ARMAND ET SON CHAR

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Deux hommes étaient assis sur un banc de parc. C’était l’automne, et les arbres perdaient leurs feuilles comme les vieux perdent leurs cheveux. La peinture du banc était aussi écaillée que leur peau déjà un peu flétrie. On pouvait voir deux petits nuages noirs dans le ciel de la ville.

–  Tu crois qu’il y a une vie après la mort?

–  Non!

–   Pourquoi?

–   Quand j’ai perdu mon char, l’an dernier, il est comme mort. Il a cessé de fonctionner. Point!

–  T’est têtu!

–          Oui. Et je ne change pas d’idée comme je ne change plus de vêtement depuis qu’Étiennette est morte.

– S’il y avait quelque chose?

– Comme quoi?

–  Pas un paradis mais, autre chose,…

–  Comme quoi? C’est dur à battre un char…

– Moi, j’ai  jamais eu de char… Alors, je ne me suis pas assis dans un char pour regarder la vie passer. Je me suis assis et j’ai regardé la vie.

–  Qu’est-ce que t’as vu, mon petit génie!

–  Là haut c’est comme ici. On décide de ce que sera le paradis. On ne voit que ce que l’on croit…

–          Je crois aux chars… C’est de la mécanique ton corps…

–  C’est une vision de mécanicien…

– Bon! Et toi, tu as fait quoi dans la vie?

–  Rien.

–  Paresseux!

–  On voit mieux avec les yeux de la paresse. As-tu une photo de ton Étiennette.

–   Bien sûr.

Il l’a sortit de son portefeuille et lui montra.

–   Elle était vraiment belle…

–  Plus que ça, elle riait tout le temps…

L’autre partit peu de temps après. Il traversa la rue et se fit happer par une auto. Armand, quelques jours plus tard se rendit au cimetière et enterra son ami en jetant une pelletée de terre.

Il rentra chez lui, l’arme à l’œil.

Alors, pour se consoler, il prit son portefeuille et sortit la photo de son Étiennette.

C’était celle d’une auto. Il fouilla, fouilla, mais ne la trouva plus.

Il rentra dans son salon pour voir celle plus grande, dans son cadre. Mais toutes les photos n’étaient que des photos de voitures.

Il s’énerva, s’assit et prit un verre de gin.

Puis il s’endormit et rêva que les photos d’Étiennette reviennent.

À son réveil, il fit le tour de la maison et retrouva toutes les photos de sa femme. Pui, par curiosité, il fouilla dans son portefeuille pour trouver celle de son auto.

La seule qu’il avait s’était transformé en Étiennette.

Il la retourna et vit inscrit à l’endos :

«Mon char».

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