Archives quotidiennes : 7-janvier-2009

BYE-BYE 2008: DEUX PLAINTES, UN NOIR, UN BLANC

Le mécontentement à l’égard du Bye Bye 2008 s’est matérialisé en de nombreuses plaintes déposées au bureau du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC); signe qu’en humour, ce qui fait rire les uns peut faire grincer les dents des autres.( Cyberpresse, Fannie Olivier)

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Bien sûr, c’est du RBO, alors c’est souvent cru, c’est souvent méchant. Vulgaire, oui, des fois. Mais des fois, la vulgarité, c’est la seule façon de traiter un sujet.

Patrick Lagacé. ( critique de Bye-Bye de RBO, 2007).

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28 plaintes

4 135 000 curieux

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Ce soir-là, je suis allé, dès 00h30 voir la cote de Patrick Lagacé : B+. Je la trouvais un peu forte, mais pas dans le sens de la vulgarité qui se dégageait du show, mais de cette insistance sur la chanson et de cet hommage à Michel Louvain incongru et hors propos.

Qui sont les auteurs du 2008?

Louis Morissette, Jean-François Mercier, François Avard, Jean-François Léger et Pierre Hébert.

Avec François Avard, auteur ou co-auteur des Bougon on pouvait s’attendre au  frustre et l’incivilité. Mais c’est un génie dans le genre. Son humour est arrogant et scalpelisé,  d’une caricature mordante qui fait ressortir les traits de situations ou de personnages. Bref, comme disait M. Lagacé, des fois la vulgarité c’est la seule façon de traiter un sujet.

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J’ai lu bien des critiques, des lettres de lecteurs, des commentaires sur les blogs.

Vulgarité, racisme, sujets déplacés…

La vulgarité

Si il y a quelqu’un – un groupe- devrais-je dire qui nous a habitué à la vulgarité c’est bien RBO. Guy A. Lepage soulignait d’ailleurs lors d’une entrevue qu’avant Un gars, une fille que RBO versait dans le pipi-caca, selon son expression. La réputation de RBO et leur émission était d’ailleurs critiqués  à l’époque.

Le cuisinier de RBO n’était très raffiné non plus.

Vulgaire à souhait.

Mais Sœur Angèle ne s’est jamais plainte.

Le cas Jean-François Mercier

Il est vrai que Jean-François Mercier n’est pas le genre à broder de la dentelle avec des phrases pompées en rafales, style : «Lâchez pas, ma gang de consanguins du Canada anglais, pis continuez à l’élire, votre lobotomie à deux pattes!» Et d’ajouter, toujours en s’adressant au Canada anglais: «Pis toutes vos osties de villes plates où est-ce que toutes les bars ferment à 4h30!»

C’est vulgaire, gratuit, mais c’est une phrase dans un show de 90 minutes.  Il faut avoir vu Jean-François Mercier aux Parlementeries 2008, pour se rendre compte qu’il a presque volé le show. Le gars est croulant.

Il dit avoir reçu des menaces de mort… Et de se parer d’une veste pare-balles. Je n’en suis pas surpris. Sur ses propos dits racistes… Les menaces de mort sont-elles plus élevées que les propos de l’humoriste ou de ceux qui les ont proférées.?

C’était une blague bâtie pour le punch :

Un Nègre à la Maison-Blanche, c’est une bonne affaire. Noir sur blanc, c’est plus facile à tirer.»

Certes, les deux phrases  n’étaient sans doute pas pour Radio-Canada. Surtout la première. Mais pour avoir vécu pendant quatre ans à Ottawa, j’ai vu la race française se faire invectiver, frapper, par les seigneurs anglophones, avec haine et mépris.

J’en ai vu abandonner leur langue pour éviter de se faire insulter par les anglophones.

Pas moins…

Pour les villes plates, ça pourrait aller, pour l’insulte précédente c’est en effet plus que douteux de traiter un – ou des politiciens – de lobotomie à deux pattes.

Au lieu d’essayer de caler le show au complet, on aurait pu faire la part des choses. Les stand-up comiques du Québec versent souvent dans la vulgarité.

Mike Ward

Peter Macleod

Maxime Martin

Et j’en passe…

Et combine de fois ces gens se sont-ils moqués des Anglophones, des travers de nos politiciens et de nos mœurs ?

Nathalie Simard

On aurait touché à un sujet scabreux.

Ah!

Nathalie Simard a fait les manchettes en 2008, et c’était risible. Tellement risible qu’on aurait pu en faire un sketch encore plus poussé.  Pourquoi ces commentaires disant qu’il aurait fallu éviter de parler de Nathalie Simard?  En quoi Véronique Cloutier est-elle coupable? De rien.

Je félicite Radio-Canada pour justement avoir acquiescé à la demande des scripteurs : le sujet en était un comme les autres.

Point.

C’était de l’hypocrisie que de l’éviter. Et les scripteurs, eux, n’avaient pas à considérer Véronique  Cloutier    comme un muret à leur propos et leur œuvre de dérisions.

Ça n’a rien à voir avec une histoire de famille.

C’est un événement qui s’est passé en 2008 et qui n’avait rien à voir avec les épisodes de vie antérieurs de la chanteuse.

Si ça l’avait été, Véronique Cloutier et Louis Morissette auraient refusé de le faire. Ils ont eu l’intelligence de faire la distinction. Et Radio-Canada également.

Le racisme

On peut en parler du racisme.

Les Têtes à claques a été attaqué  pour  un sketch anodin par la Ligue des noirs du Québec en 2007.

Selon Québec Pluriel, le sketch, qui montre un cannibale noir portant le nom de Kunta Kinté, un nom symbolique pour la communauté noire, est méprisant pour les noirs et raciste.

À mon souvenir, il cuisait un missionnaire dans un grand chaudron.

Leur demande a été déboutée.

Il n’y avait strictement rien de méprisant et de raciste.

Obama et Denis Lévesque

Le sketch ridiculisait Denis Lévesque, pas Obama.

Le lien était – à ce que j’ai pu voir – la célèbre entrevue avec Paul McCartney, où Denis Lévesque essayait de se transformer en Beatles.

Les deux ex-Beatles n’ont pas porté plainte…

La nostalgie des Bye-Bye

Faut-il retourner aux plats Bye-Bye d’André Dubois, avec ses sketchs politiques et ses chansons? Ou sortir Dominique Michel de sa retraite?

Non.

Les Bye-Bye se sont améliorés depuis. Plus vifs, plus mordants, plus dérangeants aussi…

L’humour a évolué dans sa palette d’approches. Moins poli, baveux, plus incisifs…

C’est presque un compliment que de voir autant de gens, autant chroniqueurs que spectateurs, s’offusquer.

Je n’ai pas vraiment aimé le Bye-Bye. Et ce à cause du mélange un peu bâtard des genres.

Mais ce n’est qu’un point de vue parmi 4 millions.

Mais je pense qu’une formule plus près de l’année traitée et sans hors propos serait bienvenue.

Et je reprendrais, sans rechigner, la même équipe.

À preuve que le Bye-Bye s’est amélioré : les attentes.

C’est là où le bât blesse : les attentes sont-elles à la mesure d’une équipe et d’un temps trop court pour nous bâtir une revue humoristique?

Que Radio-Canada étale sa préparation sur une année avec un temps de réflexion.

De 28, les plaintes seront réduites à 2.

Un blanc et un noir.

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Et pour ce qui est du «racisme» au Québec, vous pouvez toujours consulter ma plus récente niaiserie…

BYE! BYE! 2008: LA LIGNE DES MOIRS OUTRÉE