Séraphine de Senlis peignait sous les « conseils » d’en « haut ». La raison cherche et trouve. L’art cherche, mais ne trouve pas… Et ce qu’il trouve ne se voit pas toujours. Il reste une ouverture sur l’invisible, d’autres dimensions, bien éloigné du quotidien.
Curieusement, notre rationalité, elle, se livre à une recherche qui tente de saisir et de stopper le temps. Et elle en affiche son orgueil. Elle place ses découvertes, ses réussites, au-dessus de tout. Comme si « comprendre » et prouver résolvait le mystère de la Vie. La vérité est statique comme une roche. La vie ne l’est pas. C’est un volcan en feu qui crache, explose, chauffe, fend le ciel…
Il est des êtres « d’intérieur » qui n’arrivent pas à se restreindre à la « mort » de la roche.
Séraphine était folle en dehors, mais géniale en dedans. Elle avait trouvé ce que personne ne cherche. Car chercher, c’est tenter de comprendre. Et comprendre, c’est figer. Peut importe le moyen d’atteindre les mouvances de la Vie –religion, méditation, sculpture, etc, – c’est le résultat qui compte. Celui de découvrir que tout est création, et que le seul dieu qui existe est caché au fond de nous.
L’art est le « religare » entre nos vies terrestres, notre rationalité, et l’outil qu’est le cerveau. Cerveau qui se bat se bat pour « avoir raison », car c’est lui qui trouve des solutions à nos vies sur cette planète. Il n’agit que dans des champs fermés. Il œuvre dans des formules. Il se tient droit. L’erreur est de prolonger les capacités de cet outil à autre chose que ce à quoi il peut être utile.
Alors, demeure et demeurera toujours un mystère.
La production du vide
Le progrès n’est plus un progrès lorsqu’il ne devient qu’une découverte qui prend le chemin de la banque, de l’extorsion, de la manipulation. C’est un mal qui prend le bien pour en faire davantage de mal. L’argent du mal achète plus de mal pour en produire plus.
La hache taille le bois de par sa dureté, comme le mal hache la fraîcheur et la beauté des gens. Nous vivons dans un monde où est encouragé cette « solidité » extérieure. La religion n’est pas de trouver dieu, c’est de faire ce que Dieu aurait voulut faire de l’humanité.
Il est excellent à bâtir des maisons, des systèmes, des outils, des machines à fabriquer des outils… Pour se débarrasser de l’être humain.
L’homme coagulé, comme la roche, n’a pas d’empathie, car il n’a pas cette communion avec ses semblables ni la compréhension de la lutte du mouvement et de la figitude (sic). Il ne sait pas qu’il vit sur une terre morte de l’activité cosmique. Il ignore que le bouillonnement de toute vie, intérieure ou extérieure, est une fébrilité mystérieuse, agissante, créative, qui ne l’atteint souvent pas.
L’autre est un idiot, une pierre. Mais on a tous besoin de pierres pour pénétrer et s’intégrer à cet “ici”, la vie. La Vie du mélange de l’âme éteinte dans la matière. Incrustée, intaillée lentement.
Une idée « prouvée » est une vérité. Elle l’est… Le temps qu’elle dure…
Les mensonges marchent longtemps, la vérité passe sans qu’on puisse la saisir. Elle prend la forme des oiseaux-mouches, aux ailes battantes à une vitesse trop grande pour la capacité de perception de notre œil.
“Les couleurs triomphantes, les formes surtravaillées, avec de plus en plus de finesse, se posent, se superposent. Il y a du tigré, du moucheté, du velu, de chevelu, du rayé, de l’écailleux, du cachemire, des pois, du bariolé, dans les tableaux de Séraphine. On dirait que ça ondule dans les nervures, que ça vibre dans la ramure, ça grouille dans les fleurs, dans les arbres, les feuilles, les fruits. Des insectes, des oiseaux, des plumes, faisans, paons, pintades apparaissent, se bousculent. Séraphine fait vibrer les teintes, superpose les couches, les empâtements.” Séraphine, la vie rêvée
L’ère de l’Homme-photo
L’être humain, à perception unidimensionnelle, s’est figé. Comme ce citoyen de Pompéi… Il s’est arrêté. Il polit ses formules, les transforme, les déguise, les vend…
C’est une pierre éternelle qui enseigne la pierre.
Mais, de temps en temps, à travers l’Histoire, soit de par des êtres connus, soit des inconnus, il en est, têtus, qui délaissent les formules. Il est plus aisé d’acheter une vérité que d’en fabriquer une…
Et grâce à cette ère d’Homme-photo, cultivant et investissant dans les guerres, les miroirs de différences, la Terre s’en va lentement. Emportant les différences et la beauté des mouvances.
L’humain brûle sa maison pour se chauffer.
Simili. Un être simili-âme-pierre.
L’âme enfermée dans une pellicule ou dans une affriolante coloration électronique.
Comme un miracle…
Une photo.
Arrêté à son corps… Ignorant la finesse des battements de ses ailes, invisibles ou brouillées.
L’humain est un colis.
Gaëtan Pelletier, 7 novembre 2011













