Archives quotidiennes : 15-décembre-2011

Vénus Noire

La Femme noire a toujours été l’objet de l’Homme Blanc

Ce Vendredi 25 novembre, était célébrée la journée  Internationale contre les violences faites aux Femmes. S’il est vrai que de nombreuses femmes dans le monde  subissent les viols, les mutilations sexuelles, les mariages forcés, la prostitution,  les agressions au sein de leurs couples, au travail, dans l’espace public. Une violence  faite aux femmes est cependant souvent oubliée ; c’est ‘’la chosification de la femme ‘’.De nombreuses femmes sont considérées comme de simples objets sexuels destinés à satisfaire le plaisir et la curiosité des hommes.

Dans l’Histoire, la ‘’femme noire’’ a souvent été considérée comme  l’objet de  ‘’L’Homme Blanc’’.C’est le cas de Saartjie Baartman. Venue d’Afrique du Sud pour l’Europe en 1810. Pendant cinq ans, Saartjie Baartman (La vénus noire) a été exhibée  comme une bête curieuse dans les foires et les salons  d’Angleterre et de France où des milliers de badauds venaient voir le sexe, les seins et les fesses protubérants de celle qu’on appelait la vénus Hottentote. Elle se faisait tâter, violer et toucher avec des parapluies et autres objets pointus .Elle fut examinée par un zoologue (cuvier) à paris qui la rangea dans son Livre l’histoire naturelle des mammifères. Livre, censé regrouper des animaux vivants. A sa mort en 1916,  un des plus grands naturalistes français, disséqua son corps, Son cerveau et ses organes génitaux  furent conservés dans du formol.

Son corps fut moulé et  exposé pendant près de deux siècles au musée de l’Homme de Paris. Le seul péché de Saartjie Baartman fut celui d’avoir eu des formes généreuses comme toutes les belles femmes noires. En 1994, quelque temps après la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, les Khoïkhoï font appel à Nelson Mandela pour demander la restitution des restes de Saartjie afin de pouvoir lui offrir une sépulture et lui rendre sa dignité. Cette demande se heurte à un refus des autorités et du monde scientifique français au nom du patrimoine inaliénable de l’Etat et de la science. Ce n’est qu’en 2002, après le vote d’une loi spéciale, que la France restitua la dépouille à l’Afrique du Sud.

Avec la colonisation et la ruée vers l’Afrique, les noirs étaient considérés comme étant les spécimens d’une race inférieure. Le racisme avait gagné du terrain au point où de nombreuses personnalités célèbres Blanches ont du renoncer à leur amour pour les femmes noires. Ceci à Cause du regard de leurs contemporains et des idées racistes en Vogue. Séduit par la beauté de la femme noire, le célèbre poète français  Charles Baudelaire aura eu dans son existence plus que mouvementée plusieurs maîtresses noires, et parfois en plein cœur de Paris comme avec Jeanne Duval. Ils vécurent leur amour dans le secret car la famille de Baudelaire ne voulait pas  qu’il épouse une ‘’négrèsse’’. Ensorcelé par le charme, le raffinement et les formes généreuses de Jeanne, Baudelaire lui dédiera plusieurs poèmes dont  « La Malabaraise ». Extrait « Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche Est large à faire envie à la plus belle blanche… »

Jeanne représente pour Baudelaire « l’ignorance intacte, l’animalité pure »

A cause de ces mêmes idées racistes de l’Epoque, Victor Hugo et Théophile Gautier seront contraints de garder dans le plus grand secret leur amour pour la femme noire. Toutefois, leurs poèmes trahiront leurs pensées. Victor Hugo ira jusqu’à écrire ceci dans son recueil Les Orientales :
Dis, crains-tu les filles de Grèce ?
Les lys pâles de Damanhour ?
Ou l’œil ardent de la négresse
Qui comme une tigresse
Bondit rugissante d’amour ?
Et Théophile Gauthier à son tour lance ce qui suit, concernant la belle « exotique » :
Les femmes disent qu’elle est laide
Mais tous les hommes en sont fous :
Et l’archevêque de Tolède
Chante la messe à ses genoux…
Malgré la fin de la colonisation, certains grands Hommes ‘’blancs‘’ n’ont pas le courage d’assumer et de défendre leur amour pour la Femme noire ; à cause du regard de la société européenne qui paraît-il n’est pas prête à tolérer cela.

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VÉNUS NOIRE, LE FILM  

Avec Vénus noire, Abdellatif Kechiche propose un quatrième long métrage au propos d’une rare violence. Le film, qui met en vedette Yahima Torres, André Jacobs et Olivier Gourmet, prend l’affiche au Québec le 1er avril. En voici notre critique.

Yahima Torres dans Vénus noire.
© Métropole Films

Il y a des accents d’Elephant Man ou d’Amistad dans ce Vénus noire. Saartjie Baartman (Yahima Torres éblouissante), la Vénus hottentote du début du XIXe siècle, est exhibée comme un animal de foire, à Londres d’abord, puis à Paris ensuite. Une fois morte, elle sera moulée et découpée, son corps et les restes offerts en pâtures aux visiteurs du Musée de l’Homme pendant près de deux siècles.

Abdellatif Kechiche () n’a pas besoin d’artifices pour nous raconter les dernières années de la vie de cette femme intelligente au destin terrible. La réalité de l’époque – on peut d’ailleurs établir un parallèle avec la société actuelle – est suffisamment cruelle pour n’avoir pas besoin d’être rendue encore plus dure. «On peut dire que je suis allé très loin, et certains même me le reprochent» a souligné le cinéaste en entrevue lors de son passage à Montréal il y a quelques jours.

Le réalisateur précise néanmoins avoir «mis des limites, mais elle a subi beaucoup plus d’outrages que ce que je montre à l’écran.» Et ce qui est montré est parfois insoutenable, car la violence et l’horreur ne sont pas dans les images, mais dans le propos. «Je n’ai jamais vu de tête humaine plus semblable à celle des
singes» entend-on dès l’ouverture de Vénus noire. Et ces paroles sont prononcées par l’anatomiste Georges Cuvier dans l’amphithéâtre de l’Académie royale de médecine de Paris en 1817!

Yahima Torres, actrice cubaine découverte «par hasard» par Abdellatif Kechiche livre ici une prestation forte et bouleversante. Comment ne pas être touché, remué et profondément ému par Saartjie Baartman, femme au destin tragique? Elle demeure, tout au long des 159 minutes de la projection, un mystère. Digne, assurément. Libre serait-on également tenté de dire. Et c’est là toute l’ambigüité de ce personnage hors du commun: Jusqu’où a-t-elle été maîtresse de son sort? Acceptant, d’un côté, d’être présentée comme un animal, elle refusera, de l’autre, de montrer ses organes génitaux aux scientifiques de l’époque.

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