QUAND UN ÉCONOMISTE JOUE AU BILLARD

M. Fortin a décidé de s’attaquer au problème du décrochage scolaire.

M. Fortin parle de désastre. Le désastre c’est plutôt d’avoir des économistes s’infiltrer dans la conduite humaine avec des charges de chiffres à nous trouiller jusqu’aux coliques.

Cet article est paru aux alentours de 13h00 sur Cyberpresse. Quelques heures plus tard, soit vers 15h00, il n’était plus là. J’ai eu grand peine, même en utilisant Google à le retrouver. Ouf ! Le voilà sur Canoë !

Le véritable coût du décrochage scolaire

L’économiste Pierre Fortin s’est penché sur le sujet et en est arrivé à la conclusion qu’il en coûte un demi-million de dollars par décrocheur. Le professeur de l’UQAM, qui doit présenter ses travaux lors d’un sommet sur le décrochage scolaire la semaine prochaine, a basé ses calculs sur le revenu moyen d’un travailleur sans diplôme, soit 25 000$ par an. Un diplôme d’études secondaires ou un DEP lui permettrait de gagner 15% de plus par an, et le taux d’emploi serait de 10% plus élevé.

Un simple calcul permet ainsi de constater qu’un diplômé gagne en moyenne 6250$ de plus par an. Si le jeune arrive sur le marché du travail à 20 ans et y reste jusqu’à 65 ans, c’est donc une différence de 420 000$.

Pierre Fortin calcule aussi que quelqu’un sans diplôme coûte en moyenne 500$ de plus par an en frais médicaux que le 2000$ moyen dépensé par les Québécois, ce qui au cours de sa vie impliquera donc une dépense supplémentaire de 40 000$ pour l’État.

Ainsi le décrocheur perd 420 000$ de salaire potentiel, dont 30% reviendrait directement dans les coffres de l’État, et coûte 40 000$ de plus d’un diplômé en frais médicaux.

Pierre Fortin espère par ces chiffres montrer l’ampleur économique du désastre et inciter le gouvernement à investir davantage dans la lutte au décrochage.

***

Pour avoir œuvré pendant la plus grande partie de ma vie dans le milieu scolaire – et pour en avoir vu de toutes les couleurs dans ce secteur – j’aimerais bien savoir combien il en coûte de mettre à la tête des écoles des gens qui ont des Maîtrises en administration, pour qui l’école est une entreprise privée qu’ils gèrent comme si c’était la leur.

En passant, ces gens-là sont payés de la même manière que les chefs d’entreprises : salaires plus primes de rendement. Ce qui fait qu’un enseignant peut se retrouver devant un élève assis depuis trois ans derrière la classe et qui ne produit… que des revenus supplémentaires pour le directeur. Combien coûte, M. Fortin, cet accroché à sa chaise au système ?

J’ai rarement vu une analyse aussi insipide et insignifiante. Une «analyse» froide, castrée, sans égard à la nature humaine, vide, qui cloître le citoyen dans un rôle socio-monétaire, encore une fois pour en faire un rameur de l’État. Une société non pas bâtie pour l’individu et son développement, mais une société qui se résume à un chiffrier, et sans doute taillée  pour les riches qui se soucient de leur château.

En utilisant la méthode de M. Fortin, on peut se livrer à une multitude d’analyses insensées. Amusez-vous ! Dans un monde déshumanisé où l’on a recourt aux animaux de compagnie pour se soigner l’âme, combien de litières de chats de 20 ans à 65 ans, notre citoyen dépensera-t-il pour catastropher la société, incluant sacs de sables et enfouissement, transport par camion jusqu’aux sites ?

Qu’est-ce qu’un décrocheur ?

Du point de vue des chiffres, c’est aisé  à identifier. Du point de vue humain, c’est une autre paire de manches. Si M. Fortin veut jouer à l’analyste un peu plus finaud,  à ajuster son œil de robot à une réalité de société complexe, je le presserais d’aller sur le terrain pour voir ce qu’est un décrocheur. Les raisons de son «décrochage» sont souvent issues d’une société incapable de fournir – en termes de qualité, et non de chiffres – un milieu viable et vivable. Il a 17 ans, 18 ans ? Il souffre des mêmes maux que ses parents  qui eux vivent dans la réalité de mauvaises conditions de travail, à de santé, et autres facteurs qui ne semblent pas écroûter les  économistes. Si l’intégral la problématique humaine pouvait se régler selon les façons de faire d’un économiste,  ça donnerait ce que ça donne : la crise économique que nous vivons et que nous allons vivre. ( We will be living. L’anglais est une langue qui ne perd pas son temps).

Le décrochage implique aussi la notion de mobilité à l’intérieur du libre choix,  du libre arbitre de  ses valeurs d’existence – de 0 an jusqu’au décès. Le décrochage n’est pas que négatif : il est souvent une période de réflexion, active dans un  travail (coudon ! M. Fortin voit-il un décrocheur assis comme le penseur de Rodin ?)  afin de réfléchir,  se connaître et  mieux se situer  dans la vie et dans la société. Le décrochage n’est pas que négatif.

Ce qui est négatif, c’est l’usage et le chantage qu’en font les sociétés, de ces dits décrocheurs.

La linéarité du profil de vie de la vision de M. Fortin, est une sorte d’idéalisme démesurément et naïvement lissé. M. Fortin, si vous étiez médecin et que liriez le cardiographe que vous décrivez, vous auriez affaire à un patient décédé.

Sachez que la  définition du décrocheur ne nous parvient que par les analyses balourdes des gens du Ministère de l’éducation. Subtilité : none.

La vraie définition d’un décrocheur pourrait vous être donnée par un enseignant. Eux savent ce dont il est question.

Sachez aussi que le décrochage est souvent la cause de l’acharnement des sociétés à former des travailleurs pour les Morlocks souterrains de H.G. Wells, ces monstres hideux qui contrôlent la race humaine… Pour mieux la manger…

Le travailleur est-il une nourriture pour l’état gargantuesque et son appétit pour l’avoir de l’avoir ?

Un économiste, M. Fortin. Vous êtes un économiste ! Navré de vous l’apprendre.

M. Fortin devrait lire L’Histoire inachevée du monde de Hugh Thomas. Il pourrait apprendre que la monnaie  a été créé pour se défatiguer du troc qui consistait à traîner un troupeau de mouton pour l’échanger contre un poulailler. Est-ce assez simple pour vous ?

Pour ce qui est de la propreté de l’État dans la gestion humaine allez donc faire un tour chez un authentique  penseur, Ervin Laszlo,  parcourir  son Virage Global. Vous y apprendrez que l’État n’est pas toujours source de vérité – via ses économistes et politiciens –  et que le citoyen a le droit de penser par lui-même, de contester ou d’agréer à des  politiques ou  des  orientations qui lui semblent douteuses.

Monsieur Fortin joue sur une table de billard  aux boules chiffrées mais dormantes et anesthésiées.

Voyons !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.