CARTE POSTALE

21-décembre-2009

Chère Ashala,

Suis sur la planète Terre. Elle est si petite que les êtres se tuent pour avoir de l’espace. Ils inventent des raisons et des armes… Je ne suis pas certain d’avoir été victime de l’une d’entre elles…

Je viens d’attraper une maladie étrange en buvant leur eau… Je crois que quelqu’un a pissé dedans. Mais comme il y a plus de cabines téléphoniques que de chiottes, je passe mon temps à téléphoner pour trouver des chiottes. C’est un robot qui me répond.

En plus, comme j’ai un teint vert, ils ne veulent pas que j’entre dans les restaurants et les magasins. Pourtant il y a des jaunes, des noirs, des blancs, des rouges… Où est le problème?

J’ai rencontré un type dans la rue. Il buvait un truc rouge au lieu de boire de l’eau. Il en a tellement bu que je devais me pencher pour lui parler. Mais à un moment donné je n’avais plus à me pencher… Je me suis endormi, guéri. Mais quand ils ont emporté les deux cadavres de Robert, j’ai paniqué. Surtout que j’ai vidé sa bouteille devant un appareil à images derrière une vitrine. J’avais les doigts gelés. Et quand la faim m’est venue, j’ai fait comme lui: j’ai quémandé. Je pensais qu’il gagnait sa vie ainsi. Ici, pour se faire un ami, il faut se faire 100 ennemis.

Il y a pourtant tellement d’eau que les poissons devraient survivre. Mais, dans l’appareil, ils ont dit qu’ils étaient voie d’extinction. Ceux qui sont sur terre paniquent. Imagine les poissons!

Je me suis fait une autre amie: Marthe. Elle est normale: 130 kilos, la peau crevassée, elle boit du liquide rouge, et elle a un visage tout raviné comme moi. Je n’ai plus besoin de demander de ces pièces d’échange pour manger: des gens nous en donnent. Quand on ne voit pas l’animal mourir, ce n’est pas mauvais de manger. Il y a d’ailleurs un type que l’on a dépecé et flanqué entre deux morceaux de pain ressemblant étrangement à mon vaisseau. Ils l’appellent Big Mac…

C’est cool, tous les jeunes y travaillent. Le type devait être gros… On n’en finit pas de le manger…

Je suis allé à un spectacle rock. Il y a quelqu’un qui crie et qui fait vibrer des cordes sur une planche de bois. Les autres sont en délire. J’ai

les deux tympans défoncés.

Je me suis guéri avec mon médecin portatif.

C’est alors que j’ai été entouré de gens qui se demandaient ce qui se passait. J’ai fait marcher un type assis dans une chaise avec des roues.

Il était tellement content qu’il a couru vers la cabine téléphonique pour appeler ses amis. Le boulevard d’est rempli de chaises à roues.

Je me suis sauvé…

J’ai honte d’être un sauveur…

J’ai gagné un prix dans un concours de costume: un voyage aux US.

En plus un souper avec une maigrichonne qui se parade avec des vêtements qui ne lui appartiennent pas. Elle est différente des autres: elle vomit sa nourriture au lieu de l’avaler.

Mais le plus étrange est que j’ai assisté à une cérémonie où l’on a donné une sorte de bijou à un type qui avait tué des gens dans leur jeu de guerre. Il a accroché son bijou à la poitrine, s’est donné un coup sur le front, et est reparti avec une démarche qui n’était pas humaines. On ne sait plus distinguer les robots des humains.

Les choses sont fragiles ici. J’ai vu un type perdre sa chevelure en un quart de seconde. Il l’a ramassée et l’a remise sur sa tête.

J’ai fini par comprendre que ce sont tous des soldats: ils portent une cravate et un complet.

Ce doit être pour cette raison qu’en voulant entrer dans un resto quelqu’un m’a dit que c’était complet. Pourtant il n’y avait pas grand monde.

Comme tu vois, les vacances… Pas terrible…

J’ai bien fait de venir voir.

On ira ailleurs nous deux.

Ishala


LE VIRUS

19-août-2009
Picasso, couple

Picasso, couple

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Cela se passait en l’an de grâce 2458.

Hélène Rokopovich venait tout juste de divorcer pour la troisième fois. On ne la reprendrait plus.

Dans son beau condo, elle voyait à l’extérieur de magnifiques arbres en plastique qui donnaient plus d’air  que les “ vrais ”. C’était un paysage qui s’étendait à perte de vue. Mais quand elle sortait de sa tour de 180 étages, elle se noyait dans une foule qui allait hagarde, les yeux couverts de lunettes teintées.

Elle commanda donc un nouveau mari virtuel. Les modèles précédents ne lui avaient pas donné satisfaction. Elle prit bien soin cette fois de ne pas intégrer la fonction “ macho 1999 ”.

Elle attendit trois secondes. Dieu ! que c’était long. Elle flanqua alors la disquette dans son appareil pour “ décompresser ” les fichiers et donner forme au bonhomme qui apparaissait à l’écran de l’ordinateur.

Fébrile. Ah ! qu’elle était fébrile.

Un mâle d’une beauté inégalée apparut en quelques secondes. La silhouette floue, souriante, presque translucide se transforma en une masse bronzée, l’œil pétillant tout imprégné de tendresse.

En souriant, elle tendit la main derrière elle pour programmer avec la touche A,  le programme Amour.

Il y eut comme une gerbe d’étincelles et l’être se transforma en quelques secondes en une chose monstrueuse qui s’élança sur elle. Elle eut à peine le temps de se retourner pour voir sur l’écran le nom du virus informatique : “ The Upper Fly ”.

Gaëtan Pelletier

Circa 1996


R.AMB.BO 8886

9-avril-2008

 

 Quand le vaisseau atterrit sur la planète, les êtres qui l’occupaient furent ravis par la beauté de celle-ci.

Un jardin sauvage aux plantes et aux forêts grandioses.

C’était en 8886 de l’ère actuelle.

Et des oiseaux. Pour la première fois ils voyaient des volées d’oiseaux dans un ciel bleu.

Pendant des jours, des mois, ils fouillèrent sans trouver de trace de vie intelligente.

Cependant, par un jour de canicule, sur une plage, ils découvrirent enfoui dans un coffre contenant des milliers de disques. 

 

Ils l’intégrèrent à leur analyseur robotisé qui finit par bâtir un lecteur adapté au disque.

Puis un soir, ils prirent place devant un grand écran pour visionner les disques.

Tous les contenus étaient passés au filtre d’un ordinateur puissant qui devait par la suite leur révéler la grandeur d’une telle civilisation disparue.

Au bout d’une semaine, l’ordinateur surchauffa et cessa de fonctionner.

Ils essayèrent de décrypter le langage mais ils avaient peine à saisir les propos du héros.

Les lettres R.AM.BO. demeurèrent un mystère.

Ils regardèrent toutefois la série avec grand intérêt.

Ils en conclurent, dans un rapport, après avoir quitté la planète que ce surhomme était responsable de la disparition de l’humanité.

 


Gazanus Inc.

8-avril-2008

2044

Dans une ville près de chez vous…

 

Les entrailles de la Terre étaient vides de ce précieux or noir qui avait fait rouler les voitures pendant plus d’un siècle, était devenu rarissime.

Quelques années plus tôt on avait créé un programme de production de gaz à partir des déchets humains. Chaque maison était connectée à un immense réservoir où était traité l’or brun transformé en gaz.

Pour vivre, on mangeait énormément de soupe au chou, fèves, etc. , bref tous ces produits qui gonflent. Un compteur était relié au maison, et chaque mois on vous envoyait un chèque pour votre production.

-         Chéri, qu’est-ce que tu fais aux chiottes.

-         Merde! Je travaille… Mais pas trop…

Le voisin venait d’acheter la maison. Il s’était endetté. Et pour payer son hypothèque il n’arrêtait pas de manger pour gonfler ses revenus de production d’or brun. Il n’avait pas arrêté d’avaler des produits pour aller aux chiottes. Il est mort dans son lit, le pauvre.

Je ne voulais pas en arriver là.

Et comme tout bon capitaliste, pour me soustraire à la tâche, j’avais acheté une petite usine dans le quartier industriel. 254 sièges. Comme le parlement d’Ottawa.

Mes ouvriers travaillaient assis, les culottes baissées. Pour la plupart, ils lisaient en travaillant.

Je fis le tour, ce matin-là, et vit un de mes ouvriers, le faciès pourpre, en pleine production. Il faut spécifier que l’usine ressemblait davantage à une étable.

Il sortit de l’usine, épuisé, vidé, il fut attaqué par trois voleurs qui entaillèrent ses entrailles et lui volèrent sa précieuse cargaison.

Je me rendis sur les lieux pour l’identifier.

Un belle voiture passa en trombe.

Le luxe n’a jamais eu de pris et n’en aura jamais.

J’étais dégoûté.

Quelques jours plus tard, je vendis ma compagnie Gazanus Inc. pour une bouchée de pain.

Mais je suis resté handicapé : à chaque fois que je lis j’ai envie de courir aux chiottes.