moins. A ce tarif-là, le sud de l’Angleterre aurait le droit de conquérir la France. Il s’agit de savoir si nous croyons dans les droits de l’homme ou pas. Si c’est le cas, nous devons les défendre dans tous les cas, y compris lorsqu’ils protègent les plus faibles et quand ils contrecarrent les plans des plus forts. D’ailleurs, ne travestissons pas la réalité ! La ruée actuelle sur les ressources, qui explique l’invasion de moult territoires autochtones, profite moins à l’humanité dans son ensemble qu’à la fraction dominante de la communauté internationale, à laquelle appartient notamment la classe moyenne occidentale.

– Quels problèmes les peuples autochtones rencontrent-ils outre la perte de leurs terres ?

– Ceux qui sont sortis de leur isolement pour se mêler à d’autres connaissent des problèmes aigus de pauvreté. Après s’être privés des moyens de vivre de manière autosuffisante, ils n’arrivent que rarement à intégrer la société dominante à cause du racisme dont ils sont l’objet. D’où, trop souvent, une forte mortalité infantile, une consommation abusive de drogues, une propension à la violence, un taux élevé de suicide, etc. Dans certaines réserves indiennes des Etats-Unis, l’espérance de vie est plus basse qu’au Bangladesh.

– Que revendiquent ces populations ?

– Elles revendiquent bien sûr leur terre. Une terre avec laquelle elles ont une relation plus intime que nous. Il n’y a là rien d’étrange ou de mystérieux. Il s’avère qu’elles connaissent bien les ressources naturelles de leur milieu et que, tant qu’elles les conservent, elles gardent une bonne chance de survie. Mais leur exigence fondamentale, c’est le respect. Si elles l’obtiennent, bien d’autres progrès devraient suivre.

– Beaucoup n’aspirent-ils pas à se fondre dans la civilisation moderne ?

– Un Indien d’un coin très reculé d’Amazonie sera content d’abandonner sa hache de pierre pour acquérir une machette en métal. De même que l’Ancien Monde a été ravi d’adopter les pommes de terre et le manioc des civilisations amérindiennes. Mais le même homme ne voudra sans doute pas devenir comme nous. Pas plus qu’un Suisse aspirerait à devenir un Français, un Français un Allemand et ainsi de suite. Les artistes aborigènes qui se sont enrichis en vendant leurs œuvres auraient pu facilement adopter un mode de vie occidental. Mais la plupart ont préféré rester dans leur communauté et utiliser l’argent à leur façon, qui n’est pas la manière occidentale.

– Ces peuples sont-ils condamnés à disparaître dans un avenir proche sous le rouleau compresseur de la globalisation ?

– Cela dépendra des circonstances. Si les sociétés dominantes respectent davantage les droits de l’homme, les peuples autochtones ont toutes les chances de survivre. Ils ne sont pas faibles de nature. Ils ont même plutôt surpris par leur robustesse. Combien d’observateurs n’ont-ils pas prédit il y a un siècle l’extinction des Bushmen dans les vingt ans ? Or, les Bushmen sont toujours là.

– Quels pays réservent le meilleur sort aux peuples autochtones ?

– L’Amérique latine a représenté la bonne surprise de ces dernières décennies. Elle n’a pas résolu tous les problèmes posés, loin de là, mais elle a donné des droits à ces minorités, qui ne peuvent plus être décimées comme autrefois, ou en tout cas pas sans risque de procès. L’Asie du Sud inquiète en revanche. Les populations papoues sont toujours traitées avec le même racisme en Indonésie et les populations tribales subissent de plus en plus d’exactions en Inde.

– Et les démocraties occidentales, comment traitent-elles leurs minorités ?

– Deux d’entre elles, le Danemark et le Canada, ont octroyé une très grande autonomie à leurs Inuits. Mais globalement elles ne font pas mieux que les autres Etats. Très peu d’entre elles ont soutenu, par exemple, les initiatives onusiennes en faveur des peuples autochtones. La vérité est que les gouvernements n’aiment pas ces populations parce qu’elles sont hors système : elles contestent leur autorité, elles ne paient pas d’impôt, elles ne participent pas à l’économie de marché et elles ne mettent pas leur force de travail à la disposition du pays.

– Pensez-vous que la confrontation entre les Etats et les peuples autochtones risque de se durcir ?

– Le mépris des peuples autochtones constitue un héritage du colonialisme et de l’esclavagisme. Il représente une bataille moderne de ces deux guerres anciennes. J’ai bon espoir qu’il va céder la place à davantage de respect grâce à la liberté dont disposent les défenseurs des droits de l’homme dans une bonne partie du monde. Mais il faut rester réaliste : ce combat ne sera jamais définitivement gagné.

Samedi 4 février 2012.

*« Tribal Peoples for tomorrow’s world », de Stephen Corry, Freeman Press, 2011.