Archives quotidiennes : 11-novembre-2011

Lettre aux actionnaires de la minière Osisko – Notre quotidien, cet enfer

Le Regroupement des citoyens du quartier sud de Malartic, vous connaissez? Non? Vous devriez pourtant, car nous sommes intimement liés aux activités quotidiennes d’exploitation de la mégafosse à ciel ouvert, 24 heures par jour, sept jours par semaine à Malartic, en Abitibi. En fait, vous l’aurez compris, Osisko est notre voisin immédiat, et de surcroît un riche voisin corporatif coté en Bourse.

Laissez-nous, s’il vous plaît, vous raconter brièvement notre histoire. Entre août 2009 et août 2010, alors que la compagnie Osisko érigeait le mur de quinze mètres qui allait séparer la ville de sa future fosse, nos résidences se trouvant à proximité de ce mur et de la fosse, notre qualité de vie a totalement basculé. S’il est vrai que l’exploitation de la mégafosse rapporte des dividendes fort intéressants qui vous permettent peut-être de bénéficier d’un certain paradis financier et peut-être fiscal quant aux gains rapportés, il est également vrai d’affirmer que de l’autre côté du mur, c’est l’enfer, du moins en ce qui concerne notre qualité de vie. En fait, notre vie est devenue un véritable enfer.

Une entente avec Osisko

Un regroupement de citoyens de notre secteur s’est formé en août 2010, que l’on a nommé le Regroupement des citoyens du quartier sud de Malartic (RCQSM). Nos objectifs étaient simples et légitimes, soit: obtenir du soutien juridique, aux frais de la compagnie Osisko, afin de connaître nos droits quant à ce que nous vivions et pour négocier, avec chacun d’entre nous, la vente de notre maison à Osisko. Pour chacun d’entre nous, il était devenu évident qu’il fallait quitter ce secteur de la ville. Qui voudrait acheter nos maisons, et à quel prix?

Après plus de huit mois de batailles, appuyé par un comité bénévole, en l’occurrence le Comité de vigilance de Malartic, notre regroupement signait le 2 mars 2011 une entente avec Osisko dans laquelle celle-ci accordait cinq heures de soutien juridique à chacun des membres de notre regroupement, soit pour 39 dossiers. Nous pensions qu’Osisko confirmait ainsi la promotion de deux valeurs importantes: le respect et l’équité. Respect et équité en cherchant un équilibre entre l’économie, l’environnement et les aspects sociaux et humains.

Depuis, Osisko a acheté la maison de 30 membres de notre regroupement, mais n’a jamais donné suite à une demande de négociation pour les neuf propriétaires restants. Nous voyons défiler dans les médias les nombreux prix d’excellence récoltés par la compagnie, dont particulièrement celui décerné par l’Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ) soulignant le HAUT DEGRÉ DE RESPONSABILITÉ ENVIRONNEMENTALE ET SOCIALE. Permettez-nous de ne pas comprendre et de ne pas reconnaître tant de mérite et de prix!

Surtout, ne pas sursauter…

Pour nous, c’est le bruit élevé continu, la poussière 24 heures sur 24, des sautages quotidiens exposant de toute évidence nos résidences à une certaine fragilisation à court et moyen terme. Au quotidien, portes et fenêtres fermées en tout temps, oublions la corde à linge, le lavage continuel de l’auto, des meubles patio, des fenêtres extérieures et même des murs de nos maisons. Après deux ans, nous n’avons encore aucune idée de la nature de cette poussière que nous respirons.

En prime et cadeau, en avril 2011, après la signature de notre entente, nous avons eu droit à une augmentation du nombre de décibels admissibles par décret ministériel. Le tout, avec l’accompagnement de l’ancien ministre des Ressources naturelles et de la Faune, et actuel député de notre circonscription (Pierre Corbeil). Nous pensions l’avoir élu pour l’intérêt de tous. Lorsque les vents sont en direction de nos résidences ou que la pression atmosphérique présente certaines conditions favorables, nous subissons les bruits de l’exploitation de la fosse à tel point que de l’intérieur de nos maisons nous entendons tous les bruits de l’exploitation. Nous nous exerçons à ne pas sursauter lorsqu’il y a un sautage. Pour terminer, est-il nécessaire de vous faire la description des conséquences de tous ces dommages subis, sur notre sommeil, notre santé physique et mentale?

Questions embarrassantes

Nous avons mené une dure bataille afin que la compagnie commence les négociations. La réponse s’est d’abord fait attendre, puis silencieuse et ambiguë, pour recevoir par écrit récemment un non catégorique. Endurez votre sort! Pendant ce temps, la compagnie est occupée à saupoudrer des millions de dollars afin de soigner son blason de bon citoyen corporatif. Ainsi, elle subventionne une équipe de hockey en position financière fragile, commandite l’équipe nationale de ski, investit de façon massive et intensive dans les médias nationaux et régionaux en s’attribuant le mérite d’être une compagnie de la nouvelle génération. Laquelle, au fait?

À notre avis, les dirigeants de la compagnie Osisko, à la lumière de ces informations, devraient répondre à des questions fort embarrassantes de la part d’actionnaires éthiquement responsables devant qui ils sont redevables. Comment concilier la crédibilité de la belle image projetée par Osisko, soi-disant société modèle, avec ce que des citoyens de Malartic vivent? Pour nous qui sommes ignorés, insultés et méprisés quant au respect de nos droits, il nous semble qu’éthiquement, ces placements ne respectent pas les standards acceptables et ne sont nullement responsables.

Notre qualité de vie

Nous avons décidé de poursuivre la bataille afin d’obtenir gain de cause pour un droit que nous considérons comme fondamental et légitime: notre qualité de vie. Investisseurs de la compagnie Osisko aujourd’hui, nous faisons appel à votre conscience et à vos valeurs. Il nous semble totalement inacceptable qu’une compagnie comme Osisko ayant une valeur boursière de 5,4 milliards ne veuille pas régler avec neuf citoyens-propriétaires et six locataires. Nous revendiquons le droit de retrouver la qualité de vie au quotidien que nous avions avant l’arrivée de la compagnie. Nous sommes majoritairement de Malartic depuis plus de 40, 50 et même depuis plus de 65 ans. Certains d’entre nous ont plus de 80 ans.

Nous n’avons pas d’argent pour engager des lobbyistes pour vous rejoindre, ni des milliers de dollars pour acheter de la publicité. Nous sommes de conditions modestes et n’avons que nos crayons pour vous écrire et notre parole pour vous parler. Enfin, nous vous remercions d’avoir pris le temps de nous lire. Pour nous, il nous semble important d’informer les actionnaires ette situation invivable. Quand la compagnie Osisko vous dira qu’elle crée des centaines d’emplois bien rémunérés et que c’est bon pour l’économie de tout le Québec, s’il vous plaît, pensez à nous! Est-il acceptable de tolérer que cela se passe ici au Québec en 2011 quand une solution respectueuse, rapide et fort peu coûteuse existe?

Nous, ce n’est pas Trou Story, mais True Story!

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Mario Gagnon, Alain Lahaie et Carl-Hugues Leblanc, regroupement des citoyens du quartier sud de Malartic

 

 

La cabane au fond du ciel

C’est un beau soir pour s’aimer
Le vent a l’odeur de ta chair en mai
Je m’en vais de temps en temps
Fermer les yeux comme amant
Tout est un
Tout est deux
Comme les parfums
Ces  habits d’auras, sans vœux
C’est un beau soir pour ne pas parler
Faire de la cuisine des silences,  nos repas
C’est un soir à céder aux lueurs de l’au-delà
Les étoiles allument  la chair et la couvre d’un châle  
C’est tout un
Tout un deux!
J’achèterais, au coin des rues, sur Ebay
Tes doigts tricotés mitaine, nid de laine
Assez grands pour s’y lover, s’y loger
Un appartement sur une toile naine
Gaëtan Pelletier
10 novembre 2006