MARIE-LUEUR

13-décembre-2009

L’OEIL DE DIEU

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En ouvrant le journal ce matin, j’ai aperçu la photo de Marie-Ève. Je la vois encore à mes côtés, dans la classe, elle avec ses grands yeux fatigués, me dire qu’elle avait besoin d’aller aux toilettes.

- J’ai un cancer…

Je n’ai rien dit. J’ai dû faire une moue étrange. Elle a ajouté :

- Ne me regarde pas comme ça, je ne suis pas morte.

Non, mais je le sentais, je le savais, sans savoir pourquoi. 29 ans. Un beau brin de fille. Courageuse. Une belle âme. 21 grammes? On traîne du plomb quand on vit. On ne sait que dire à ceux qui vivent, que dire à ceux qui sont près de mourir. J’espérais pour elle…

La vie est faite de lumière qui arrivent et qui repartent.

Elle s’enferme dans des miroirs d’âmes, et vient un moment où les miroirs partent en voyage.

***

Je me suis levé ce matin et me suis précipité dans le potager.  Pour arracher les mauvaises herbes. C’est comme si on faisait ça toute sa vie : arracher les mauvaises herbes de son âme. À coups de pioche. En creusant, creusant… Mais rien n’est assez profond… Ou bien ça l’est trop.

Ce qui nourrit est parfois caché, enfoui.

J’ai fini par comprendre que posséder nous rendait esclave. Tous ces objets, ces gadgets que je possède sont des choses que je traîne. Je suis comme une voiture de jeunes mariés avec sa panoplie de canettes qui sonnent quand ils partent, qui s’entrechoquent sur l’asphalte.

Chère Marie-Ève, je vois encore tes yeux creux et noirs. Les yeux de quelqu’un dont la lumière s’en va peu à peu, grain à grain, couleur à couleur. Des yeux denses mais noyés dans la douleur. Des yeux entre ici et un «quelque part» inconnu…

Des iris, des fleurs, des beautés que l’univers sème ici et là et auxquelles nous nous attardons peu souvent.

C’est peut-être par toi que j’ai compris que s’il n’y avait pas la lumière des autres, la nôtre ne verrait rien.

Quand j’y pense, Marie et Ève… C’est comme le commencement d’un tout.

Il n’y a pas que les mères qui mettent les enfants au monde. Les enfants accouchent aussi d’adultes.

Et dans la douleur. Sauf qu’il faut des yeux pour le voir.

C’est comme ça que chaque être humains, même sans le savoir, met au monde l’Humanité entière.

Car tes yeux m’habitent encore.



LA ROUTE VERS L’INFINI

22-octobre-2009

L’AMOUR

Qu’est ce que l’amour?

L’amour est souvent  une passion. Une passion qui endigue pour  jouir – en quelque sorte- de sa propre passion. La passion est la démesure de l’amour. Et cette démesure transporte une si grande émotion que celui qui en est investi veut la garder pour lui. L’amour exclusif, l’amour qui voudrait figer le temps, l’espace, le glacer dans un coffret, l’endormir, le garder. L’amour possession n’a plus de vie. L’amour devient alors la clef du cadenas de la mort. Car sans mouvance, il n’y a plus de vie. Et sans vie cesse ce qui est l’essence même de la vie : le mouvement vers un mouvement. C’est l’infini assassiné. Un fragment de miroir. Un reflet.

C’est l’amour de ceux qui possèdent ou veulent posséder. Leur vie est ainsi : dans leur détresse et leur crainte, l’avoir est un gage. Ceux-là se contentent d’une portion d’éternité. Ils la fixent, l’étouffe, et vivent dans cet étouffoir sans comprendre immuable  crise qui est sans dénouement. La peur les fige, et leur peur se veut de figer le tout.

C’est l’amour-temps. L’amour fractal. L’illusion que du fini d’éprouver un tel  survoltage. L’illusion qu’on peut l’enfermer pour le reproduire dans le but d’en disposer à sa guise. Le désir est l’enfant du vide. Et le vide a l’immensité de l’immensité. Freiner le mouvement c’est détruire la  vastitude de nos vies.

L’amour n’est pas seulement ce que l’on ressent. Cette félicité n’est qu’un clin d’œil. L’amour c’est découvrir d’un clin d’œil  un interstice dans la lumière  si tamisée des âmes, l’éventail illimité des facettes de nos émotions. Retenir l’amour-passion, c’est mourir un peu.

Nous ne disposons pas d’une quantité d’amour à répartir. C’est nous qui -quelquefois – par incompréhension – endiguons ce flot et toutes ses facettes : la compassion, la tendresse, la douceur, cette veilleuse lénifiante de l’amour.

C’est lorsque l’amour essaie de se compter, de se définir qu’il nous limite. L’amour n’est pas un chiffre, c’est une lettre parmi l’alphabet de l’être.

Sans cette lettre, la vie serait un discours de non sens.

Nos vies sont des vies d’amour-prison. Nos vies deviennent de plus en plus insensées.

Nous faisons à chaque jour le bilan de l’amour, comme un compte à recevoir.

Il n’y a pas de compte à recevoir dans la vie. L’amour est un don de soi sans expectative. Si l’amour reçu n’est pas à la hauteur de celui donné, c’est que l’amour n’a pas su s’équilibrer – comme le fait la Vie.

La réponse à l’amour est l’amour

Sans réponse ce n’est question de temps.

Les égoïstes comptent les horloges, les heures, et le recevoir.

Ils cessent alors d’aimer. Mais ils pensent savoir aimer.

Ils se sont dit que leur «quantité» d’amour est épuisée.

Quand on aime, on aime sans compter.


Les âmes

16-octobre-2009

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La chair est comme une terre qui cache  les âmes. On naît tous aveugles. Voir est un art. Ceux qui peuvent voir la tendresse sont devenus les prêtres du petit temple dans lequel ils vivent. Ceux qui peuvent voir l’amour, en un instant, dans l’autre  redeviennent vivants. Car on est tous un Lazare: un mort enfermé dans une carcasse d’os enveloppées de chair.

Mais qui veut fouiller? Qui veut tuer le singe qu’il est? Qui veut s’éteindre à l’orgueil? C’est un feu si dense qu’il nourrit la chaleur dont nous avons besoin et consume en même temps l’être que nous sommes.

Avez-vous déjà remarqué la grandeur de la simplicité? Vous ne l’avez pas vue parce qu’elle est toute petite. Faites comme les enfants: plissez vos yeux, penchez vous, humez, regardez, questionnez vous.

Et souvenez-vous…

Souvenez-vous qu’avant de découvrir la plage, vous aviez déjà fait des châteaux des grains de sable. Vous avez soudé les grains et l’eau. C’était comme construire une pyramide. Mais sans esclaves…

On peut se construire à partir d’esclaves. En détruisant les autres…

Savez-vous regarder l’oeil d’un humain, d’une bête?

Vous y verrez un mica, comme sur les pierres. Mais vous y verrez un diamant et mille diamants. Des miroirS à n’en plus finir. La lumière qui s’est arrêté un moment. Une lettre de l’alphabet de l’éternité. C’est plus qu’un mica…

Que dire de l’oeil? C’est une planète dans un être sur une planète.

Un oeil est la Terre ou la Lune. Bleu, vert, tout en eau, avec des terres à peine visibles.

Attardez vous. Vous finirez par y voir une âme.

Vous finirez par apprendre à lire…

Ce sera le commencement qui ne finit plus de commencer…

Un dieu qui ne reconnaît pas un dieu est un peu un diable…


LE CASQUE QUI MÈNE À DIEU

2-octobre-2009

Des chercheurs déclarent avoir localisé la zone du cerveau qui contrôle la foi religieuse, dans le journal américain Proceedings of the National Academy of Sciences du 9 mars. La croyance en un pouvoir supérieur, céleste, est un atout de l’évolution qui aide les hommes à survivre. The Independant

La recherche de la foi dans le cerveau humain

La croyance en Dieu est profondément ancrée dans le cerveau humain, qui est programmé pour les expériences religieuses. Selon une étude,  qui analyse la raison pour laquelle la religion est une caractéristique humaine universelle, celle-ci a accompagné toutes les cultures à travers l’histoire.

Les  résultats sont uniques en montrant que certains éléments de la croyance religieuse sont  déterminés par des canaux bien connus du cerveau,  et ils supportent  les théories psychologiques contemporaines selon lesquelles les  motifs de croyance religieuse ont leur fondement  dans les fonctions cognitives et  l’évolution-adaptive.

La méthode utilisée

La dernière étude, publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, implique l’analyse de cerveaux  de volontaires à qui on a demandé   de réfléchir sur des problèmes moraux et questions de religions.   Pour l’analyse, les chercheurs ont utilisé une machine à  résonance magnétique machine qui permet d’identifier les régions les plus actives du cerveau.

Ils ont constaté que des personnes de différentes confessions religieuses et croyances, croyances, aussi bien que  les athées, tous ont tendance à utiliser les mêmes circuits électriques dans le cerveau pour résoudre un dilemme moral  – et les mêmes circuits ont été utilisés quand les sujets à tendance religieuse traitent de problèmes ou de questions   reliés à Dieu.

Les résultats

L’étude a montré que plusieurs régions du cerveau sont impliquées dans la croyance religieuse, l’un dans le lobe frontal du cortex – qui sont uniques à l’homme – et une autre dans la plus ancienne des régions plus profondes à l’intérieur du cerveau que partagent avec les humains  les singes et  d’autres primates.

D’autres expériences avaient été faites précédemment sur le lobe temporal du cerveau : des sujets souffrant d’épilepsie déclaraient avoir maintes expériences à caractère religieux. Ce qui avait conduit certains chercheurs à centrer leurs recherches sur le lobe frontal du cortex.

Le casque pour rejoindre Dieu

Ce travail a été suivi par une étude où les scientifiques a essayé de stimuler les lobes temporaux en rotation avec un champ magnétique produit par un «casque de Dieu”.. Michael Persinger, de l’Université Laurentienne, en Ontario, a trouvé qu’il pouvait créer artificiellement «l’expérience de sentiments religieux» . Le porteur du casque rapporte la présence d’un esprit ou d’avoir un profond sentiment de félicité  cosmique.

Huit porteurs de ce casque sur dix prétendent ressentir une «sensation religieuse» en portant ce casque.

Toutefois, lorsque le professeur Richard Dawkins, un évolutionniste et athée de renommée, le  portait lors de la réalisation d’un documentaire de la BBC, il échoua lamentablement à trouver  Dieu, en disant que le casque ne affecté que sa respiration et  ses membres.

L’explication du professeur Grafman

Le professeur se disait plus intéressé à savoir comment les gens faisaient face aux   questions religieuses dans leur quotidien.

«Lorsque nous avons une connaissance incomplète du monde qui nous entoure, elle nous offre des possibilités de croire en Dieu. Si nous ne disposons pas d’une explication scientifique à quelque chose, nous avons tendance à nous appuyer sur des explications surnaturelles,” a déclaré le professeur Grafman, qui croit en Dieu. “

La religion,  ou toute autre forme de mysticisme,  ne seraient-elles pour l’humain   qu’un atout de l’évolution? Voire une béquille nous aidant à «survivre»?


LA POLLUTION PAR LES SAINTS

4-septembre-2009

Le pape est un saint.

Le pape c’est Dieu sur Terre.

On ne touche pas au Pape.

Surtout s’il est Benoit.

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La pilule contraceptive a «des effets dévastateurs sur l’environnement» et est en partie responsable de «l’infertilité chez l’homme», écrit samedi le journal du Vatican, l’Osservatore Romano.

Signalisation routière

Personnellement je ne pollue pas. Notre famille non plus. J’ai décidé, à 37 ans, d’aller vers la vasectomie. Je voulais participer à une baisse de la population qui, elle, pollue trop. Et pour ne pas que les miens meurent de faim…

Étrangement, mon chirurgien avait pour nom Couture. Et il avait – dans son art – une manière de procéder singulière : il chantait des pièces d’opéra en vous déspermadoïsant.

Je suis un déspermadoïsé sans scrupule et sans remords, sur un air de :

L’amour est enfant de bohème…

Le chemin de Rome

La pilule «a depuis des années des effets dévastateurs sur l’environnement en relâchant des tonnes d’hormones dans la nature» à travers les urines des femmes qui la prennent, affirme l’auteur de l’article, le président de la Fédération internationale des associations de médecins catholiques, Pedro José Maria Simon Castellvi.«Nous avons suffisamment de données pour affirmer qu’une cause non négligeable de l’infertilité masculine (marquée par une baisse constante du nombre de spermatozoïdes chez l’homme) en Occident est la pollution environnementale provoquée par la pilule», poursuit-il, sans donner plus d’explications.

Les plus grosses pilules que nous consommons ont la forme d’un CD ou d’un DVD.

Vierges.

Pour ce qui est de la pollution, j’ai été suffisamment pollutionné à l’âge de dix et douze ans. Tellement qu’on m’a recommandé à la prêtrise tellement j’étais goodie-goodie.

Il y a de la spiritualité dans le Christianismes, comme dans toutes les religions, mais elle a été polluée par une infertilité de conception cosmique. La Terre n’étant plus le monde, je me suis dit qu’il devait y avoir autre chose que le péché, la prière, et tous les sentiments de culpabilités par lesquels  nous avons été violés depuis.

J’ai donc lu Krishnamurti et Shri Aurobindo. Et la Bible…

«Nous sommes face à un effet anti-écologique clair qui exige davantage d’explications de la part des fabricants»,

Pour les leçons du Vatican concernant la pollution, il y aurait bien du chemin à faire. Certains dieux étant des anti-occidents, il faudrait les démêler pour les rendre propres aux besoins d’un monde en perte de bon sens et de qualité de vie.

La Terre n’est pas un œuf.

Même si on trouve trop d’incalculables  coqs panachés à queues de paons.

Et avec tout mon respect : les saints environnementaux, qui se sentent coupables de vivre et qui essaient de rétrécir leurs déchets à un sac par mois,  avalent aussi leur pilule d’un monde perdu.

Et si la souffrance menait à la sainteté, je crois que nous serions pollués de saints.


LE MONASTÈRE

25-août-2009

Au monastère du moi
Je m’enferme un peu, chaque jour
Pas après pas, je mesure
Les couloirs frileux, les détours

Je retrouve peu à peu
L’église de mon âme
Priant le chemin des toujours
En voyage de glaise
Un genou sur les brûlures du jour

C’est un gîte de pierres sombres
Aux larmes soudant les murs
Et qui s’en vont souvent loger
Aux fissures des planchers
Où pousseront les murmures
Des monastères brûlés

Je m’y retire pour égrener
Des chapelets de silences
Des clameurs cruelles, isolantes
Du temps, du temps fou qui nous lamente
Aux vues de nos lueurs éreintées

Je reviens de l’ombre
Et je revois de l’univers
Tous les parfums de lumière
Et les sons des fleurs qui chantent
Tout d’un coup m’effleurent

Gaëtan Pelletier
5 mars 1996


LA PERCEPTION DU MONDE

15-juin-2009

Notre perception du monde est liée à notre capacité de voir. Curieusement, nous attribuons les limites de l’univers à notre capacité de voir. Pis encore, chez les scientifique- eux qui pourtant auraient l’esprit «ouvert»- la certitude découle de la capacité à voir selon les instruments et, au mieux, selon une extrapolation «logique». Or, le problème de la logique est qu’est est enfermée elle aussi dans une incapacité de voir un «raccourci». Le «raccourci» est cet imprévisible qui change tout sans qu’il n’ait été prévu. Les ordinateurs de la fin des années 1940 étaient construits avec des composantes et on restait fermés à ces composantes. De sorte que la seule extrapolation était de créer un ordinateur plus gros. L’idée d’un processeur de grandeur infime ne pouvait pas toucher ni affecter la perception de ceux qui avaient créé cet ordinateur. C’est toujours le célèbre problème de la solution qui n’est pas à l’intérieur du quadrilatère, bref dans le champ de ce qui existe. La solution est à l’extérieur. Mais c’est extérieur est invisible.

Sur le plan humain, à travers ce voyage vers l’infini, plus les connaissances du corps et de sa mécanique sont connus, plus les connaissances de l’âme s’effacent. Elles s’effacent, parce que plus nous en voyons les mécanismes, plus ceux que nous ne pouvons voir détruisent le mystère. Ce n’est pas que le mystère n’existe pas, c’est que notre façon de voir tue l’entièreté de la face caché de notre être. Bref, quand tout semble s’expliquer, tout semble réglé. Mais tout s’explique par -encore- notre capacité de voir. Le développement de la science génétique des dernières années nous mène à encore plus de visible. Et le visible, plus il est grand, plus il cache l’invisible. L’auto avance parce que nous avons créé un moteur à pistons. Nous transposons donc – inconsciemment- cette «logique» à nos vies, puisque celles-ci ont également un aspect mécanique. Nous pensons élucider le secret de la vie. Nous n’élucidons en fait que son ombre: le corps. C’est comme si la phénomène de la lumière n’avait pas encore été découvert. Encore moins celui de la relativité sur le plan humain. Si sur le plan physique le E=mc2, sur le plan humain nous  n’avons découvert qu’une lampe à l’huile à travers une nuit immense, sans finitude. Nous sommes encore des êtres de caverne, mais la caverne est simplement devenue plus grande. Et cette découverte ne fait qu’entretenir nos illusions… S’il y a maintenant suffisamment de lumière pour nous aveugler, ceci ne veut pas dire qu’il n’y a pas plus de lumière…C’est que notre œil ne peut plus en supporter…

L’argument de la survie ou non après la mort de notre corps, pour la plupart, est le suivant: nous désirons tellement être éternel que nous prenons notre désir pour une réalité.

Et si nous étions les créateurs de cette «réalité»?


L’ÉMERVEILLURE

9-avril-2009

LE CHANT DU MONDE

BAEL DAINA

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Je devais avoir 7 ans… J’étais assis près d’un ruisseau et je regardais la mer. Parce que c’était la mer. J’avais construit un astucieux bateau de papier. Il avait l’air d’un chapeau… Je le glissais en haut du ruisseau et je le regardais alors descendre lentement, s’arrêter sur un caillou, reprendre sa route, bousculé, coulant et découlant, un peu frémissant.

Et je me demandais jusqu’où il allait se rendre.

Les écueils, trop abondants, le figeaient parfois, accoté tout tremblant sur un petit rocher.

Et je levais les yeux au ciel. Des oiseaux passaient. Et je regardais la voie ferrée et son train au sifflet criard. Et l’ombre des nuages qui se prosternaient sur le sol. La vie était comme une prière.

Pourquoi regarder autant? J’essayais de comprendre l’univers dans lequel j’étais entré.

Les odeurs.

Les herbes qui ballaient au vent.

J’ai passé tout ma vie à me remémorer ce souvenir. J’ai passé ma vie à essayer de comprendre. Le lien. Quel était le lien entre tout ça? Entre la colère contre la vie de mes parents, de mes tantes, de mes oncles. De la misère humaine. La beauté! Où était-elle cette beauté de la vie?

J’étais assis là sans être assis nulle part. On est toujours assis là où est notre esprit. Et c’était là la plus alarmante des questions. Je me disais que j’apprendrais les mots et les chiffres pour éplucher ce gros fruit bizarre qu’est l’Univers.

Et j’ai fait comme les autres : j’ai été séduit par la formule des lettres et des chiffres.

Je ne pourrais compter tous les gurus qui ont passé dans ma vie – et sans doute dans les vôtres – pour vous dire ce qu’est l’intelligence.

L’intelligence c’est ce qu’on façonne et qu’on fait sécher dans les moules de sociétés. Une fois bien sec, on ne bouge plus, on utilise les mêmes outils, et on ne bâtit que l’éphémère.

J’étais comme tout le monde à essayer de percer le mystère de la visse avec une énorme provision de clous… Et une scie…

Il m’a fallu 55 ans pour comprendre. J’ai pris ma retraite des recettes de la vie.

Il m’était resté une arme encore plus étonnante : l’émerveillure. Veiller sur l’émerveillement. Le garder. Le cajoler. Se dire qu’un jour, à force de regarder, d’autres yeux pousseront.

J’ai fini par comprendre ce qui ne se comprend pas.

Toute cette terre, tous ces mystères, cette eau, cet oiseau, ce bateau, je les regardais. Mais je ne voyais pas…

J’ai vu à partir du moment où toutes ces choses mouvantes ou figées n’étaient pas hors de moi, mais en moi.

Il n’y a pas de raison d’exister, il n’y a que la beauté d’exister.

Dans le trouble et l’agitation de nos existences actuelles, vous ne trouverez rien. Sauf le trouble et l’agitation. Même si vous comptez ce qui existes, vous ne faites que fragmenter un TOUT. Et vous pensez pouvoir recoller les morceaux… Alors que vous êtes responsables de la segmentation.

Dans cet étant, le serpent ne se mord pas que la queue : à force d’insister il se bouffe carrément.

Alors il ne reste plus qu’à cesser de fragmenter, à constater l’oiseau dans son vol, le ruisselet dans son parcours et de s’amuser avec des bateaux.

C’est comme ça que les humains en sont venus à se regarder dans la haine de leur différence. Alors que cette différence est un miroir éclaté de la création.

À partir du moment où il n’y a pas de mots et pas de chiffres, la distinction est futile entre l’apparence qui est une palette de couleurs pour la beauté et la réalité de nos vies qui est la contemplation de la différence.

Et tout l’art de la vie consiste à regarder une toile en se disant que la beauté de la toile est dans les nuances de couleurs mais que chacun de nous est une teinte outillée du regard.

Toutes les couleurs regardent la toile aussi…


TROIS SAISONS AVANT LA QUATRIÈME

23-janvier-2009

Saison première

Quand on est petit, tout est grand. Une vie contient tellement de minutes, de soleil, qu’il y a l’éternité devant soi. Mais on est alerte, vif, pétillant… Comme si l’univers entier, dans son énergie, se trouvait en nous, passait par nous.

Et je vivais comme ça à neuf ans.

À neuf ans, tous ceux qui mouraient avaient dépensé leur éternité. Ils étaient vieux, grisonnant, peinaient à marcher. Les adultes pleuraient quand ils partaient. C’était des «personnes-livre», des gens qui avaient vécu et qui adoraient raconter leur histoire. Leur histoire était remplie de sagesses et d’anecdotes. Leurs cheveux blancs étaient comme une page blanche de la vie sur laquelle on pouvait lire. Et leur voix portait…

***

J’étais au primaire, dans une école dirigée par les sœurs de la congrégation Notre-Dame. Une petite école de briques rouges agrippée à une colline de notre village. Un petit nid tout douillet, entouré de forêts. Des arbres, des arbres jusqu’aux confins du monde : celui que nous connaissions.

Il passa alors une saison étrange. Cette année-là, il y eut une épidémie de polio. C’était en 1956 ou 1957. Plusieurs enfants du village furent affectés.

Nous jouions, pendant les récréations, au ballon chasseur. Il y avait ce compagnon, timide, frisé, blond, qui se faisait toujours malmener par les autres. Les adultes sont parfois méchants, et les enfants sont souvent des méchants en puissance. Je le voyais se faire malmener parce qu’il était malingre, qu’il bafouillait et que les autres, sans doute, frappaient sur cette faiblesse qu’ils avaient tous en eux. J’avais pitié. J’avais pitié de le voir souffrir, de le voir s’enfermer dans la douleur que j’imaginais.

Un jour, il ne vint pas à l’école.

Un jour, un autre jour, puis un autre jour.

Après l’oubli, les sœurs nous demandèrent de prier pour lui. Il avait été atteint de la poliomyélite.

Il mourut et fut «exposé» dans sa maison, comme il était d’usage à l’époque. Et sa maison était située juste en face de l’école. Les religieuses on dû nous dire que Dieu était venu chercher un ange. Je me souviens bien de la Mère Supérieure. Je cherchais à en tracer le portrait jusqu’au jour où j’ai vu une photo de Michelle Obama : grande, fière, sauvage, pleine d’énergie. Sauf qu’elle avait le visage blanc et une sorte de grande cape noire. Et toujours cet énorme crucifix qui pendait sur elle.

Nous traversâmes la rue, en rang, pour aller prier sur la dépouille.

J’étais atterré, consterné : l’éternité venait de rapetisser.

J’ai à ce moment appris que l’éternité – celle du temps- s’était effacée. La Vie, elle – avec ou sans Dieu – se moque de l’éternité. C’était comme ces lucioles que nous ramassions le soir dans des bocaux : ils s’éteignaient, s’allumaient, à notre grand plaisir.

Aujourd’hui, je comprends tout ce jeu de lucioles : qu’elles s’éteignent ou s’allument n’a pas d’importance. Ce qui  était, et qui est encore  cette fascination pour la lumière continue que leur ensemble bâtissait. On ne voyait pas les lucioles mourir, on voyait leur lumière.

Le choc passé, nous sommes retournés au ballon-chasseur avec, bien sûr, d’autres victimes.

Puis vint l’autre saison.

Saison seconde

L’été, dans ce petit village, il n’y avait rien à faire d’autre que de jouer au baseball ou de se baigner. Tous mes cousins jouaient au baseball. Le village frontalier, circonvoisin des Etats-Unis, l’était au point qu’en traversant la rivière nous  nous baignions dans des eaux étrangères. La moitié des gens du village travaillait  dans ce pays. La moitié de notre culture se moulait à celle du grand vent américain des années 50.

Étant donné que ce nid entouré de forêts était chaud comme une marmite, nous passions les jours de canicules à nous baigner. Pour ce qui est du baseball, la culture américaine nous influençait davantage que celle du Canada. Nous avions adopté leur sport et la plupart des postes de radio captés étaient en provenance de ce pays. Qui plus est, mon père y travaillait m’y emmenait souvent passer quelques semaines.

J’avais treize ans. La télévision en basse définition nous livrait bien des émission américaines : Tarzan, Rintintin et Papa a raison.

J’adorais nager. Je regardais Johnny Weissmuller jouer Tarzan et je finis par prendre son style de natation.

Cette journée-là, trois garçons timides, ne sachant pas nager, décidèrent d’aller se baigner dans un endroit où la rivière était pleine de courants. Le premier fut emporté, le second, en essayant de le sauver fut également emporté. Le troisième retourna au village : l’usine cessa de fonctionner et tous les gens se rassemblèrent près de la rivière, les hommes avec des canots, les femmes avec des larmes. Le curé, asthmatique, regardait la scène les yeux grands et tristes dans une respiration qui ressemblait à celles que l’on entendait dans le confessionnal.

J’étais probablement le meilleur nageur de la paroisse… On me plaça dans une chaloupe et je plongeai en apnée. Pas de masque, rien que les yeux ouverts dans ces tourbillons où oscillaient des particules de sable et de copeaux agités : j’avais l’impression d’être dans un oreiller éclaté avec des plumes qui valsaient dans l’eau.

J’étais effrayé à l’idée de voir un corps sous l’eau.

Après vingt ou trente minutes, on me demanda de rembarquer dans le canot.

Dans les jours et les mois qui succédèrent à l’événement, j’eus une sorte de crise qui parut ne jamais finir. Et la grande question était : « Après la mort, vais-je disparaître».

J’ai cherché la solution pendant longtemps. Elle arriva je ne sais quand, mais j’étais soulagé.

Si la vie ne continue pas et que ma conscience s’en va, disparaît avec mon corps, je ne pourrai plus souffrir de l’angoisse de cette peur de «disparaître». C’était une sorte de pari de Pascal.

Aujourd’hui, comme tout est compliqué, on présente le pari comme ceci :

Dieu existe : Dieu n’existe pas : Vous pariez sur l’existence de Dieu Vous allez au paradis (-b +∞) Vous retournez au néant (-b +0) Vous pariez sur l’inexistence de Dieu Vous allez en enfer (+b -∞) ou Vous retournez au néant (+b +0) Vous retournez au néant (+b +0)

Sauf qu’à la place de Dieu, il faut placer le «moi», l’entièreté de l’être, qui selon moi inclut ce «dieu». Je préfère toujours le mot VIE, et comme les lucioles dans le bocal, je me sentais comme une luciole qui allait s’éteindre un jour. Mais même si la lumière s’éteignait, cela ne signifiait pas que la luciole était morte : elle était simplement devenue invisible.

À partir de ce moment je n’ai  plus eu peur de la mort. Surtout qu’enfant, je pouvais sortir de mon corps à volonté. Je pensais que tout le monde avait cette faculté. Je la perdis à grand regret à l’âge de la puberté. Je suppose que «Dieu» avait décidé que je devais choisir entre deux plaisirs : la sortie du corps ou la femme. Je n’ai pas eu le choix. Surtout que Gisèle était si belle… J’aurais aimé avoir les deux : la sortie et l’entrée du corps.

Saison troisième

Ce matin, je suis allé surveiller les examens à l’école. Sorte de passe-temps pour retraité. J’adore toujours le contact avec les élèves. Les bons enseignants savent qu’ils apprennent autant des élèves que les élèves des enseignants.

J’en avais un ce matin, un peu brouillé, qui tentait d’écrire une histoire pour son examen de français. Il devait y inclure certaines notions, certains mots. Il m’a demandé une dizaine de fois des explications.

Les gens qui surveillent les examens n’ont pas le droit d’aider l’élève.

Je ne l’ai pas fait, sauf au moment où il devait inclure l’expression «âme-sœur»…

Je n’aurais pas eu le droit de lui expliquer et je ne savais trop comment. Les concepts abstraits ne sont pas pour tout le monde.

-  C’est comme… Ta copine, ta blonde… Celle qui a des affinités.

Affinités, encore un grand mot pour lui.

- Celle avec qui tu aimerais passer ta vie…

Il a compris.

Alors je me suis dit que je lui avais  donné des «connaissances transversales».  Apprendre, c’est être curieux avant tout. C’est comme la découverte du feu… Une fois qu’on a le feu,  ça se répand.

Le Ministère, lui, inclut ça dans une vie sans âme. Pas de pari de Pascal, juste une Gisèle…

Je viens encore d’aller fouiner, curieux, sur les définitions de ce «renouveau pédagogique» :

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LES ITINERAIRES DE DECOUVERTE

Le  connaissances et compétences transversales.

Les connaissances

Elles sont liées aux contenus des programmes que la démarche des itinéraires de découverte permettra d’approfondir, d’enrichir et d’élargir en développant la curiosité des élèves.

P.S : C’est étrange, mais j’ai collé le texte et il  semble manquer un «s» à découvertes.

Pourtant, c’est directement du Ministère.

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Il a compris «Gisèle», l’âme-sœur.  Et il avait l’air tout excité.

C’est fou ce que les élèves apprennent quand ils n’ont pas à passer par le jargon des technocrates…

Et puis, cet après-midi, est arrivé l’autre saison.

Le téléphone a sonné pendant que nous étions, mon «âme-sœur» et moi à poser des rideaux dans la chambre.

- Guy est mort.

Guy, c’est le cousin de ma «Gisèle».

Guy était camionneur retraité qui vivait dans une banlieue de Montréal. Un homme charmant, simple, sensé. Du «bon monde»…

À tous les ans il ne manquait pas son rendez-vous dans le Kamouraska à «Bonjour la visite», sorte de festival où se retrouvent chaque année les résidents et les ex-résidents du village.

On soupait toujours ensemble sous une grande tente de cirque. Il ne se demandait pas ce que Ignatieff pouvait faire pour sa vie, il se demandait comment il pouvait rendre sa « Gisèle» heureuse, ainsi que ses enfants et ses petits enfants.

Soixante-douze ans, je crois.

-          C’est étrange la mort, fit remarquer mon «âme-sœur».

Pour moi ce n’est pas si étrange que ça paraît l’être. Tous ceux qui sont passés sur cette planète sont morts. Sauf un… Mais il serait reparti au bout de trois jours.

- Comment est-il mort, Guy?

- En déneigeant son auto ce matin.

- C’est étrange la mort…

On ne peut pas avoir plus «belle mort». Il est parti sans se poser de questions sur le pari de Pascal. Les gens simples, on dirait, partent comme ça. Simplement. Comme ils ont vécu.

Et quand nous parlions de la vie, j’avais l’impression d’avoir un sage devant moi. Ça m’a toujours impressionné, ces gens qui ne vivent pas au crochet d’un point d’interrogation, mais d’un point d’exclamation et de trois points de suspension…

J’ai réfléchi, comme toujours.

Ce n’est pas ce qui arrive qui est important, c’est la manière d’aborder les événements. Quand on parle de la vie, on oublie souvent qu’il n’y a pas de différence entre la vie et la mort.

Les deux sont la VIE.

Le petit garçon blond est la première étincelle qui s’est éteinte. Les deux autres, les noyés, m’ont permis de comprendre un peu…

Et la mort de Guy?

Si j’avais encore neuf ans, je l’aurais vu, cet «événement»  comme une façon normale de finir une vie : vieux. Mais je n’ai plus neuf ans. En fait, je n’ai plus d’âge.

Un jour je serai la quatrième saison. Le grand tour d’un an. J’aurai tout vu. Ou presque.

On dirait que la vie ne dure qu’un an.

Je souhaite seulement que chacun puisse un jour redevenir rattaché à cette simplicité de  vivre simplement, d’enfermer des lucioles dans un bocal, et ne pas avoir peur.

Être émerveillé, c’est l’éternité plus loin que devant soi…


LA RÉPONSE DE DIEU

24-novembre-2008

Sahib  était à son poste, trempé de sueurs; les balles sifflaient de partout. Il pouvait entendre les cliquetis métalliques sur les tôles froissées qui l’environnaient. Certaines étaient bâfrées de sang déjà coagulé. Il attendait seulement que l’une d’entre elles l’atteigne. Deux jours, trois jours sans dormir. Il n’en pouvait plus. La mort le délivrerait. Mais pourquoi mourir à 20 ans?

Il se dit qu’il n’en sortirait pas vivant. Pourtant, il avait  un destin l’attendait, une vie, une vraie. Et c’est pour cette raison qu’il cria dans un dernier espoir.

«Seigneur! Où es-tu?»

Il attendit une réponse qui ne vint pas.

Il répéta sa question avec une rage qui lui gonfla les veines du cou :

«Seigneur! Où es-tu?»

Le soldat, camouflé, enterré sous le noir de la nuit, entendit l’appel et répondit sur un ton sarcastique :

« Je suis ici, crétin!»

Sahib  comprenait la langue de l’ennemi. De plus, il était violoniste, doté d’une oreille absolue. Chaque syllabe comprenait une note qu’il avait saisie. Cet air était la troisième ligne d’une partition d’une œuvre pour piano de Mozart.

Pourquoi?

Il se rendit compte que son ennemi était à gauche et qu’une lueur, probablement celle de sa mitraillette était visible et que lieu correspondait à la provenance du son.

Il sortit de son trou et se mit à tirer vers une cible invisible. Comme si Dieu lui avait donné l’endroit. Il jubilait.

Il vida alors son chargeur dans un rayon de trente à quarante degrés de haut en bas.

****

Mahmoud était déjà blessé quand les balles se mirent à pleuvoir. L’une d’entre elles lui coupa l’annuaire de la main droite. C’en était fini du piano. Et c’était là le seul instrument qu’il avait pour rejoindre Dieu. Ce Dieu qui avait permis qu’un salaud lui enlève ce qu’il avait de plus précieux : un langage qui reliait tous les êtres.

Il se dit qu’il n’en sortirait pas vivant. Pourtant, il avait  un destin l’attendait, une vie, une vraie. Et c’est pour cette raison qu’il cria dans un dernier espoir.

«Seigneur! Où es-tu?»

Yosef, entendit le cri de l’ennemi. Pour répondre à son sarcasme, il répondit par quelques notes de Fur Elise de Beethoven.

«Je suis ici, crétin!».