Archives quotidiennes : 26-octobre-2010

LA CULTURE DU MANGE-DEBOUT

L’actrice Sarah Bernhardt dormait les dernières

années de sa vie dans son cercueil.

Ceci, disait-elle, afin de s’y habituer mais

aussi de le rentabiliser.

Dormez vous bien?

Qui êtes vous pour l’État? Qui sommes nous pour l’État? À la société? À quel lit faut-il loger.

Depuis des lustres qu’on multiplie les études pour savoir combien coûte un citoyen dans sa manière de vivre, dans sa façon de réagir, et sur ses  bobos allant de la tendinite au poignet jusqu’aux problèmes  des maladies mentales en passant par la migraine.

À en croire cette montagne d’études, le citoyen  coûte tellement cher que L’État  devrait se débarrasser du citoyen.

Faire de l’humain un mange-debout

De plus en plus on voit sourdre cette grossièreté  de résumé de la personne humaine abrégé à son rôle de travailleur. C’est un concept que cultivent nos voisins du Sud, les étatsuniens. Si vous visionnez  un film américain (US), vous noterez que les gens sont tellement occupés qu’ils saisissent un hamburger ou un hot-dog chez un vendeur ambulant dans la rue. Dans les films français, les scènes les plus typiques sont celles où l’on prend un repas à la table, bien arrosé, et où l’on discute… Ou se dispute. Peu importe. On vit… On vit. Et c’est ça le but de la vie : vivre. Et heureux si possible.

Je les ai nommés les mange-debout.

Et ce n’est pas pour rien : les étatsuniens sont les gens qui prennent le moins de congés de toutes les sociétés occidentales. Ils sont absorbés par leur travail, avalés par leur job, compulsifs. Et à mesure qu’évolue (sic) une société, plus les maladies reliées au stress prennent de l’importance. C’est arrivé au japon il y a quelques décennies. À tel point que les dirigeants ont été obligés de lancer un message à leurs citoyens : ralentir la cadence.

Coût de l’insomnie au Québec : 6,5 milliards $  par an

Publiée dans la revue spécialisée Sleep, l’étude menée par des chercheurs à Québec estime que les trois quarts des dépenses engendrées par l’insomnie sont attribuables à des conséquences indirectes, comme des absences du travail et des diminutions de la productivité. Les coûts directs de l’insomnie comprennent les consultations médicales, les coûts de transport pour se rendre à ces consultations, ainsi que les médicaments obtenus avec ou sans ordonnance. (Source : cyberpresse)

Il est évident que l’on est moins productif quand on ne dort pas… Alors notre citoyen a tendance à s’auto-guérir. Et par quel moyen? L’alcool. Coûts de ce médicament? 340 millions $ par année. Un vieux remède qu’utilisaient nos grands pères.

La grande surprise des chercheurs.

Dans quel laboratoire vivent ces chercheurs?

Pas dans le monde, on dirait. Je ne sais pas combien a coûté l’étude. On précise toutefois qu’elle a reçu un appui financier des Instituts de recherche en santé du Canada. Je précise,  pas dans le monde, parce qu’il est aisé de voir qu’au Québec et ailleurs – toujours dans les sociétés dites évoluées,  que l’alcool est une vu comme une panacée – à quel point l’alcool est devenu un moyen d’éponger sa souffrance et son stress, et la somme de toutes les peurs.  Il ne sert pas toujours à son but premier qu’est le plaisir. Hélas!

Du houblon dans la boîte à lunch

Rappelons que chaque petit fort au Québec, il y a quelques siècles, avait sa brasserie. Le soldat avait pour ration un litre de bière par jour. La bière est une nourriture riche en vitamine B. Et ça devait aider un peu au combat… On devait manger vite pour affronter l’ennemi. Plus vite on mangeait, moins on avait peur.

Doper l’athlète aux olympiques du marché

L’État devrait commander une autre étude sur les sources du stress. On a dû déjà le faire. Mais les sociétés – encore une fois dites évoluées ( Évoluées vers quoi? On commence à se le demander, nous aussi, le simple citoyen à quelle évolution nous travaillons ) – a trouvé une solution moins coûteuse.

C’est assez étrange comme raisonnement

«Les coûts liés à l’alcool constituent un peu une surprise à nos yeux, de même que la fréquence de sa consommation en vue de provoquer le sommeil», a commenté la coauteure de l’étude, Meagan Daley, professeure au cégep Champlain-St. Lawrence, à Québec. Elle a fait remarquer que les somnifères coûtent aussi peu que 11 cents par comprimé, alors qu’un verre de vin coûte beaucoup plus.»

Je ne vous cache pas que j’ai envie de brailler. Un verre de vin coûte plus cher qu’un comprimé… Il y a de quoi aller au dépanneur…

Je répondrais à la professeure  qu’une fois le médecin trouvé et la prescription remplie,  additionné au clic!clic!  d’un examen,  et les effets secondaires de ces poisons…. Je serais porte à croire qu’on arrive kif-kif. (1)

Ce qui veut dire qu’au lieu de s’attaquer à la source du problème, on préfère doper le citoyen… pour le rendement.

Connaissez-vous un québécois qui va tergiverser entre une bière et un comprimé? Et quand on connaît cette mensongère industrie pharmaceutique – cette empoisonneuse – en tant que québécois, je ne prendrais pas de chance. Le Ziban, cet anti-dépresseur, sert maintenant à stopper le tabagisme. Pourtant, il a été conçu pour enrayer le phénomène de la dépression, cette maladie encore malheureusement perçue comme une faiblesse. Il vous soigne par effet secondaire. C’est donc dire à tel point les concepteurs de ces bombes chimiques connaissent leur produit.

C’est comme créer une cuillère et se retrouver avec une fourchette.

Les chameaux de la vertu

En  Ontario, on a évalué à 500 millions $ les pertes dues à la contrebande de tabac. Les réussites de la lutte au tabagisme sont dues davantage à la prévention et à l’éducation qu’à cette  idée saugrenue et obtuse de camoufler le produit derrière les comptoirs.

Il semble que nos dirigeants tentent de trouver tous les moyens pour que le pays accouche d’un citoyen parfait. Et sans émotions… Par une sorte de rigorisme têtu et bête, sans regard à la personne humaine et la complexité celle-ci.

Bref, créer un robot.

Comme le dit la chanson de Desjardins :

Pour faire un bon gars

Pas d’alcool, pas d’tabac

Dans un monde idéal, soit.

Dans la réalité, la complexité de l’humain face à cette tentative de l’automatiser réagit mal. Qui plus est, face à ère effrénée ou l’on coure pour travailler dans un horaire et un milieu souventes fois contre nature, le citoyen ne dort que d’un œil, avec pour seul rêve le cauchemar qui l’attend le lendemain.

L’Homme ou le matelas?

Nous vivons dans une société qui fait des choix. En regard de quoi ou de qui? Il semble qu’on les fasse en regard de quoi. Insensé mais hélas fidèle à notre monde.

Allez donc faire un tour chez les marchands de matelas. Étudiez-le. On est loin de la paillasse du moyen âge. Des couches et des couches savamment étudiées :

La composition des matelas s’est considérablement diversifiée : Les matières utilisées : coton, fibres synthétiques, lainage, mousses PU, mousses viscoélastiques (dites à mémoire de forme), mousse de polyester.

C’est compliqué un matelas. À mémoire de forme.

C’est ça notre progrès : améliorer les matelas au lieu d’améliorer nos vies. C’est ça notre orientation de société.

Orienté et déboussolé.

Un bon matelas Hi-Tech (sic), coûte entre 500$ et 1000$.

Pour jouer le jeu de tous ces cerveaux voués au veau d’or de la matière grise, j’ai calculé qu’un adulte qui commence à se somniférer à 25 ans, dépense, à 11 cent la pilule (espérance de vie de 85 ans), 2400$ pour se geler avant de dormir.

Ah! J’oubliais, l’inflation.

Et si 30% des canadiens ont des problèmes de sommeil, à devrait tourner autour des 2,5 milliards.

J’arrête ici, parce que si je continue je vais finir par prouver que la nuit coûte plus cher que le jour.

Bon! Je pense que je vais aller me coucher. J’espère que le matelas se souviendra de ma forme.

(1) Kif-kif.

Il s’agit d’une expression qui date de 1867 et qui a été empruntée à l’arabe maghrébin et ramenée en France par les soldats des armées d’Afrique du Nord.
C’est un dédoublement du mot arabe ‘kif’ qui signifie ‘comme’.