Archives quotidiennes : 16-novembre-2011

Confession d’un accroc : ma dépendance à l’honnêteté

Gaëtan Pelletier

Non, je ne suis pas parfait. Du moins pas encore… Après des années de traitements, il m’arrive de temps en temps  de parler à des gens qui sont mal vêtus , de donner 2$ à un pauvre type sur le trottoir et d’avoir des conversations intéressantes avec des vieux.   Ou d’avoir un  peu d’empathie pour un politicien.

Autrement dit, je passe mon temps à rechuter.

Naître dépendant, élevé dans la dépendance  

Je suis né pauvre et ai été élevé dans la pauvreté. Mon père avait un hobby : il ramenait toujours à la maison des loqueteux, des mendiants, des pauvres d’esprit, et quelques génies qui votaient pour Duplessis. Quant à ma mère, elle accueillait des dames plus ou moins louches, qui couchaient avec des voisins aussi louches. Bref, ils se louchaient entre eux. Mais elle leur pardonnait. Pas de chapelet. Juste une constatation de la faiblesse humaine et sans doute une compréhension toute naturelle de cette pauvre créature de Dieu.

Mon père avait un don pour débusquer les personnages étranges du petit  coin de pays où nous habitions. Ses fréquentations étaient douteuses : des pauvres,  quelques amérindiens qu’il admirait, des clochards. La liste est longue.  Et  ce salaud de père, en plus,  avait refusé d’aller à la guerre en 1940. Il cessa de manger. Il se présenta à l’examen en si mauvaise mine, qu’on lui mit un costume pour lui faire plaisir, on le photographia et on le renvoya à la maison.

Il arriva armé d’une bouteille de gin.

***

Pour ajouter à cette dépendance, on m’envoya à l’école. Manque de pot, les enseignantes étaient des religieuses. Au diable la laïcité! : Il  y avait des croix aux quatre murs,  des images du pape et  de Saint François d’Assise, ce défroqué de la richesse, drogué à la bonté, amoureux jusqu’à nourrir des oiseaux et qui se s’habillait de  vêtements gris, USAGÉS.

Un vrai  cancre!

 Toute sa vie, il fait la promotion de la solidarité aux pauvres, aux démunis, aux marginalisés. Il dénonce les injustices et s’oppose à toute appropriation. C’est dans la prière qu’il trouve toute sa force pour aimer et pour aider les autres. Un jour, il réalise que toute la Création forme une grande famille, une sorte de fraternité universelle. Il invite tous les humains à l’amour mutuel et au respect de notre mère la Terre, notre soeur la Lune, notre frère le Soleil… Franciscains.org

Notre frère le Soleil… ( ???)  Il a dû fumer la moquette du divan de  Marc Lafontan   qui en a placé un en tête de son  site.

Divan substitut trouvé au bor de la route.

La dérive vers la décadence

Les sœurs de la congrégation Notre-Dame ciselèrent mon accoutumance à la bonté.

Mais tout n’était pas perdu. Vers l’âge de 12 ans, enfant de chœur, je mis le feu au champ du voisin à l’aide d’un ami.  futur policier. J’arrivai à la pratique de la messe les cheveux brûlés avec une sœur qui m’ouvrit la porte, l’air ahurie, en apercevant des traces de diable dans ma chevelure charbonneuse.

Beurk!

Trop bonne, elle me laissa entrer.

J’allais à la messe souvent le matin, et au mois de mai je ne manquais jamais la cérémonie de 7heures, en hommage à Marie. Jusque là, j’avais les yeux vers le ciel, sans doute assez naïf pour croire que la sainteté est un métier. Et sans syndicat…

Saint François, la sœur supérieure, Marie, Jésus… J’étais mal parti.

La noirceur au bout du tunnel  

Heureusement, à part mon ami devenu policier, je fis les connaissances de gens qui s’y connaissaient en normalité. Pendant l’adolescence, je devins menteur, voleur, et je me livrai à la bagarre.  Avec une fiche de 0-008-23, c’est en buvant une bière volée que j’appris  à faire un bilan.

Comme un groupe sanguin : 0 négatif.

Je délaissai la bagarre pour cause d’absentéisme.

J’avais choisi le jogging  pourtant inexistant à l’époque…

De la théorie à la pratique

C’est dans le monde du travail que je finis par comprendre et tenter de mimer ceux qui réussissaient dans la vie. C’était pour la plupart du temps des « salauds propres », des kapos qui faisaient leur travail d’après une religion où la cravate avait remplacé la capuche des sœurs, les images accrochées aux murs étaient celles des pays pauvres et des pays riches.

Saint François d’Assise pouvait garder sa position assise : il me fallait relever la tête et avoir les couilles pour traverser la vie. Comme dans le christianisme, il fallait suivre des règles précises, des commandements – surtout – et obéir. On peut parler à un dieu mais pas à un supérieur hiérarchique.

J’ai suivi les commandements, pour un salaire, j’ai usé mes genoux, tentant d’y croire, et j’ai tenté de me faire de me modeler à ceux qui étaient heureux et confiant de participer à la réussite d’un monde.

J’ai même acheté une voiture neuve. Elle était neuve le jour où je l’ai achetée, mais le lendemain elle avait perdu au moins 20% de sa valeur.

J’en ai félicité le vendeur.

Et il m’a pris en photo pour que j’aie l’air fier.

J’ai – je dois l’avouer – pleuré. J’aurais tant aimé être un vendeur de voitures ou de plans de pensions : il y avait tellement d’avenir dans le domaine où il n’y a pas d’avenir.

La décadence durable

Il n’y a pas un matin que je me lève sans remercier le soleil. Mes cravates dorment dans la penderie, jaunies par le temps, et souvent – j’ai honte de le dire- je ne déjeune pas comme il est indiqué dans le guide alimentaire.

Je n’arrive pas à travailler d’arrache-pied pour mon pays. Je dors sur ma chaise, je me livre à des prières que j’ai crées.

J’ai tenté de m’intéresser à la bourse, mais les chiffres  me laissent froid. Je suis devenu athée. Athée de la religion de l’avoir, de l’argent, des veaux d’or.

Il ne me reste plus qu’à créer un confessionnal électronique point comme… Là où les déchets, comme moi, n’arrivent pas à distinguer un taliban d’un américain.

Et je cherche toujours une  solution pour me sortir de ma dépendance.

Alors, je suis allé consulter.

Le conseiller m’a offert de retourner à l’école, maintenant dirigée par des administrateurs,  et de participer à un théâtre de marionnettes, et d’utiliser un nouveau mantra : La main invisible de Smith.

Celle qui a permis aux Grecs de réduire leur dette de 50%.