Archives quotidiennes : 25-octobre-2010

Victoire ou désespoir

Mes idées s’envolent et planent
Mes pensées se concrétisent
Déception,manège et passion
Ma tête est entremêlé et perdubé

Les pleures se figent dans mon coeur
Je suis détruit et vidé…
Aucune raison ne garde l’esprit saine
Dans ce labyrinthe,rien n’est retrouvable

Mon âme décroîte et s’enflamme
Vie manquée ou ratée quelle dilemme
Mon sort ne se trouve pas dans mes mains
Je n’i peux rien,c’est contre mon gré

Se coucher le soir en espérant
ne plus jamais se réveiller
C’est l’un de mes plus grand rêve
J’espère que ce jour viendra…

Mes yeux saignent et se ferment
Cette douleur me perfore le coeur…
Me restant immobile et détruite
Pogné dans ce piège,sans issue

Ève Bolieu
Octobre 2010

Alain Bésil, écrivain. Le mystère du lac Pohénégamook. (extrait, chapitre 3)

 

CHAPITRE 3

 

LA FEUILLE ET L’ARBRE

 

 

 

Même si tu inventais des millions de roues, tu

ne pourrais pas aller plus loin que la terre. C’est pour ça

que mon camion est un Ford 150, tout rouillé. J’ai

beau lui mettre des pneus neufs, il n’ira pas plus loin

que sa carcasse.

Léon

Quelle surnaturelle merveille !

Et quel miracle ; voici :

Je tire de l’eau et je porte du bois

Poème Zen

P’ang-iun

À quelques mètres de là, un pouvait entrevoir la silhouette d’un vieux camion  pourpre défraîchi, râpé. Ses  vitres, comme les yeux des  vieillards, semblaient souffrir de cataractes : gondolantes, ternes, ridées de crevasses et de fendillements, le monde, à travers elle, se percevait flou, vaporeux.   La vie en avait éreinté et tordu la carcasse. Avec ses convexités distinctives des années cinquante, Léon le comparaît au charme de Marilyn Monroe. Comme toute décennie, celle-ci était  lié costumes, techniques, arts, dans une sorte d’ADN inconsciente. Les idées, à travers les temps, font l’amour aux idées, aux croyances, aux certitudes.  Des formes communes surgissent, sans qu’on en sache la raison, dans des desseins imbriqués  par une architecture inconsciente, s’activant sans cesse.

Deux hommes, affairés, lorgnaient la demeure provisoire  des deux intellectuels, à travers un pare-brise fendillé et parsemé de chiures de mouche et de granulations tenaces.

Le jour s’éteignait lentement, traçant ça et là des lacets d’ombres sur le sol, dessinant des fleurs  charbonnées  sur le sol. Les cimes des arbres – personne ne semblait l’avoir noté – copiaient les structures des fleurs en noir et blanc. Jeu de lumière et de noir.

La nuit.

La grande paupière de l’horizon fermait ses yeux rougis. Ce bout de Terre était fatigué et avait besoin de repos. Et quand Léon jetait un œil vers l’Ouest, ses paupières devenaient lourdes.

Jean-François, son jeune compagnon et chef d’équipe,   avait été embauché par la petite ville dans le but  de saboter l’entreprise des deux chercheurs. Étudiant en Philosophie dans une université de langue anglaise, il retournait dans son patelin,  l’été,  pour retrouver sa famille. Avec sa crinière ondulée, frisottée,  mi-longue,  il affichait  cet air hagard des gens débonnaires pour qui la vie est une balade lente et   assurée. Comme si au bout de celle-ci, le mystère de l’existence serait conquis. Telles les feuilles des trembles, si vertes, qu’ils s’agitaient pour affirmer leur puissance et leur certitude vive face  la venue de l’hiver. Une feuille ne sait pas qu’elle va mourir et s’affaler sur le sol.

Léon, lui, regardaient les feuilles se trémoussant aux vents. Il les regardait parce qu’il était au fait des saisons.

Le jeune homme  sortit de la Ford. Il passa ses mains sur ses jeans poussiéreux. Puis il se retourna vers la Ford 150, et la regarda d’un air méprisant. Le passé était le passé. On lui avait appris l’avenir, rien que l’avenir, là où tout était enfin non révolu. Des moustiques tournaient alentour de sa tête. Il percevait les bruits des maringouins au ras de ses oreilles, les infimes morsures à l’arcade sourcilière. Il détestait la campagne.

Sa démarche, sa prestance, lui concédaient l’air de ceux qui regardent la vie,  enceints de leur culture manufacturée,  avec la légèreté des ailes de la vérité. Il en avait été toujours ainsi, et il en sera toujours ainsi.  Telle une possession, tel un or, qu’à force d’engranger, on peut se prémunir d’une certitude inébranlable.  Son but :  la réussite sociale. S’il vivait dans le moment présent, ce n’était pas au sens philosophique ou zen : mais  par méconnaissance de l’Histoire et des penseurs.  Sa plus grande ignorance était que les idées ont aussi leur histoire, mais qu’elles sont souvent trafiquées. Le passé est toujours dépassé. Au fond, il était victime du monde moderne, et du consumérisme d’idées : la suivante est toujours la meilleure. Bâtir un futur. Une sorte de devise qui le faisait agir.

Il adorait les chats et en possédait deux : Bush et Antibush. Le chat étant  un animal  territorial,  la préservation de son lieu de vie est le moteur principal de ses interactions avec les autres individus. Le maître s’estimait  ainsi : son territoire était celui des idées.   Il avait étudié tous les tracés des grands penseurs, mais il voulait baliser la sienne dans son mémoire de doctorat. Comme tous ceux de son âge,  il avait, par cette naïveté nécessaire à l’existence, l’éternité devant lui. Il ne pratiquait aucune religion, sauf celle d’une spiritualité qui consistait à faire une vingtaine de minutes de méditation transcendantale,  dans le but affété d’éclaircir son esprit pour être plus productif. Il aspirait   à parfaire le monde. La dualité des noms de ses chats était en quelque sorte les bibelots fixes, incassables de son univers intérieur. Le monde – du moins celui sur Terre – représentait une dualité à définir, un mystère qu’un jour on pourrait agglutiner.

Léon, son  employé, lui avait été assigné.  Léon le  menuisier. Pourquoi Léon ? Pourquoi ce Léon, cet ignare qui se promenait toujours avec son parfum de sapin ou de cèdre ? Se frottait -il les aisselles à tous les matins d’un bout de bois ?  Léon, lui  qui  avait appris son métier le tas,  en tâtonnant, sculptant  le bois pour lui donner les formes harmonieuses pour  un accomplissement, une fin  pratique.  Il   avait pris conscience que le bois n’était qu’un matériau qui une fois mort pouvait donner vie à toutes les formes. Ce  matériau, en apparence inerte, pouvait reprendre vie sous des formes diverses. C’était cette mort, cette inertie qui permettait à son créateur de le faire revivre.  Léon avait appris à  faire revivre les choses mortes. Et plus il travaillait sur des formes, plus il se rendait compte que cette mort apparente, cette fomre dormante n’avait pas de fini. Un  arbre n’est pas qu’un arbre : une fois qu’il avait  terminé sa tâche d’oxygéner, il restait de multiples  fonctions. Même morte, cette inertie matérialisée avait au contraire plus de vies que ses cinquante ou cent ans vécus.

« L’arbre attend longtemps, mon gars, très longtemps…Si longtemps que plusieurs hommes vont passer avant qu’ils ne remarquent l’arbre. Il a la patience d’attendre son artisan. »

Quand on lui demandait de fabriquer un table, il fabriquait la table en y a joutant une touche particulière, de sorte qu’elle soit unique, comme l’arbre duquel il l’avait tirée.

« Un arbre ne meure jamais, mon grand. Quand il n’y a plus rien à voir de sa carcasse, il se fait invisible, comme s’il se transformait lui-même en nourriture pour les arbres. C’est juste, qu’en attendant, il reste une nourriture pour les humains… Quand j’ai compris ça, j’ai été étonné… Et je continue de l’être…».

Le futur Dr en philosophie  écoutait ses propos sans grand intérêt. Car pour lui, un arbre était un arbre. Point. Son rôle dans la création n’avait pas de but plus grand que de fournir de l’oxygène ou de fabriquer des maisons. Ou encore ces affreux bateaux laids qu’on vend dans les boutiques comme attrape-touristes.

Il soupira. Ils étaient ensemble depuis quelques jours seulement, et il était lassé d’entendre toujours ce même discours.

Léon découpait sa pomme dans le soir,  avec ce canif usé, la lame arquée par de nombreux aiguisages,  en mangeant une cosse, se délectant, tranquille et béat.

–    Tu ne sais rien, vieux con ! Il y a tellement de choses à savoir. Et c’est tellement beau…

–    On ne peut pas faire une maison avec une branche, mon gars !

Jean-François resta figé un moment, ne sachant que répondre. Il y avait quelque chose dans la phrase qui l’avait intrigué. Mais il ne savait pas quoi. Alors, tardant’à répondre, Léon reprit :

–    Tu as l’air figé mon gars. C’est qu’un arbre n’a pas la chance de s’arrêter et de s’écouter. Nous,les humains, nous avons le pouvoir de nous arrêter un instant. Comme un arbre attend la sève.

–    Explique-moi.

–    Je ne sais pas à quoi ça servirait. Je te regarde, avec ton appareil, là, sur tes oreilles, et je n’entends que du bruit. S’il te faut des sons aussi forts, je ne vois pas l’intérêt pour toi quand tu entends le bruit des feuilles et du vent. Je ne prétends pas que c’est ce qu’il y a de mieux… Je pense seulement qu’on ne sait plus vivre. On fait des livres avec les arbres, mais on ne fait pas d’arbres avec les livres. Pourtant, ils sont de la même souche. Sauf qu’ils sont passés par quelqu’un qui a décidé d’écrire dessus, d’en faire du papier. Alors il s’est dit : « On peut faire plus que l’arbre». C’est certain…

–    Tu viens de le dire… Plus que l’arbre, c’est certain…

–    J’ai dit plus, je n’ai pas dit mieux…

–    Oups ! On devient subtil… Se moqua le jeune homme. Tu vois, t’es rendu à bout avec ton arbre, Léon. Alors, laisse aux jeunes le travail de finir ce monde… De le parfaire, de l’enrichir.

Il y eut un moment de silence.

–    Tu n’as plus rien à dire.

–    Je me suis dit que justement, l’encre a tellement coulé qu’il a noyé les arbres.

Le jeune homme prit une grande respiration :

– Tête de cochon !

***

Il retourna à sa lunette pour essayer de voir les deux amoureux.

–    Quand je construit une maison, lui avait dit Léon , il faut constamment reprendre ses calculs et les adapter. C’est comme ça qu’un jour j’en ai bâti une sur un sol glaiseux. Il a fallu que j’adapte la structure aux mouvances du sol, aux pluies, aux gels, aux saisons. C’est comme ça dans ta vie, mon homme. C’est comme ça… Pire encore : il faut pendant des années la repeindre, refaire des parties de murs usés… C’est comme ça…Je me suis dit que si j’arrivais à faire la maison presque parfaite, il y aurait un peu de moi dans la maison… Quand je regarde celles que j’ai construites, je me dis qu’elles me regardent aussi…

–    T’aurais besoin d’un psy, Léon !

–    Pas vraiment, parce que tout ce que tu construits dans ce monde, c’est toi. Pas besoin d’un psy qui pense connaître la maison que tu es. Il sait juste placer les chambres au bon endroit… Et encore…

Puis il ajouta :

–    Comment vont tes lunettes, mon gars ?

–    Pas mal.

–    Qu’est-ce que tu vois.

–    Ils ont fait un feu de camp. On voit des braises monter et une aura rouge ovale dans l’air. Je pari qu’ils mangent des guimauves, les chanceux.

Léon ne savait plus quoi dire. Ils étaient tellement différents : l’un travaillait le bois, l’autre égrappait les idées des grands penseurs pour se tricoter une pensée originale.

–    T’es marié ? Léon.

–    Veuf !

–    Ta femme est morte ?

–    Il faut bien qu’elle soit morte pour que je sois veuf…

–    Comment elle était ?

–    Belle ! Avec des yeux comme des chandelles. Elle savait que j’aimais le bois comme je l’aimais, elle. Je l’ai aimée verte, je l’ai aimée à l’automne… Et je l’ai aimée quand elle est retournée à la terre.

–    J’aimerais ça faire un feu de camp. On gèle ici.

–    C’est comme ça les soirs d’été. Et c’est parfait comme ça. Pour dormir il faut être gelé un peu. C’est pour ça que j’aime ce pays… Mais je pense que le pays ne m’aime pas.

–    Pourquoi tu dis ça ?

–    Parce qu’il n’y a plus de pays… Avec la mondialisation, les pays sont dans tous les pays. C’est comme si les sapins étaient devenus des érables parce que le monde veut des érables.

–    T’es un drôle de numéro…Léon !

Il continuait à contempler le feu de camp, fasciné par ce fanal de braise délinéant un arc carminé dans la nuit humide.

–    Tu vis en ville ? Jeff

–    Pourquoi vous m’appelez Jeff ?

–    Parce que J.F., au son, ça fait Jeff.

–    Et qu’est-ce que ça a voir avec notre mission ?

–    Rien. C’est juste que je te trouve bizarre de regarder les braises d’un feu de camp alors que le ciel est un feu de camp. En ville, vous ne voyez rien. Ce qui vous éclaire, vous aveugle. Je le sais… Ma belle-sœur habite en ville. Je suis allé la visiter un jour, en pleine canicule. Elle avait laissé la fenêtre ouverte parce qu’on crevait de chaleur. Les bruits des autos, c’était plus terrible  que les mouches ici. Au moins les mouches ne beuglent pas.

–    Mais ici les artistes ne chantent pas. Il n’y a rien ici…C’est mort. Les jeunes s’en vont en ville parce qu’il y a de la vie. Tu devrais voir la rue les vendredis soir… On s’amuse comme des fous…

Léon ne savait trop que dire.

–    Tu veux une bière ?

–    On ne boit pas au travail, Léon.

–    Je ne trouve pas que c’est un travail que de regarder les gens avec des lunettes d’approche, fit remarquer Léon. D’abord, ils ignorent que nous sommes là. Tu veux voir quoi ? La sorte de pyjama qu’ils portent. Il y a longtemps que j’ai cessé de travailler.  J’ai travaillé trois ans pour une compagnie qui voulait que je leur fabrique des moules en bois.

–    T’as raison. Donne-moi une bière.

–    Qui te dit  que j’en  avais ?

En rigolant, il fit sauter le bouchon.

***

Le temps passa. Et plus les bières se vidèrent, plus les espions s’amusaient.

– Ils sont vert pas à peu près…Les voilà à la chandelle.

– À moins qu’ils s’offrent une partouze sous les draps. Les chanceux…

– Ce sont des intellectuels.

– Ben! Ils ne sont pas dangereux. Les sociétés ne se servent plus d’eux.

– À quoi ça sert alors de connaître, de savoir?

– C’est quoi une thèse?

– C’est une hypo-thèse. Ajouta-t-il en souriant.

– Je ne comprends rien à ce que tu dis…

– J’ai envie de pisser

–  C’est plus clair….Vas-y, je surveille. C’est pas les poteaux qui manquent…

Il ouvrit sa fermeture éclair. Au moment où il le fit, le chant des grillons déchira le silence de la forêt.  L’engin pris dans la fermeture éclair, en tirant sur celle-ci, traça une mince ligne rouge sur son pénis. Il hurla.

***

– Tu ne trouves pas que le son s’est éteint de façon étrange?

– On dirait qu’il a accouché d’un son nouveau…

–    Drôle de son ! fit remarquer Éva. On dirait une vache qui meugle.