Archives quotidiennes : 22-janvier-2012

La nourriture gadoue

Je marchais dans la forêt. Novembre. Là où les feuilles font leur cimetière et nous, un peu le nôtre.

Les feuilles des érables sur le sol, l’humidité, les pierres qui sourdent… Comme une tresse de tristesses…

Et pourtant!

Les saisons sont des humeurs. Mais les miennes sont influencées par les saisons. Et je me suis demandé pourquoi cette tristesse qui sourdait de ces amas,  avaient  pendant toute une vie, influencé mon esprit.

J’étais à construire un petit camp dans ce paysage où les feuilles meurent pour que vivent d’autres arbres.

En vissant chaque planche, en me déplaçant, en regardant le soleil qui se pointait de temps en temps,  j’entrevis dans ce mélange bien étrange, les gouttelettes qui perlaient aux arbres et les petits faisceaux dansant.

Me suis resté muet…

La journée de novembre avait un petit coup de chaleur… Lentement, tout en beauté… Comme pour en terminer lentement avec la nourriture que broyait la Vie : entre la lumière et les feuille, l’humidité qui me plaquait les genoux, tout cela n’était qu’un mouvement de changement.

Et la tristesse disparut.

La gadoue était belle. Comme si la Vie brassait de par sa gadoue une mixture qui allait donner vie, plus tard, à un coup de lumière : le printemps. Tout l’envers… L’autre cycle.

Chacun d’entre nous est également cette Vie, avec sa gadoue, son sable, le cafardeux pays de l’âme…

Mais nous avons nos clichés de beauté. Ces clichés sont des prises arrêtées.

Je me suis dit, alors, après un peu de café, agenouillé devant les arbrisseaux qui ne cessaient de dégouliner, que nous ne vivons pas seulement d’idées reçues, mais d’émotions reçues.

On ne choisit pas un pan de vie. On s’y intègre. Et la « compréhension » n’est pas cérébrale, mais dans le vécu d’une activité simple,  tellement oubliée…

Trop apprise.

Oui, trop apprise…

Nous vivons dans un monde de culture de métal, de bureaux, de rôles sociaux. Et de cette vie que trop souvent livresque, dénaturée, artificielle, nous nous enfermons dans un grillages d’idées.

Les idées ont un territoire bien limité.

Les émotions, elles, liées à l’intuition, n’en ont pas.

Dans un monde où il faut hurler pour être, le silence semble être devenu  un péché.

Nous avons peur du silence. Il est trop révélateur. Autant des peines que des joies, autant de notre « dermatisme », sans profondeur.

C’est alors que nous constatons que ce n’est pas l’Homme qui doit apprendre à la Vie, c’est la Vie qui doit nous apprendre.

Il faut alors avoir l’humilité de se taire suffisamment pour que le vrai langage apparaisse.

Ensuite, parler…

Mais les mots ne pourront jamais transcrire vraiment l’extase qui soudainement vous imprègne.

Et c’est la raison pour laquelle, chacun de nous doit s’abandonner un peu pour récolter et satisfaire la faim de toutes les faims.

Gaëtan Pelletier

10 novembre 2012

 Branche, Rouge, Arbre, Automne, Spiritualité Photo libre de droits

Tribus Nomades

Reportage photo sur les tribus de nomades touaregs du Sahara et du Sahel. Le photographe Monroe Yohey a passé plus de 9 mois avec eux…ça donne envie 🙂