Allons-nous manquer de produits alimentaires?

Le capitalisme néolibéral est en train de tuer les sociétés parce qu’il a tout subordonné au rendement maximal du capital au bénéfice des actionnaires. Et il a fait de la finance internationale l’instrument de ponction sans retenue de la substance de toute activité.

Ces derniers mois, après une débâcle financière qui a révélé au grand jour la nocivité de la libre circulation des capitaux, la spéculation s’est emparée d’une nouvelle cible de choix : les céréales, contribuant à déclencher une crise alimentaire majeure au sein de populations déjà rendues exsangues par l’abandon des cultures vivrières et la dérégulation des marchés agricoles.

par Reinhard Koradi, Dietlikon

Pourquoi cette question, alors que les devantures de magasins d’alimentation regorgent de produits? Alors que dans notre société d’abondance, tout n’est qu’une question de pouvoir d’achat. Ou y a-t-il néanmoins quelques raisons sérieuses de réfléchir à l’approvisionnement en produits alimentaires? On observe différents signaux d’alerte – partiellement occultés – mais ils sont là. On nous met déjà en garde contre des augmentations de prix dans le domaine de l’alimentation – et ce que des prix élevés pour des produits alimentaires déclenchent, nous a été clairement montré ces derniers temps. Les troubles politiques en Tunisie, Egypte et Algérie ont certainement des racines plus profondes – mais les prix du pain de plus en plus élevés ont soulevé la population et l’ont poussée dans la rue.

Basées sur le Rapport sur l’agriculture mondiale, trois questions se trouvent au centre de cet article, auxquelles nous devrons tôt ou tard trouver des réponses également dans nos régions.
•    Existe-t-il des moyens pour diminuer de façon décisive le problème de la faim et de la pauvreté dans le monde?
•    Comment peut-on protéger les ressources naturelles de l’exploitation et de la destruction?
•    Comment faut-il poser des jalons pour une sécurité de l’alimentation suffisante?

Les bases de production et le savoir existent

Au mois d’août 2008, le Rapport sur l’agriculture mondiale, commandé par les Nations Unies et la Banque mondiale a été publié.
Plus de 500 scientifiques ont résumé l’état des connaissances sur l’agriculture globale, sur son histoire et sur le libre accès aux connaissances, aux terres, aux semences, aux produits alimentaires et à l’eau. (Horizons et débats a plusieurs fois traité de ce rapport). Le rapport démontre des solutions, mais met aussi en garde contre de fausses pistes. Ce qui est déterminant, c’est la constatation que la terre dispose de suffisamment de res­sources pour nourrir la population mondiale de façon satisfaisante. Le savoir nécessaire ne manque pas non plus. Mais les principes de départ, tels qu’«agriculture industrielle» et «économie de marché», ont eu des dérapages pour conséquence. Ainsi, on a poussé à la monopolisation des marchés agricoles (concentration des facteurs de production dans le domaine alimentaire) et à la destruction, par l’agriculture dirigée globalement, des structures de production basées sur les entreprises fami­liales de petits paysans.
L’agriculture industrielle exploite les ressources naturelles disponibles de la terre. Elle remplace le travail humain par de l’énergie fossile, à l’aide de grands moyens techniques et agrochimiques. L’agriculture industrielle exige d’énormes quantités de pesticides et d’engrais chimique et absorbe environ 70% des ressources mondiales d’eau potable.

Continuer comme jusqu’ici n’est pas une option

Le Rapport sur l’agriculture mondiale fait un sort définitif au mythe de la supériorité de l’agriculture industrielle dans une perspective économique, sociale et écologique.
Il formule au lieu de cela comme nouveau paradigme pour l’agriculture du XXIe siècle, des structures de petits paysans – avant tout pour l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine.
Les chances – de vaincre la faim – sont donc absolument intactes. Il suffirait d’une approche différente dans l’économie agricole – comme d’ailleurs dans d’autres domaines écono­miques. La libération de l’OMC, du FMI et de la Banque mondiale des contraintes posées par quelques rares «Dagobert Duck» faciliterait certainement cette «Révision des modes de pensées». La passion du lucre devrait céder le pas au principe de «servir les humains». L’activité économique doit être un service à la communauté et doit s’orienter en primeur d’après les besoins fondamentaux des hommes. Appliqué à l’économie agricole, cela signifie qu’il faut confier la production, la transformation et la distribution de produits alimentaires, surtout dans des régions peu développées, à des structures de petites entités intégrées localement en réseaux. Elles sont les garants les plus importants et le plus grand espoir d’un approvisionnement alimentaire socialement, économiquement et écologiquement durable pour une population mondiale croissante.

Les conséquences du Rapport sur l’agriculture mondiale n’ont pas (encore) été tirées

La peur de la faim est présente. A la question: Quel est le problème le plus important qui se pose en ce moment dans le monde?, une enquête faite en janvier/février 2009 par l’«Euro-baromètre» cite les réponses suivantes: deux tiers des personnes interrogées voient comme problème le plus important pour le monde la pauvreté croissante, les produits alimentaires faisant défaut et l’accès insuffisant à l’eau potable (66%). En deuxième position vient la crise économique mondiale (52%), en troisième lieu le changement climatique (50%), puis suit la peur du terrorisme international (42%), et à la cinquième place nous trouvons les «conflits armés» (39%). (cf. «Neue Zürcher Zeitung» du 17/11/10).
En 1990, 822 millions de personnes souffraient de la faim, en 2008 on en comptait déjà 963 millions et aujourd’hui ça dépasse le milliard. Chaque année, 8,8 millions d’hommes meurent à cause d’un approvisionnement insuffisant en nourriture ou en eau propre.
Répartis par régions, en Asie 524 millions d’hommes souffrent de la faim, en Afrique subsaharienne 206 millions, en Amérique latine 52 millions et au Proche-Orient 38 millions, et ceci dans une mesure mettant la vie en danger. Par rapport au niveau de développement des économies nationales, dans les pays en voie de développement, 820 millions de personnes, dans les pays émergents 25 millions, ne parviennent pas à se nourrir suffisamment. Mais même dans les pays industrialisés, la faim s’étend de plus en plus. Apparemment la pauvreté et la faim se côtoient de très près.

La faim n’existe pas que dans les pays en voie de développement

En Suisse, environ 9% de la population (env. 800 000 personnes) vit sous le seuil de pauvreté. Pour une personne seule, cette limite se situe à 2300 francs, pour un ménage monoparental avec deux enfants à 3900 francs et pour un couple avec deux enfants à 4800 francs.
Les produits alimentaires peuvent se faire rares pour ces personnes parce qu’elles manquent du pouvoir d’achat nécessaire. En Suisse, la «Table suisse» aide, sous le slogan «distribuer la nourriture au lieu de la jeter» les personnes défavorisées et nécessiteuses.
Dans douze régions, des produits alimentaires excédentaires impeccables sont remis gratuitement par des grossistes, des producteurs et des détaillants à des institutions sociales qui s’occupent de concitoyens frappés par la pauvreté.
Rien que le grand distributeur Coop livre chaque année 1830 tonnes de produits alimentaires à la «Table suisse» qui sans cela finiraient aux ordures.
Combiné avec la crise financière et économique pas encore résolue, la problématique de la pauvreté et par suite de la faim connaît un regain de dynamisme. Une probléma­tique qu’on néglige facilement tant qu’on est ébloui par la surabondance.
Nous ne pouvons certainement pas comparer la catastrophe de la faim dans les pays moins développés avec la situation des mé­nages à faible revenu de nos latitudes. Pour les peuples des Etats peu développés, la situation est bien plus dramatique – là-bas, il s’agit de la survie.

Les bases naturelles de la production de produits alimentaires sont menacées

La sécheresse persistante de l’été dernier en Russie a eu pour conséquence des augmentations explosives des prix du marché céréalier. Ainsi, dès le début du mois de juin, le prix a presque doublé en raison de la sécheresse record et des incendies (arrêt d’exportation du blé). Dans les pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI) la production du blé s’est effondrée de 29% comparée à l’année précédente, en raison du climat.
En Australie, les inondations ont dévasté 18% des surfaces cultivables de canne à sucre, et environ 10 millions de tonnes de la récolte de blé déjà stockée – c’est-à-dire 50% de la récolte totale – ne peuvent plus être transformées en farine suite aux inondations. Entre-temps les Nations Unies annoncent les prix les plus élevés à l’index des prix des produits alimentaires de la FAO depuis son introduction en 1990. De janvier 2010 à janvier 2011, les prix de cinq produits alimentaires sélectionnés (lait, viande, céréales, huiles et graisses) ont augmenté de 180 points à 231 points à l’index. Les produits qui ont connu une augmentation extrême du prix sont le blé, (doublement), le sucre, les céréales ainsi que les huiles et les graisses. Les prix de la viande et du lait sont par contre restés relativement stables. (La production et l’approvisionnement du lait dépendent d’une organisation localisée. Elle se prête guère à la spéculation, en raison du grand nombre des sites de production géographiquement répandus.)
Les conditions météorologiques partiellement peu favorables (chaleur, suivie de quantités de précipitations relativement élevées) ont provoqué également en Allemagne et en Suisse des déficits de récoltes. La récolte de blé a encaissé une perte de 11%. Dans toute l’UE, la saison de la pomme de terre a subi les caprices du temps dès le printemps. Ce sont avant tout la chaleur et la sécheresse qui ont fait souffrir les cultures, de sorte que les rendements ont nettement baissé sous le niveau de l’année précédente. En Allemagne, on a récolté environ 9,5 millions de tonnes de pommes de terre. Comparé à l’année précédente, cela représente une baisse de 1,9 millions de tonnes. La réduction de la surface cultivable de 3% à 255 200 hectares est, avec les conditions météorologiques défavorables, une raison de la récolte plus petite. En Suisse, on parle d’une récolte de pommes de terre qualitativement bonne. En 2010, on a récolté environ 421 000 tonnes (dont 70 000 tonnes de pommes de terre de table). Sur une surface diminuée de 2,9%, on a récolté, par rapport à l’année précédente, 10 000 tonnes de pommes de terre en moins. Pour la pomme de terre, la Suisse révèle d’ailleurs un degré d’autosuffisance au-dessus de la moyenne avec 90%. Il y a des différences selon les régions, mais cela n’enlève rien au fait que les rendements agricoles sont de plus en plus soumis à des pressions en raison de conditions de production défavorables. Une pression qui augmentera probablement dans les années à venir.

Le changement climatique aggrave les goulets d’approvisionnement

Dans l’économie agricole, les changements climatiques attendus produiront des effets sur le rendement des cultures, la production animale et les sites de production. Les régions irriguées par les glaciers des Andes et de l’Himalaya sont frappées de façon particulièrement dure: alors que les glaciers fondent, des inondations menacent. Une fois qu’ils ont disparu, une période de sécheresse durable s’installe. Les deux tiers de l’Afrique sont déjà atteints par la sécheresse et l’aridité. Le changement climatique renforce ce processus d’expansion du désert.
La désertification progresse et s’étend sur environ deux cinquièmes de la surface de la terre, ce qui correspond au triple de la surface de l’Europe. Un milliard de personnes sont concernées qui vivent à la campagne. Les causes fréquentes de la désertification sont une irrigation inadaptée qui entraîne la salification du sol (par exemple dans certaines parties de la Chine et de l’Inde), la déforestation et l’exploitation abusive des sols combinée avec des monocultures étendues (comme la culture du soja au Brésil).
Ailleurs – comme dans le sous-continent indien – ce sont de violentes précipitations à croissance rapide qui sont la cause de la destruction des cultures et des récoltes.
Le changement climatique pourrait même provoquer, au moins à brève échéance, dans quelques régions du nord de l’Europe, d’Asie et d’Amérique une croissance de la productivité de l’agriculture. Mais des régions céréalières importantes du monde, telles que le centre occidental des USA, des parties de l’Inde et de la Chine ainsi que le Brésil, doivent compter à moyen terme avec de drastiques pertes de récoltes.

Energie au lieu de nourriture

La crise de l’énergie constitue un danger pour les ressources de la production alimentaire. De plus en plus de produits agricoles finissent dans la cuve au lieu de l’assiette. La tromperie légitimée par l’étiquette «protection de l’environnement», consistant à utiliser des produits alimentaires pour l’approvisionnement en énergie au lieu d’en nourrir les hommes, ne fait pas que détruire des ressources (monocultures). Elle vole aussi la terre aux hommes des campagnes, terre dont ils ont un besoin urgentissime pour leur propre approvisionnement.
Plus de denrées alimentaires pour de l’essence signifie également que les produits alimentaires se raréfient et renchérissent. Surtout quand la spéculation provoque de sauvages fantaisies. En 2007 et en 2008 déjà des escalades de prix des produits agricoles ont provoqué des «révoltes de la faim» de gens en colère parmi les populations pauvres. Les prix des produits alimentaires vitaux ont explosé entre autres parce qu’en raison de l’augmentation des prix du pétrole, la production de biocarburants à base de céréales devenait de plus en plus lucrative.
La crise alimentaire avec ses prix céréaliers records, ainsi que la demande énorme de biocarburants ont fait que des terres agri­coles disponibles, fertiles et bon marché passent entre-temps pour un investissement particulièrement profitable.

La terre, objet de spéculation

Actuellement les investisseurs misent sur l’équation «pénurie de terres cultivables égale hausse des prix des produits alimentaires». Face à la crise financière, ils recherchent des placements attractifs qui ne dépendent pas des cycles boursiers et investissent à tous les niveaux de la chaîne alimentaire, à commencer par des terres déjà cultivées. Selon des études scientifiques datant de 2002, on constate que le 1,4 milliard d’hectares de la surface globale des terres agricoles des pays industrialisés ne pourra plus guère être augmenté. Il reste encore quelque 875 millions d’hectares que pourraient ajouter les pays émergents et du Tiers monde. Et si l’on ouvrait à l’agriculture quelques écosystèmes forestiers, cela pourrait ajouter encore quelque 525 millions d’hectares.
Ainsi, des entreprises et des fonds de place­ment, mais aussi des gouvernements étrangers – entre autres la Chine, la Corée, Israël, le Japon et des Etats arabes – ont en quelques années acheté déjà en Afrique 20 millions d’hectares de terres. C’est là la plus importante modification de propriété depuis la fin de la période coloniale. Les investissements de ces pays dans les terres agri­coles africaines ont pour objectif prioritaire leur propre sécurité alimentaire. «Après les spéculations débridées sur le marché des céréales et la hausse massive des prix de l’alimentation, ils ont perdu confiance dans le marché mondial. Ils ne veulent plus dépendre de spéculateurs, ils préfèrent avoir eux-mêmes le contrôle d’une production garantie des produits alimentaires.»
Un tel «accaparement des terres» a été qualifié de «néocolonialisme» par Jacques Diouf, président de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Des multinationales du secteur financier, dont le Blackstone Group, la Deutsche Bank, Goldman&Sachs et Dexion Capital ont, elles aussi, investi dans de nouvelles enclaves agricoles au cœur de l’Afrique.
L’International Finance Corporation (IFC), filiale de la Banque mondiale, s’est engagée fermement en faveur du «développement de l’agrobusiness». En septembre 2008, elle annonçait que, suite à la crise alimentaire, elle augmenterait massivement ses investissements rentables en Afrique, en Amérique latine et en Russie. Une partie de ces investissements a été jusqu’à présent utilisée dans des régions peu développées en matière agricole. En 2008, l’IFC a investi 1,4 milliard de dollars dans les multinationales agroalimentaires pour développer les chaînes d’approvisionnement.

Urbanisation et écologie

L’extension des zones résidentielles, de l’urbanisation, détruit les terres arables et retire le sol à l’agriculture. L’urbanisation transfère les modes d’existence urbains dans les régions rurales. Ce processus s’observe depuis des siècles mais dans les dernières décennies, il s’est propagé à une vitesse inouïe dans les pays émergents et les pays en développement. Dans les pays développés, l’urbanisation a été remplacée par une sub-urbanisation, c’est-à-dire que les villes se sont étendues de plus en plus dans les espaces voisins qui appartenaient jusqu’alors à la campagne.
En Suisse, les agglomérations s’étendent le plus souvent aux dépens des terres agricoles. Entre 1994 et 2006, 14,2 kilomètres carrés de terres agricoles ont disparu chaque année. Par rapport aux chiffres de la période précédente, allant de 1982 à 1994, où la perte de sur­faces agricoles était de 20,8 kilo­mètres carrés, il y a eu un ralentissement. Néanmoins, la part des terres agricoles par rapport à la surface productive totale de la Suisse a baissé de 44%, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique.
Outre la nouvelle urbanisation, l’écologie et une idéologie sur-protectrice de la nature menacent parfois les bases naturelles de production des agriculteurs. La révision partielle de la Loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage prévoit la création de nouveaux parcs d’importance nationale. Selon leur situation et leur taille, ils seront répartis en parcs nationaux, parcs naturels régionaux et parcs naturels periurbains. Environ 14% de la surface totale du pays devront être réservés à ces parcs qui seront situés dans les régions rurales.

La Suisse, oasis de bien-être et de terrains de jeux

Aujourd’hui, on oppose l’écologie à la production agricole. Les paysans voient leur production limitée par les vastes espaces attribués aux parcs et parce que des réglementations de politique écologique (paiements directs) restreignent leur liberté de travail. Pour tout citoyen ouvert et bien informé, il est clair que l’aptitude à utiliser judicieusement les ressources naturelles est une qualité propre au paysan. En effet, lequel d’entre eux aurait l’idée de détruire son bien et les bases de son existence?

Rendre sa place à la sécurité alimentaire

Allons-nous manquer de produits alimentaires? C’était au départ la question.
La réponse peut varier, selon ce que l’on entend par «nous». Ce qui est évident, c’est que les terres destinées à la production agricole se font rares. Et moins de terre, moins d’agriculteurs. Cette perte progressive de terres productives dans le pays réduit la possibilité d’assurer l’approvisionnement de la population indigène. La dépendance par rapport à l’étranger et aux manipulations spéculatives du marché augmente. Aucun pays ne devrait sacrifier au marché la sécurité de son approvisionnement et la qualité de son alimentation.

La sécurité et la souveraineté alimentaires également pour les pays industrialisés

Il y a deux exigences valables pour tous les Etats, y compris la Suisse. L’une s’appelle sécurité alimentaire et l’autre souveraineté alimentaire.
«La sécurité alimentaire est une situation existant lorsque tous les individus ont en tout temps un accès physique, social et écono­mique à suffisamment de produits alimentaires sûrs et riches en substance nutritives répondant à leurs besoins et à leurs préférences pour une vie active et saine.»
«La souveraineté alimentaire est le droit de la population et des Etats souverains de déterminer eux-mêmes leur politique agricole et alimentaire de manière libre et démocratique.»
Le document de l’Office fédéral de l’agriculture intitulé «Agriculture et filière alimentaire 2025», parle très peu de la sécurité et la souveraineté alimentaires. Nous ne protégeons ni les ressources ni les infrastruc­tures et nous ne recherchons pas un degré élevé d’autosuffisance. Lorsqu’on parle de «compétitivité», on pense plutôt à une stratégie de qualité orientée vers l’exportation liée à des prix minimaux (prix fondés sur le niveau du marché mondial ou de l’UE). La devise est: augmentation du rendement grâce à l’augmentation de la taille des exploitations! On pourrait penser qu’il s’agit de diviser le marché en deux: la qualité pour les riches et la production de masse pour les pauvres. A cela on ajoute une étiquette écologique, le label «multifonctionnalité». Le système de paiements directs développé dans ce sens dissimule un système de réglementation et de contrôle des paysans qui prend de plus en plus d’aspects centralistes et dirigistes. A l’aide de l’accord de libre-échange (EU/OMC), on veut enserrer l’agriculture suisse dans un corset néolibéral, jusqu’à l’étouffer. Le libre-échange ne peut pas fonctionner pour les produits alimentaires vitaux, tout économiste sérieux le sait. En revanche, comme moyen de pression politique pour s’attaquer aux droits souverains, le libre-échange est un catalyseur bienvenu.

Approvisionner la population en produits alimentaires est un devoir

A moins que nous recherchions le chaos, le temps est venu de prendre nos responsabi­lités dans le cadre des possibilités nationales. Si l’on veut que les individus, où qu’ils vivent, puissent se nourrir sainement, les pays riches ont le devoir d’assurer leur approvisionnement en produits alimentaires autant que possible sur la base de leurs propres ressources; et cela par solidarité à l’égard du Sud.
C’est pourquoi nous avons besoin de tous les paysans, en Suisse également. Ils sont les garants d’un approvisionnement alimentaire durable et à petite échelle. Ils veillent à ce que nous ne soyons pas à court de nourriture.    •

L’explosion des prix des denrées alimentaires provoque des révoltes

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) constate ceci dans son Rapport: «Toutes les six secondes, un enfant meurt de malnutrition dans le monde. Quant aux adultes, n’en parlons pas.» Et Jacques Diouf, secrétaire général de la FAO, de renchérir: «La faim reste la plus grande tragédie dans le monde.» On ne s’étonnera donc pas des pronostics sombres pour l’année 2011. L’un des experts les plus réputés en matière de produits alimentaires, le Français Philippe Chalmin – conseiller du gouvernement français – entrevoit déjà pour fin avril, vers Pâques, l’explosion de révoltes de la faim, cela du fait du renchérissement considérable des produits alimentaires dans le monde. L’explosion des prix a déjà provoqué de graves troubles. En Inde, une «révolution des oignons» a fait de nombreux morts. Des manifestations se préparent au Bangla­desh, au Pakistan et dans les premiers pays d’Afrique …
En 2008, la FAO comptait plus d’un milliard de personnes souffrant de la faim. Certes, ce nombre est descendu à environ 925 millions en 2009 et 2010, mais les nouvelles hausses de prix me­nacent de réduire ce progrès à néant. Le renchérissement est surtout pro­voqué par les catastrophes naturelles dans les pays agricoles. Les feux de forêts en Russie ont entraîné une interdiction d’exporter, le pays pensant d’abord à sa population. L’Argentine subit depuis deux ans des séche­resses, et maintenant des inondations ont dévasté l’Australie. A cela s’ajoute l’appétit grandissant, notamment pour la viande, de la Chine et de l’Inde, avec leurs milliards d’habitants, lequel nécessite un accroissement considérable de la production animale …

Vertraulicher Schweizer Brief no 1276 du 1/2/11

Source: SOS-Crise


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