Archives quotidiennes : 25-avril-2011

Nicole et moi…

La vie est compliquée…

De plus en plus compliquée. C’est pas drôle d’avoir une seule tête pour embrasser tous les problèmes de la planète.

Toutes les institutions financières veulent vous vendre de l’avenir. Pour l’avenir, on dirait qu’il rétrécit à mesure qu’avance l’Histoire. Avant, on avait des avenirs de 50 ans. Maintenant on en a de 5 ans.

Tout va vite.

Vous pensez que les guerres tuent des gens? Oui, il y a des cadavres partout… Mais ce qu’on tue, avant tout, c’est notre quotidien.

C’est pour ça que j’aimais les romans de  Simenon.  On y parlait du quotidien, des petites choses de la vie, des petites gens.

« À la gare de Poitiers, où elle avait changé de train, elle n’avait pas pu résister. (…) Il faisait vraiment chaud. On était en août et l’express qui l’avait amenée de Paris était bondé de gens qui partaient en vacances. Furtivement, fouillant son sac pour y chercher de la monnaie, elle avait balbutié :
— Servez-m’en un autre. »

— Extrait de Tante Jeanne

Alors, je me suis dit que le plus grand crime contre l’humanité est celui du quotidien des petites gens.

Ils essaient tout simplement de régler leurs petits tracas.

Nous voilà à vouloir régler les grands tracas du monde.

Et qu’est-ce qui reste des grandes analyses? À quoi nous nourrissons-nous? Aux cadavres de la télé et des petites vidéos de You Tube?

Alors, on est des oiseaux noirs qui attendent qu’une souris se fasse écraser pour l’avaler un peu pourrie.

Carnassiers des neurones.

C’est le fleuron tampon de la « science ».

Mais l’art?

Il y a les trous du cul épinglés, le nez plus haut qu’un nimbus, qui vous chantent les théories de l’art.

Mais l’art n’est pas pour les théories. C’est pourquoi Simenon écrivait avec un crayon à mine – son roman en 13 jours – en plongeant les autres en lui et lui en les autres.

Le plus grand malheur, en vieillissant, est de tuer l’enfant en nous.

C’est sans doute pourquoi on aime revisiter son enfance.  C’est la madeleine de Proust de tout le monde. Non pas le temps retrouvé, mais l’éternité.

Née à Sully,  Pohénégamook en 1945,  Nicole Tardif dessine depuis toujours.  Autodidacte,  elle se perfectionnera plus tard dans les années 1980.   Elle privilégie le mouvement, les formes, la couleur et les personnages en s’inspirant de son vécu ou simplement de son quotidien, de son entourage et surtout des gens qu’elle côtoie pour réaliser ses oeuvres.  Elle favorise l’huile, l’aquarelle, l’acrylique et la sculpture.   Au cours des années, Nicole Tardif fait plusieurs expositions et reçoit des prix pour sa créativité et son originalité en développant sa propre technique.  Aujourd’hui, elle donne de la formation en atelier privé.   Ses oeuvres se trouvent auprès de collectionneurs privés. Nicole

On est tous deux nés là. Voisins, ou presque. Cousin, cousine.  On jouait ensemble à « papa » et à « maman » dans une maisonnette de bois fabriquée par son père. Et quand arrivait la récolte du potager de sa mère, on allait croquer des petits légumes frais, le ciel tout chaut et tout bleu.

Puis elle a grandi.

Elle ne s’en souvient peut-être pas, mais moi, oui. Elle m’a appris à embrasser.

Elle avait déjà les lèvres aquarelles…

Elle me parlait des garçons.

Nous avons été séparés pendant au moins trente ans.

Comme dans les romans de Simenon, elle a fait sa vie, s’est marié, a eu des amours et en a encore.

Mais à travers tout ça, l’art.

Qu’est-ce que l’art apporte à  la Vie? Les « grands » attendent toujours qu’elle apporte quelque chose à l’Humanité.

Mais j’aime l’art bien simple qui apporte quelque chose à soi. C’est déjà apporter quelque chose à l’Humanité.

C’est le luxe des luxes. Pendant qu’on tue avec de grands projets « mondiaux ».

Sculpter, écrire, peindre… Voire tricoter.

L’art est de ne rien attendre de grand. C’est attendre tout simplement qu’en créant la grandeur s’installe en nous.

Il y a une grave erreur dans la conception de l’art : on ne juge pas l’art, c’est l’art qui nous juge. Mais toujours de façon subtile que nous ne le « comprenons » pas toujours.

Peut-être recherche-t-il la beauté qu’on s’acharne tellement à tuer en nous?

L’art, c’est un peu Dieu : la poule et  l’œuf. Le mystère….

 

 

Rapport du Sénat sur le krach de Wall Street : La criminalisation de la classe dirigeante américaine

par Barry Grey

Mercredi dernier, le sous-comité permanent sur les enquêtes du Sénat américain a rendu public un volumineux rapport sur le krach de Wall Street de 2008 qui documente combien la fraude et la criminalité sont répandues au sein de tout le système financier et de ses relations avec le gouvernement.

Le rapport de 650 pages est le résultat d’une enquête qui s’est déroulée sur deux ans et qui comprend 150 entrevues et dépositions ainsi que l’examen de courriels et documents internes de grandes banques, d’organismes de réglementation gouvernementaux et d’agences de notation. Le rapport, intitulé « Wall Street et la crise financière : Analyse d’un effondrement financier », établit que le krach financier et la récession qui a suivi étaient le résultat de fraude et d’escroquerie systémiques de la part des prêteurs hypothécaires et des banques, de connivence avec les sociétés de notation et avec la complicité du gouvernement et de ses organismes de réglementation des banques.

Le World Socialist Web Site analysera en détail le contenu de cet important document dans les prochains jours. Sa portée fondamentale est cependant déjà claire. D’après le résumé du rapport, « L’enquête a découvert que la crise n’était pas un désastre naturel, mais le résultat de produits financiers complexe, à haut risque; de conflits d’intérêts maintenus secrets; et du fait que les organismes de contrôle, les agences de notation et le marché lui-même n’aient pas freiné les débordements de Wall Street. »

Lors d’une conférence de presse mercredi, et dans d’autres entrevues par la suite, le sénateur Carl Levin (démocrate du Michigan), président du sous-comité, a été encore plus explicite. « En se basant sur des courriels, des notes de service et d’autres documents internes », a-t-il dit, « ce rapport montre les dessous d’un assaut économique qui a fait perdre à des millions d’Américains leur emploi et leur maison, et qui a ruiné des investisseurs, des entreprises et des marchés de qualité. Des prêts à haut risque, le manque de supervision, des notations financières gonflées et des firmes de Wall Street impliquées dans d’immenses conflits d’intérêts ont contaminé le système financier des États-Unis avec des hypothèques toxiques et ont miné la confiance du public dans les marchés américains. »

« En utilisant les mots mêmes que l’on trouve dans les documents que le sous-comité avaient exigés pour son enquête, le rapport montre comment des sociétés financières ont délibérément profité de leurs clients et investisseurs, comment des agences de notation ont donné la cote AAA à de titres à haut risque, et comment les organismes de contrôle n’ont rien fait plutôt que de mettre un frein aux pratiques risquées et douteuses partout autour d’eux. Des conflits d’intérêts endémiques sont au coeur de cette sordide histoire. »

Levin a ensuite ajouté que l’enquête avait trouvé « un désordre financier où régnaient la cupidité, les conflits d’intérêts et les méfaits ». Il a dit au New York Times : « Hors de tout doute, ces institutions ont trompé leurs clients et trompé le public, et les organismes de contrôle et les agences de notation,qui étaient en situation de conflit d’intérêts, en sont complices. »

Le rapport est divisé en quatre sections, chacune se concentrant sur un élément particulier du réseau de fraude et d’abus : les prêteurs hypothécaires, les organismes de contrôle, les agences de notation et les banques d’investissement de Wall Street. La première section traite du cas typique de Washington Mutual (WaMu) en détaillant les pratiques prédatrices et trompeuses d’octroi de prêts, de comptabilité et de communication de l’information financière qui ont mené, suite à l’implosion du marché hypothécaire des subprimes, à l’effondrement de la banque et la reprise par JPMorgan Chase en septembre 2008.

La seconde section étudie le rôle corrompu de l’organe fédéral de l’Office of Thrift Supervision (OTS), qui a supervisé trois des plus grands échecs financiers de l’histoire des États-Unis : Washington Mutual, IndyMac et Countrywide Financial. Le rapport affirme que, « sur une période de cinq ans, de 2004 à 2008, OTS a souligné plus de 500 faiblesses importantes chez WaMu, mais n’a rien fait pour forcer la banque à améliorer ses pratiques d’octroi de prêts et a même entravé la supervision de la banque par un autre organisme de contrôle, la FDIC ».

La troisième section documente le système par lequel les agences de notation Moody’s et Standard & Poor’s ont attribué des cotes de crédit supérieures aux obligations adossées à des actifs (CDO) et à d’autres titres complexes liés à des subprimes et à d’autres prêts hypothécaires toxiques, ce qui permet aux banques de faire des milliards de dollars en faisant passer ces valeurs mobilières pourries pour des placements de catégorie supérieure. En retour, les agences de notation ont engrangé des bénéfices énormes pour leurs services.

Comme le rapport l’indique : « Les agences de notation ont été payées par les entreprises de Wall Street qui ont demandé leur cotation et ont profité des produits financiers cotés… Les agences de notation ont assoupli leurs normes alors que chacune faisait compétition pour fournir la cote la plus favorable pour gagner une plus grande part des entreprises et du marché. Le résultat a été une course vers le bas ».

La dernière section examine la fraude et la tromperie perpétrées par les grandes banques d’investissement qui ont profité d’abord de l’inflation du marché immobilier américain, puis de son implosion ensuite. Elle prend comme exemples Goldman Sachs et la Deutsche Bank. Goldman a commencé à miser fortement en 2007 que le marché immobilier s’effondrerait, vendant sous différentes formes des obligations adossées à des actifs liées à des prêts hypothécaires à haut risque même si elle pariait secrètement que la valeur de ces mêmes titres allait être en chute libre.

Le rapport cite des courriels par le plus gros opérateur mondial de CDO de la Deutsche Bank, Gregg Lippman, qualifiant les titres hypothécaires à risque mis sur le marché par la banque de « merde » et de « goinfres », et les opérations de la banque de « machine à CDO », qu’il désigne comme une « chaîne de Ponzi ».

Le document souligne le rôle central des grandes banques de Wall Street qui ont répandu la fraude, en déclarant: « Les banques d’investissement ont été la force motrice derrière les produits de financement structurés qui ont fourni un flux régulier de financement aux bailleurs de fonds se développant en des prêts à haut risque et de mauvaise qualité et qui augmentaient le risque dans tout le système financier américain. Les banques d’investissement qui ont fabriqué, vendu et échangé des prêts hypothécaires liés à des produits financiers structurés, et qui en ont profité, ont été une cause majeure de la crise financière ».

Le portrait général en est un de criminalité de la part de l’établissement financier dans son ensemble qui, avec l’aide de tous les paliers de gouvernement en tant que co-conspirateur, ont systématiquement pillé l’économie afin de continuer à s’enrichir. Le résultat est un drame social pour des dizaines de millions de personnes aux États-Unis et de plusieurs millions dans le monde entier. Et pourtant, le résultat de ce crime historique est que les banquiers et les spéculateurs sont plus riches et plus puissants que jamais.

Pas un seul des cadres supérieurs d’une grande banque des États-Unis, d’un fonds de couverture, d’une entreprise hypothécaire ou d’une compagnie d’assurance n’a été mis en prison. Aucun d’eux n’a même été poursuivi.

Tout porte à croire qu’aucun ne sera accusé criminellement dans le futur. Comme pour le rapport semblable accablant sorti en janvier par la Commission d’enquête de la crise financière américaine, le rapport du Sénat a été en grande partie enterré par les médias de masse. Il a été brièvement rapporté dans les pages intérieures de certains des principaux journaux et à peine mentionné par les réseaux de télé, pour ensuite être abandonné.

Un jour après la publication du rapport du Sénat, le New York Times a publié un long article concernant l’absence de poursuite judiciaire contre les criminels de Wall Street. Il raconte la tenue d’une réunion privée entre l’ancien président de la banque de la réserve fédérale de New York (qui est maintenant le secrétaire au Trésor d’Obama), Timothy Geithner, et l’ancien ministre de la Justice de New York, Andrew Cuomo, en octobre 2008, où Geithner avait fortement encouragé Cuomo à faire marche arrière sur les enquêtes des banques et des agences de notations.

L’article fait le contraste entre l’absence d’accusations criminelles contre les banquiers aujourd’hui et ce qui avait suivi la débâcle des prêts et des épargnes à la fin des années 1980, lorsque des équipes spéciales du gouvernement avaient déféré 1100 cas à la Couronne et plus de 800 responsables des banques avaient été emprisonnés. Il note le déclin important des renvois, par les régulateurs des banques, au FBI, de 1837 cas en 1995 à 75 en 2006. Lors des quatre années suivantes, à l’apogée de la crise financière, une moyenne de seulement 72 responsables des banques par année a été la cible de poursuites criminelles.

L’OTS n’a pas déféré un seul cas au département de la Justice depuis 2000 et le Bureau du contrôleur de la monnaie, un groupe du département du Trésor, a déféré seulement un cas dans la dernière décennie.

Comment cela est-il possible? Pourquoi le PDG de Goldman, Lloyd Blankfein, le PDG de JPMorgan, Jamie Dimon, l’ancien PDG de Washington Mutual, Kerry Killinger, ainsi que le secrétaire au Trésor Geithner et son prédécesseur Henry Paulson (anciennement le PDG de  Goldman), ne sont pas en prison?

De tels manipulateurs financiers sont protégés alors que les travailleurs sont privés d’emplois, de salaires, de maisons et de services sociaux essentiels afin de payer pour les dettes engendrées par le transfert de trillions de dollars en fonds publics vers les banques. La résistance collective à cette attaque est en train d’être criminalisée par des lois antigrèves, qui imposent des amendes et des peines de prison pour les travailleurs qui entrent en lutte.

Une raison expliquant l’absence de poursuite judiciaire est le pouvoir des individus impliqués, qui exercent tous une immense influence sur les politiciens, les médias et le système judiciaire. Mais les causes sont plus larges que le statut de quelques individus, tout comme ce sordide état de choses n’émerge pas de la cupidité individuelle, mais plutôt d’une profonde crise de tout le système.

La criminalisation de la classe dirigeante américaine est le résultat de plus de trois décennies durant lesquelles l’accumulation de richesse par l’élite financière et patronale est devenue de plus en plus séparée de toute la production. Dans sa quête du profit, la classe dirigeante a démantelé de larges sections de l’industrie et s’est tournée résolument vers la manipulation et la spéculation financière.

L’ascendance des sections les plus parasitaires de la classe capitaliste a été accompagnée par un déclin marqué du niveau de vie de la classe ouvrière. Les sections les plus riches et les plus puissantes ont acquis une quantité stupéfiante de richesses en pillant la société.

La classe dirigeante elle-même sent que de poursuivre l’une ou l’autre des personnalités les plus en vue qui ont escroqué le peuple américain (et toute l’humanité) exposerait rapidement tout le système. C’est juger le système capitaliste lui-même dont il serait question.

Les vingt-quatre lucioles

Saint-Pascal, Kamouraska. Vue sur le fleuve…

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Je grignote les heures et  la vie. Pour ne rien manquer…Parfois a pleine dents, quelquefois à  grandes lippées, comme lorsqu’en appétit,  la faim ne trouvait pas la bouche assez grande….Ici, le repas est le temps…On craint toujours qu’il n’y ait rien à bouffer après…

***

Je me suis levé du bon pied ce matin-là, le deuxième. Je n’avais pas le choix, je n’en avais que deux. Entre deux pieds, il faut choisir le moindre…. Étant donné que  les oiseaux chantaient comme des  réveille-matin, je ne me suis pas plaint. C’est mieux qu’une sonnerie, ou que ce  camion teigneux qui fait sa moisson de vidanges à chaque jeudi, vers cinq ou six heures… Le coq du clocher n’a pas encore ouvert la bouche. Même le curé est endormi.

J’ai déjeuné et je me suis rasé : le miroir était picoté  de barbe. Un œil dans le jour, un autre dans la nuit. La nuit est une raclée. On ne sait pas avec qui on s’est battu, mais on a perdu. Le matin, on a tous un peu l’air d’une peinture de Picasso… Ou une ébauche…

Puis j’ai mis mon chapeau vert pour me jeter ensuite à quatre patte dans la terre. Tout ¸a pour essayer  de purger  le petit potager des mauvaise herbes. Les mauvaises herbes c’est comme la vie : plus il en pousse, plus le jardin pousse. Je me suis dit que cette année nous aurions un bonne récolte.

Un oiseau se pose sur une branche ballante… Il oscille au vent. Des insectes courent ça et là. Des fourmis, surtout. Tout bouge, tout ce qui existe cherche mes yeux, mes oreilles, mon nez. Après une nuit, c’est comme après un semblant de mort : tout nous semble neuf.

Ne rien faire de trop productif. C’est le but… S’il en est un.

Je me rends comptes, là, à quatre pattes, que j’essaie d’éteindre les cadrans. J’ai enlevé toutes les piles. Plus de boulot, plus de grandes ……??????? Du moins j’essaie…  Le ciel, lui aussi, est comme la vie : il a ses nuages noirs menaçants, ses trouées bleues, ses rayons qui balaient les étendues vertes, les clôtures, les pavés noirs d’asphalte.

Je me demandais, avant, pourquoi je faisais tout cela. Toutes ces cérémonies où le seul candélabre est un soleil qui me brûle. En même temps qu’il me fait vivre… Je sais maintenant… Je cherche à rétrécir le temps comme pour l’emboîter avant d’aller en boîte… L’étirer comme on étire un ruban de film de deux heures en regardant tous les détails des images. Attentif. Attentif en même temps que déchiré. Déchiré par l’impossibilité de cette réalisation et du cumul des frustrations qui en découlent. Je me rends compte que mon jardin, mon terrain, c’est la vie : avec ses fleurs annuelles côtoyant les poireaux qu’on peut laisser passer l’hiver, qui dorment sous la neige et renaissent au printemps. Les annuelles, elles, si belles, elles, ne durent que quelques jours… On dirait les amours qui se sont faites couleurs. Rien que pour vous montrer que la passion n’est qu’une luciole un soir de juillet.

Je vais retourner à la pêche. Longer la rivière, être une bouffe à mouches… Mais heureux de l’entendre chuinter, bruisser, ou bien hurler dans ses chutes d’eau. Je regarderai les torrents en vrille, les trous ombrées où se cachent les truites. Je serai seul à parler, comme un fou, comme s’il me manquait quelqu’un pour m’accompagner, mais que j’étais seul dans l’univers. Un vingtroisième…  Des reflets danseront. Mes yeux danseront avec eux.

Ce qui m’amène à penser à mes vers qui dorment dans la cave. Je leur râpe des carottes pour les nourrir. Ils sont vivaces… Rougeoyants… Comment ont-ils pu attraper un  coup de soleil enfouis dans ce sol vaseux?

Midi.

Douche.

Sieste. Qui finit par les amours. On se couche en humains, on se réveille en lapins…

Mon amour est une horloge, et je suis son aiguille…

Midi ou minuit, c’est pareil…

19h00

Visite à ma mère. On parle de l’amour, de la mort, de la guerre… Et de cet oncle enivré, emmené à l’hôpital dans un état comateux, et qui, en transport dans l’ambulance, se fait peinturlurer les ongles et dessiner du rouge à lèvre… La vie est une série de tableaux… Un peu comme au cinéma… 24 images par seconde… Mais on ne les voit pas. Tout bouge. Illusion. Le problème c’est de le savoir. De savoir comment tout cela fonctionne. Le soleil, lui, passe trente fois par mois. C’est aussi une illusion. Et c’est tant mieux pour ceux qui ne le savent pas. Les amérindiens comptaient le temps en lunes, je crois… Rien que pour se guider un peu sur ce qui pousse et qui meurt.

Le soir venu, on a regardé le film «Les heures»… J’y ai vécu trois femmes dans des amours compliqués et des incompréhensions indicibles… Des déchirements… Ceux du temps… Ceux des amours…. Et au moment où Virginia Woolf plonge dans la rivière pour se noyer, je me dis « À quoi bon?»…

Je suis dans une rivière où les reflets de la lumière passent  par des trous sombres, des vrilles excitantes, des moments calmes. Et tout alentour, des moustiques. Comme à la pêche…

Je pêche de l’éternité dans une rivière de temps… J’apprends à nager hors de l’eau…

Et mon je n’est qu’une luciole du NOUS… Mais la luciole est à la fois tout…

24 lucioles pourraient donner l’illusion que le ciel, un beau soir, est un jour… Et pour toujours…

12 mai 2004

Gaëtan Pelletier