Archives quotidiennes : 25-novembre-2011

Aujourd’hui, c’est le bal des assassins!

 

Serge CHARBONNEAU

Le bal des assassins. Ce pourrait être un titre magnifique pour un roman Cependant, c’est ce qui va se dérouler ce matin, jeudi le 24 novembre 2011 à 9h30 sur la fameuse colline parlementaire à Ottawa.

En effet, une cérémonie sans précédent pour décorer des assassins. Assassin… Vous croyez peut-être que le terme est exagéré ? Si vous étudiez plus à fond la réalité de cette guerre sale qui a eu lieu en Libye, vous conviendrez rapidement que le terme est tout à fait adéquat.

On dirait que nous vivons en plein roman. Comme une sorte de fiction à la George Orwell (1984). Radio-Canada tout comme leurs acolytes des « grands » médias, joue le rôle du ministère de la Vérité. On nous forge une réalité mensongère avec tellement de virtuosité et de constance que nous en sommes tous obnubilés.

Aussi, l’utilisation de la novlangue est courante. Les mots ont perdu leur signification, ils sont désormais utilisés pour discourir sur leur contraire. On parle ainsi de démocratie alors que celle-ci disparait de plus en plus.

Vous rendez-vous compte que l’on parle de démocratie en Libye ? Tout de même incroyable ! Une « démocratie » (SIC) mise en place en assassinant 50 à 100 000 personnes.

Ce matin, le Canada du psychotique Stephen Harper, parade pour célébrer les 600 bombes qu’ils ont « illégalement » (voir la résolution 1973 de l’ONU) jetées sur la population libyenne faisant des dizaines de milliers de victimes :

« Une bavure de l’Otan aurait fait 85 morts » http://www.alterinfo.net/notes/Libye-une-bavure-de-l-Otan-au…

« Michel collon – Libye Sarkozy combien as-tu tué d’enfants… » http://www.dailymotion.com/video/xjwgjy_michel-collon-libye-…

« Les crimes de l’OTAN en Libye – Zliten 08-08-2011 » http://www.youtube.com/watch?v=u-RNGSpYutU

Je crois que nous devons de toutes nos forces nous efforcer de rester Humains et refuser cette fausse réalité qui nous est offerte avec insistance à travers les grands médias.

Il faut refuser cette novlangue :
La guerre ne sera jamais « humanitaire ».
Les armes ne seront jamais « démocratiques ».

La démocratie c’est de respecter les aspirations des milliers de personnes dans les rues. L’humanité ce n’est pas sauver les banques et « rassurer » les investisseurs pour maintenir en « santé » la bourse, mais plutôt donner à boire et à manger à ceux qui ont soif et qui ont faim afin de maintenir en santé des Êtres Humains.

L’Humanitaire ce n’est pas investir dans des avions de guerre qui servent à semer la mort et la haine.

Il faut nous efforcer de voir la réalité des choses.
Il faut fermer nos écrans et nos radios trop utilisés par ce nouveau ministère de la Vérité.

Il faut demander à voir le résultat de la Libye.
Il faut demander à voir le résultat des milliers de bombes que nos armées ont déversé en assassinant les gens.

Il faut aussi refuser ces caricatures qu’on nous fait de ces dirigeants que l’on souhaite assassiner. Sûrement que ces dirigeants (Les Kadhafi, Assad, Chávez, Mugabe, Zuma, Poutine, etc.) ont leurs défauts, mais personne ne mérite le sort qu’on a fait au président libyen ainsi qu’aux membres de sa famille.

Il faut nous efforcer de nous informer véritablement.
Il faut lire les médias alternatifs.
Il faut voir l’autre côté du miroir, l’autre côté de la médaille.

Personnellement,
La guerre me tue.
L’inhumanité m’abat.
L’hypocrisie m’insulte.

L’atrocité humaine, l’assassinat comme une « normalité » me vident.

Il y a eu un terrible massacre en Libye. Ce Pays théoriquement souverain (la souveraineté est de plus en plus « théorique »), ce Pays qu’on appelait la Suisse de l’Afrique, a été saccagé, détruit, anéanti et livré à des malfrats qui assassinent, pillent et violent.

Aujourd’hui, « notre » (SIC) Canada fête ce dégât et décore des assassins.

Nos médias de masse occidentaux, de Radio-Canada jusqu’à AFP, nous ont fait subir un fulgurant lavage de cerveau afin de nous faire accepter ces atrocités inacceptables.

On nous fait avaler ce matin cette cérémonie honteuse pour embellir les rivières de sang que nos armées (avec nos impôts) ont faites en Libye.

Le monde est à la dérive.

Les guerres et les massacres sont devenus des « faits divers ».

Il faut maintenir notre cerveau en fonction et il faut réévaluer nos valeurs qui sont dissoutes par des conditionnements médiatiques efficaces.

Le massacre libyen a eu lieu. Ces horribles morts doivent nous servir d’enseignement. C’est le minimum humain que nous devons à ces gens qui ont été sauvagement assassinés. Nous devons en tirer des leçons pour qu’au moins ces atrocités aient pu servir à quelque chose.

Nous avons le « luxe » du recul. Je vous invite à relire ce qui était prévisible et qui a eu lieu :

Applaudissons le massacre à venir ! Après avoir été magnifiquement conditionné : Une autre guerre juste. http://www.legrandsoir.info/Apres-avoir-ete-magnifiquement-c…

Le 4 mars dernier, je mettais en garde contre un massacre immonde.

Je disais : « Une autre guerre, mes amis, comme si le Moyen-Orient ne suffisait pas. Comme si la Côte d’Ivoire ne suffisait pas. La guerre toujours la guerre ! Ceux qui parlent de Paix paraissent être des personnes fourbes et mal intentionnées… »

Je disais : « Voilà le scénario plus que possible : En premier, l’armée d’invasion US va probablement bombarder la télé et radio libyenne. Ce qui a été fait (pas en premier, mais au début) Les communications en temps de guerre sont toujours les premiers objectifs à contrôler.

En second ce sera les centres de décisions. L’édifice où a été reçu Raymond St-Pierre va probablement être bombardé ainsi que tout autre édifice servant au gouvernement. Ce qui fut fait alors là totalement.

On tentera de localiser Mouammar Kadhafi ainsi que les membres de sa famille pour les éliminer avec des missiles chirurgicaux. Ce qui fut fait alors là totalement. Ensuite pour venir à bout de la population on effectuera un carnage à Tripoli. Un carnage qui a eu lieu.

Je disais : « Combien de morts dans ce petit pays ? Cent, deux cent, cinq cent mille ? Qui sait ? En tout cas, il y en aura des centaines de milliers, c’est assuré. » Oui, on parle entre 30 et 100 000 personnes décédées. Des milliers d’autres atrocement blessées, et ce, pour la vie.

Aujourd’hui, le même scénario, la même recette, la même méthode est employée pour vous faire accepter et même vouloir un autre carnage, celui de la Syrie.

Je vous invite à lire cet autre texte qui s’applique encore totalement à la situation présente :

S’efforcer de distinguer la « rumeur » et les faits véritables et vérifiables.
La Libye : Est-ce la révolution comme partout ailleurs ? http://www.legrandsoir.info/La-Libye-Est-ce-la-revolution-co…

Depuis quelque temps, je n’écris plus. Je me dis : « À quoi bon ! » Tous ces mots pour empêcher l’atrocité, l’injustice et les massacres… Des mots qui furent « inutiles » (?). Le massacre a eu lieu et même aujourd’hui on le célèbre à grand faste ! Des mots « inutiles » !!?! En voici d’autres qui ne furent que peine perdue :

Lettre ouverte à la SRC et surtout à ses journalistes
La guerre « humanitaire » de Libye
http://www.legrandsoir.info/La-guerre-humanitaire-de-Libye.h…

Oui, L’indignation, l’imploration… Rien n’a fonctionné, on a tué !

Et même pire, on a tué « avec le sourire » aujourd’hui on donne même des décorations.

On a fait applaudir le bon peuple.

Ce n’est pas sa faute… Comment peut-on être contre le bien qui tue le mal ?

Il suffit de bien faire entrer dans les cervelles la définition utile du fameux bien et du très « – utile – » « mal ». Il suffit de faire haïr un « méchant » et on peut ensuite l’assassiner sous les caméras et nos cerveaux endormis, insensibilisés trouveront le geste « normal », le geste « nécessaire ».

Sommes-nous encore Humains ??? Une remarque que je faisais à un animateur de Radio : « Sommes-nous encore humains ou sommes-nous devenus des caricatures déshumanisés ? »

( Je n’avais pas prévu de publier ce texte. Il avait tout simplement été envoyé aux journalistes et mondialisation.ca a eu la bonne idée de le publier : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=27… )

Pour rester Humain, je vous invite à bien lire le document de Bernard Desgagné :

Bombardements humanitaires en Libye
Les crimes de guerre de Charles Bouchard
Premier article d’une série de trois
http://www.vigile.net/Les-crimes-de-guerre-de-Charles

Monsieur Desgagné a pu conserver son énergie afin de poursuivre par l’arme des mots cette lutte constante contre l’inhumanité qui gouverne le monde.

Les mots, voilà ce qui reste de Mouammar Kadhafi, celui pour qui il est interdit de simplement lui accorder les mérites qui lui reviennent.

Son testament : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=27…

Serge Charbonneau
Québec

P.S. : Kadhafi : Le lynchage d’un homme n’a ému ni Micheline Calmy-Rey ni Hillary Clinton http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=27…

Libye : « J’ai tout perdu. Ma femme. Mes enfants. Mon pays » http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=27…

Ils se battent comme des soldats, ils meurent comme des enfants

Dans plus de trente conflits mondiaux, les gouvernements comme les acteurs non gouvernementaux ont recours aux enfants soldats : ils exigent une technologie limitée et des frais de subsistance minimes, font montre d’une polyvalence inégalée dans les combats de faible intensité et sont parfois capables d’une barbarie étonnante. L’homme a créé l’ultime arme, bon marché, renouvelable et pourtant raffinée, au prix de l’avenir de l’humanité : ses enfants. Roméo Dallaire y a été confronté lors du génocide de 1994 au Rwanda. Sa mission : abolir cette abominable pratique et éliminer la pensée même d’impliquer les enfants dans les guerres.

Ils se battent comme des soldats, ils meurent comme des enfants est un plaidoyer qui vise à protéger l’imagination et la saine croissance des enfants du monde entier. L’auteur prêche par l’exemple en puisant dans sa propre expérience pour aider ses semblables à mieux saisir la réalité des enfants soldats. Sans prétendre être l’égal de son modèle, il s’inspire du Petit Prince, oeuvre impérissable d’Antoine de Saint-Exupéry, pour illustrer dans quelques chapitres de fiction toute l’horreur des enfants soldats.

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Nous publions un extrait du dernier livre du sénateur Roméo Dallaire, Ils se battent comme des soldats, ils meurent comme des enfants (Libre Expression, 404 pages).

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Imaginez-vous à flanc de colline, dans la tourmente et la confusion de la guerre, imaginez, derrière vous, une marée d’innocents que votre devoir, votre honneur, vos ordres et votre éthique vous commandent de protéger. Votre arme à la main, vous êtes prêts à attaquer. Du sommet de la colline, droit devant vous, émerge un groupe de soldats rebelles en maraude, armés de carabines et de machettes. Vous soulevez votre arme et vous braquez le viseur grossissant sur le chef.

Avec stupeur, vous vous rendez compte que le soldat n’est ni un homme ni un professionnel, et que, du point de vue de l’âge, de la force, de la formation et de la compréhension, il n’est pas votre égal. C’est un enfant, habillé des vestiges en lambeaux d’un uniforme militaire, suivi par des dizaines d’autres enfants.

Devant ce spectacle, vous vous revoyez soudain à l’âge de dix ans, en train de jouer à la guerre dans les bois. Pendant une fraction de seconde, vous vous transportez dans le monde de l’enfance, avec son imagination, ses merveilles, son potentiel. Et, au cours de cette fraction de seconde, vous devez décider de votre sort, mais aussi du sort des villageois placés sous votre protection et de celui des enfants qui foncent vers vous. Ce garçon qui brandit son arme, devez-vous le traiter comme un soldat ou comme un enfant? […]

Dilemme éthique

J’ai été soldat. Casque bleu. Général. Il y a des années, je me suis trouvé au milieu des cadavres d’un massacre humain qui n’avait d’égal que les plus horribles inventions de Dante. Dans ma psyché, grâce à un recours constant à la psychothérapie et aux médicaments, les odeurs, les visions et les terribles cris d’agonie du Rwanda ne forment plus qu’un rugissement sourd.

Mais aucune intervention comparable ne m’a affranchi du dilemme éthique auquel j’ai trop souvent été confronté pendant la catastrophique période d’inhumanité qu’a connue le Rwanda. […] Le rebelle sur la colline était-il un soldat ou un enfant? Agissait-il de son plein gré? Était-il contraint ou endoctriné? L’enfant qui braque une arme sur votre poitrine est-il encore un enfant? Dans les yeux grands ouverts et brillants de ces enfants-soldats, on lisait la souffrance, l’angoisse, la peur et la haine. Qu’avaient-ils donc vu, ces enfants? Quelles séquelles leurs âmes avaient-elles subies? […]

L’existence même des enfants-soldats peut vous paraître inimaginable. Lorsque j’en ai rencontré pour la première fois, j’ai moi aussi été sidéré qu’on puisse abuser de l’enfance de façon si éhontée. Et pourtant, la réalité de nombreux chefs de bande et de rebelles, voire de certains gouvernements nationaux, c’est que l’enfant-soldat est le système d’armes le plus complet de tout l’arsenal des machines de guerre. Dans plus de trente ans de conflits sur la planète, les enfants-soldats, qui n’exigent qu’une technologie limitée et des frais de subsistance minimes, possèdent une polyvalence inégalée dans toutes les facettes des combats de faible intensité et se montrent volontiers capables de barbarie; ils sont l’arme de choix des gouvernements comme des acteurs non gouvernementaux. L’homme a ainsi créé l’arme humaine suprême, bon marché, facilement remplaçable et pourtant raffinée, au prix de l’avenir de l’humanité: ses enfants. […]

Les enfants sont vulnérables et faciles à attraper, un peu comme des menés dans un lac, en particulier là où les familles sont détruites par la famine, les épidémies, le sida, les factions en guerre. Ils forment une armée anonyme et renouvelable à volonté. […]

Des mutants?

Les enfants servent de combattants, d’appâts dans les embuscades et de chair à canon. Ils sont légers et faciles à transporter, mais leur poids est suffisant pour provoquer l’explosion des mines antipersonnel. Les adultes peuvent donc passer en toute sécurité dans leur sillage.

À l’heure actuelle, il y a sur terre des enfants privés de jeunesse, de mondes imaginaires, de joie, d’amour, de chaleur humaine. Ce ne sont pas vraiment des enfants, sinon au sens biologique du terme. Mais, bien sûr, ce sont quand même des enfants, non? Les conflits, la pauvreté abjecte et l’abandon auraient-ils fait d’eux des mutants, ni enfants ni adultes? Une catégorie d’êtres à part ne correspondant à aucune définition de ce que, au fil de milliers d’années de civilisation, on a appelé l’«enfance»?

De quoi l’humanité a-t-elle donc accouché? Qu’avons-nous permis par notre inaction? Dans des contrées pas si lointaines subsistent des centaines de milliers d’êtres humains qui ont la forme d’enfants, mais qu’on a dépossédés de l’esprit, de l’innocence, de l’essence même de l’enfance.

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Roméo A. Dallaire – Sénateur