Effritement.
Tous les pays du monde, tous les citoyens, tous les humains – si ce mot existe encore dans le paysage de la nature humaine- sont en train de revenir au moyen-âge.
C’est une sorte de mort sans douleur ou la perte de la qualité de vie s’en va peu à peu. On se fait mordiller par les rapaces de la finance, pas les requins, les piranhas… Ils ont la dent aiguisée comme des dents de scie.
Granule par granule, cellule par cellule, cellule grise par cellule grise.
Rongés
Granulés.
La défaite lente mais insidieuse.
La Terre aura donné ses beaux fruits à cet étalon en ratages. Il aura tout bouffé… Même ses semblables.
L’avenir, c’est le trou du fromage gruyère.
Bienvenu aux illusionnés ayant fois en les illusionnistes. Nous avons élus des magiciens naïfs. Ils s’y connaissent dans l’art du cirque. Les chevaux étaient utiles avec des œillères. Ils en ont plein les yeux.
Il suffit d’emprunter les autoroutes :
Barack-Obama
Nicolas-Sarkozy
Stephen-Harper
Jean-Charest
Oui, on leur donne un nom d’autoroute. Étonnamment, car ils nous ont mené à l’abattoir lent. La petite mort morose, la destruction lente d’un monde et de ses habitants.
La Terre est un énorme Guantanamo.
Le supplice de la goutte des taxes, des impôts, des entreprises qui se délocalisent et de l’argent rendu invisible, les syndicats assassinés.
Boum!
Stress, maladies, « médecine-banquière », pollution, etc.
C’est l’érosion engourdie… Effritement garanti…
Vous savez ce qu’on fait avec les vieilles maisons?
On les jette à terre et on recommence avec du matériau neuf.
Ici, c’est le matériau de l’esprit qui nous manque.
On dirait un chirurgien qui vient d’inventer une nouvelle peau. On est tous engourdis devant les labos, les banques, les dirigeants.
On a changé de régime :
Avant, le pouvoir venait de « Dieu ». Maintenant, il vient de l’argent invisible qui sert à ramasser nos biens « communs ».
Encore une « belle formule »…
Ça fait deux décennies qu’on nous dit : « Demain, ce sera trop tard ».
Ah!
Nous voilà demain…
Gaëtan Pelletier
Mars 2012
Ne reste plus que la poésie… Qui dit tant…
| Compagnon des Amériques Québec ma terre amère ma terre amande ma patrie d’haleine dans la touffe des vents j’ai de toi la difficile et poignante présence avec une large blessure d’espace au front dans une vivante agonie de roseaux au visageje parle avec les mots noueux de nos endurances nous avons soif de toutes les eaux du monde nous avons faim de toutes les terres du monde dans la liberté criée de débris d’embâcle nos feux de position s’allument vers le large l’aïeule prière à nos doigts défaillante la pauvreté luisant comme des fers à nos chevilles mais cargue-moi en toi pays, cargue-moi
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l’homme artériel de tes gigues dans le poitrail effervescent de tes poudreries dans la grande artillerie de tes couleurs d’automne dans tes hanches de montagne dans l’accord comète de tes plaines dans l’artésienne vigueur de tes villes dans toutes les litanies de chats-huants qui huent dans la lune devant toutes les compromissions en peaux de vison devant les héros de la bonne conscience les émancipés malingres les insectes des belles manières devant tous les commandeurs de ton exploitation de ta chair à pavé de ta sueur à gages mais donne la main à toutes les rencontres, pays toi qui apparais par tous les chemins défoncés de ton histoire aux hommes debout dans l’horizon de la justice qui te saluent salut à toi territoire de ma poésie salut les hommes et les femmes des pères et mères de l’aventureMerci à Emmanuel Dor qui nous a fait parvenir ce poème |
Gaston Miron, L’Homme rapaillé




















