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Nuls en écriture, nuls en sciences, nuls en maths… Nos enfants sont-ils des cancres ?

Carlos Perez

Dans le cadre scolaire actuel, la santé d’un enfant n’est prise en compte qu’au seul regard de sa capacité infinie de production et plus particulièrement de sa production écrite. Le bien-être de cet enfant n’est jamais pris en compte et l’être social est entièrement occulté. Seule la ressource humaine a de l’intérêt pour notre système. L’école est menacée par la mise en place d’outils d’évaluation, de classement et de hiérarchisation internationaux de plus en plus intrusifs comme par exemple l’outil d’évaluation « Pisa » : véritable baromètre de la compétitivité des pays de l’OCDE en matière scolaire. L’École est de plus en plus soumise à une obligation de résultats et de performance depuis une vingtaine d’années comme le précise l’ouvrage récent, édité chez Debouck, « L’école a l’épreuve de la performance ».

La rentrée est l’occasion, comme depuis plusieurs années, d’une vaste offensive médiatique martelant la nullité des élèves en occident dans tous les domaines scolaires… confirmée depuis par l’OCDE et le baromètre de la compétitivité internationale PISA.

Ce genre de propos revient en boucle chaque année depuis le lancement d’une campagne très médiatique en 1983 basée sur un rapport (NATION AT RISK, la nation en danger) aux USA qui devait frapper les consciences et commotionner l’Amérique, avec l’aide des médias et des multinationales.

Ce rapport étalait les échecs du système éducatif américain, non pas pour améliorer l’éducation des enfants, mais bien pour souligner les dangers pour la compétitivité future du pays d’une telle dérive. Le ton était donné. On connaît la suite : une compétition acharnée s’ensuivit au sein de l’OCDE avec la mise en place d’une batterie de tests Pisa et de pédagogies par objectifs et compétences pour améliorer le rendement et la compétitivité entre pays, entre écoles, entre profs et entre élèves.

Le management et les évaluations multiformes visant à mesurer à la loupe le QI de nos enfants ont depuis lors été introduits dans le modèle éducatif et ceci pour augmenter un niveau considéré comme le plus bas dans l’histoire de l’éducation.

Dans pratiquement tous les pays de l’OCDE, cette tendance à vouloir transformer l’école en compétition au service de l’économie a pris de l’ampleur avec l’aide de fonctionnaires, de techniciens du monde, d’entreprises et de spécialistes du QI, tous unanimement d’accord pour nous crier haut et fort que nos enfants sont des cancres.

Pas un jour ne passe sans que nous n’entendions la même litanie : le niveau de nos enfants est perpétuellement en baisse. Attention, le tiers monde nous rejoint. Nous sommes nuls en écriture, nuls en sciences, nuls en maths.

Bref nos bambins sont-ils bons quelque part ?

Plus personne ne le croit au sein des professionnels du QI et des spécialistes du rendement. La France, la Belgique, l’Espagne, l’Italie… Chacun son tour. Toujours un refrain identique, partout le même credo catastrophique : le niveau est en chute libre.

Pourtant jamais auparavant nos enfants n’ont été aussi préparés qu’aujourd’hui et n’ont eu autant de difficultés à trouver du travail. On leur demande toujours plus, pour leur offrir toujours moins et toujours plus précaire. Il n’y a qu’à regarder du côté de l’Espagne, de la Grèce, de l’Italie ou du Portugal où tous ces jeunes diplômés doivent s’expatrier.

Herve Hamont, Christian Baudelot et Roger Establet, qui ont étudié profondément cette question, pensent que ce point de vue est subjectif, ce qui induit une approche polémique du problème.C’est tout le contraire qui se produit, et il paraît peu contestable que le niveau global de connaissance de la population ait constamment augmenté depuis plusieurs décennies et que nos enfants soient plutôt victimes, comme le précise Marie Duru-Bellat, d’une dévalorisation du diplôme et du déclassement plus que d’une baisse de niveau.

Le déclassement est net dans la fonction publique, où 64 % des jeunes recrutés possèdent des diplômes supérieurs à ceux que le concours requiert normalement. Tous les jeunes sont donc touchés, tous doivent revoir à la baisse leurs espérances et leurs ambitions.

Là où le père était ouvrier sans diplôme, le fils devra avoir obtenu au moins un baccalauréat professionnel pour égaler son père, alors que leurs propres enfants, et bientôt leurs petits-enfants, devront posséder beaucoup plus de diplômes pour espérer retrouver la position de leurs aînés, comme l’a montré Louis Chauvel (Le Destin des générations, PUF, 1998).

Cela vaut pour les plus qualifiés comme pour les moins qualifiés, car les emplois qualifiés ayant crû beaucoup moins rapidement que les diplômes, de plus en plus de jeunes scolairement qualifiés n’accèdent pas aux emplois auxquels ils pensaient pouvoir prétendre.

À qui sert cette campagne de dénigrement ? À quelle vision de l’école ? Au service de quelle idéologie ?

Massacre pédagogique, pourquoi avoir peur des mots ?

Cette tendance lourde se vérifie notamment dans le cadre scolaire par le fait que jamais nos enfants n’auront été si jeunes à l’école ni aussi longtemps : trois ans de plus que leurs propres parents d’après les sociologues. Tous les temps sociaux de l’enfant sont cannibalisés par l’école et pour l’école. Bien plus que ce que l’on demande aux ouvriers. Le marché de l’après scolaire n’a jamais été aussi florissant ni les cartables aussi lourds, d’après le pédagogue et sociologue Emanuelle Davidenkof.

Les manuels scolaires persistent dans l’enflure comme s’il fallait que les élèves apprennent tout ce qu’il est possible de savoir et d’absorber, tout ce qu’il n’est pas concevable d’ignorer.

Mais tout cela n’est visiblement pas suffisant : compétition mondiale oblige, nos enfants doivent également produire plus vite et mieux. « L’école doit être rentable », nous dit Viviane Reding, commissaire européenne chargée de l’éducation. Du côté de la FEB et de l’OCDE, même son de cloche : il faut un retour sur investissement, la cadence et la production éducatives doivent augmenter chez nos ados.

Tout ce beau monde s’accorde à dire que la clé de la compétitivité internationale est l’éducation. Donc, plus de temps à perdre, nous devons rehausser le niveau de nos apprenants le plus tôt possible et le plus longtemps possible depuis la maternelle si possible et tout au long de leur vie. Gestion, management, ressource humaine, capital éducatif et compétences sont les nouveaux credos du modèle de production éducatif, le rendement et la compétition sont les clés du succès futur de l’école.

Bref, le modèle industriel est devenu la référence pour l’enseignement. Ce modèle a fait des ravages sur la santé des ouvriers (360 millions de dépressifs dans l’industrie selon l’OCDE) : il s’apprête à faire les mêmes ravages sur la santé de nos ados, les conséquences sont déjà visibles.

« Moi, quant je lis le stress au travail et que je compare avec les déclarations des enfants de primaire qui sont dans mon cabinet, je peux vous dire que c’est pareil dans les deux cas, on parle de rythme de travail, de patronat, de pression, d’enjeu, etc…. » Gisèle Georges, pédopsychiatre

Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez nos jeunes. Les cabinets de pédopsychiatres font le plein avec six mois d’attente pour une consultation, la psychiatrie infantile est en pleine expansion (20% des enfants ont un problème psychiatrique, le double d’il y a dix ans) et la vente de Rilatin (médicament utilisé dans le cadre scolaire pour les enfants dits hyperactifs) a explosé, passant de 1 200 000 à 2 700 000 doses en un an (une croissance de 34 % de 2005 à 2006).

La quantité des « smart drugs » vendus a également explosé l’année dernière d’après l’agence Belga qui a diffusé l’information le 20-01-2009. Les spécialistes pointent du doigt l’utilisation déviante du methylphénidate Ritalin surtout par les étudiants qui la consomment pour améliorer leur concentration.

Le dopage est définitivement une pratique acceptée, généralisée et banalisée en Occident dans l’enceinte scolaire. Les victimes principales sont nos ados. Dès qu’une aptitude ou une attitude, c’est-à-dire un « trouble », vient perturber le rendement et la production de l’apprenant, il se verra automatiquement prescrire un médicament « dopant » pour améliorer sa capacité de concentration, ce qui influera, pense-t-on, positivement sur sa production écrite.

Prés d’un million de petits Américains en maternelle sont diagnostiqués à tort comme ayant un déficit de l’attention avec hyperactivité (TDHA) et se voient prescrire des médicaments alors qu’ils sont souvent simplement plus jeunes et plus dissipés, selon une étude.

L’auteur de l’étude affirme que ces prescriptions non justifiées représentent des dépenses de 320 millions à 500 millions de dollars par an, dont 80 à 90 millions payés par l’assurance Medicaid pour les plus démunis.

Pour contrôler ces troubles déficitaires de l’attention, le médicament le plus souvent prescrit est la Ritalin (methylphénidate), un psycho stimulant dont les effets à long terme ne sont pas bien connus, affirme Todd Elder, auteur de l’étude et professeur d’économie à Michigan Stat University.

Des enquêtes au Canada et en Europe prouvent que l’école devient le moteur de la médicalisation des enfants. En Belgique, la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Laurette Onkelinx, a annoncé au Sénat qu’elle prépare un plan de lutte contre la surconsommation de Ritalin et d’autres psychotropes prescrits aux enfants souffrant de troubles de l’attention.

La ministre veut aussi dénoncer certaines pratiques consistant à encourager, via l’école, la consommation de Ritalin. Elle a souligné que la consommation importante de telles substances chez les jeunes posait question.

Nos enfants sont considérés comme de plus en plus troublés et ne s’adaptent plus suffisamment vite aux normes établies et au formatage scolaire. La pression subie par les enfants est élevée, comme le montre le taux d’abandon scolaire dans la tranche des 15-17 ans (redoublement 16% ; réorientation : 8,6 % – ce qui représente dans certaines classes près de 40% des élèves en situation d’échec – ; 25% de situation d’échec en général et 30% d’abandons scolaires des 15-17 ans).

Quand le train s’emballe, il laisse beaucoup de monde sur le quai. En d’autres termes, la seule chose qui est prise en compte aujourd’hui dans les analyses de l’école, et cela même chez les progressistes, est la question de la productivité, de la rentabilité des élèves, de leur niveau et de la médiocrité de ce niveau qu’il faut sans cesse augmenter.

Jamais la santé et le bien-être de ces enfants n’entrent en considération. In fine, dans le modèle scolaire actuel, ce qui empêche la production, ce n’est pas la surcharge de travail, mais l’individu lui-même.Il peut produire toujours plus, si l’on parvient à le formater de façon précoce et féroce, en l’obligeant insidieusement à s’adapter en permanence, pour son bien, quitte à détruire sa santé. Dans le cadre scolaire actuel, la santé d’un enfant n’est prise en compte qu’au seul regard de sa production écrite. Production écrite qui n’est d’ailleurs plus le symbole de la formation, mais de la destruction, de la sélection, du tri, de la relégation et in fine de l’exclusion d’une partie importante de notre jeunesse.

Pour Vincent Troger, dans les alternatives économiques n°198 2001, les multiples rapports font émerger un critère dominant d’évaluation du niveau scolaire : l’orthographe.

Le nombre et la fréquence des fautes sont les symptômes les plus régulièrement invoqués pour dénoncer la baisse de niveau. L’orthographe est ainsi devenue pour les instituteurs le principal symbole de leur autorité. L’encyclopédisme des manuels scolaires vise à coller au plus près à l’évolution technique et sociétale quels qu’en soient les soubresauts et accès fébriles.

De l’école primaire à l’université, la communication écrite renforce sa prédominance sur toutes les autres formes de langages et leurs richesses respectives (verbales, corporelles, artistiques). Le formatage écrit est privilégié pour sa facilité à être quantifiable, mesurable et donc pour le confort qu’il offre à évaluer la production immatérielle, la capacité intellectuelle de chaque élève.La surcharge des programmes et les classes surpeuplées ont réduit, voire interdit aux profs toute velléité de consacrer temps et efforts pédagogiques adéquats vers les élèves plus lents. Ce manque de temps pour les interactions individuelles a fini par écarter de notre enseignement, au profit exclusif de l’écrit, toutes les autres formes d’expressions et leurs disciplines associées telles que sport, arts plastiques, expression corporelle, théâtre, musique, apprentissage manuel. Toutes trop peu à normaliser dans leur évaluation et donc bouffeuses de temps.

L’enfant s’exprime d’abord par le corps puis par le verbe et in fine par l’écrit et aujourd’hui seul l’écrit est la valeur de référence pour l’école.

L’être complexe qu’est l’enfant, c’est-à-dire l’être social, est entièrement occulté, et cela a des conséquences physiques motrices et cognitives sur nos enfants dont malheureusement nous ignorons tout. Le niveau baisse nous dit-on… Mais de quel niveau s’agit-il, et comment le mesurer avec un mètre et une feuille de papier ?

Ce qui est certain et ne souffre d’aucune contestation, c’est que le niveau de nos enfants est en parfaite adéquation avec la société dans laquelle ils vivent.

Nos bambins savent parfaitement se servir de tous les outils qui sont mis à leur disposition. Par contre, sur le plan de la santé mentale et physique tous les analyses et baromètres sont dans le rouge et leur santé laisse à désirer.

Carlos Perez

Carlos Perez est le cofondateur de l’ASBL « Parents luttant contre l’échec et le décrochage scolaires » visant à améliorer le contact entre parents, professeurs et élèves et de promouvoir le bien-être des enfants dans le cadre scolaire. Il est l’auteur du livre « L’enfance sous pression. Quand l’école rend malade » aux éditions Aden

Facebook : l’enfance sous pression

Lenfance-sous-pression.be

http://www.facebook.com/ LenfanceSousPression http://www.facebook.com/LenfanceSousPression

L’enfance sous pression "Quand l’école rend malade"

Source : Investig’Action

mondialisation.ca

VIA: http://w41k.com/86383

 

http://gaetanpelletier.wordpress.com/2013/01/06/les-bob-binette-turbo/

http://gaetanpelletier.wordpress.com/2012/11/07/lapprentiometre/

http://gaetanpelletier.wordpress.com/2012/09/14/education-le-genie-pedagogique-des-hells-angels/

L’heure 25 + 1

25  heure

« De toute ma vie, je n’ai désiré que peu de choses : pouvoir travailler, avoir où m’abriter avec ma femme et mes enfants et avoir de quoi manger. C’est à cause de cela que vous m’avez arrêté ? Les Roumains ont envoyé le gendarme pour me réquisitionner — comme on réquisitionne les choses et les animaux. Je me suis laissé réquisitionner. Mes mains étaient vides et je ne pouvais lutter ni contre le roi ni contre le gendarme qui avait des fusils et des pistolets. Ils ont prétendu que je m’appelle Iacob et non Ion comme m’avait baptisé ma mère. Ils m’ont enfermé avec des juifs dans un camp entouré de barbelés, — comme pour le bétail — et m’ont obligé à faire des travaux forcés. Nous avons dû coucher comme le bétail avec tout le troupeau, nous avons dû manger avec tout le troupeau, boire le thé avec tout le troupeau et je m’attendais à être conduit à l’abattoir avec tout le troupeau. Les autres ont dû y aller. Moi je me suis évadé. C’est à cause de cela que vous m’avez arrêté ? Parce que je me suis évadé avant d’être conduit à l’abattoir ? Les Hongrois ont prétendu que je ne m’appelais pas Iacob mais Ion et ils m’ont arrêté parce que j’étais Roumain. Ils m’ont torturé et m’ont fait souffrir. Ensuite ils m’ont vendu aux Allemands. Les Allemands ont prétendu que je ne m’appelais ni Ion ni Iacob, mais Ianos et ils m’ont torturé à nouveau, parce que j’étais Hongrois. Puis un colonel est venu qui m’a dit que je ne m’appelais ni Iacob ni Iankel — mais Iohann — et il m’a fait soldat. D’abord il a mesuré ma tête, il a compté mes dents et mis mon sang dans des tubes en verre. Tout cela pour démontrer que j’ai un autre nom que celui dont m’a baptisé ma mère. C’est à cause de cela que vous m’avez arrêté ? Comme soldat, j’ai aidé des prisonniers français à s’évader de prison. C’est pour cela que vous m’avez arrêté ? Lorsque la guerre a pris fin et que j’ai cru que j’aurais, moi aussi, droit à la paix, les Américains sont venus et ils m’ont donné, comme à un seigneur, du chocolat et des aliments de chez eux. Puis, sans dire un mot, ils m’ont mis en prison. Ils m’ont envoyé dans quatorze camps. Comme les bandits les plus redoutables qu’ait jamais connus la terre. Et maintenant je veux moi aussi savoir : pourquoi. »

 

Demian West ressuscité par un mot: "milliasse"

cowboy à moto

milliasse

nf (mi-li-a-s’)
  • 1Dix fois cent milliards, synonyme aujourd’hui inusité de trillion.Un rayon d’une étoile aurait bien plus d’effort à faire [pour traverser la matière subtile de Descartes] que s’il avait à percer un cône d’or dont l’axe serait treize milliasses deux cents milliards de lieues. [Voltaire, Eléments de la philosophie de Newton mis à la portée de tout le monde]
  • 2Familièrement. Un grand nombre, en parlant par dédain. Il y a dans les rues une milliasse de mendiants.Une milliasse d’observations. [G. Naudé, Apologie, p. 45]

Dans le texte de Demian West,

Du présomptueux des expressions personnelles, que vous retrouverez sur 7 du Québec,  vous noterez que Demian utilise le mot milliasse.

En faisant une recherche sur le web: Demian West milliasse, nous retrouvons une foultitude, ou milliasse de commentaires ou d’articles de Demian.

http://blog.tcrouzet.com/2008/04/25/le-monde-change-et-vous/

On trouvera ici une bataille  de Demian contre une une milliasse de batailleurs.

En fait, sur Google, avec » milliasse et Demian West » , il y en a deux pages.

Moi qui ait mangé de la mélasse pendant mes trois années d’université, je suis obligé de conclure que Demian West est bel et bien vivant et qu’il écrit maintenant sur le site du Les 7  du Québec fondé par PJCA.

Jack Kerouac

Dans le paragraphe de son article, nous retrouvons une analyse très brève de l’histoire du chef-d’oeuvre de Jack Kerouac: Sur la route .

Quand Kerouac a présenté son manuscrit fondateur de la « beat generation » aux éditions Gallimard, on l’a reconduit à la porte parce qu’il avait un look de clochard, selon les critères de la maison. Etait-il moins un écrivain pour autant? Bien sûr que non. Et Gallimard n’était pas moins une maison d’édition.

Or, Kerouac ne s’est jamais présenté aux éditions Gallimard qu’il ne connaissait même pas. La version anglaise est parue en  1957, et Gallimard a édité le livre en 1960.

Sur la route de Jack Kerouac  

C’est Maurice Gagnon, journaliste du journal Le placôteux de notre région qui a probablement pondu le meilleur article sur les origines de Kerouac.

Merci Maurice!

SAINT-PACÔME — Écrivain américain, Jack Kerouac est l’un des chefs de file de la « Beat generation. » Né à Lowell, petite ville industrielle et centre de filature dans le nord-est du Massachusetts, il a ses racines dans la région de Kamouraska. Sa mère, Gabrielle-Ange Lévesque, est née à Saint-Pacôme. Ses grands-parents paternels, eux, sont originaires de Saint-Jean-Port-Joli et de Saint-Pascal.

Les origines kamouraskoises de l’écrivain sont connues. Lui-même en a parlé dans les entrevues qu’il a accordées en français à des journalistes québécois tels que Fernand Séguin et Pierre Nadeau. Dans une récente entrevue à l’émission « Tout le monde en parle », Nadeau disait de Jack Kerouac qu’il se définissait comme « un fils de Saint-Pacôme. »

Les archives de Radio-Canada nous permettent de voir et d’entendre une entrevue dans laquelle Jack Kerouac raconte à Fernand Séguin qu’il a grandi dans un quartier français, qu’il est allé dans une école francophone et qu’il a appris l’anglais à partir de l’âge de six ans. « On parlait français à la maison », dit-il. Kerouac raconte aussi qu’il mangeait « des tourtières et des cretons. »

Le livre souvenir du 150e anniversaire de Saint-Pacôme consacre un article à l’auteur du roman « Sur la route. » Des pages virtuelles lui sont consacrées sur plusieurs sites Internet, dont celui de l’Association des familles Kirouac.

Origines pacômiennes

Jack Kerouac est le fils de Léo-Alcide Kerouac et de Gabrielle-Ange Lévesque. Ceux-ci se sont mariés à Nashua (N.H.), le 25 octobre 1915. Le père de Gabrielle-Ange, Louis, est arrivé aux États-Unis le 18 mars 1890, six ans avant ses parents qui l’ont suivi en 1896. Louis était le cousin germain de Dominique Lévesque, père de l’ancien premier ministre du Québec, René Lévesque.

Bien qu’elle n’y aura passé que peu de temps, la mère de l’écrivain est née à Saint-Pacôme. Ses parents, Louis Lévesque et Joséphine Jean, bien qu’originaires du Kamouraska, habitaient à Nashua. Gabrielle-Ange est née lors d’un voyage que sa mère effectuait à Saint-Pacôme pour la période des Fêtes, nous apprend le site de la famille Kirouac.  « Elle était venue de Nashua, New Hampshire, chez ses beaux-parents et a dû prolonger son séjour jusqu’en février 1893 (ndlr : il s’agit plutôt de 1895). Elle donna alors naissance à des jumelles dont l’une allait devenir la mère de Jack », peut-on lire sur le site.

Chez les Kirouac

Du côté des Kirouac, les grands-parents de Jack, Jean-Baptiste Kirouac et Clémentine Bernier, se sont mariés à Saint-Pascal. Vers 1890, ces derniers ont émigré vers « ce qui semblait être, en ce temps-là, pour des milliers de Québécois, la seule terre pouvant leur fournir du travail et de l’argent pour faire vivre leur famille », toujours selon le site de l’association des familles Kirouac.

Léo-Alcide Kirouack [il a plus tard changé son nom pour Kéroack], le père de Jack, est né à Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup en 1889, l’année précédant le départ de ses parents pour les États-Unis. Léo-Alcide a été agent d’assurance puis propriétaire d’une imprimerie. « Lorsqu’il la vendra, il obtiendra un emploi de linotypiste à New Haven et, par la suite, à Brooklyn. Il est décédé au printemps de 1946 », note le site de l’Association.

L’écrivain

Aujourd’hui, Jack Kerouac est considéré comme l’un des auteurs américains les plus importants du XXe siècle. On dit de lui « qu’il est aussi important pour la littérature américaine que James Dean et Marlon Brando le sont pour le cinéma des années 1950 ou Elvis Presley, pour la musique populaire. » (Livre du 150e anniversaire de Saint-Pacôme)

Le site de l’Association des familles Kirouac rapporte que Jack Kerouac a abandonné ses études universitaires à l’aube de sa 2e année à l’Université de Columbia. C’est à ce moment que commence sa vie d’écrivain. « En errant sur les routes d’Amérique, il deviendra l’un des grands auteurs de sa génération », lit-on en outre sur le site. Considéré comme le meilleur ouvrage de Jack Kerouac, « Sur la route », publié en 1957, raconte ses voyages en auto-stop à travers les États-Unis et au Mexique.

L’écrivain est mort à 47 ans, le 24 octobre 1969, des suites d’une hémorragie intestinale.

Outre les ouvrages et sites mentionnés, soulignons la contribution de monsieur Michel Dumais, généalogiste à la Société historique de la Côte-du-Sud, pour les recherches entourant la rédaction de cet article.

***

Saint Pacôme

J’habite Saint-Pascal de Kamouraska. Kamouraska signifiant: « là où il y a jonc », en amérindien.

Il y a bien des rumeurs concernant le manuscrit de Kerouac qui a été vendu 2.2$ millions  de dollars. Comme quoi l’art est souvent acheté et utilisé comme monnaie par les riches.

Sur rouleau? Le mystère demeure encore. Puisque certaines sources soulignent que Kerouac aurai collé de feuillets pour les glisser dans sa  » machine à écrire ».

Mais une chose est certaine: Kerouac , avec sa « plume glissante », jazzée, a dû faire bien des coupures dans son manuscrit. Il a travaillé presque dix ans sur cette oeuvre.

***

Il est d’ailleurs étonnant qu’une milliasse de cultivés n’aient pas remarqué ce passage « a vide » de Demian.

Quoiqu’il en soit, Demian, je vous souhaite la bienvenue dans le monde des blogueurs. Vous annoncez la mort du « Journal citoyen » mais vous y écrivez. J’ai bien noté toutefois que vous n’aviez pas été dupe de ce que je nommerais « L’arnaque Agoravox ».  Mais il peut servir de pub… En autant qu’un gourou vous ait convaincu de refaire votre portrait et une nouvelle inscription pour commenter.

Moi aussi j’ai cru longtemps en la fraternité et la lutte entre « camarades ».

J’ai déchanté. Le mot « docile » ne me va pas du tout. Les chiens sont dociles… On les a dressés. Alors là, je viens de comprendre que la docilité et le mollasse seraient confondus.

La chose la plus difficile au monde est de savoir quel rôle nous jouons: le renard ou le corbeau?

Quant à la culture, nous en avons tous un morceau. Et c’est comme la pointe de l’Iceberg. Les gens de froideur sortent la tête de l’eau, mais on n’y voit pas le reste.

Vous m’avez appris au moins une chose: ceux qui chantent la « chaleur humaine », la camaraderie, le « monde à sauver », et même la culture livresque restent des gens dont il faut se méfier. Il en est qui tressent des cordes si invisibles que le  soit-disant champion de la connaissance de la manipulation, bien « renseigné », n’y échappe pas.

Je doute de plus en plus de « moi ». S’il faut le mot « amour » bien écrit, je pense que je l’échangerais pour les gens simples que j’ai connus. Eux, ils le pratiquent…

Gaëtan Pelletier

27 septembre 2013

« VOUS ÊTES PARFAITS, VOUS ÊTES COMME DES MACHINES »

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« On vous remplira de bonheur jusqu’aux bords. Quand vous serez rassasié, vous rêvasserez tranquillement [...] et vous ronflerez. Vous n’entendez pas ce grand ronflement symphonique ? Vous êtes difficile : on veut vous débarrasser de ces points d’interrogation qui se tordent en vous comme des vers et vous torturent ! Courez subir la grande opération !  » (Ievgueni Zamiatine, Nous autres) 

« Nous savons maintenant que les songes sont le signe d’une sérieuse maladie mentale  » – Ievgueni Zamiatine,Nous autres, 1921

Un monde rectiligne et lisse, parfaitement ordonné : rien ne dépasse, rien ne dépare. Un bon millier d’années après le XXesiècle, le Dieu Logique – fils du prophète Taylorisme – l’a emporté et règne en maître sur des individus-machines asservis. L’humanité est une mécanique de précision et les humains les pièces bien huilées d’un grand mécano sans âme. Le « Moi » a fait son temps, place au « Nous » omnipotent. Rêve, personnalité et imagination sont prohibés, au profit d’une arithmétique existentielle et de la célébration de la seule idole qui vaille : l’État Unique, piloté par le « Bienfaiteur ». Joie.

C’est dans ce futur réglé comme du papier à musique – même les relations sexuelles sont planifiées à l’avance – que le « héros » de Nous autres1, l’ingénieur D-503, se voit chargé d’une mission de la plus haute importance : construire un vaisseau spatial, l’Intégral, « formidable appareil électrique en verre » qui portera la bonne parole de la Raison triomphante à l’univers tout entier. Au fil du chantier, D-503 tient un journal de bord. Il y consigne les avancées des travaux et sa foi dans le Bienfaiteur ; mais aussi ses états d’âme. Car le vaillant ingénieur dévoué à sa tâche est soudain pris de doutes après sa rencontre avec la belle I-330. Pire : il se met à rêver….

Écrit en 1920-1921 par un certain Ievgueni Zamiatine – russe de son état – et illico censuré par le pouvoir bolchevique, Nous autres est un livre précurseur en matière de dystopie, de récit contre-utopique. La trame du roman rappelle d’ailleurs furieusement celle de deux monuments de la littérature d’anticipation publiés plus tardivement, 1984 de George Orwell (1949) et Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1931). Les trois récits reposent en effet sur le même schéma narratif : le servant fidèle d’un totalitarisme achevé comprend soudain (notamment grâce à l’amour) que son époque est un tas de purin liberticide. Et il paye cette révélation au prix fort. Le Bernard Marx du Meilleur des mondes est ainsi exilé dans une île où ses pensées « hérétiques » resteront inoffensives car confinées. Le Winston Smith de 1984 est torturé pendant des semaines, « rééduqué » jusqu’à renier tout ce qui comptait pour lui. Et le D-503 deNous autres subit un traitement éradiquant son imagination : « Vous êtes malades. Votre maladie c’est l’imagination. C’est un ver qui creuse des rides noires sur votre front. » Dont acte et intervention chirurgicale ; retour au mouton bipède.

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Alexandre Rodtchenko « Parade sportive au stade Dinamo », 1935

Zamiatine fut sans doute le premier à pressentir et représenter le totalitarisme made in XXe siècle avec une telle clarté. Et il exerça une influence certaine sur ses successeurs. Des esprits retors iront jusqu’à accuser Orwell de plagiat2, assertion stupide : si l’écrivain anglais s’inscrivait avec1984 dans la suite évidente du récit de Zamiatine, c’est parce que les intuitions de l’écrivain russe s’étaient révélées d’une justesse étonnante. Il posa les jalons, d’autres complétèrent.

« CE GRAND RONFLEMENT SYMPHONIQUE »

« S’ils ne comprennent pas que nous leur apportons le bonheur mathématique exact, notre devoir est de les forcer à être heureux » – Nous autres

Le récit de Zamiatine paraît familier parce qu’il a posé l’équation de base dans l’analyse littéraire du mal totalitaire : au nom d’un idéal dévoyé, l’homme renonce à sa liberté et se retrouve sous le joug d’une instance suprême. Les outils permettant à celle-ci d’imposer durablement son système de domination varient selon les auteurs et le contexte d’écriture – le Novlangue pour1984, le Soma pour Le Meilleur des mondes, l’informatique pour Un Bonheur insoutenable(Ira Levin, 1969) –, mais la trame reste la même : une société tout entière est privée de libre-arbitre, intégralement sous contrôle. Emprise si forte que le souvenir même de la liberté s’estompe. Tout est verrouillé.

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Le poète R-13, personnage secondaire de Nous autres, légitime ce choix de société en le posant comme la seule manière de réparer l’erreur originelle, celle qu’avaient commise Adam et Ève en choisissant la «  liberté sans bonheur » au détriment du «  bonheur sans liberté ». Bye bye Jardin d’Éden, bonjour les emmerdes : «  Ces idiots-là ont choisi la liberté et, naturellement, ils ont soupiré après des chaînes pendant des siècles. […] Nous venons de rendre le bonheur au monde… »

Quand D-503 soulève de timides objections au sujet de la lobotomie qui lui pend au nez, les sbires du régime s’étonnent : pourquoi refuser cette heureuse volupté ? Cette confortable inconscience de l’engrenage collectif ? Allons, il faut être raisonnable : « On vous guérira, on vous remplira de bonheur jusqu’aux bords. Quand vous serez rassasié, vous rêvasserez tranquillement, en mesure, et vous ronflerez. Vous n’entendez pas ce grand ronflement symphonique ? Vous êtes difficile : on veut vous débarrasser de ces points d’interrogation qui se tordent en vous comme des vers et vous torturent ! Courez subir la grande opération !  »

CONTRE-PROPAGANDE

« On entend seulement le montagnard du Kremlin, / Le bourreau et l’assassin de moujiks. / Ses doigts sont gras comme des vers, / Des mots de plomb tombent de ses lèvres. » (Ossip Mandelstam, 1934, épigramme sur Staline)

Si Zamiatine, né en 1884, a œuvré avec enthousiasme à l’avènement de la révolution russe, le déroulement de celle-ci l’a rapidement déçu. Impliqué dans les événements de 1905, transporté par les premières lueurs de la révolution bolchevique, il a quitté le Parti avant même le début des années 1920, refusant la dérive autoritaire en gestation. Nous autres transcrit cette déception devant l’élan arrêté, ankylosé. Quand I-330 s’exclame « Alors pourquoi parles-tu de la dernière révolution ? Il n’y a pas de dernière révolution, le nombre de révolutions est infini ! », le fantôme de l’enlisement bureaucratique soviétique rôde en embuscade.

Nous autres décrit une société tellement obnubilée par l’efficacité (Stakhanov powa) et la logique industrielle qu’elle a accepté de renoncer à la liberté. L’essentiel est dans la gestion efficace, la maîtrise des affects, l’ablation de toute individualité au nom du bien commun : « Vous êtes parfaits, vous êtes comme des machines : le chemin du bonheur à cent pour cent est ouvert. » Dans ce contexte, poser des questions ou soulever des objections équivaut à désobéir à la ligne du Parti unique : « L’Homo Sapiens ne devient homme, au sens plein du mot, que lorsqu’il n’y a plus de points d’interrogation dans sa grammaire, mais uniquement des points d’exclamation, des virgules et des points. »

Sitôt écrit, sitôt interdit : le roman de Zamiatine a été immédiatement censuré en terre bolchevique (il ne sera pas publié en URSS avant 1988). Son auteur fut menacé de mort et interdit de publication, avant d’être finalement expulsé en 1931. Plaidant sa cause auprès de Staline, Gorki lui sauva la mise. Presque un miracle.
Dans La Génération qui a gaspillé ses poètes, écrit en 19313, Roman Jakobson abordait le cas de ces grands poètes russes qui, après avoir été acteurs ou sympathisants de la révolution, ont affuté leurs critiques par vers interposés : Goumilev, Essenine, Blok… Tous sacrifiés parce qu’ils refusaient le moule idéologique et étaient « encore capables de comprendre ce qui les entourait non pas dans sa statique, mais dans son devenir  ». À l’image d’Ossip Mandelstam rédigeant le célèbre épigramme injurieux sur Staline – bras d’honneur poétique qui le condamnait à mort. Ou de Zamiatine cherchant avec Nous autres à révéler ce devenir qu’il pressentait sombre.

*

C’est en 1934 que l’immonde Andreï Jdanov, alors Secrétaire général du Parti, a officiellement fixé les normes du « réalisme socialiste », exhortant les artistes à abandonner les oripeaux du passé pour se transformer en «  ingénieurs des âmes », en mécaniciens du cerveau. Aboutissement logique : le processus totalitaire, qu’il soit d’inspiration communiste ou fasciste, n’admet de littérature que servile et planifiée, utilitaire. Le reste est ennemi. Évoquant les bureaucrates-bourreaux dans sa préface à Nous autres, Jorge Semprun écrivait : « L’infini de la révolution les effraye. Ils veulent dormir tranquillement la nuit. De temps en temps, un Zamiatine surgit et les réveille. En sursaut. »


1 Gallimard, collection l’Imaginaire, 1971 pour l’édition française. Traduit par B. Cauvet-Duhamel.

2 Relevant notamment le fait que l’écrivain anglais avait livré une critique élogieuse de Nous autres dans l’hebdomadaire anglais Tribunes en 1946, trois ans avant la publication de 1984.

3 Et traduit aux éditions Allia en 2001.

L’inconnu sur la terre

Je laisse la place à J.M. Le Clézio. J’ai lu le Procès-Verbal, il y a longtemps… Lui et Réjean Ducharme – qui,je crois, sont amis -, m’ont montré que la littérature était une émotion en jaillissement d’étoiles. Comme si tout ce qu’on avait dans son corps, sortait, des entrailles jusqu’à l’âme. Chercher son âme… À travers les émotions et comprendre la nature humaine, la vraie. Pas celle des faux-jetons qui nous mènent… 

Gaëtan Pelletier

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Depuis longtemps, Jean Marie Gustave Le Clézio enchante ma vie. Je suis heureuse qu’il ait reçu dernièrement le prix Nobel de littérature, ce qui est amplement mérité. Pour ceux qui ne l’ont jamais lu, courrez à la première librairie pour vous procurer "L’inconnu sur la Terre" ou "Désert". Vous ne serez pas déçus, parole de sourire!!!

Extraits choisis de "L’inconnu sur la terre"

Ecrire seulement sur les chose qu’on aime. Ecrire pour lier ensemble, pour rassembler les morceaux de la beauté, et ensuite recomposer, reconstruire cette beauté. Alors les arbres qui sont dans les mots, les rochers, l’eau, les étincelles de lumière qui sont dans les mots, ils s’allument, ils brillent à nouveau, ils son purs, ils s’élancent, ils dansent! … Comment être loin de la vie? Comment accepter d’être étranger, exilé? Tout ce que l’on sait, tout ce que l’on reconnait, et les chimères de la conscience, tout cela cède devant un seul instant de vie. Un moucheron qui traverse l’air, un brin d’herbe que fait vibrer le vent, une goutte d’eau, une lumière, et d’un seul coup il n’y a plus de mots: il y a l’étendue muette de la réalité, où le langage est déposé, où la conscience est minéralisée…

La beauté n’est pas secrète. Elle est libre, exposée de toutes parts. Le ciel est grand, la mer, et la lumière resplendit. Tout est si calme, si vaste, le silence est si profond, à travers lui passent des vols d’oiseaux blancs, lentement, voyageant le long du ciel…

C’est cela qu’on attend, qu’on cherche depuis si longtemps: la lumière. Il suffit alors d’être debout en haut d’une colline, devant la mer, avec le ciel, et regarder, respirer, regarder, respirer. Le regard et le souffle alors sont une seule action, il n’y a plus de différence, plus de frontière. Je ne sais rien, je ne veux rien apprendre, rien de ce que donnent les mots et les lois des hommes. Mais je veux être là, quand cela se passe, debout sur cette colline pauvre, devant le ciel et la mer, tout à fait comme une femme sur son balcon, et regarder ce qui est immense, ce qui est pur…

Quelque chose brûle en moi. J’attends et je n’attends pas. C’est peut-être dans cette rupture dans cet instant, entre les deux pulsions, l’une qui va vers l’infini du oui, l’autre vers l’infini du non, qu’est le lieu de la vie.
Cette lumière qui m’éclaire en moi , et qui ne m’appartient pas, sans cesse me montre l’étendue du possible, ce que je pourrais être un jour, ce que je devrais être. Pareil au feu, à l’étoile, au soleil.
J’attends et en même temps, je n’attends pas.

Les visages sont beaux. Il n’y a rien de plus émouvant dans la personne humaine, rien de plus accompli. Un visage, n’importe lequel, surgi au hasard dans la foule, porté en haut du corps et s’avançant vers moi, un peu secoué par les mouvements de la marche, planant comme un cerf-volant, éclairé par la lumière. Je le regarde, et je ressens l’émotion de mon espèce. Je reconnais chaque détail très vite parce que c’est ce que je connais le mieux de l’homme. Mais en même temps, je me sens troublé, trompé, parce que c’est l’image la plus mystérieuse, la plus difficile…

J’aime la gaité simple de l’enfance. Ceux que la vie étonne, que la vie surprend, et qui s’amusent du monde, ceux-là aussi ont la vertu. Ils ne sont pas sérieux. Les grandes choses, les beaux discours, les événements historiques, ça ne les intéresse pas. Même , quelquefois, ils les regardent, du coin de l’oeil, ils les écoutent du coin de l’oreille, l’air un peu étonné, et ces grandes choses et ces belles phrases tombent à plat, un peu dépitées, sans plus oser être solennelles. Ceux qui ont cette gaité n’ont pas mauvais esprit. Mais c’est simplement que les grandes choses ne sont pas toujours celles qu’on croit, et que la beauté et la vérité n’ont pas besoin d’être sérieuses…

Ce qu’il y a de plus émouvant dans le visage de l’homme: le sourire. Le visage s’ouvre tout à coup, comme si un vent emportait son poids, effaçait sa douleur, sa mémoire, le visage se fend et s’écarte lentement, et quelque chose brille. Quelque chose se montre, sur les joues, sur le front, fait un peu reculer les oreilles. Quelque chose apparaît, une pensée, un regard, une lumière, quelque chose qui parle, qui fait signe.
J’aime le sourire sur le visage des enfants, des femmes. Il n’y a pas d’expression plus belle. Il n’y a rien de plus vrai sur le visage humain, rien de plus doux, de plus harmonieux dans la personne humaine. Le sourire vient du plus profond de l’être, du monde du sommeil peut-être, et monte, traverse le corps lentement à la manière d’un frisson de plaisir, jusqu’à l’orée de la bouche. Frisson de bonheur, frisson de lumière et de paix; ce qu’il montre, c’est l’état d’innocence, l’acceptation du monde et de ses limites, comme une clarté mêlée au jour, âme et monde unis, inséparables, indissociables; enfin, l’être vrai de l’homme, l’être tel qu’au commencement de la vie, aux premiers jours, quand nulle peur, nulle complicité ne vient troubler la transparence de l’âme. Le sourire est cet instant de solitude extrême, de solitude admirable. Il est le moment du retour, le miracle peut-être. Pour rien ni pour personne, dirigé vers le monde immense, le sourire est l’ornement de la vie,. C’est à-dire que sa beauté n’a d’autre raison que cette illumination du monde, cet éclaircissement.

Dans ce livre, Le Clezio parle de tout, de rien, des arbres, des oranges, des légumes, du pain, du vent, des étoiles, des nuages, beaucoup de la mer qu’il aime, des cargos, des bébés, les pauvres gens, de nous, de la simplicité de vivre ce qui est, des mille petites et grandes choses qui font notre vie et à chaque page, de la beauté et de la lumière qui nous éclaboussent… J’espère vous avoir fait envie de le découvrir ou de le relire…

Source: Blog Présence d’amour – Sourire d’amour
http://presencedamour.over-blog.fr/categorie-10607870.html

La nouvelle ère numérique : l’âge de la surveillance généralisée ? (New York Times)

Julian ASSANGE

FRAMABLOG – Deux membres influents de Google (et donc d’Internet), Eric Schmidt et Jared Cohen, ont récemment publié le livre The New Digital Age(La Nouvelle ère numérique).

Nous vous en proposons ci-dessous la critique cinglante de Julian Assange qui n’hésite pas à affirmer que « l’avancée des technologies de l’information incarnée par Google porte en elle la mort de la vie privée de la plupart des gens et conduit le monde à l’autoritarisme ».

Lorsque Google s’associe ainsi avec le gouvernement américain, son fameux slogan a du plomb dans l’aile et la menace plane…

La banalité du slogan de Google « Ne soyez pas malveillant »

« La Nouvelle ère numérique » présente un programme étonnamment clair et provocateur de l’impérialisme technocratique, signé de deux de ses principaux apprentis-sorciers, Eric Schmidt et Jared Cohen, qui élaborent les nouveaux éléments de langage destinés à asseoir la puissance états-unienne sur le monde pour le 21esiècle. Ce langage reflète l’union sans cesse plus étroite entre le Département d’État et la Silicon Valley, incarnée par M. Schmidt, le président exécutif de Google, et par M. Cohen, un ancien conseiller de Condoleezza Rice et de Hillary Clinton, qui est maintenant directeur de Googles Ideas. Les auteurs se sont rencontrés dans le Bagdad occupé de 2009, où ils ont décidé d’écrire ce livre. En flânant parmi les ruines, ils furent excités à l’idée que les technologies de consommation de masse étaient en train de transformer une société laminée par l’occupation militaire des États-Unis. Ils ont décidé que l’industrie des technologies pourrait être un puissant agent de la politique étrangère américaine.

Le livre fait l’apologie du rôle des technologies dans la refonte du monde des nations et des citoyens en un monde semblable à celui des superpuissances dominantes, de gré ou de force. La prose est laconique, l’argumentaire sans détour, la philosophie d’une banalité affligeante. Mais ce n’est pas un livre destiné à être lu. C’est une déclaration majeure destinée à nouer des alliances.

« La Nouvelle ère numérique » est, au-delà de toute autre considération, une tentative par Google de se positionner comme incarnant une vision géopolitique de l’Amérique — la seule et unique entreprise capable de répondre à la question « Où doit aller l’Amérique ? ». Il n’est pas surprenant qu’une sélection imposante des plus farouches bellicistes ait été amenée à donner sa bénédiction à la puissance séduisante du « soft power » occidental. Il faut, dans les remerciements, donner une place de choix à Henry Kissinger, qui, avec Tony Blair et l’ancien directeur de la CIA Michael Hayden, a fait à l’avance les éloges du livre.

Dans celui-ci, les auteurs enfilent avec aisance la cape du chevalier blanc. Un saupoudrage libéral de précieux auxiliaires de couleur politiquement corrects est mis en avant : des pêcheuses congolaises, des graphistes au Botswana, des activistes anti-corruption à San Salvador et des éleveurs de bétail masaïs analphabètes du Serengeti sont tous convoqués pour démontrer docilement les propriétés progressistes des téléphones Google connectés à la chaîne d’approvisionnement informationnelle de l’empire occidental.

Les auteurs présentent une vision savamment simplifiée du monde de demain : les gadgets des décennies à venir ressembleraient beaucoup à ceux dont nous disposons aujourd’hui : simplement, ils seraient plus cool. Le « progrès » est soutenu par l’extension inexorable de la technologie de consommation américaine à la surface du globe. Déjà, chaque jour, un million d’appareils mobiles supplémentaires gérés par Google sont activés.

Google, et donc le gouvernement des États-Unis d’Amérique, s’interposera entre les communications de chaque être humain ne résidant pas en Chine (méchante Chine). À mesure que les produits deviennent plus séduisants, de jeunes professionnels urbains dorment, travaillent et font leurs courses avec plus de simplicité et de confort ; la démocratie est insidieusement subvertie par les technologies de surveillance, et le contrôle est revendu de manière enthousiaste sous le terme de « participation » ; ainsi l’actuel ordre mondial qui s’appuie sur la domination, l’intimidation et l’oppression systématiques perdure discrètement, inchangé ou à peine perturbé.

Les auteurs sont amers devant le triomphe égyptien de 2011. Ils jettent sur la jeunesse égyptienne un regard dédaigneux et clament que « le mélange entre activisme et arrogance chez les jeunes est universel ». Des populations disposant de moyens numériques impliquent des révolutions « plus faciles à lancer » mais « plus difficiles à achever ». À cause de l’absence de leaders forts, cela aboutira, ainsi l’explique M. Kissinger aux auteurs, à des gouvernements de coalition qui laisseront la place à l’autocratie. Selon les auteurs « il n’y aura plus de printemps » (mais la Chine serait dos au mur).

Les auteurs fantasment sur l’avenir de groupes révolutionnaires « bien équipés ». Une nouvelle « race de consultants » va « utiliser les données pour construire et peaufiner une personnalité politique. »

« Ses » discours et ses écrits seront nourris (ce futur est-il si différent du présent ?) « par des suites logicielles élaborées d’extraction d’informations et d’analyse de tendances » alors « qu’utiliser les fonctions de son cerveau », et autres « diagnostics sophistiqués » seront utilisés pour « évaluer les points faibles de son répertoire politique ».

Le livre reflète les tabous et obsessions institutionnels du Département d’État (NdT : l’équivalent du Ministère des Affaires étrangères). Il évite la critique sérieuse d’Israël et de l’Arabie Saoudite. Il fait comme si, de manière extraordinaire, le mouvement de reconquête de souveraineté en Amérique Latine, qui a libéré tant de pays des ploutocraties et dictatures soutenues par les États-Unis ces 30 dernières années, n’avait jamais existé. En mentionnant plutôt les « dirigeants vieillissants » de la région, le livre ne distingue pas l’Amérique Latine au-delà de Cuba. Et bien sûr, le livre s’inquiète de manière théâtrale des croque-mitaines favoris de Washington : la Corée du Nord et l’Iran.

Google, qui a commencé comme une expression de la culture indépendante de jeunes diplômés californiens — une culture du respect, humaine et ludique — en rencontrant le grand méchant monde, s’est embarqué avec les éléments de pouvoir traditionnels de Washington, du Département d’État à la NSA.

Bien que ne représentant qu’une fraction infinitésimale des morts violentes à l’échelle mondiale, le terrorisme est un des sujets favoris des cercles politiques des États-Unis. C’est un fétichisme qui doit aussi être satisfait, et donc « Le Futur du Terrorisme » a droit à un chapitre entier. Le futur du terrorisme, apprenons-nous, est le cyberterrorisme. S’ensuit une série de scénarios complaisants et alarmistes, incluant un scénario haletant de film catastrophe dans lequel des cyber-terroristes s’emparent des systèmes de contrôle aérien américains et envoient des avions percuter des bâtiments, coupent les réseaux électriques et lancent des armes nucléaires. Les auteurs mettent ensuite les activistes qui participent aux manifs virtuelles dans le même panier.

J’ai une opinion très différente à ce sujet. L’avancée des technologies de l’information incarnée par Google porte en elle la mort de la vie privée de la plupart des gens et conduit le monde à l’autoritarisme. C’est la thèse principale de mon livre, Cypherpunks (traduit en français sous le titre Menace sur nos libertés. Mais, tandis que MM. Schmidt et Cohen nous disent que la mort de la vie privée aidera les gouvernements des « autocraties répressives » à « cibler leurs citoyens », ils affirment aussi que les gouvernements des démocraties « ouvertes » la verront comme une bénédiction permettant de « mieux répondre aux problèmes des citoyens et des consommateurs ». En réalité, l’érosion de la vie privée en Occident et la centralisation du pouvoir qui lui est associée rendent les abus inévitables, rapprochant les « bonnes » sociétés des « mauvaises ».

La section du livre relative aux « autocraties répressives » décrit nombre de mesures de surveillance répressives qu’elle condamne : les lois dédiées à l’insertion de « portes dérobées » dans des logiciels afin de rendre possibles l’espionnage de citoyens, la surveillance de réseaux sociaux et la collecte d’informations relatives à des populations entières. Toutes ces pratiques sont d’ores et déjà largement répandues aux États-Unis. En fait, certaines de ces mesures, comme celle qui requiert que chaque profil de réseau social soit lié à un nom réel, ont été défendues en premier lieu par Google lui-même.

Tout est sous nos yeux, mais les auteurs ne peuvent le voir. Ils empruntent à William Dobson l’idée selon laquelle les médias, dans une autocratie, « permettent l’existence d’une presse d’opposition aussi longtemps que les opposants au régime comprennent quelles sont les limites implicites à ne pas franchir ». Mais ces tendances commencent à émerger aux États-Unis. Personne ne doute des effets terrifiants des enquêtes menées sur The Associated Press et James Rosen de Fox News. Reste que le rôle de Google dans la comparution de Rosen a été peu analysé. J’ai personnellement fait l’expérience de ces dérives.

Le ministère de la Justice a reconnu en mars dernier qu’il en était à sa 3ème année d’enquête criminelle sur Wikileaks. Le témoignage du tribunal fait remarquer que ses cibles incluent « les fondateurs, propriétaires ou gestionnaires de WikiLeaks ». Une source présumée, Bradley Manning, fait face à un procès de 12 semaines à partir de demain, avec 24 témoins à charge qui témoigneront à huis clos.

Ce livre est une œuvre de très mauvais augure dans laquelle aucun auteur ne dispose du langage pour appréhender, encore moins pour exprimer, le gigantesque mal centralisateur qu’ils sont en train de construire. « Ce que Lockheed Martin était au 20e siècle, les sociétés technologiques et de cybersécurité le seront au 21e siècle », nous disent-ils. Sans même comprendre comment, ils ont mis à jour et, sans accroc, mis en œuvre la prophétie de George Orwell. Si vous voulez une vision du futur, imaginez des lunettes Google, soutenues par Washington, attachées — à jamais — sur des visages humains disponibles. Les fanatiques du culte de la technologie de consommation de masse y trouveront peu de matière à inspiration, non qu’ils en aient besoin visiblement, mais c’est une lecture essentielle pour quiconque se retrouve pris dans la lutte pour le futur, ayant en tête un impératif simple : connaissez vos ennemis.

Julian Assange

Original The Banality of ‘Don’t Be Evil’ :http://www.nytimes.com/2013/06/02/opinion/sunday/the-banality-of-googl…

Julian Assange – 1er juin 2013 – New York Times
(Traduction : Goofy, agui, P3ter, godu, yanc0, Guillaume, calou, Asta, misc, Gatitac, Martinien + anonymes) Framablog http://www.framablog.org/index.php/post/2013/06/04/assange-google-evil

Crimes sans châtiment : Révélations sur les filières terroristes de Paris

Louis Dalmas

Avec "Crimes sans Châtiment", l’auteur met à jour tout un système de complicités entre les dirigeants politiques français et des groupes islamistes criminels. De 1990 à 2012, de l’Algérie à la Syrie, la confrérie des Frères musulmans reçoit le soutien de Paris dans ses coups d’Etat contre les pays du Bassin méditerranéen. Entrevue de jean-Loup Izambert par Louis Dalmas (B.I. Infos, no. 185, mars 2013).

B.I. : En juin 2012 vous annonciez la parution prochaine de votre ouvrage sous le titre provisoire de "La ligne jaune". Le titre a changé depuis. Pourquoi ?

Jean-Loup Izambert : D’abord, il m’a fallu près d’une année avant de trouver un éditeur libre et indépendant digne de ce nom sur la vingtaine qui ont reçu mon manuscrit. (1) Pendant ce temps, l’évolution de la situation internationale a montré que les dirigeants occidentaux ne se contentaient pas de franchir la ligne jaune entre la guerre et la paix.

Le fait est acquis qu’ils déclenchent des conflits en bafouant la souveraineté des peuples, en piétinant la Charte des Nations Unies, ses résolutions comme les conventions internationales. Les guerres ouvertes contre la Libye puis contre la République arabe syrienne font suite à celles déjà enclenchées dans des conditions similaires contre l’Afghanistan, l’Irak, la République fédérative de Yougoslavie et plusieurs pays d’Afrique dont la Côte d’Ivoire ou le Mali. Elles témoignent de la volonté des dirigeants des mêmes pays occidentaux – USA, Angleterre et France en principal – de passer outre le droit international pour piller les richesses des peuples, contrôler les grands axes de communication qu’ils jalonnent et y installer des régimes militaro-financiers. Ils bénéficient dans ces nouvelles guerres coloniales du soutien peu flatteur des dictatures pétro-religieuses du golfe Persique et de l’intervention du Fonds monétaire international. L’embargo contre la République islamique d’Iran afin d’empêcher son développement et d’y provoquer des troubles en est un autre exemple. Ces crimes sont prémédités, planifiés, discutés entre princes et sont le fait des mêmes Etats, tous membres de l’OTAN. Autre élément important : ils sont restés sans châtiment, sans réplique, tant sur le terrain politique, diplomatique, économique que militaire, du moins pour le moment.

L’Eurasie, bloc de paix contre les guerres étasuniennes

Q : Quels éléments pourraient changer le cours des choses ?

R : Trois facteurs sont à prendre en compte. D’abord, l’Eurasie émerge et s’organise politiquement, économiquement, financièrement et militairement avec ses partenaires sous l’impulsion de Moscou et de Pékin. La première puissance mondiale est en cours de constitution sur la base des idéaux de paix, de progrès économique et social et d’anti-impérialisme. Cet aspect est évoqué dans le livre au travers de l’intervention du politologue Alain de Benoist.

Cela signifie que dans le temps, de gré ou de force, toutes les bases militaires étasuniennes installées dans des pays de l’Eurasie devront disparaître pour céder la place aux forces de la paix. Ce mouvement est à prolonger sur la petite Europe de Maastricht et le bassin Méditerranéen.

Pour sa part, le politologue camerounais Jean-Paul Pougala situe bien les enjeux sur les vraies raisons de la guerre contre la Libye. Ensuite, les principaux acteurs de l’Eurasie commencent à parler d’une seule voix dans les instances internationales. Ainsi, sans le veto commun de la Fédération de Russie et de la République Populaire de Chine au Conseil de sécurité de l’ONU, rejoints aujourd’hui par de nombreux autres pays au sein des Nations Unies, nous connaîtrions actuellement un conflit militaire majeur. Il ne faut pas oublier qu’après "l’expérience" diplomatique malheureuse avec la Libye, la Fédé-ration de Russie a clairement mis en garde les gouvernements bellicistes contre tout nouvel acte de guerre contre la République arabe syrienne, Ceux qui, comme les Etats-Unis, la France, la Turquie de l’islamiste Erdogan et son partenaire Israël ont jugé bon de soutenir les gangs criminels islamistes de la nébuleuse des Frères musulmans ont pris une lourde responsabilité. Enfin, troisième facteur et non des moindres, ces Etats ont semé le ferment de la haine à leur encontre.

Q. : C’est-à-dire ?

R : Croyez-vous que les enfants palestiniens qui ont vu leurs familles assassinées par l’armée de l’Etat raciste et terroriste d’Israël qui viole depuis des décennies les résolutions de l’ONU vont se contenter longtemps de la "guerre des pierres " contre l’agresseur ? Croyez-vous que les Libyens qui ont vu les leurs mourir sous les bombes à uranium de l’OTAN ou assassinés par des bandes islamistes armées par la France vont rester les bras croisés devant le massacre et l’occupation de leur pays ? Croyez-vous que les Syriens vont mourir en silence dans les lâches attentats suicides de gangs islamistes armés par l’Occident et la Turquie sans réagir ? Si vous regardez la carte des conflits dans les pays arabes depuis les années 90, vous constaterez que la France a toujours protégé et armé des mouvements permettant de provoquer leur déstabilisation. J’en fais la démonstration en prenant pour exemple les relations entre dirigeants français et ceux de plusieurs organisations proches des Frères musulmans. Quand les peuples vont avoir conscience de ces faits, ce qui commence à se produire en Tunisie ou en Egypte, et qu’ils se seront débarrassés des pouvoirs installés par la Sainte-Alliance Washington-Londres-Paris, les Français pourront toujours essayer d’exporter du camembert au Qatar.

L’Elysée, "carrefour" du grand banditisme

Q : Vous mettez en cause les dirigeants français, Nicolas Sarkozy et François Hollande, et des dirigeants du renseignement français en contact avec des organisations proches de groupes terroristes…

R : Je ne les mets pas en cause. Je les accuse de couvrir soit des criminels associés à des groupes extrémistes islamistes, soit de soutenir des organisations qui sont liées à ces groupes et de pactiser avec des dictatures comme celles du Qatar, de l’Arabie saoudite ou du Bahreïn.

Q : Dans votre livre vous montrez comment se fabriquent des "oppositions" et vous citez les cas de plusieurs dirigeants d’organisations islamistes bénéficiant du soutien des dirigeants français dans les guerres contre la Libye et la Syrie. Pouvez-vous nous rappeler quelques exemples ?

R : Sans entrer dans les détails, concernant Nicolas Sarkozy, celui-ci a été quatre fois ministre dans quatre gouvernements UMP dont deux fois ministre de l’Intérieur avant d’être élu Président de la République en 2007. Comme je le démontre, alors qu’il occupait ces fonctions, des ministères à la présidence, il ne pouvait ignorer que des membres de l’organisation islamiste tunisienne Ennahda recherchés par Interpol pour des actes criminels étaient en France depuis le début des années quatre-vingt-dix.

Certains des membres d’Ennahda auraient du reste été retournés et sont aujourd’hui dans les rangs du pouvoir tunisien pour orienter sa politique étrangère, économique, financière et militaire en faveur des puissances coloniales. Par ailleurs Sarkozy a été le promoteur de l’intervention militaire contre le peuple libyen et l’initiateur de relations privilégiées avec les putschistes islamistes. A ce titre, comme Président de la République française et chef des armées, il est responsable de la violation des résolutions de l’ONU dans ce conflit et responsable de crime contre l’humanité du fait de l’utilisation d’armes à uranium par les armées de l’OTAN.

Q : Et aujourd’hui, concernant François Hollande ?

R : Les Français qui ont voté pour lui découvrent qu’en réalité il poursuit la même politique que son prédécesseur de l’UMP. Je ne reviendrai pas ici sur les données concernant l’aggravation de la crise que je développe dans mon livre. Depuis 1981, à chaque fois que les socialistes ont été au pouvoir, ils ont administré les affaires de l’Etat comme des compteurs de petits pois, sans jamais rien remettre en cause de l’organisation et de la gestion de l’Etat au profit des transnationales de la finance et de l’armement. C’est le propre de tous les partis réformistes sur tous les continents : gérer le capitalisme quand celui-ci est en difficulté. Or, le terrorisme n’est rien d’autre que l’expression du capitalisme en crise qui ne peut plus supporter la moindre parcelle de démocratie, le moindre obstacle à sa survie.

Aussi, je pense que le ministre de l’Intérieur du gouvernement Ayrault, Manuel Valls, devrait se montrer plus humble lorsqu’il accuse la droite d’être "responsable du retour du terrorisme" comme il l’a fait lors d’une séance à l’Assemblée nationale à la mi-novembre 2012. Qu’il commence par nettoyer son écurie ! Comme je le rapporte dans mon enquête en posant des questions, des ministres de l’Intérieur socialistes ont, avec des dirigeants du renseignement français, couvert des individus, membres d’une organisation islamiste, recherchés par Interpol pour des actes criminels et association à une organisation extrémiste terroriste.

L’Elysée est devenu une sorte de "carrefour" du grand banditisme où le "Tout-Paris" de la Françafrique croise les pires dictateurs de la planète – du Qatar, de l’Arabie saoudite, du Bahreïn, – et les représentants de groupes criminels comme le Conseil national de transition libyen ou le Conseil national syrien. Ces gens là sont les financiers et les organisateurs de groupes qui se livrent au crime organisé à grande échelle, trafic de drogues compris. Il est particulièrement grave de voir les dirigeants français et de l’OTAN leur donner caution, les financer et les armer.

Les administrateurs de la mort sont à Paris

Q : Mais aujourd’hui les choses n’ont-elles pas un peu changé avec le nouveau gouvernement ?

R : Non, bien au contraire, les guerres contre la Syrie et le Mali en témoignent, elles se poursuivent comme sous la présidence de "Sarkozy l’Américain". Il ne faut pas s’en étonner puisque lors de la passation de pouvoir, le 17 mai 2012, entre le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Fillon, Alain Juppé, et celui du gouvernement Ayrault, Laurent Fabius, ce dernier a déclaré à son prédécesseur : "Sur les questions majeures, je sais que nous nous retrouverons"

Le président François Hollande et son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, apportent leur soutien direct à une association comme les "Amis de la Syrie". Celle-ci regroupe en réalité des représentants de mouvements islamistes sunnites (Arabie saoudite, Qatar, Turquie, Tunisie, Maroc), des dirigeants des États-Unis, de l’Union européenne et des représentants d’officines liées aux services occidentaux, tels ceux du Conseil national syrien (CNS). Cette dernière organisation n’est rien d’autre que l’administrateur de la mort que sèment les milices islamistes en Syrie contre les symboles du panarabisme comme contre toute personne ne partageant pas leur religion.

Encore une fois, l’organisation des Frères musulmans est au cœur de cette guerre. Je rappelle du reste dans mon livre que cette organisation n’a pas hésité à commettre des crimes odieux à plusieurs reprises contre des civils syriens, cela bien avant de recevoir le soutien direct de Paris dans sa nouvelle tentative de putsch. Toute l’histoire des Frères musulmans en Syrie n’est que crimes, sabotages et assassinats. Ce sont ces gens là que Paris soutient aujourd’hui. Du reste, plusieurs des dirigeants de "l’opposition" criminelle syrienne vivent en Ile-de-France et sont, pour certains d’entre eux, en contact de longue date avec des agents de la CIA, du MI6 et de la DGSE. Cela étant dit, la détérioration des relations entre l’armée française et le pouvoir politique, aggravée sous Sarkozy ne fait que s’accentuer. Les militaires français n’ont pas vocation à servir de milice privée à "Monsieur Total" ou à "Monsieur Areva", et encore moins à "Monsieur Esso". C’est pourtant ce qu’ils font au Mali ou, pire, en Afghanis-tan. Comme vous pourrez le lire dans "Crimes sans châtiment", sous l’administration de l’OTAN, les soldats français de la force d’occupation servent en réalité de bouclier au commerce international de la drogue et des armes de la CIA avec des chefs de guerre islamistes.

François Hollande devra assumer les conséquences de ses guerres

Q. : Vous affirmez que le gouvernement français arme les gangs criminels en Syrie. Mais sur quelle situation peut déboucher cette nouvelle violation de l’ONU et du droit international ?

R. : Le président français, son Premier ministre et le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, ont fait le choix d’envoyer des agents de la DGSE, notamment au Liban puis en Turquie, aux côtés d’agents du MI6 anglais et de la CIA étasunienne pour armer ces groupes assassins. Je rapporte sur ce point des éléments en provenance de différentes sources. Le scénario est à peu près similaire à celui contre la Libye. Face à de tels faits, répétés, il est indéniable que le gouvernement français cherche la guerre, une guerre dont il semble croire, bien naïvement, pouvoir rester à l’abri. Le président français, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense du gouvernement Ayrault devront assumer les conséquences de leurs guerres. Car à partir du moment où vous prenez la responsabilité de protéger des éléments criminels et où vous armez des groupes terroristes en violation du droit international pour semer la mort dans d’autres pays, cela signifie que vous ne pouvez plus être considéré comme un partenaire loyal mais comme un ennemi avec lequel la neutralité n’est plus politiquement praticable. Vous devez alors assumer toutes les conséquences de la guerre, à savoir être vous-même la cible d’actes de guerre. Ce serait même justice que la violence tourne contre la violence politique, économique, diplomatique et militaire des gouvernements qui agissent de concert avec Paris, de Washington à Doha en passant par Londres, Ankara et Tel Aviv.

Q. : Comment avez-vous travaillé pour mener cette enquête ?

R. : C’est une enquête sur le long terme – une vingtaine d’années – commencée dans les années 90 jusqu’à nos jours. Il était nécessaire de remonter dans le temps pour analyser l’évolution des relations entre Paris et des groupes criminels islamistes, mettre en évidence que les gouvernements de la France en crise ont besoin du terrorisme et de la violence. J’ai donc mené plusieurs enquêtes sur le terrain entre les années quatre-vingt dix et 2000. Puis je suis revenu sur les principaux protagonistes par périodes en ciblant mes recherches sur le Maghreb, principalement le Maroc et la Tunisie. Ce choix tient au fait que les islamistes y avaient tenté plusieurs coups d’Etat dans les années 90 afin d’y implanter le premier Etat islamiste du Maghreb. La stratégie de la terreur adoptée depuis par les Frères musulmans dans tous les autres pays repose sur le même plan présenté et expliqué dans mon livre. Des dirigeants d’associations, des confrères journalistes d’investigation, des spécialistes comme Abdallah Amami, des universitaires comme Moncef Ouannes, Jean-Paul Pougala ou le philosophe Alain de Benoist, des professionnels du renseignement, tel Yves Bonnet, ancien dirigeant de la DST, d’Interpol ou d’autres services, y compris militaires, interviennent au fil des pages ou apportent leur expérience, leurs avis et des informations précieuses sur les événements en cours. Leur travail important, leurs réflexions, leurs études prolongent mon enquête de terrain. Maintenant, nous allons placer le livre au cœur du débat politique car la crise économique est le terreau de la criminalisation de la vie politique. Mes confrères Richard Labévière avec "Les dollars de la terreur" (2) et Michel Collon avec "Libye, OTAN et médiamensonges" (3) ont déjà produit deux contributions importantes et documentées sur les relations entre pouvoir politique occidental et groupes terroristes islamistes et la mise en scène qui les accompagne. J’y ajoute aujourd’hui, de manière ciblée, le volet français.

(1) Il s’agit des Editions 20 cœurs, Paris, http://www.20coeurs.fr

(2) "Les dollars de la terreur", par Richard Labévière, Ed. Grasset.

(3) "Libye, OTAN et médiamensonges", par Michel Collon, Ed. Investig’Action et Couleur livres, http://www.michelcollon.info

Jean-Loup Izambert : Premier journaliste à dénoncer l’implication de quarante banques européennes dans le plus grand krach boursier de la place de Genève, il publie "Le krach des 40 banques" (1998). Son livre "Le Crédit Agricole horslaloi ?"(2001),momentanément interdit de publicité et de vente en France, est traduit et édité en Fédé- ration de Russie, puis devient le sujet d’un film réalisé par RTR Planeta, première chaîne de télévision de l’Etat russe. Au lendemain de la failli- te du groupe Crédit Lyonnais, il cible les liaisons entre dirigeants de banques, pouvoir politique et magistrature dans "Crédit Lyonnais, la mascarade" (2003). Il est l’auteur de la première enquête journalis- tique sur le fonctionnement de l’ONU, "ONU, violations humaines" (2003). La guerre contre la Yougoslavie puis contre l’Irak le condui- sent à enquêter sur les dessous de la politique internationale et à écrire "Faut-il brûler l’ONU ?" (2004). Après "Les Démons du Crédit Agricole" (2005), il poursuit ses recherches dans le monde financier avec "Pourquoi la crise ?" (2009). "Crimes sans châtiment", publié par les Editions 20 Cœurs, est l’aboutissement de vingt années d’en- quêtes sur les relations entre dirigeants français et membres de réseaux criminels islamistes.

mondialisation.ca

« Risk », par Dan Gardner…à lire absolument!

MINARCHISTE

“Risk: The Science and Politics of Fear”, Dan Gardner, Emblem Editions, 2009, 416 pages.

Ce livre est excellent, c’est un des meilleurs que j’ai pu lire à ce jour. Je le recommande fortement à tous, peu importe votre profession ou votre idéologie politique. Il fera de vous un meilleur individu.

L’introduction débute avec un fait très intéressant. Suite au 11 septembre 2001, les gens avaient peur de prendre l’avion. Ils ont donc davantage utilisé l’automobile, un moyen de transport pourtant beaucoup plus risqué. Un chercheur a estimé que ce changement irrationnel de comportement a occasionné des accidents routiers supplémentaires causant la mort d’environ 1,595 personnes, presqu’autant que l’attentat en lui-même! La morale de cette anecdote est qu’une mauvaise évaluation du risque, souvent causée par une réaction trop émotionnelle ou par un biais cognitif, nous pousse à prendre de mauvaises décisions qui ont parfois de graves conséquences.

Selon l’auteur, l’humain possède deux systèmes de décisions : l’instinct, qui est rapide, mais souvent trop émotif et irréfléchi, ainsi que la raison, qui est plus rationnelle, mais prend plus de temps à opérer et est souvent influencée par la réaction initiale de l’instinct.

Ensuite, Gardner énumère certains des plus importants biais cognitifs de l’humain, lesquels contribuent à fausser l’évaluation du risque. Il y a évidemment le biais de confirmation, qui consiste à accorder davantage d’importance aux faits qui confirment notre opinion qu’à ceux qui la contredisent. Il y a aussi la polarisation de groupe, qui survient lorsque plusieurs personnes partageant la même opinion se réunissent et que cela renforci leur opinion tout en la rendant plus extrême.

Des scientifique ont réalisé une expérience durant laquelle ils montrent au sujet cinq lignes de différentes longueurs sur un écran, la quatrième ligne étant sans aucun doute la plus longue. Les sujets doivent ensuite répondre à la question : « quelle ligne est la plus longue des cinq? ». Les quatre premiers à répondre étant de connivence avec les scientifiques, répondent que c’est la cinquième ligne, ce qui est évidemment faux. Malgré l’évidence, 30% des gens ignorent ce qu’ils voient et suivent le groupe en répondant que c’est la cinquième plutôt que la quatrième qui est la plus longue.

Les balises, ou heuristiques d’ajustement, sont aussi un biais répandu et souvent utilisé pour manipuler les gens. À sa mort, Gandhi était-il plus vieux ou plus jeune que 9 ans? Quel âge avait-il selon vous? En moyenne, les gens qui ont répondu à ces deux questions successivement ont estimé l’âge de sa mort à 50 ans, alors que ceux à qui ont a remplacé le 9 ans par 140 ans à la première question ont répondu 67 ans à la seconde question. La première question crée donc une balise à laquelle les gens s’accrochent, souvent sans le savoir. En choisissant bien la balise, on peut obtenir un résultat qui nous convient mieux à la seconde question. Pensez aux questions d’un sondage ou à la sentence proposée à un jury.

Les medias véhiculent souvent des statistiques vides de sens, voire même fausses. Par exemple, la fameuse statistique citée par un lecteur de nouvelles selon laquelle il y aurait 50,000 pédophiles aux États-Unis qui tentent d’entrer en contact avec des enfants. Lorsque l’on se donne la peine de remontrer à la source, on se rend compte que celle-ci n’est qu’une vague estimation sans aucun fondement. Pourtant, elle a été reprise des milliers de fois par des journalistes, des politiciens et des organisations diverses. Notez qu’on la retrouve notamment sur le site web de l’entreprise Spectorsoft, qui vend des logiciels permettant aux parents de superviser la navigation internet de leurs enfants. Cette entreprise a tout avantage à amener les parents à surestimer ce risque en citant une statistique bidon. Même si ce chiffre n’a aucun fondement, le simple fait de le mentionner créera une balise qui pourrait vous pousser à surestimer le chiffre réel. Est-ce que le nombre de pédophiles sur internet est inférieur ou supérieur à 50,000? Quel est selon vous le nombre de pédophiles sur internet? Vous avez certainement besoin de ce logiciel pour protéger vos enfants de ce fléau, non?

Il y a aussi la règle des choses typiques. Cette règle se manifeste lorsque nous surestimons la probabilité d’une séquence d’affirmations parce que celles-ci forment une histoire cohérente. Par exemple, est-il plus probable que1) une inondation cause 1,000 morts en Amérique du Nord ou que 2) un tremblement de terre en Californie engendre une inondation causant 1,000 morts? Le premier événement est nettement plus probable que le second (pensez-y!), pourtant 57% des gens croient que le second est plus probable parce qu’il s’insère mieux dans une histoire qui semble typique.

Autre exemple : Saddam Hussein a réussi à développer une arme nucléaire, à les remettre à des terroristes, qui ont réussi à les faire entrer aux États-Unis et à les faire sauter dans une grande ville. Cette suite improbable d’événements a réussi à convaincre les américains qu’il était légitime d’envahir l’Irak. Pourtant, chaque maillon de la chaîne est très improbable et la faille d’un seul des maillons ferait échouer le scénario, ce qui rend cette suite d’événement très improbable.

Aux États-Unis, des sondages furent effectués avant et après la sortie du film-catastrophe « The Day After Tomorrow”. Mêmes les scientifiques les plus convaincus de la gravité des changements climatiques ont qualifié le scénario de ce film de saugrenu et irréaliste. Pourtant, suite au visionnement du film, une plus grande proportion de gens se sont dits inquiets des changements climatiques. Ce résultat s’explique parce que la suite d’événements décrite dans l’histoire semble crédible à nos yeux.

Gardner réfère ensuite à la règle de l’exemple. Certains nomment ce biais «heuristique de disponibilité ». Si nous pouvons facilement nous souvenir d’un exemple de quelque chose, nous en concluons que cette chose est plus probable qu’elle ne l’est réellement. Par exemple, lorsqu’une chose s’est produite récemment, nous avons tendance à surévaluer sa fréquence ou sa probabilité. Un tremblement de terre est un relâchement de pression résultant du pliage graduel de la croûte terrestre. Géologiquement, il est peu probable que deux tremblements de terre surviennent dans une même région dans un court laps de temps car il faut du temps à la croûte terrestre pour réaccumuler la pression. Pourtant, les ventes d’assurance-tremblement de terre sont plus élevées immédiatement après un séisme, ce qui est le moment où le risque est le plus bas, et elles diminuent au fur et à mesure que le temps passe. Cela devrait plutôt être l’inverse!

La moyenne des gens croient que les accidents de la route et les maladies tuent environ le même nombre de gens. En fait, les maladies tuent 17 fois plus de gens que les accidents de la route. Les gens pensent que les accidents de la route tuent 350 fois plus de gens que le diabète alors que le véritable chiffre est 1.5 fois plus. Pourquoi? Parce que les bulletins de nouvelles sensationnalistes sont remplis d’images d’accidents routiers meurtrier alors qu’on y parle rarement (voire jamais) de gens qui sont morts prématurément du diabète. C’est la règle de l’exemple à l’œuvre…manipulée par les médias!

La dernière règle mentionnée par l’auteur est l’heuristique d’affect, qu’il surnomme la règle du bon et du mauvais. Si une chose est risquée, mais « bonne » (par exemple prendre du soleil sur une plage du Mexique), nous sous-estimons son risque (cancer de la peau causée par les radiations du soleil), alors que si cette chose est « mauvaise » (une explosion nucléaire générant des radiations cancérigènes), nous surestimons son risque. Bien que le risque de cancer causé par les radiations solaires soit beaucoup plus grand que le risque de mourir d’une explosion nucléaire, les gens estiment que le second est beaucoup plus risqué.

Aux États-Unis, les incendies causés par les sapins de noël causent 500 morts et 2,000 blessés par année tout en causant $500 million en dommages, mais comme la fête de noël est perçue comme une chose positive, nous sous-estimons ce risque.

Le radon est un gaz mortel qui émane naturellement de la terre dans certaines régions. Aux États-Unis et dans l’Union Européenne, il cause environ 41,000 morts par année. Pourtant les médias et les gens y sont complètement indifférents. La nature est perçue comme étant un « bonne chose » et les bonnes choses ne sont pas risquées. Pourtant, le radon a tué beaucoup plus de gens que les radiations nucléaires, qui sont le sujet d’un plus grand niveau de crainte auprès de la population.

La même chose s’applique aux enlèvements d’enfants, une crainte excessivement élevée chez les parents. Pourtant, en moyenne, un enfant a 2.5 fois plus de chances de se noyer dans une piscine et 26 fois plus de chances de mourir dans un accident d’auto que d’être enlevé par un étranger. Cependant, les voitures et les piscines sont des « bonnes choses » pour l’humain, donc les risques qui y sont associés sont sous-estimés.

C’est aussi pour cette raison qu’une étude menée par les psychologues Michael Siegrist et George Cvetkovich a démontré que les gens accordent généralement plus de crédibilité aux études scientifiques qui démontrent un danger ou un risque, qu’à celles qui démontrent qu’il n’y en a pas.

Pour une raison obscure, la couleur noire a un impact négatif sur l’humain. Dans la National Football League, les équipes portant un uniforme noir obtiennent plus de verges de pénalité que la moyenne saison après saison. Au hockey, en 1979-80, les Pingouins de Pittsburgh on porté un uniforme bleu durant les 44 premiers matchs de la saison, obtenant en moyenne 8 minutes de pénalité par partie. Ils ont ensuite opté pour un chandail de couleur noire pour les 35 derniers matchs de la saison et ont obtenu une moyenne de 12 minutes de pénalité par match, avec les mêmes joueurs et entraîneurs. Les arbitres sont des humains après tout! Et ceux-ci ont un affect négatif pour la couleur noire, ce qui fausse leur jugement.

L’heuristique d’affect se manifeste aussi dans notre perception des chiffres. Nous préférons du boeuf maigre à 75% à du boeuf ayant 25% de gras (parce que le gras est une « mauvaise chose »), même si c’est la même chose. Les gens acceptent davantage de subir une opération chirurgicale à laquelle ils ont 68% de chance de survie, que de subir une chirurgie à laquelle ils ont 32% de chance de mourir.

L’humain est généralement « aveugle aux probabilités », c’est-à-dire que nous avons de la difficulté à évaluer les probabilités, surtout lorsque nous nous fions sur notre instinct. Lorsqu’ils jouent à pile ou face, la plupart des gens croient qu’après avoir obtenu face 5 fois de suite, il est plus probable qu’ils obtiennent pile au sixième lancer, ce qui est faux.

Dans le même ordre d’idées, l’auteur relate une semaine particulière durant laquelle 5 meurtres ont été commis à Toronto. Les médias s’étaient affolés et parlaient d’une série noire, soulevant les craintes dans la population. Pourtant, avec une moyenne de 1.5 meurtres par semaine, il y a une probabilité de 1.4% que la ville de Toronto connaisse une semaine de 5 meurtres. En fait, une telle semaine devrait se produire à toutes les 71 semaines en moyenne. Cette semaine n’avait donc rien de bien extraordinaire. Il y a aussi 22% de probabilité qu’une semaine soit sans meurtre, et cela arrive très souvent. Pourtant, la une des journaux n’a jamais affiché « Pas de meurtre cette semaine! ». Le même phénomène s’observe lorsque les médias relèvent un nombre particulièrement élevé de cancer dans une ville ou un arrondissement, générant une panique irrationnelle. Plus souvent qu’autrement, ces cas ne sont rien d’autres que le fruit du pur hasard.

La plupart des gens ont une peur bleue du cancer. Nous avons l’impression que cette maladie est en forte croissance et fait de plus en plus de victimes. En fait, le premier facteur de risque de cancer est l’âge. Donc plus nous vivons vieux, plus nous avons de chance d’avoir le cancer. Et comme l’espérance de vie augmente et que la population vieillit, il est normal d’observer plus de cas de cancer. Si on ajuste les statistiques pour l’âge, on se rend compte que les taux d’incidence de cancer sont à la baisse, tout comme le taux de mortalité suite à un cancer.

L’auteur fait référence à une publicité sanctionnée par l’American Cancer Society avertissant les gens du risque de mourir du cancer de la peau en raison du soleil. Pourtant, les cancers de la peau causés par le soleil sont rarement mortels. En fait, cette publicité était financée par Neutrogena, donc l’un des principaux produits est la crème solaire.

Concernant le cancer du sein, nous entendons souvent parler de jeunes femmes qui en sont atteintes et de l’importance de lever des fonds pour la recherche contre cette maladie. En 2001, une équipe de chercheurs menée par Wylie Burke de l’Université de Washington a publié une analyse sur les articles portant sur le cancer du sein paru dans des magazines américains entre 1993 et 1997. Environ 84% des femmes atteintes du cancer du sein figurant dans ces articles étaient plus jeunes que 50 ans, presque la moitié avait moins de 40 ans. Pourtant, seulement 16% des femmes diagnostiquées d’un cancer du sein ont moins de 50 ans et seulement 3.6% ont moins de 40 ans. Celles qui courent le plus grande risque (67% des cas) sont celles qui ont plus de 60 ans; elles ne sont pourtant présentes que dans 2.3% des articles.

En 2007, un sondage réalisé par l’Université d’Oxford demandait aux gens à quel âge une femme est-elle plus susceptible d’avoir le cancer du sein? 56% des gens ont répondu que l’âge n’avait pas d’importance, alors que c’est le facteur le plus important. 9% ont répondu que c’était dans la quarantaine, 21 % dans la cinquantaine, 7% dans la soixantaine et 1.3% dans la soixante-dizaine. La réponse correcte à cette question était « 80 ans et plus », mais elle n’a recueilli que 0.7% des réponses!

Cette mauvaise perception du risque relatif au cancer du sein est presque entièrement attribuable aux médias, qui exploitent les biais cognitifs des gens pour faire du sensationnalisme.

L’autre domaine auquel Gardner s’attaque est la criminalité. À écouter les médias, le crime est un fléau de plus en plus important. En 2005, au Royaume-Uni, un sondage a démontré que 63% de la population croyait que le crime était en hausse au pays. Pourtant, entre 1995 et 2005, le taux de criminalité a diminué de 44%. Beaucoup de gens ont avantage à ce que les gens croient cela : les politiciens qui tentent d’obtenir des votes en promettant des mesures anti-crimes, les syndicats des policiers qui veulent plus d’effectifs et de budget, les ONGs en prévention de crime qui veulent des subventions et, surtout, les entreprises de sécurité et de systèmes d’alarme qui veulent faire de bonnes affaires.

Les fusillades dans les écoles ont été des événements marquants partout où elles se sont produites. Elles ont presque toujours donné lieu à des peurs irrationnelles de ces événements. Pourtant, les statistiques démontrent que malgré ces événements tragiques, mais extrêmement rares, les jeunes sont davantage en sécurité à l’intérieur des murs de leur école qu’à l’extérieur. En fait, la violence dans les écoles est en baisse de 50% par rapport à la dernière décennie et le taux de crimes sérieux est en baisse de 67%. La probabilité qu’un enfant soit assassiné dans une école américaine est si petite qu’elle ne peut être considérée statistiquement différente de zéro!

Le cancer chez les enfants est une autre chimère effrayante pour la population. Dès 1962, le cancer était la principale cause de mortalité chez les enfants, non pas parce que son incidence a augmenté, mais bien parce que les autres causes mortalité infantiles, telles que la diphtérie, ont été éliminées.

En fait, selon Gardner, la lutte contre le cancer a été soulevée par les environnementalistes qui ont réussi à rallier beaucoup de gens à leur cause en leur faisant croire que la pollution est responsable de nombreux cancers. En inculquant cette peur aux gens, les groupes écolos ont réussi à obtenir plus d’attention et de financement pour mener leurs activités.

Pourtant, ce que les faits scientifiques démontrent est que les substances chimiques synthétiques que l’on retrouve en infimes quantités dans le sang des humains ne sont pas des causes significatives de cancers. Selon l’American Cancer Society (2006), seulement 2% de tous les cancers résultent d’une exposition à une substance cancérigène provenant de l’environnement. Notez que cela inclut la pollution humaine, mais aussi les substances naturelles telles que le radon. En fait, beaucoup de végétaux que nous mangeons produisent naturellement des substances cancérigènes (café, carottes, céleris, noix, etc). Selon Bruce Ames, un chercheur sur le cancer de Berkeley, 99.99% des pesticides diététiques que nous absorbons sont naturels et la moitié de ces composés chimiques causent le cancer à forte dose. Selon lui, les substances chimiques produites par l’humain sont la cause de bien moins que 1% des cancers.

Le premier principe de toxicologie énoncé par Paracelsus au 16e siècle stipule que toutes les substances sont poison, sans exception. C’est la dose qui différencie un poison d’un remède. Ce qui compte n’est pas la nature des substances qui sont en nous, mais plutôt la quantité qui s’y retrouve. Et il s’avère que les quantités de pesticides et autres substances chimiques retrouvées dans le corps humain sont de 100,000 à 1 million de fois moins élevées que les quantités qui seraient susceptibles de causer un cancer (selon le scientifique Lois Swirsky Gold). Selon beaucoup de scientifiques, le message véhiculé par les diverses organisations environnementalistes est carrément faux et trompeur. Leurs objectifs sont davantage d’effrayer les gens que de les informer.

En fait, ce sont surtout les habitudes de vie qui causent le cancer : le tabac, l’alcool, l’obésité et le manque d’exercice (65% de tous les cancers). Il faut être critique envers les études alarmistes. Par exemple, certaines études démontrent que les gens qui vivent près des raffineries ont plus souvent le cancer. Cependant, les gens qui vivent dans ces quartiers sont généralement plus pauvres, et les gens plus pauvres pratiquent davantage le tabagisme. Une fois les données corrigées pour la cigarette, on ne dénote aucune différence au niveau des taux de cancer, raffinerie ou pas. Cependant, l’âge est le principal facteur de risque concernant le cancer, c’est pourquoi le taux de cancer est trois fois plus élevé en Floride qu’en Alaska (parce que la population y est plus vieille).

Il y a plusieurs années, un journaliste publiait un article à sensation mentionnant que le taux de cancer chez les enfants canadiens avait augmenté de 25% en 30 ans. En fait, l’augmentation est survenue entre 1970 et 1985, puis s’est arrêtée. En 1970, on dénotait 13 cas de cancer par 100,000 enfants, augmentant à 16.8 cas par 100,000 en 1985. Cependant, il faut noter qu’au cours de ces années, les techniques de dépistage du cancer se sont beaucoup améliorées et qu’un bien plus grand nombre de dépistages a été effectué. L’utilisation des ordinateurs a permis de mieux compiler, organiser et partager les données. Donc, l’augmentation du taux de cancer ne signifie pas que plus d’enfants ont le cancer, mais plutôt que plus de cancer sont dépistés, diagnostiqués et compilés dans les statistiques. Par ailleurs, en 1970, 7 enfants sur 100,000 sont décédés du cancer, alors qu’en 2000, ce chiffre avait diminué à 3, ce qui prouve que le taux de cancer n’a pas augmenté.

Dans un chapitre subséquent, Gardner s’en prend au principe de précaution. Ce principe implique que l’on doive interdire un produit ou une activité tant que nous n’avons pas la certitude que ce produit ou cette activité est sans risque. Il existe possiblement un risque que le chlore utilisé pour traiter l’eau potable cause le cancer? Cette pratique fut interdite en Amérique du Sud. Résultat? 2,000 cas de cholera.

Sommes-nous sûrs que les pesticides causent le cancer? Non, mais ce que nous savons est que si nous cesserions de les utiliser, la production de fruits et légumes diminuerait, tout comme leur consommation. Quel serait alors l’impact de cette mesure sur la santé des gens et sur les taux de cancer? Sommes-nous prêts à subir une perte certaine pour nous protéger d’un risque hypothétique? C’est ce que le principe de précaution suggère. Tel qu’énoncé précédemment, un grand nombre de composés chimiques naturels contenus dans les fruits et légumes peuvent possiblement causer le cancer, même s’ils sont produits par des techniques purement biologiques. Devons-nous bannir les fruits et légumes pour cela? C’est pourtant ce que le principe de précaution suggère.

L’une des grandes peurs du 21e siècle est certainement le terrorisme, surtout depuis le 11 septembre 2001. Cet attenta fut certes terrible, mais même en présumant qu’un tel événement survenait tous les mois aux États-Unis, le terrorisme ne serait pas un risque significatif pour l’américain moyen. La probabilité de mourir dans un attentat serait alors similaire à la probabilité de mourir dans un accident de la route.

Selon la base de données RAND-MIPT, il y a eu 10,119 attentats terroristes dans le monde entier entre 1968 et 2007, lesquels ont coûté la vie à 14,790 personnes, soit 379 morts par année. Aux États-Unis seulement, il y a à chaque année 497 personnes qui suffoquent accidentellement dans leur lit, 396 personnes qui s’électrocutent accidentellement, 515 qui se noient dans une piscine et 347 qui sont tués par des policiers.

De plus, la majorité de ces attentats sont survenus en Asie et au Moyen-Orient. Seulement 4,998 morts furent attribuables au terrorisme aux États-Unis et en Europe Occidentale entre 1968 et 2007. En fait, le terrorisme n’est définitivement pas un risque significatif pour les citoyens des pays occidentaux et il est d’ailleurs en déclin au cours des dernières décennies.

Le risque que représente le terrorisme a été grandement augmenté par les politiciens ainsi que par les lobbys des entreprises faisant partie du complexe militaro-industriel américain. Lorsque l’on s’éloigne de cette rhétorique fallacieuse, on réalise vite que cela ne tient pas debout. La fabrication d’armes de destruction massive requière des ressources financières et scientifiques très importantes, ainsi que des équipements très difficiles à obtenir. Ces armes sont hors de portée des organisations terroristes, voire même de plusieurs États.

Dans les années 1990s, Aum Shinrikyo, une organisation terroriste japonaise disposant de centaines de millions de dollar en actifs, de connections internationales, de laboratoires avancés ainsi que de scientifiques de calibre mondial formés dans les meilleures universités, a commis 17 attaques terroristes visant à tuer le plus grand nombre de gens possible. Au total, ils n’ont réussi à tuer qu’une centaine de personnes, soit beaucoup moins que les 168 personnes qui sont mortes à Oklahoma City quand un seul homme, Timothy McVeigh, a fait exploser une bombe artisanale fabriquée avec du fertilisant et de l’essence.

Selon Georges W. Bush en janvier 2002 : “le monde civilisé fait face à des dangers sans précédent (…) si nous n’agissons pas, une nouvelle vague de terrorisme impliquant potentiellement les armes les plus destructrices du monde pourrait survenir en Amérique (…) c’est le défi le plus formidable auquel notre nation n’a jamais fait face (…) la nation, voire même la civilisation sont en danger ». Il serait utile de rappeler à M. Bush que Al-Quaeda a réussi sont coup grâce à 19 fanatiques armés d’un couteau-exacto. Il va sans dire que c’est un ennemi puissant et sophistiqué…

En juin 2007, des terroristes ont tenté de commettre un attentat à l’aéroport JFK de New York. Les quatre hommes planifiaient de faire exploser un réservoir de carburant de l’aéroport. Pourtant, ils ne disposaient d’aucun contact à l’aéroport, n’avaient pas d’argent et, surtout, n’avaient pas d’explosifs en leur possession! Finalement, leur plan n’aurait pas fonctionné car selon un expert de l’aéroport, il est excessivement difficile de faire exploser ces réservoirs et même s’ils avaient réussi, l’explosion n’aurait pas pu se propager aux autres réservoirs par les tuyaux de connections comme ils l’avaient prévu. En fait, cet attentat était voué à l’échec, comme dans la plupart des cas.

La réalité est que l’administration Bush avait comme objectif de lier le terrorisme aux armes de destruction massive, ce qui justifierait de combattre Saddam Hussein. Le principe de précaution fut alors fortement utilisé par les politiciens pour justifier cette guerre contre l’Irak. Le risque de ne pas agir était présenté comme étant plus grand que le risque d’agir. Suite aux attentats, le taux d’approbation du président Bush était parfaitement corrélé au niveau de risque terroriste. Aucun politicien ne pouvait donc se permettre de déclarer que le risque n’était pas si grand. Bush a parfaitement utilisé la tactique consistant à faire peur aux gens pour ensuite leur promettre de les protéger en échange de leur vote et de leur contribution financière. Par ailleurs, le nombre de lobbyistes oeuvrant auprès du département de Homeland Security est passé de 15 en 2001 à 861 en 2004. La guerre au terrorisme est donc devenue une source de revenus importante pour les partis politiques américains ainsi que pour les entreprises impliquées. Les médias ont aussi saisi l’opportunité de captiver les auditoires en faisant du sensationnalisme. Tout ce qui indiquait que la menace terroriste était réelle faisait la une. Toute ce qui indiquait que le risque n’était pas si grand était ignoré. Ils ont ainsi créé une énorme boucle rétroactive contribuant à faire croire aux gens que le terrorisme est un risque de tous les instants.

En fait, tout cela démontre que les terroristes ont parfaitement réussi leur coup : ils ont réussi à créer une atmosphère de peur qui a mené à des sur-réactions et qui a contribué à faire avancer leur cause. L’invasion américaine de l’Afghanistan et de l’Irak a convaincus les musulmans les plus extrémistes que la cause de Ben Laden était juste; ils ont donc joint le mouvement jihadiste. En menant une « guerre contre le terrorisme », les américains ont transformé les fanatiques en soldats et Al-Quaeda en armée. En exagérant énormément l’ampleur de la chose, au point de déclarer qu’il s’agissait de la « Troisième Guerre Mondiale », les américains déclaraient implicitement que le jihad pourrait être assez puissant pour réussir à vaincre les États-Unis, ce qui fut une grande source de motivation pour ces extrémistes. Les actions de l’administration Bush ont donc fortement contribué à renforcir le terrorisme. Elles ont aussi contribué à faire des États-Unis une nation affaiblie et effrayée.

La question que Gardner pose ensuite est la suivante : est-ce que les centaines de milliards engloutis dans ces guerres auraient pu être mieux utilisés? Chaque année, la malaria tue 67 fois plus de gens que tous les gens tués par des attentats terroristes dans le monde depuis 40 ans. Cela vous donne un bon indice quant à la réponse…

L’auteur conclu son ouvrage remarquable en se demandant pourquoi les humains les plus en sécurité de l’histoire du monde (c’est-à-dire nous!) sont-ils aussi effrayés. La réponse est que le marketing de la peur est omniprésent. Les politiciens s’en servent pour obtenir des votes. Les entreprises s’en servent pour vendre leurs produits. Les activistes et ONGs s’en servent pour obtenir des dons et des subventions. Ces gens utilisent constamment nos biais cognitifs pour fausser notre jugement. Le message du livre est donc : fiez-vous à votre raison plutôt qu’à votre instinct et soyez conscients de vos biais cognitifs. Soyez critiques envers ceux qui veulent vous faire peur avec des risques surévalués. Questionnez les statistiques et demandez-vous si l’étude qui vous est présentée est réellement scientifique.

Source MINARCHISTE, Les 7 du Québec 

Les lois fondamentales de la stupidité humaine

 

 Selon Carlo Cipolla, brillant historien italien, même les lauréats du prix Nobel n’échapperaient pas à la stupidité…

 

Schiller disait que «contre la stupidité, les Dieux même luttent en vain». Fort de ce principe, le grand historien de l’économie Carlo Cipolla, professeur à Berkeley et à l’École normale de Pise, a fait paraître un petit essai qui est devenu un best-seller en Italie. D’une plume agile et ironique, en parodiant la «stupide» façon qu’ont les économistes du «choix rationnel» de classer l’action humaine en schémas bien établis, l’auteur s’est employé à décrire ce qu’il appelle les «cinq lois fondamentales de la stupidité humaine». M. Cipolla n’est pas M. Teste: «La bêtise n’est pas mon fort.»

Fort d’une approche pseudo-scientifique où la rhétorique académique cache un texte désopilant, qui n’est pas sans faire penser à Perec ou à Botul, l’économiste construit un petit chef-d’œuvre d’excentricité. Il ne nous parle ni de bêtise ni de crétinerie, mais bien de stupidité stricto sensu. Son propos n’est pas réactionnaire et il n’envisage pas de réintroduire des distinctions entre individus. Pourquoi? Tout simplement, nous dit-il, parce qu’il a rencontré des individus stupides aussi bien à l’usine, dans les médias qu’à l’université ; même les «lauréats du prix Nobel» n’y échapperaient pas, selon ses travaux, fruits «d’années d’observation et d’expérimentation». Partout, ajoute-t-il, «on rencontre toujours le même pourcentage d’individus stupides, pourcentage qui (…) dépassera toujours vos attentes».

Face à ce mystère de la condition humaine, on s’interroge. Mais quelle est cette stupidité si prégnante dont nous parle M. Cipolla? La troisième loi fondamentale, qu’il appelle aussi ironiquement la «règle d’or» (ce qui n’est pas sans faire songer au sérieux de ceux qui rêvent de nous imposer une telle stupidité constitutionnelle), part du principe que «l’humanité se divise en quatre grandes catégories: les crétins, les gens intelligents, les bandits et les êtres stupides».

Un humour très «British»

Il faut laisser au lecteur le soin de découvrir les multiples figures que peuvent recouvrir ces quatre catégories à leur marge. Le bandit peut être parfois intelligent, parfois stupide, parfois crétin. Disons, pour introduire le lecteur à la pensée redoutablement aiguisée de M. Cipolla, que le crétin est celui qui agit de façon à ce que son action entraîne une perte pour lui-même et un gain pour nous ; le bandit est celui qui obtient un gain en nous causant une perte ; tandis que le stupide est «celui qui entraîne une perte pour un autre (…) tout en n’en tirant lui-même aucun bénéfice et en s’infligeant éventuellement des pertes». D’où l’importance de la dernière loi fondamentale: «l’individu stupide est le type d’individu le plus dangereux», plus dangereux encore que le bandit…

On laissera au lecteur le soin de dévorer ce petit livre bref, retenu, mais profond, d’un humour très British (il a d’abord été écrit en anglais en 1976), qui s’amuse à nous entraîner dans des casuistiques proprement burlesques mais, au fond, totalement terrifiantes: par exemple, le général qui cause d’innombrables victimes et des dégâts colossaux pour obtenir une médaille de plus doit-il être classé dans la catégorie «bandit parfait» ou dans celle de la «stupidité pure»? À vous de lire le professeur Cipolla…

«Les lois fondamentales de la stupidité humaine», de Carlo M. Cipolla, P.U.F., 72 p., 7 €. Source 

Le protocole Oracle

L’ouvrage est en pré-commande sur Fnac.com, Amazon, etc… Quelques exemplaires numérotés peuvent être commandés directement à l’auteur en utilisant le bouton Paypal ci-contre, pour 15 Euros, port compris pour l’Europe, 18 Euros pour tous autres pays.

Les droits d’auteur de ce livre seront versés en priorité à l’opération Radio-Shipibo. Elle consiste à monter un réseau de radios AM pour les communautés Shipibo-Conibo situées le long du fleuve Ucayali et de ses affluents, au Pérou.

Le but est de relier une centaine de villages éloignés, pour resserrer leurs liens, leur permettre de faire face à des situations d’urgence, et de lutter contre les expropriations face aux compagnies pétrolières et forestières. L’opération, démarrée en Novembre 2010, a obtenu le parrainage de Jan Kounen qui lui a consacré la totalité de ses droits d’auteurs de ses "Carnets de Voyage intérieur" (Mama Editions).

22 émetteurs AM sont déjà en place. Vos contributions sont également bienvenues.

La Préface de Tom Verdier

avril 14th, 2012 Posted in Avril2012| No Comments »

Peut-on encore avoir peur dans ces allées trop bien rangées ? Le pouvoir peut-il encore trembler quand il dispose d’aperçus parfaitement fiables du futur ? Une société à ce point hiérarchisée et verrouillée, pour tout dire dynastique sans s’en vanter, présente-t-elle un autre risque que de perdre sa place ? Les oracles sont un fait, une technologie secrète au service du pouvoir, d’où pourrait même venir une catastrophe ? Et pourquoi pas du présent et de l’ambition humaine ?

L’argent et la finance veulent leur part de prophéties, le pouvoir croit possible de les leur céder sans rien y perdre, les intérêts divergent d’emblée et la certitude de l’avenir ne fait plus qu’amplifier le désordre au présent, parce que le futur est inéluctable mais que chacun tente de le changer, et chacun à sa manière. Le chaos dort sous l’ordre apparent, et plus on organise le monde, plus on s’approche de la prochaine faille, plus violent sera le nouveau séisme et plus il détruira tout ce que l’homme a construit. Les digues quand elles cèdent font de plus grandes inondations, la bourse craque toujours plus violemment à mesure que les mathématiques la stabilisent : ce ne sont que des vétilles quand on songe au désastre que déverseraient en cédant les digues qu’on aurait érigées contre l’avenir.

Le Protocole Oracle est métaphysique. Pendant que les magnats veulent croire qu’ils décident du monde en regardant le futur par le judas de leurs préoccupations mesquines, la presse libre, cette hydre humaniste qui ne s’occupe que du présent, n’a de cesse que la situation actuelle, quelle qu’elle soit, puisse être connue de tous. Son point de vue est simple : l’homme décide toujours bien, il suffit qu’il sache, c’est à dire que tout le monde sache. Mais c’est un exercice dangereux que d’arracher la vérité à cette réalité truquée en temps réel, plus dangereux encore est celui de la dire. La faire accepter confine au génie. Les vrais héros de cette histoire ne peuvent être que journalistes.

Le protocole Oracle est cyberpunk. Très tôt ces enjeux sont posés, et dès cet instant, on n’est plus sûr de rien. Qui décide vraiment ? Qui manipule qui ? Le président de la Fédération, qui a le pouvoir de prendre et faire appliquer toutes les décisions ? N’est-ce pas le plus effrayé ? Ou les analystes, ces maillons indispensables entre les visions tumultueuses des Pythies sous DMT et la compréhension rationnelle des décideurs qui les interrogent en tremblant ? Ou les Oracles eux-mêmes ? Pourquoi se priveraient-ils de raconter ce qui leur chante ?

Enfin il y a ces intermèdes, cartoonesques à première vue, et dont j’attends beaucoup si ce scénario devient le film qu’il mérite d’être. Ces visions qui jalonnent l’histoire sans s’en mêler n’en sont-elles pas le fond ? Le spectacle enfin brut et sans interprétation d’une nature intemporelle, reflet de l’ordre cosmique jusque dans son absurdité, sage de tout temps, conscient, qui sait faire démonstration d’un sacrifice sans verser une larme ?

Toutes ces questions restent heureusement presque sans réponses, tous les personnages ont de fait le pouvoir puisque le moindre mot, le moindre geste de chacun met en branle le destin dans des proportions jamais vues. Mais bien malin qui saura décider lesquelles ont fait consciemment l’exercice de leur pouvoir dans ce jeu ou tout le monde devra sacrifier au moins une pièce. On peut lire ce livre trois fois, dix fois et décider chaque fois qu’un personnage différent manipule tous les autres : l’histoire sera différente à chaque lecture sans qu’aucune version ne soit plus vraie qu’une autre.

Les flux se croisent, cherchent à se heurter mais ricochent invariablement; l’information, la propagande, l’argent et le pouvoir officiel avancent leurs pièces de plus en plus vite, jouent les uns contre les autres mais participent au même jeu. Parce que dans le fond il n’y a qu’une ligne de démarcation : taire ou dire tout ou partie de ce qu’on sait. Alors tout le monde choisit son camp mais la frontière est reconnue par tous les joueurs et c’est bien sûr dans ce seul consensus que se trouve tout l’enjeu : s’il faut mentir au peuple pour le garder sous contrôle, c’est qu’aussi confit qu’il soit de son illusion de pouvoir personnel, aucun dictateur, aucun magnat, nul être enfin ne doute au plus profond de lui-même que son pouvoir ne tient qu’à un fil, que ce fil est un tissu de mensonges et que rien n’est plus fragile : il suffit d’une seule vérité pour tous les trancher. Le Protocole Oracle est plein d’espoir. Et cyberpunk, décidément.

Du fond des années 50, les premières heures de la science-fiction situaient volontiers le futur à l’entour de 2010. Le Protocole Oracle n’a plus besoin de tels atermoiements. La science-fiction est notre réalité et nul n’en doute plus. Il n’y a plus de futur et plus besoin d’Oracle. Il n’en fut jamais autrement mais l’humanité en prend enfin conscience : il n’y a qu’Ici et Maintenant!

Tom Verdier – Avril 2012

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