L’humour dans « sa » couleur

À mon avis, l’humoriste/conteur Boucar Diouf est en réalité originaire d’une race galactique beaucoup plus intelligente et évoluée que la race humaine. C’est une blague…
En fait, ce que j’apprécie le plus de son humour, c’est l’absence de mépris.
Quelle sagesse!
Je lui rends hommage.

Photo Le Soleil, Patrice Laroche

«Mon grand-père disait : S’intégrer à une nouvelle culture, c’est comme lire un livre plusieurs fois. La première lecture, généralement, c’est pour se familiariser avec les personnages. À la deuxième lecture, on s’intéresse davantage à l’histoire. Mais à la troisième lecture, si on est capable de raconter l’histoire avec passion, c’est qu’elle est devenue aussi la nôtre, et les personnages, des membres de notre propre famille.» ~ Boucar Diouf, Fête Nationale 2009  

Et j’ajouterais que s’intégrer à la race humaine exige le même effort…

Site officiel récent : http://www.boucar-diouf.com/

Notes biographiques provenant de son premier site; sa démarche artistique nous invite à créer … dans notre propre couleur!  
http://www.boucardiouf.com/presentation.html#demarche

D’Hiver Cité

Par sa structure, ce spectacle reflète mon identité actuelle. En effet, treize ans passés dans le Bas- du-Fleuve au Québec ont fait de moi un baobab recomposé. Entre mes racines africaines et mon feuillage québécois, se dresse mon tronc sénégalais. Je suis un hybride identitaire et D’Hiver cité est une fusion complète entrel’Afrique et le Québec.

Quand j’ai commencé à écrire ce spectacle, je me suis fixé trois objectifs.
1. Il fallait que ce soit très drôle.
2. Il fallait que mon humour fasse réfléchir.
3. Il fallait que le spectateur voyage d’une émotion à l’autre.

Je vous recommande de lire ma démarche artistique pour plus de détails. Par son savoureux mélange d’humour, de contes humoristiques, de proverbes et de chansons africaines, ce spectacle est donc un voyage entre la banquise et la savane. Si vous voulez rire aux larmes et écouter toute la poésie et les enseignements de la sagesse africaine, D’Hiver Cité est à découvrir.

Ma démarche artistique

J’habite l’Est-du-Québec depuis 1991*. Je suis né et j’ai grandi dans un petit village au centre du Sénégal. Dans ma région natale, les rôles sociaux sont prédéfinis pour chaque composante ethnique de la population. N’est pas artiste de la scène qui se sent habité par le besoin de créer. L’univers des arts est presque exclusivement réservé aux individus issus des castes : les griots, les forgerons et les sculpteurs. Tout petit, je sentais déjà en moi le besoin de jouer de la musique, de raconter des histoires et de faire rire les autres. Cette sensation était tellement forte que, parfois, je ne pouvais m’empêcher de faire des escapades dans le monde des castes, ce que mon père n’appréciait pas vraiment. Je me suis alors consacré corps et âme aux études qui faisaient davantage la fierté de ma famille. Il a fallu que je termine un doctorat en océanographie pour découvrir que le métier de chercheur n’était pas vraiment ma véritable vocation, que je voulais m’exprimer plus que par la science. Aujourd’hui, plongé dans l’humour, le conte et la musique, je me suis retrouvé, même s’il a fallu pour cela choisir la précarité du métier d’artiste à la carrière de chercheur. De toute façon, même si je voulais continuer dans la recherche, il est parfois difficile pour un Africain de prétendre, au Québec, être un spécialiste du « frette ». Pourtant, comme je le souligne dans mon spectacle, j’ai fait ma thèse de doctorat sur les adaptations au froid chez l’éperlan.

Je ne me suis jamais demandé pourquoi j’avais besoin de créer. Je crée pour nourrir cette flamme intérieure qui m’a toujours habité et qui déstabilise parfois mon homéostasie. Je crée aussi pour semer et l’humour m’apparaît comme un champ fertile, c’est un moyen de communication adéquat pour mettre en évidence les interactions et les conflits entre les groupes ethniques, pour faire tomber les masques et bousculer les représentations. L’humour doit terrasser des réalités, proposer de nouvelles façons de voir les choses et servir de centre de cristallisation et de point d’ancrage à l’émergence d’une nouvelle identité. En tant que Québécois d’origine ethnique, la nouvelle identité à laquelle je ne cesse de rêver est celle qui outrepasse les seules limites de la race, de la religion et du territoire. Je rêve d’un monde de tolérance et de confiance inébranlable en la diversité créatrice. L’humour est également une des manifestions et un des lieux d’élaboration de la culture d’un peuple. Or, à l’heure où les flux migratoires tendent à homogénéiser la population mondiale, on ne peut pas parler de culture sans parler de différences et de rencontres culturelles. L’hybridation de genres humoristiques venus de différentes contrées me semble être un bon outil de rapprochement interculturel. Cette hybridation est très populaire dans le monde musical. Ma collection de disques compte des albums où se mélangent tam-tam et cornemuse, cithare et violon, musique classique et percussions latines. Dans l’univers humoristique québécois, ces productions hybrides sont encore marginales.

Ma démarche artistique s’apparente à celle d’un griot africain. En effet, pour ces artistes de père en fils, il n’y a pas de frontières entre l’humour, le conte et la musique quand vient le moment « d’appeler les émotions » et de les voir s’incarner. Tel un héritage génétique, cette habitude de mélanger les genres est restée profondément enfouie dans mes cellules. Le métissage engendre des hybrides qui sont reconnus en biologie comme étant souvent plus vigoureux que leurs parents de race pure. Voilà pourquoi je raconte des histoires africaines avec des expressions québécoises et pourquoi je mélange le monologue, le conte, le proverbe et la chanson. Mon spectacle qui s’intitule D’Hiver Cité aurait bien pu s’appeler L’Africassée.

Rimouski se trouve sur les rives de l’estuaire maritime du Saint-Laurent où les eaux saumâtres provenant de l’estuaire moyen se mélangent avec les eaux salées qui arrivent du golfe. Or, tout scientifique de la mer sait que la richesse et la grande productivité des milieux estuariens sont principalement causées par ce métissage. Comme océanographe et artiste, c’est cet écosystème particulier que j’essaie de promouvoir avec mon spectacle. Il faut rire de nos différences pour les apprivoiser et les dépasser.

* Boucar Diouf habite présentement à Longueuil, en Montérégie.  

Un exemple de sa plume:  

Boucar Diouf, océanographe, conteur et humoriste
Source : Cyberpresse, 6 novembre 2008 

Au Québec, les hommes naissent bleus et les femmes roses. Toutefois, si on met ensemble plein de bleus et de roses, on dit que c’est noir de monde. Et s’ils sont bleus en venant au monde, les hommes peuvent virer au rose à l’âge adulte, avant de retrouver vitement leur couleur de naissance grâce au Viagra. Plus ça change, donc, et plus c’est pareil. Vous vous demandez sans doute où je m’en vais avec cet aparté sur les couleurs. En vérité, la campagne électorale américaine m’a amené à me demander sérieusement si les humains n’ont pas parfois une vision biaisée des couleurs. Depuis que la campagne a commencé, la planète au complet s’accorde pour dire que la course pour la Maison-Blanche est un duel entre McCain le Blanc et Obama le Noir. Or, comme biologiste et papa d’un garçon métis, je ne me sens pas l’aise avec cette façon d’affirmer, sans aucune nuance, qu’Obama est un Noir.

Le métissage engendre ce que les généticiens appellent des hybrides. Des individus qui s’enrichissent d’un mélange des caractères distinctifs de leurs deux parents. De ce fait, qualifier un Métis comme lui de négro, c’est admettre scientifiquement que les caractères noirs sont dominants sur leurs équivalents blancs. Ce qui n’est pas du tout le cas.

Une couleur intermédiaire

Le métis a une couleur intermédiaire justement parce les allèles régissant la couleur de peau sont codominants. Ce qui signifie grosso modo «de force égale». Comment peut-on donc décider qu’un individu qui contient 50% de blanc et 50 % de noir est un black sans tomber dans une certaine forme de discrimination? Il ne faut pas oublier que cette répartition est guidée par de vieilles pratiques ségrégationnistes qui autrefois mettaient tous les Américains ayant 25% et plus de caractères négroïdes chez les blacks. Il me semble qu’il serait plus juste de voir Obama comme ce pont entre Noirs et Blancs dont les Américains ont tant besoin.

Mon propre fils est métis et je ne veux pas qu’on lui mette dans la tête qu’il est juste un Noir. Cela reviendrait à lui légitimer qu’il ne devrait pas se sentir concerné s’il entend un jour quelqu’un insulter la race de sa mère. Celle qui l’a porté dans son ventre et qui lui a donné beaucoup plus que son père. Je veux qu’il soit heureux et fier d’être à la fois Blanc et Noir. Qu’il refuse, comme le fait si bien Obama, d’écouter tous les gens qui voudront absolument le mettre dans un extrême.

Pourquoi craint-on le métissage?

Récemment, le fils d’un de mes cousins qui a eu un enfant avec une Blanche me disait ceci : «Quand je suis en Europe, on me considère comme un Noir. Au Sénégal, on me traite de Blanc. Pas de place pour la neutralité!» Ses propos ont donné lieu à quelques observations. En Afrique, des femmes appliquent sur leur peau un produit chimique qui la blanchit presque complètement. Elles risquent ainsi leur vie, le khésal étant cancérigène. À l’inverse, les Occidentales fréquentent les salons de bronzage pour assombrir la leur. Serait-ce, ici comme là-bas, que la gent féminine recherche le teint d’une mulâtresse?

Pourtant le mot mulâtre – qui désigne les êtres issus de l’union d’un Blanc et d’une Noire, ou inversement – dérive de mulata («mule», en français), terme peu élogieux employé à l’origine par les esclavagistes portugais et espagnols du XVIIe siècle. Ce qui m’amène à poser la question suivante: pourquoi craint-on à ce point la diversité génétique et, donc, le métissage? Pourquoi cette obsession de la pureté de la race, qui nous a valu tant d’atrocités et qui gangrène encore la société américaine? Pourquoi ne dit-on pas tout simplement que Barack Obama est un mélange? Et qu’en tant que tel, il est mieux placé pour comprendre ce cosmopolitisme qui fait la richesse et en même tant le calvaire de société américaine.

La différence de couleur entre Obama et Boucar est aussi importante que celle entre Obama et un Blanc. Alors, si quelqu’un décide qu’Obama est Noir, il faudra qu’il trouve une autre race où loger tous les négros comme moi dont seul le sourire est visible à la tombée de la nuit. 

~ Boucar Diouf

Source: Mestengo, Situation planétaire


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