ZORRO LE POISSON ROUGE

Je craignais de ne pas faire très… normal… Où je ne sais, social? Mais j’avais envie d’une soupe… J’étais en appétit… Enfin, une sorte d’appétit que certains ne peuvent comprendre : la faim de comprendre…

J’ai commandé deux soupes pour le lunch

En avertissant bien la serveuse…que… bon… c’était mon choix. Même si… Bizarre…En apparence…. Que…Enfin! Deux soupes…

-C’est deux fois une…dit-elle.

– Mouais…

Bon pour la santé:  des nouilles, des légumes, des pâtes molles en alphabet, des oignons,  et un bouillon artificiel à base de poulet… et/ou ascorbate de sodium, soja, etc… Pas d’enveloppe, pas de renseignements…

Le bouillon?  Je ne sais pas comment on fait pour imiter un poulet. On chante le matin? Les poulets ont des plumes mais n’écrivent pas… Mais on m’a bien dit que ce n’était pas un vrai bouillon… Ça, je l’avais toujours soupçonné…Plus ça va, plus les bouillons sont des imitations…

J’avais garé la moto dans le l’immense parking du centre commercial.  Puis j’étais entré acheter des petites choses. Rien que pour acheter. C’est comme ça qu’on passe son temps quand on est civilisé et que les besoins primaires son assouvis.

En attendant mes soupes, je  suis allé à «L’animalerie» du centre commercial  et j’ai  acheté  un poisson rouge… On me l’a mis dans un sac.

J’avais l’air de traîner une planète avec un seul habitant…

Quand je suis revenu , la serveuse a pensé que j’étais végétarien… Un genre de greenpeacer échevelé… en dedans… Les neurones frisottées…

J’ai mis le poisson rouge dans la soupe. En fait, je revenais d’un cours de psychosociologie. Je me disais que je pouvais faire une expérience tout en mangeant. Que le poisson se nourrirait en même temps que moi. Je n’allais pas l’avaler… Peut-être des yeux…

Je me suis mis à le scruter. Ça m’a étonné tout se mélange. Surtout que j’avais vu à la télé  ces gens portant des masques. Pas moyen de voir si la chinoise était belle. La Terre était en train de devenir une planète de petits Zorro avec des seringues pour épée… Une épopépée… Je dis n’importe quoi. On a bien du travail, ces temps-ci, quand on veut tracer des zèdes sur tous les méchants. On risque de se tuer au travail…

Ça a l’air cinglé… Et puis ça doit l’être… Mais cette soupe, coulée dans un nid de poule de printemps, riche et généreuse, si diversifiée dans ses éléments, je la voyais comme la réplique d’un contexte social : tout était soudé par l’eau – une eau jaunâtre – mais les ingrédients étaient là.

Avant de manger- ou d’essayer de –  j’avais scrupuleusement  étudié le comportement du poisson.

Je pense qu’il y avait trop de sel dans la soupe… Au début il nageait vite, très vite… Mais il a ralenti : ses artères se sont, on dirait, bouchées…

Il a développé des ulcères, s’est mis à s’interroger sur son avenir et est tombé en amour avec une lettre de l’alphabet qui valsait  dans la soupe. Un Z, je pense… Parfois, on le confondait aux petits morceaux de piment rouge. Mais un piment rouge, ça n’a pas de queue… Ni tête… Et un poisson n’a que ça… Normal qu’il cherche quelque chose de différent…

Au début, on voyait qu’il se sentait comme un poisson dans l’eau.

Au bout d’une demi heure, il est devenu dépressif. Il m’a consulté. Je lui ai conseillé d’essayer de «vivre une vie normale»… Après tout, il était dans son élément… «Repose-toi!». «Va au cinéma»… «Fais du Yoga»… «Tu ne vas pas de mettre aux antidépresseurs  toi aussi?» … « Et tu vas te sentir coupable de ne pas assez nager? Ton rôle c’est de nager…»

Je sais qu’on ne parle pas aux soupes… Rien qu’à voir les yeux de ceux qui m’entouraient, je le voyais bien… Mais on a le droit de faire sa vie, non? Et comprendre c’est quoi? Eux, ils ne le voyaient pas le poisson rouge. Alors pourquoi me jugeaient-ils? Tous les incompris ont leur poisson rouge quelque part, dans leur tête.

Vraiment ça n’allait pas…  Je me suis dit qu’il avait  trop mangé et qu’il s’est empoisonné avec ses excréments, ou je ne sais… Mais il n’avait pas l’air bien… Un poisson rouge  qui fait de la haute pression, c’est rouge, vraiment rouge..

Quand  je suis revenu, le poisson s’était suicidé en se jetant hors de la soupe… Il gisait sur la nappe…  Une nappe blanche, un poisson rouge. On aurait dit une image du film Amélie Poulin…

La serveuse me regardait d’un air étrange. J’étais en train de souffler dans la gueule du poisson pour essayer de le ranimer. Je sais… Je n’avais pas l’air «normal»… Mais on m’avait appris qu’il fallait tout faire pour sauver des vies. Surtout avec le moratoire sur la pêche à  la morue à l’entrée du Saint-Laurent… Plus de pêche, pas de stock… Plus de travail… La vie c’est encore plus compliqué qu’une soupe…

Il ne bougeait plus. J’en ai fait mon deuil.

Les deux soupes étaient encore là.  J’ai soupiré.

Dès le début je savais ce que voulait mon poisson rouge pour sa….fin.. : se  faire incinérer.

Je suis allé chercher de l’essence à fondue sur une table et je l’air arrosé copieusement. Puis j’ai sorti mon briquet… Zut! Tout le monde s’est levé en hurlant : on pensait que j’allais fumer. Ben non! J’ai mis le feu au corps du poisson. Ils se sont rassis, soulagé, comme un pain qui sort du four.

Avant de partir, j’ai donné dix dollars de pourboire  à la serveuse…

J’ai vu qu’elle s’était demandé comment quelqu’un qui n’avait pas mangé sa soupe l’avait autant appréciée… J’ai aussi vu qu’elle avait peur que je meure de faim… L’autre soupe, un peu refroidie, reposait sur la table.

C’est tout simplement qu’elle n’avait pas deviné  quelle nourriture je cherchais…

Pourtant, je suis sorti le ventre plein…

Mais en sortant, le serveur m’a regardé avec des yeux de poisson pourri. Un serveur qui n’est même pas branché à l’internet…

En fait, il a fait une crise cardiaque devant moi… Pas beau à voir…

J’ai passé mon tour pour la respiration artificielle : je ne porte jamais de masque… Surtout qu’il se nommait Roger. Je me méfie de quelqu’un qui s’appelle Roger. Une phobie! Je n’y peux rien…

Tous les ingrédients de la soupe se sont mis à leur cellulaire. Le 911 a été tellement surchargé que les secours sont arrivés trop tard : j’étais dans le parking, sur ma moto, louchant le ciel bleu, me disant que le poisson était là dans on élément. Un poisson, ça ne fait pas de mal à personne… Alors ça doit aller au ciel…

J’ai décidé, après cette aventure, que je m’arrangerais pour nager dans une soupe pas trop compliquée. Au ciel, avec les poissons, je me suis dit qu’on nageait avec des ailes et qu’on volait avec des ouïes…

Ici, on rampe…

Avec des masques en plus…

4 réponses à “ZORRO LE POISSON ROUGE

  1. Pauvre ZORRO ! Vous lui avez faite la VIDURE jusqu’à sa mort.

    Hi! Hi!

  2. Bonjour Pierre,
    C’était dans le temps où j’avais le temps d’écrire pour m’amuser… 🙂
    Je vais me rattraper un jour…
    Bonne journée!

  3. Ben alors j’appelle la SPA ! torturateur d’animaux !

    xptdr

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