Archives mensuelles : octobre 2010

L’ÂMOGRAPHE

J’ai l’image de mon esprit qui flottait au-dessus

de ma couchette. Lorsque ma mère entrait dans

la chambre, je la voyais d’un angle étrange,

comme si je me promenais au ras du plafond.

C’était normal pour moi. Sortir de mon corps.

J’étais né avec ce «pouvoir» et je croyais que

tout le monde le détenait. . Je l’ai conservé

jusqu’à la puberté. Il a disparu doucettement.

À mon grand regret…

Quand on naît, on est au temps zéro. Mais on ne sait pas trop comment cela va se passer. C’est une sorte de coma nécessaire à la douleur de la naissance. Et on passe bien des années à essayer de s’adapter à ce monde étrange de la matière.

Il n’y a pas de vraie différence entre la naissance et la mort : à la mort, tranquillement, la vie nous quitte, et la lueur des yeux s’en va, comme une lumière usée.

C’est à peu près pareil pour toute vie. Nous nous croyons différents, et nous le sommes ; nous nous croyons unique et nous le somme. La similitude nous sert pour tout l’aspect social de nos vies et dans nos rapports avec les autres. Pour le reste, la vie est une aventure unique et si la conscience est un tant soit peu allumée, elle peut être le plus beau voyage : celui de créer sa propre foi et d’y douter. Le doute est aussi important que la foi. Croire c’est mourir, douter c’est vivre.

C’est comme ça que je suis né. C’est comme ça que je mourrai…

***

Je suis né dans un village qui ressemblait à un nid : une vallée semée de maisons entourée d’îlots d’arbres. Oui, à un nid, et je me dis que c’est pour cette raison que je me suis toujours senti un oiseau.

De la forêt. Jusqu’au Maine… Deux rivières. L’une se situait aux États-Unis, l’autre au Canada.

Mon père et ma mère s’étaient mariés en 1941. Peu après que mon père fut enrôlé dans l’armée. De force. Se refusant à y aller , il avait donc cessé de manger des jours durant pour s’affaiblir et ne pas passer l’étape médicale. L’Europe était trop éloignée… Ce n’était pas sa cause. Ou bien il avait peur…

Je me souviens que nous habitions un deuxième étage d’une maison qui appartenait à mon oncle de souche irlandaise. Une maison sise au bas d’un terrain en pente. Derrière on pouvait apercevoir un champ, une voie ferrée et, en arrière plan une rivière. L’inclinaison était si forte qu’en jetant un coup d’œil à la fenêtre on pouvait y voir passer les quelques voitures de l’époque. Des mastodontes lourds, pour la plupart noir, de sorte que l’été on avait l’impression de se promener dans un four.

Mon oncle était roux comme une carotte et s’emportait fréquemment. Surtout lorsqu’il buvait. Souventefois. Alors «l’ire» s’emparait de lui. La plupart du temps il se chamaillait avec son frère.

Lui, il alla à la guerre, débarqua en Italie, se fit tirer une balle dans le pied pour s’enfermer ensuite dans une cave à vin attendant les secours. Il en ressortit deux jours plus tard, ivre mais vivant. C’est la seule façon de gagner une guerre… Ne pas mourir. Et il la gagna. Il boita presque toute sa vie et traîna son accent irlandais dans un français qui se désintégrait à mesure que la bouteille baissait. Sa pension de vétéran fut son principal soutien.

1952

J’étais dans le Maine. Un champ de pommes de terre. Automne. Tôt le matin. Il y avait plus de buée dans les champs que sur les fenêtres. Des vapeurs étranges… Le soleil frappait la terre et le choc de la chaleur du froid des champs formait des nuages. Les tracteurs chantaient avant les coqs. La terre avait une haleine de pommes de terre pourries. Les champs humides, les sillons, les bruits des tracteurs et, au loin, comme des foulards de brumes courant sur les champs. Des tonneaux de bois. Des bruits de patates qui tombaient au fond. Un tambourinement dans l’air frisquet du matin qui nous glaçait le dos. On déjeunait tôt le matin. Le soleil apparaissait l’œil à demi ouvert à l’ouest et il traînait des flaques d’ombres dans les vallons.

Aller aux patates était à cette époque une façon de gagner sa vie. Une manière de survivre. Mes parents avaient été élevés pendant le crack de 1929. Et les menus de table étaient composés de recettes inventées à partir de légumes et de jarrets de porc. Noël était une orange. La pauvreté, presque la misère, ils l’avaient connue. Ma grand-mère avait accouché de dix-sept enfants. Ça faisait des bouches à nourrir. Avant qu’ils ne deviennent des bras, les temps étaient durs. Plus tard on appela cela «la revanche des berceaux». Un manière de combattre le fait anglophone du pays. Les conquérants anglais versus les abandonnés français.

Le soir venu ils se couchaient le dos brisé, pour se relever le lendemain en se jetant en bas du lit. C’était ça la vie. Ils y passaient trois ou quatre semaines puis revenaient dans le nid de Pohénégamook : c’était suffisant pour passer l’hiver. L’été on jardinait. On semait du navet, des carottes et des pommes de terre… Il y avait toujours un petit poulailler derrière les maisons pour les œufs et la poule… le dimanche. Quand on a faim, personne ne se demande si l’œuf vient avant la poule. On ne se demande rien ; quelqu’un est là pour résoudre le problème du sens de la vie. On pousse dans l’étroitesse des apprentissages souventes ffois utiles aux sociétés. Mais au delà , il y a la vie intérieure plus riche, plus cachée, que tout le monde cache : la passion de l’existence où certains sont morts avant de naître, ou un peu après, rien que pour n’avoir pas douté de la foi. Mais avant le luxe d’être soi, il faut avoir le luxe de manger…

Ce devait être vers la fin août que l’on procédait à l’embauche des travailleurs. Je me vois encore dans le sous-sol de l’église, à Estcourt, par un beau dimanche au milieu d’une foule qui piaillait. Ils étaient grands, trop grands. On me bousculait, on chahutait. Je me sentais malmené. Il y eut un gémissement. Une femme perdit conscience près de moi. Elle s’affaissa et je vis son crâne heurter le plancher de ciment. Ses yeux révulsés me figèrent sur place. J’entrevis un filet d’écume qui sourdait de sa bouche. Les gens paniquaient. Le temps parut s’arrêter. Je me suis sentis soulevé. Mon père me tenait dans ses bras. Un attroupement se forma. On prit la femme pour la transportée. Elle fut aspirée dans la foule. Une grande porte s’ouvrit et un pan de lumière inonda quelques secondes l’étouffoir de ciment et de pierres.

Au retour, on ne parlait que d’elle. Elle mourut à son arrivée à l’hôpital.

Nous sommes retournés dans le Maine cet automne-là. En revanche, mon père et ma mère ne se levaient plus pour aller aux patates, ils se levaient encore plus tôt pour nourrir ceux qui y allaient. Je pense que c’est ainsi qu’il apprit son métier de cuisinier. Il remplaça le cuisinier, passant de valet de cuisine à …chef.

Je passais mes journées à jouer dehors, près d’une route de terre en tirant avec un pistolet de plastique sur les gens qui passaient en voiture. Les travailleurs rentraient, essuyaient leurs gros pieds sur le perron et rentraient manger. Ils avaient tous le même parfum : celui des pommes de terre pourries.

De temps en temps nous allions au cinéma. Je n’ai vu que des western américains. Des chevaux, des cowboys, des méchants, des bons, de la poussière, des bagarres. Ce n’était que de la fiction, mais cela ressemblait curieusement à la vie.

Il y avait près de la maison un petit ruisseau. J’y bâtissait des bateaux des débris de bois qui traînaient ça et là. Les courants et les entrelacs dans leurs gargouillis constants me fascinaient. Et les quelques algues vertes qui dansaient me charmaient de par leur flottement curieux d’ensemble. Un ballet vert sous un ciel bleu.

Je bouffais de la terre. On ne sait pas pourquoi les enfants bouffent de la terre. Je ne peux me souvenir du goût, mais je me rappelle bien de l’âpreté du sable dans ma bouche.

Je ne savais pas que j’avais cinq ans. On ne se rappelle jamais de l’âge qu’on a.

J’avais plus de doigts que de bougies sur mon gâteau. J’avais du souffle pour éteindre un feu, mais je ne savais pas encore comment le diriger vraiment.

On est malhabile quand on est tout petit. Quand on est grand on pense qu’on ne l’est plus.

À chaque anniversaire on est tous pompier. Je sais maintenant que les feux grandissent plus vite que nous.

« Il a tiré ici, regardez ce trou.» Il affichait son T-shirt

avec une percée cerclé comme une brûlure juste en dessous de

l’aisselle.

Mon premier frère vint au monde le 2 février 1952. Il y eut des complications après la naissance. Il fut hospitalisé à Edmundston. C’était loin, pour moi, et très long le trajet. J’ai le souvenir flou d’une visite à l’hôpital. On découvrit qu’il était allergique au lait. Au lactose dirions nous aujourd’hui.

Lors des repas , et que je le voyais s’agiter dans sa chaise de bébé, ma mère cachait le lait sous la table. Il en raffolait, mais ne pouvait pas en manger.

Mon père essayait tous les métiers. On qualifiait ma mère «d’intellectuelle». Elle passait son temps à lire : des revues et des nouvelles glissées dans des romans-photo. Il n’y avait pas de soap opéra dans les années cinquante. Il y avait ces revues aux histoires d’amour.

Le diplôme qu’elle avait à l’époque lui aurait permis d’enseigner. Mais j’ai appris plus tard qu’elle travaillait dans un salon de coiffure comme assistante. Et mon père acheta une chaise de barbier. L’appartement n’était pas grand. La chaise prenait une grande place, et il y avait toujours du monde à la maison et du poil sur le plancher. Il commença à demander 15 cents la coupe. Puis un peu plus tard 25 cents. Comme tous les hommes de l’époque, il avait les cheveux gommés. Ma mère était maigrichonne. En revoyant les photos léguées à la suite de sa mort, je voyais une petite femme aux yeux grands et clairs, les jambes un peu arquées. Sous cette apparence frêle se cachait une âme têtue. Les photos avaient été prises par mon père. Les photos en couleur étant rarissimes il les avaient retouchées avec des crayons pour colorer. Cela donnait un résultant étrange : entre la photo et la peinture. Barbier, peintre, violoniste. Je pense qu’il avait l’âme d’un artiste et que c’est la raison pour laquelle il eut autant de difficultés dans sa vie. Quand il buvait, il imitait mes oncles et mes tantes. J’entends encore les rires de ma tante Yvonne et Aurore pour qui il avait un certain penchant. Parce qu’elles étaient en chair et qu’elles riaient toujours. Il n’avait pas le droit de les aimer de sa chair, mais il les aimait en désir, sans doute. Je savais que cela agaçait ma mère. Plus tard, bien qu’elle entretenait des liens plus ou moins étroit avec ses sœurs, elle se méfiait d’elles.

Ma mère, elle, n’était pas naïve. Et dans cet univers de cachotteries de sentiments et de passion, j’ai cru comprndre qu’elle avait préféré se taire, et s’enterrer elle-même pour ne pas créer de remous. C’était une grande âme étouffée, qui paraissait fragile. Elle acquiescait en silence sur tout, mais au fond d’elle-même, elle rejetait souvent. C’était là son doute… Mais au fond se cachait une force non pas de la nature mais de la vie plus profonde comme si un instinct, une révélation lui dictait qu’il existait un sens et un but plus profond à la vie, mais qwu’il nous était inconnu.

Ma grand mère avait accouché de 17 enfants. Pour la revanche du berceau, au Québec, elle avait fait sa part. Je ne sais pas si elle les avait fait avec passion, mais au moins on aurait pu croire qu’elle était une fabricante d’âmes pour l’église catholique dont le but est toujours d’offrir à Jésus et à son père le plus de disciples possible pour le paradis. À la différence d’une secte, on ne voit pas le guru.

Il ne savait pas qu’on pouvait être «différent». Il n’a jamais su assumer cette différence. Il n’avait jamais aimé l’école. Écrivant au son, il se sentait à la fois gêné et frustré : être quelqu’un passait par le pouvoir de l’écriture et du discours. L’estime de soi lui manquait. Et cette tare se répandit dans la famille par ses chromosomes.

Le temps avala quelques horloges et je me retrouva chez un arracheur de dents… Déjà… Cette faiblesse me poursuivit toute ma vie. Et à chaque fois qu’il me conduisait chez ce médecin qui m’arrachait une dent, j’avais droit à un cadeau. Le dernier fut… des dentiers. Mais ce fut plus tard, bien plus tard…

***

Un jour, deux types entrèrent dans la maison. Mon père pensa sans doute qu’ils voulaieint une coupe de cheveux. Ce qui se passait sous mes yeux avaient l’air d’un drame. Il pratiquait égalment le métier de chauffeur de taxi, et les deux types en voulaient un. Je ne parvenais pas à saisir cet air sombre qu’il arborait. Mais quand il partit je pouvais lire l’angoisse de ma mère.

Il revient tard le soir, refusant de dire où il avait laissé les deux types. Mais il enleva son T-shirt blanc et montra à ma mère un trou, sorte de perforation brûlée, juste en dessous de l’aisselle : quelqu’un lui avait tiré dessus.

Alors, pendant des jours, au petit village, les gens firent un pèlerinage pour voir la trace de balle.

Il l’avait échappé belle. Il garda longtemps en souvenir le T-shirt. Mais comme tous les souvenirs dans la vie, d’autres événements se préparent, et bien des oublis passent.

Mon premier ami fut un porc. On n’a pas de préjugés

envers les porcs quand ceux-ci jouent avec vous et

vous démontrent une intelligence et une sensibilité

qu’on ne rencontre pas toujours chez les humains.

– Il n’ira pas à l’école, dit mon père.

Curieusement, mais qui avait tant soif de savoir, j’en fus chagriné : on allait regarder mon entrée à l’école parce qu’on avait déniché un job quelque part en forêt, au nord du Québec.

Le voyage fut long. Je crois que la première étape fut de s’arrêter à Québec où il loua une chambre. Il passa visiter ma tante Cécile qui avait émigré en ville. L’une des rares à ne pas avoir demeuré en campagne.

La chambre qu’il avait loué était situé au 4ième ou 5ième étage d’un hôtel avec vue sur le port et tout l’achalandage qui me rivait les yeux à la fenêtre. Je n’en revenais pas de toutes ces lumières, moi, issu d’un village où les étoiles faisaient office de lampadaire.

Nous sommes partis le lendemain pour un voyage qui me parut une éternité. Il devait être 7 ou 8 heures quand je m’endormis dans l’auto pour me réveiller dans une puanteur étrange : mon jeune frère, un bébé de deux ans, m’avait fait dessus.

Ce soir-là nous avons couché dans un motel. C’est dans cette entrée que j’ai vu pour la première fois un appareil de télévision. Je me souviens avoir vu un avion passer dans l’écran. J’ignore jusqu’à quel point peuvent s’aggrandir des yeux quand on voit des images sur un écran pour la première fois. Mais je n’étais plus que yeux rivés sur cet appareil.

Les souvenirs d’après sont vagues. Je me suis retrouvé le lendemain dans une auto-chenille à travers une forêt sombre. À travers les hublots on pouvait voir les goutelettes glisser et les arbres vaciller. Un train d’enfer, des odeurs d’huile et des chapelets d’injures parce que la voiture tanguait. Ce n’était pas une route, mais une voie à travers les arbres. Et il devait avoir plu en abondance cette année là puisque l’auto-chenille s’est enlisée dans la boue et il fallut une éternité pour la sortir de là. Je pense qu’il a fallu un camion pour la tirer afin de poursuivre le chemin.

L’hiver arriva. Le sol gela, les premiers flocons de neige descendirent doucement pour recouvrir le sol.

Mon père se levait tôt pour cuisiner et ma mère lui servait d’assistante.

J’allais jouer dehors à tous les matins. C’est comme ça que je fis la rencontre d’un porc qui venait chaque matin manger derrière la cuisine, près de la porte. On lui jetait un sceau des restes du repas. Avec le froid de canard qui régnait déjà, des vapeurs fumantes se dégageait du tas de nourriture. Il prenait son repas sur un lit de neige. Puis quand il était rassasié, il venait à ma rencontre. Je ne sais pas qui des deux était le plus curieux. Lui me reniflait, moi je le regardais. Je connaissais les chiens, les chats, les vaches, mais je n’avais jamais vu un animal semblable. Étrangement, je ne le voyais pas comme un animal. Au sens d’une créature pas trop évoluée et dépourvue d’intelligence. Je ne connaissais rien à ce qu’on nommait intelligence. J’étais un instinctif tout à fait ouvert à tout ce qui se présentait. Connaître sans préjugé. Vraiment connaître. Apprendre les préjugés c’est rétrécir sa vision de la vie. J’ai eu la chance d’apprendre seul sans que quelqu’un me dise qu’un porc est laid et visqueux ou sale. C’est sans doute pour cette raison que j’ai détesté, plus tard, l’école et les formes d’apprentissage qu’on fait aux enfants. On leur montre si tôt ce qu’il faut faire ou ne pas faire, penser ou ne pas penser que le système, la grande fabrique de travailleurs et on traite l’enfant comme si c’était un ignorant. Il l’est, mais en quelques années, si on le laisse un peu libre, il en sait déjà plus que bien des adultes.

Revenons à nos…porcs.

Je pense que notre premier échange fut très intéressant : lui se servait de son nez, moi de mes yeux. Mais au fond il y avait quelque chose de bien plus profond et fondamental : l’instinct que nous partagions. Et le porc n’avait pas de préjugé envers moi non plus. Mais comme toute créature différente il fallut nous apprivoiser : je craignais qu’il m’attaque, je craignais sa réaction, mais il avait également peur de la mienne : lui avait déjà vu des humains, lui. Et je compris plus tard à quel point le porc avait raison.

Il était gras et poilu… Une peau rose recouverte d’une sorte de duvet blanc. J’étais impressionné par son gros museau et son langage étrange. J’avais déjà appris un peu d’anglais dans le Maine, j’étais ouvert à tous les sons qui se présentaient. Et comme tous les humains, je cherchais un sens aux choses.

Je vis que le porc avait une queue en tire-bouchon. C’est étrange, mais chaque fois que j’ai ouvert une bouteille, tard, très tard dans ma vie, je voyais la queue du porc ouvrir la bouteille, comme une fête…

Le porc commença à me taquiner avec son museau. Je compris qu’il voulait jouer. Mais à quoi peuvent jouer un porc et un enfant ? Comme j’avais vu des films américains, j’ai pensé qu’il pouvait me servir de cheval. Je grimpai dessus et il se laissa faire. Il partit à grande course. C’était excitant. Mais étant donné les courbes de mon cheval, je ne pouvais rester que quelques secondes. Et c’est là que ce passa la magie : quand je chutais, il s’arrêtait. Je rembarquais et nous partions en trombe avec toujours le même trajet : le tour du camp.

Nous avons joué comme ça pendant tous les mois d’hiver. À chaque matin je retrouvais mon porc à l’entrée, le lancement du sceau, les vapeurs aux odeurs toujours pareilles. Je le laissais déjeuner en paix et quand il était prêt nous jouions au cowboy.

Je suis devenu très habile à monter la monture. Mais le porce allait tellement vite qu’un jour je fis une chute en tournant le coin du camp qui me marqua. J’étais sonné… et pour de vrai. J’avais le visage planté dans la neige et je ne voyais plus rien. La tuque toute croche et je tentais, bedaud, de me relever. Le porc vint vers moi et se mit à parler. Comme s’il voulait me secouer. J’ai alors replacé ma tuque, essuyé le visage et remonté sur ma monture.

Mais comme dira plus tard Geoges : All things must pass. Et c’est ainsi que le porc disparut parce qu’il avait été élevé pour nourrir les bûcherons du camp. En ai-je maingé6 Je ne sais pas. Sans doute que oui. Ceux qui disparaissent prennent toujours une autre forme…. Ils en deviennent invisibles.

Il y a probablement un peu de porc dans tous les êtres que j’ai rencontré dans ma vie. Je ne me suis pas fié aux dires, je me suis fié à mon instinct. Rares sont ceux qui ont passé le test. J’ai toujours eu du flair pour les méchants…

Il se passa deux ou trois incidents pendant cette hiver-là : un bûcheron fut attaqué par un orignal, je suis allé à la rencontre d’un ours et j’ai tenté de le caresser. Tout le monde me regardait à partir du camp. Personne ne sortait de peur que la bête ne me déchiquète. Mais je suppose que les bêtes ont un flair pour les «enfants». J’ai encore le souvenir des chevaux attelés à leur traîneaux aux skis de bois plaqués d’acier sur lesquels j’embarquais parfois. Il y avait le froid, le froid mordant, et les museaux des chevaux qui crachaient de leurs narines des jets de vapeur.

Puis au printemps arriva un couple avec deux enfants. Je pense que c’était le patron… J’ai joué avec les deux enfants, dans un petit camp, à un jeu étrange : fabriquer des images à partir de cubes. L’une m’avait particulièrement frappé : c’était celle d’un diable cornu. Qui donc m’avait déjà appris la peur du diable,la crainte de l’enfer ? On ne sait pas ce qu’on enseigne aux enfants à travers les discours des adultes que ceux-ci entendent sans…écouter. Ce sont comme des messages subliminaux. Les premiers, sans doute.

L’été passa. L’école m’attendait…

LA RÉPONSE DE DIEU

 

Sahib  était à son poste, trempé de sueurs; les balles sifflaient de partout. Il pouvait entendre les cliquetis métalliques sur les tôles froissées qui l’environnaient. Certaines étaient bâfrées de sang déjà coagulé. Il attendait seulement que l’une d’entre elles l’atteigne. Deux jours, trois jours sans dormir. Il n’en pouvait plus. La mort le délivrerait. Mais pourquoi mourir à 20 ans?

Il se dit qu’il n’en sortirait pas vivant. Pourtant, il avait  un destin l’attendait, une vie, une vraie. Et c’est pour cette raison qu’il cria dans un dernier espoir.

«Seigneur! Où es-tu?»

Il attendit une réponse qui ne vint pas.

Il répéta sa question avec une rage qui lui gonfla les veines du cou :

«Seigneur! Où es-tu?»

Le soldat, camouflé, enterré sous le noir de la nuit, entendit l’appel et répondit sur un ton sarcastique :

« Je suis ici, crétin!»

Sahib  comprenait la langue de l’ennemi. De plus, il était violoniste, doté d’une oreille absolue. Chaque syllabe comprenait une note qu’il avait saisie. Cet air était la troisième ligne d’une partition d’une œuvre pour piano de Mozart.

Pourquoi?

Il se rendit compte que son ennemi était à gauche et qu’une lueur, probablement celle de sa mitraillette était visible et que lieu correspondait à la provenance du son.

Il sortit de son trou et se mit à tirer vers une cible invisible. Comme si Dieu lui avait donné l’endroit. Il jubilait.

Il vida alors son chargeur dans un rayon de trente à quarante degrés de haut en bas.

****

Mahmoud était déjà blessé quand les balles se mirent à pleuvoir. L’une d’entre elles lui coupa l’annuaire de la main droite. C’en était fini du piano. Et c’était là le seul instrument qu’il avait pour rejoindre Dieu. Ce Dieu qui avait permis qu’un salaud lui enlève ce qu’il avait de plus précieux : un langage qui reliait tous les êtres.

Il se dit qu’il n’en sortirait pas vivant. Pourtant, il avait  un destin l’attendait, une vie, une vraie. Et c’est pour cette raison qu’il cria dans un dernier espoir.

«Seigneur! Où es-tu?»

Yosef, entendit le cri de l’ennemi. Pour répondre à son sarcasme, il répondit par quelques notes de Fur Elise de Beethoven.

«Je suis ici, crétin!».

Économie américaine 2010

SCANDALES MONTRÉAL VS BAS-DU-FLEUVE

Les sales secrets de l’administration Tremblay

C’est, en gros, ce que Benoit Labonté s’est dit. Une belle vengeance. Pourtant, lorsqu’il était le bras droit de Louise Harel, il s’est bien gardé de dénoncer ce système qui l’avait si bien servi.

Hier, dans une entrevue-fleuve accordée à Radio-Canada, Benoit Labonté s’est vidé le coeur. Il ne s’est pas enfargé dans la langue de bois pour qualifier la corruption à Montréal: cancer avec multiples métastases, gangrène, système mafieux. Et pas juste à Montréal, a-t-il ajouté, mais aussi «autour du gouvernement du Québec» Cyberpresse

MONTRÉAL

PAYSAN

Les patiens obèses et les médecins obèses de l’esprit

médecin

D’après un article et une étude, les médecins sont moins respectueux des obèses… On a passé les fumeurs, on devrait bientôt atteindre les addictés (sic) du travail, et d’autres cibles.

On veut quoi? Un malade qui est malade à cause d’un lien génétique?

On veut choisir comment il faut être malade pour être traité?

Les athlètes courent trop. Arrêtez-les tout de suite. Et les joueurs de hockey qui se flanquent des coups en s’amochant le crâne?

C’est un métier, je suppose…

Les médecins respectent moins les patients obèses

Les médecins respecteraient moins leurs patients en surpoids que leurs patients de poids normal, selon une étude américaine publiée dans le Journal of General Medicine datant de novembre.

238 patients ont participé à l’étude, et chaque hausse de 10 points d’indice de masse corporelle (IMC) a entraîné une baisse de 14% du respect éprouvé par le médecin pour le patient.

Les données ont été collectées sur 238 patients à Baltimore, aux Etats-Unis. Les patients et les médecins ont répondu à des questions sur leurs visites, leurs attitudes, et la perception de l’un sur l’autre lors de leur entretien.

En moyenne, les patients pour qui les médecins ont éprouvé le moins de respect avaient des indices de masse corporelle plus élevés que ceux pour qui ils ont éprouvé davantage de respect.

Des études précédentes ont déjà révélé que lorsque les docteurs respectent leurs patients, ils leur divulguent davantage d’informations. Par ailleurs, certains patients qui ne se sentent pas respectés pourraient éviter le système de soins.

L’étude n’a cependant pas indiqué de liens entre le respect du docteur et les revenus plus ou moins faibles des patients.

Une prochaine étape consisterait à comprendre comment la différence de respect porté par les docteurs à leurs patients peut affecter la façon dont ils les soignent. ( Cyberpresse)

Hitler, Bush et Bosch

« Il y a deux histoires : l’Histoire officielle, mensongère,
qui nous est enseignée, et l’Histoire secrète
où se trouvent les vraies causes des évènements :
une Histoire honteuse. »
Honoré de Balzac

Bill Gate « vaut » $ 100 000 000 000…. mais 40 000 enfants dans le monde meurent de faim chaque jour. « 2,3% des intérêts que rapporte la fortune de Bill Gates suffirait à nourrir ces 40 000 enfants… ». C’est un sophisme, et les intérêts de Bill Gates ne sont que des chiffres dans un ordinateur, alors que les enfants se nourrissent d’aliments bien réels qu’il faut travailler pour produire.  Nouvelle Société PJCA

L’évaluation du règne de Bush

Oliver Stone a intitulé son film W. Tout simplement. On dirait une note d’évaluation… Son portrait est celui d’un homme jovial, naïf, manipulé par un entourage approximant   la clique hitlérienne de  deuxième grande guerre mondiale.

Dans le film, Josh Brolin copie la démarche de ce Texan

Une démarche à la John Wayne

L’histoire de la démarche de John Wayne est celle-ci : un jour de tournage, un réalisateur, excédé de le voir marcher comme un navet, lui montra comment il devait le faire. Cette démarche est passée à l’Histoire : un déhanchement à la Elvis, et les pieds en dedans. Loin du naturel…

John Wayne débarquait de son cheval, M. Bush de son Air Force One.

M. Bush a constamment gardé  un œil sur le terrorisme et l’autre sur le pays. Hélas, le cerveau n’a pas su jamais pu suivre la vitesse du nerf  optique. S’il a pu éviter le soulier  qu’on lui a lancé, c’est qu’il n’était  habitué  qu’à ne voir que les siens. Des dix, dira-t-il, en blaguant.  Ce n’est sûrement pas un pointage qui lui convient. Pour note, on lui donnerait plutôt le titre du film : W.

Hitler et son œuvre de peintre raté

Comme Hitler, M. Bush et son administration ont appliqué le principe de la   guerre éclair pour envahir l’Irak. Cependant, on  n’avait pas prévu de véritable plan B… De sorte que l’Irak  s’est retrouvé dans un brouillamini  indescriptible, totalement désorganisée, avec des pertes civiles bien   plus élevées que celles  calculées.

Hitler n’a laissé qu’un pays en ruines  avant de se suicider. Et son cher Goebbels, lui, s’en est allé, emportant sa femme et ses six enfants âgés de 4 à 12 ans.

L’Europe à sang, et le reste du monde éclopé.

Ce conflit fut le plus coûteux en vie humaine de toute l’histoire de l’humanité. On recense environ 60 millions de morts (dont 45 millions à cause des combats et des bombardements) avec plus de victimes civiles que militaires. L’URSS a payé le plus lourd tribut avec de 20 à 30 millions de victimes, civiles et militaires. Bilan Source Wiki

Bush le Ponce-Pilate

M. Bush, lui,  n’a laissé qu’un goût amer  à l’intérieur même de son pays. Et dans le reste du monde, il a peinturluré  une image défigurée, un ordre mondial froissé, divisé, laissant en héritage une dette record et des  dépenses militaires qui frôleraient les 3000$ milliards.

Environ 4000 pertes de vie en soldats américains, et plus de 29.314 Américains  blessés depuis le début de la guerre (soit un tué pour neuf blessés), dont un tiers resteront mutilés et infirmes. Sans compter les effets psychologiques. Il n’y a pas encore de prothèses pour les blessures internes et les vies détruites de «l’intérieur».

Une autre enquête, publiée en octobre 2006 par la célèbre revue médicale britannique The Lancet, estime pour sa part qu’en juin 2006, plus de 600 000 Irakiens étaient morts de façon violente. Un chiffre faramineux qui équivaut à 2,5 % de la population, soit 500 morts par jour depuis le début de l’opération « Iraqi Freedom »

Des femmes et des enfants, pour la plupart. Dommages dits collatéraux…

La maison est blanche, le lavabo également…

La seule réussite de M. Bush : l’industrie de la prothèse

Je voudrais bien ne pas être cynique, mais la seule industrie que M. Bush a pu sauver est celle des prothèses… Les handicapés de la guerre d’Irak sont revenus de leur «day alive» déchiquetés. Et les coûts, en 2007 seulement, s’élèveraient à 83$ milliards.

Finalement, l’intérieur du pays, n’est pas mieux que la vieille Allemagne de 1945 : Les ruines sont debout, mais à vendre…

Le tableau final : la quadrature du cercle

Bosch fut peintre de génie. Dans son tableau intitulé «Vanité», on peut y voir cet entrecroisement dédaléen insensé.

Qu’a donc laissé M. Bush comme œuvre ? Il reste à reluquer les images des guerres, des victimes en sang, pour se rendre compte que les peintres-politiciens n’utilisent qu’une seule couleur : le rouge.

Tableau désolant et lugubre qui démontre que dans les démocraties actuelles, la perte de contact avec la réalité du peuple est navrante : on distingue à peine les régimes dictatoriaux de ceux qui se qualifient de démocrates et libres.

Et s’il demeure une question, une dernière, ce serait celle-ci : la démocratie présente n’est-elle qu’un visage grimé, masqué, sous lequel se cache le vrai pouvoir? Et ce pouvoir cryptique n’est-il pas celui d’un diktat bien camouflé des intérêts de groupes de financiers avides et lugubrement déshumanisés?

Alors le peuple n’a plus de vrai  pouvoir : son vote en X passe, selon l’ordre d’un alphabet pipé. Tous les W. des pays avalent les X…

Lorsqu’un politicien en remplace un autre, il ne perpétue que ce génome de néo-libéralisme avide qui cultive l’argent virtuel. Et c’est pourquoi nos enfants sont charcutés, sans avenir, autant dans la chair que dans l’âme : l’argent n’a pas de pays ni de chaleur. De plus, il ne nourrit personne,  sauf certains  adultes secs, défunts  à la Vie, trop occupés à crayonner  leur autoportrait dans l’œuvre du monde.

Alors, on se demande si la majorité des dirigeants  ne devraient pas être déclarés inaptes à conduire un pays, une planète.

Quand on regarde l’œuvre de Bush, on se dit, comme Éluard,  que «les enfants devraient être élevés par des enfants».

On devrait limiter l’âge du vote de 0 à 18 ans…

Société

Dans une ruelle sans issue
Errant seul dans le noir
L’adolescent en fuite
Se cherche un avenir

Dans ce monde capitaliste
Où justice n’est que rêve
Les rebelles résistent
Contre la loi,ils se lèvent

Le gouvernement se fout de nous
Et utilise notre énergie
À bâtir un monde fou
Où flottent colère et mépris

Les jeunes craignent
Et ils ont peur
Car la folie règne
Et l’amour se meurt

Pour le meilleur et le pire
Mais pour le pire surtout
Préparons notre avenir
Tenons-nous debout

Jeunes,dressez-vous
Affrontez cette société
Rebellez-vous
Il faut leur montrer….

Ève Bolieu 1998