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La machine à dé-penser

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"On n’a pas éteint pour si peu la TV. Quand il n’y a plus rien, elle joue encore : son vide crie. C’est un cri aigu qui ne monte ni ne baisse : il est droit. C’est un appel qui nous tire, un vecteur irrésistible, comme un train ininterrompu qui nous passerait sous le nez. On résiste puis on suit. Ça exaspère puis excite. Ça nous rend fous, mais si fous que gais, que soûls, qu’on n’a plus peur de rien, qu’à tue-tête on met au défi Dieu, Diable, Homme, Bête, Minéral, Végétal, de nous faire fermer jamais notre TV." 

Réjean Ducharme, L’Hiver de force 

Nuls en écriture, nuls en sciences, nuls en maths… Nos enfants sont-ils des cancres ?

Carlos Perez

Dans le cadre scolaire actuel, la santé d’un enfant n’est prise en compte qu’au seul regard de sa capacité infinie de production et plus particulièrement de sa production écrite. Le bien-être de cet enfant n’est jamais pris en compte et l’être social est entièrement occulté. Seule la ressource humaine a de l’intérêt pour notre système. L’école est menacée par la mise en place d’outils d’évaluation, de classement et de hiérarchisation internationaux de plus en plus intrusifs comme par exemple l’outil d’évaluation « Pisa » : véritable baromètre de la compétitivité des pays de l’OCDE en matière scolaire. L’École est de plus en plus soumise à une obligation de résultats et de performance depuis une vingtaine d’années comme le précise l’ouvrage récent, édité chez Debouck, « L’école a l’épreuve de la performance ».

La rentrée est l’occasion, comme depuis plusieurs années, d’une vaste offensive médiatique martelant la nullité des élèves en occident dans tous les domaines scolaires… confirmée depuis par l’OCDE et le baromètre de la compétitivité internationale PISA.

Ce genre de propos revient en boucle chaque année depuis le lancement d’une campagne très médiatique en 1983 basée sur un rapport (NATION AT RISK, la nation en danger) aux USA qui devait frapper les consciences et commotionner l’Amérique, avec l’aide des médias et des multinationales.

Ce rapport étalait les échecs du système éducatif américain, non pas pour améliorer l’éducation des enfants, mais bien pour souligner les dangers pour la compétitivité future du pays d’une telle dérive. Le ton était donné. On connaît la suite : une compétition acharnée s’ensuivit au sein de l’OCDE avec la mise en place d’une batterie de tests Pisa et de pédagogies par objectifs et compétences pour améliorer le rendement et la compétitivité entre pays, entre écoles, entre profs et entre élèves.

Le management et les évaluations multiformes visant à mesurer à la loupe le QI de nos enfants ont depuis lors été introduits dans le modèle éducatif et ceci pour augmenter un niveau considéré comme le plus bas dans l’histoire de l’éducation.

Dans pratiquement tous les pays de l’OCDE, cette tendance à vouloir transformer l’école en compétition au service de l’économie a pris de l’ampleur avec l’aide de fonctionnaires, de techniciens du monde, d’entreprises et de spécialistes du QI, tous unanimement d’accord pour nous crier haut et fort que nos enfants sont des cancres.

Pas un jour ne passe sans que nous n’entendions la même litanie : le niveau de nos enfants est perpétuellement en baisse. Attention, le tiers monde nous rejoint. Nous sommes nuls en écriture, nuls en sciences, nuls en maths.

Bref nos bambins sont-ils bons quelque part ?

Plus personne ne le croit au sein des professionnels du QI et des spécialistes du rendement. La France, la Belgique, l’Espagne, l’Italie… Chacun son tour. Toujours un refrain identique, partout le même credo catastrophique : le niveau est en chute libre.

Pourtant jamais auparavant nos enfants n’ont été aussi préparés qu’aujourd’hui et n’ont eu autant de difficultés à trouver du travail. On leur demande toujours plus, pour leur offrir toujours moins et toujours plus précaire. Il n’y a qu’à regarder du côté de l’Espagne, de la Grèce, de l’Italie ou du Portugal où tous ces jeunes diplômés doivent s’expatrier.

Herve Hamont, Christian Baudelot et Roger Establet, qui ont étudié profondément cette question, pensent que ce point de vue est subjectif, ce qui induit une approche polémique du problème.C’est tout le contraire qui se produit, et il paraît peu contestable que le niveau global de connaissance de la population ait constamment augmenté depuis plusieurs décennies et que nos enfants soient plutôt victimes, comme le précise Marie Duru-Bellat, d’une dévalorisation du diplôme et du déclassement plus que d’une baisse de niveau.

Le déclassement est net dans la fonction publique, où 64 % des jeunes recrutés possèdent des diplômes supérieurs à ceux que le concours requiert normalement. Tous les jeunes sont donc touchés, tous doivent revoir à la baisse leurs espérances et leurs ambitions.

Là où le père était ouvrier sans diplôme, le fils devra avoir obtenu au moins un baccalauréat professionnel pour égaler son père, alors que leurs propres enfants, et bientôt leurs petits-enfants, devront posséder beaucoup plus de diplômes pour espérer retrouver la position de leurs aînés, comme l’a montré Louis Chauvel (Le Destin des générations, PUF, 1998).

Cela vaut pour les plus qualifiés comme pour les moins qualifiés, car les emplois qualifiés ayant crû beaucoup moins rapidement que les diplômes, de plus en plus de jeunes scolairement qualifiés n’accèdent pas aux emplois auxquels ils pensaient pouvoir prétendre.

À qui sert cette campagne de dénigrement ? À quelle vision de l’école ? Au service de quelle idéologie ?

Massacre pédagogique, pourquoi avoir peur des mots ?

Cette tendance lourde se vérifie notamment dans le cadre scolaire par le fait que jamais nos enfants n’auront été si jeunes à l’école ni aussi longtemps : trois ans de plus que leurs propres parents d’après les sociologues. Tous les temps sociaux de l’enfant sont cannibalisés par l’école et pour l’école. Bien plus que ce que l’on demande aux ouvriers. Le marché de l’après scolaire n’a jamais été aussi florissant ni les cartables aussi lourds, d’après le pédagogue et sociologue Emanuelle Davidenkof.

Les manuels scolaires persistent dans l’enflure comme s’il fallait que les élèves apprennent tout ce qu’il est possible de savoir et d’absorber, tout ce qu’il n’est pas concevable d’ignorer.

Mais tout cela n’est visiblement pas suffisant : compétition mondiale oblige, nos enfants doivent également produire plus vite et mieux. « L’école doit être rentable », nous dit Viviane Reding, commissaire européenne chargée de l’éducation. Du côté de la FEB et de l’OCDE, même son de cloche : il faut un retour sur investissement, la cadence et la production éducatives doivent augmenter chez nos ados.

Tout ce beau monde s’accorde à dire que la clé de la compétitivité internationale est l’éducation. Donc, plus de temps à perdre, nous devons rehausser le niveau de nos apprenants le plus tôt possible et le plus longtemps possible depuis la maternelle si possible et tout au long de leur vie. Gestion, management, ressource humaine, capital éducatif et compétences sont les nouveaux credos du modèle de production éducatif, le rendement et la compétition sont les clés du succès futur de l’école.

Bref, le modèle industriel est devenu la référence pour l’enseignement. Ce modèle a fait des ravages sur la santé des ouvriers (360 millions de dépressifs dans l’industrie selon l’OCDE) : il s’apprête à faire les mêmes ravages sur la santé de nos ados, les conséquences sont déjà visibles.

« Moi, quant je lis le stress au travail et que je compare avec les déclarations des enfants de primaire qui sont dans mon cabinet, je peux vous dire que c’est pareil dans les deux cas, on parle de rythme de travail, de patronat, de pression, d’enjeu, etc…. » Gisèle Georges, pédopsychiatre

Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez nos jeunes. Les cabinets de pédopsychiatres font le plein avec six mois d’attente pour une consultation, la psychiatrie infantile est en pleine expansion (20% des enfants ont un problème psychiatrique, le double d’il y a dix ans) et la vente de Rilatin (médicament utilisé dans le cadre scolaire pour les enfants dits hyperactifs) a explosé, passant de 1 200 000 à 2 700 000 doses en un an (une croissance de 34 % de 2005 à 2006).

La quantité des « smart drugs » vendus a également explosé l’année dernière d’après l’agence Belga qui a diffusé l’information le 20-01-2009. Les spécialistes pointent du doigt l’utilisation déviante du methylphénidate Ritalin surtout par les étudiants qui la consomment pour améliorer leur concentration.

Le dopage est définitivement une pratique acceptée, généralisée et banalisée en Occident dans l’enceinte scolaire. Les victimes principales sont nos ados. Dès qu’une aptitude ou une attitude, c’est-à-dire un « trouble », vient perturber le rendement et la production de l’apprenant, il se verra automatiquement prescrire un médicament « dopant » pour améliorer sa capacité de concentration, ce qui influera, pense-t-on, positivement sur sa production écrite.

Prés d’un million de petits Américains en maternelle sont diagnostiqués à tort comme ayant un déficit de l’attention avec hyperactivité (TDHA) et se voient prescrire des médicaments alors qu’ils sont souvent simplement plus jeunes et plus dissipés, selon une étude.

L’auteur de l’étude affirme que ces prescriptions non justifiées représentent des dépenses de 320 millions à 500 millions de dollars par an, dont 80 à 90 millions payés par l’assurance Medicaid pour les plus démunis.

Pour contrôler ces troubles déficitaires de l’attention, le médicament le plus souvent prescrit est la Ritalin (methylphénidate), un psycho stimulant dont les effets à long terme ne sont pas bien connus, affirme Todd Elder, auteur de l’étude et professeur d’économie à Michigan Stat University.

Des enquêtes au Canada et en Europe prouvent que l’école devient le moteur de la médicalisation des enfants. En Belgique, la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Laurette Onkelinx, a annoncé au Sénat qu’elle prépare un plan de lutte contre la surconsommation de Ritalin et d’autres psychotropes prescrits aux enfants souffrant de troubles de l’attention.

La ministre veut aussi dénoncer certaines pratiques consistant à encourager, via l’école, la consommation de Ritalin. Elle a souligné que la consommation importante de telles substances chez les jeunes posait question.

Nos enfants sont considérés comme de plus en plus troublés et ne s’adaptent plus suffisamment vite aux normes établies et au formatage scolaire. La pression subie par les enfants est élevée, comme le montre le taux d’abandon scolaire dans la tranche des 15-17 ans (redoublement 16% ; réorientation : 8,6 % – ce qui représente dans certaines classes près de 40% des élèves en situation d’échec – ; 25% de situation d’échec en général et 30% d’abandons scolaires des 15-17 ans).

Quand le train s’emballe, il laisse beaucoup de monde sur le quai. En d’autres termes, la seule chose qui est prise en compte aujourd’hui dans les analyses de l’école, et cela même chez les progressistes, est la question de la productivité, de la rentabilité des élèves, de leur niveau et de la médiocrité de ce niveau qu’il faut sans cesse augmenter.

Jamais la santé et le bien-être de ces enfants n’entrent en considération. In fine, dans le modèle scolaire actuel, ce qui empêche la production, ce n’est pas la surcharge de travail, mais l’individu lui-même.Il peut produire toujours plus, si l’on parvient à le formater de façon précoce et féroce, en l’obligeant insidieusement à s’adapter en permanence, pour son bien, quitte à détruire sa santé. Dans le cadre scolaire actuel, la santé d’un enfant n’est prise en compte qu’au seul regard de sa production écrite. Production écrite qui n’est d’ailleurs plus le symbole de la formation, mais de la destruction, de la sélection, du tri, de la relégation et in fine de l’exclusion d’une partie importante de notre jeunesse.

Pour Vincent Troger, dans les alternatives économiques n°198 2001, les multiples rapports font émerger un critère dominant d’évaluation du niveau scolaire : l’orthographe.

Le nombre et la fréquence des fautes sont les symptômes les plus régulièrement invoqués pour dénoncer la baisse de niveau. L’orthographe est ainsi devenue pour les instituteurs le principal symbole de leur autorité. L’encyclopédisme des manuels scolaires vise à coller au plus près à l’évolution technique et sociétale quels qu’en soient les soubresauts et accès fébriles.

De l’école primaire à l’université, la communication écrite renforce sa prédominance sur toutes les autres formes de langages et leurs richesses respectives (verbales, corporelles, artistiques). Le formatage écrit est privilégié pour sa facilité à être quantifiable, mesurable et donc pour le confort qu’il offre à évaluer la production immatérielle, la capacité intellectuelle de chaque élève.La surcharge des programmes et les classes surpeuplées ont réduit, voire interdit aux profs toute velléité de consacrer temps et efforts pédagogiques adéquats vers les élèves plus lents. Ce manque de temps pour les interactions individuelles a fini par écarter de notre enseignement, au profit exclusif de l’écrit, toutes les autres formes d’expressions et leurs disciplines associées telles que sport, arts plastiques, expression corporelle, théâtre, musique, apprentissage manuel. Toutes trop peu à normaliser dans leur évaluation et donc bouffeuses de temps.

L’enfant s’exprime d’abord par le corps puis par le verbe et in fine par l’écrit et aujourd’hui seul l’écrit est la valeur de référence pour l’école.

L’être complexe qu’est l’enfant, c’est-à-dire l’être social, est entièrement occulté, et cela a des conséquences physiques motrices et cognitives sur nos enfants dont malheureusement nous ignorons tout. Le niveau baisse nous dit-on… Mais de quel niveau s’agit-il, et comment le mesurer avec un mètre et une feuille de papier ?

Ce qui est certain et ne souffre d’aucune contestation, c’est que le niveau de nos enfants est en parfaite adéquation avec la société dans laquelle ils vivent.

Nos bambins savent parfaitement se servir de tous les outils qui sont mis à leur disposition. Par contre, sur le plan de la santé mentale et physique tous les analyses et baromètres sont dans le rouge et leur santé laisse à désirer.

Carlos Perez

Carlos Perez est le cofondateur de l’ASBL « Parents luttant contre l’échec et le décrochage scolaires » visant à améliorer le contact entre parents, professeurs et élèves et de promouvoir le bien-être des enfants dans le cadre scolaire. Il est l’auteur du livre « L’enfance sous pression. Quand l’école rend malade » aux éditions Aden

Facebook : l’enfance sous pression

Lenfance-sous-pression.be

http://www.facebook.com/ LenfanceSousPression http://www.facebook.com/LenfanceSousPression

L’enfance sous pression "Quand l’école rend malade"

Source : Investig’Action

mondialisation.ca

VIA: http://w41k.com/86383

 

http://gaetanpelletier.wordpress.com/2013/01/06/les-bob-binette-turbo/

http://gaetanpelletier.wordpress.com/2012/11/07/lapprentiometre/

http://gaetanpelletier.wordpress.com/2012/09/14/education-le-genie-pedagogique-des-hells-angels/

L’heure 25 + 1

25  heure

« De toute ma vie, je n’ai désiré que peu de choses : pouvoir travailler, avoir où m’abriter avec ma femme et mes enfants et avoir de quoi manger. C’est à cause de cela que vous m’avez arrêté ? Les Roumains ont envoyé le gendarme pour me réquisitionner — comme on réquisitionne les choses et les animaux. Je me suis laissé réquisitionner. Mes mains étaient vides et je ne pouvais lutter ni contre le roi ni contre le gendarme qui avait des fusils et des pistolets. Ils ont prétendu que je m’appelle Iacob et non Ion comme m’avait baptisé ma mère. Ils m’ont enfermé avec des juifs dans un camp entouré de barbelés, — comme pour le bétail — et m’ont obligé à faire des travaux forcés. Nous avons dû coucher comme le bétail avec tout le troupeau, nous avons dû manger avec tout le troupeau, boire le thé avec tout le troupeau et je m’attendais à être conduit à l’abattoir avec tout le troupeau. Les autres ont dû y aller. Moi je me suis évadé. C’est à cause de cela que vous m’avez arrêté ? Parce que je me suis évadé avant d’être conduit à l’abattoir ? Les Hongrois ont prétendu que je ne m’appelais pas Iacob mais Ion et ils m’ont arrêté parce que j’étais Roumain. Ils m’ont torturé et m’ont fait souffrir. Ensuite ils m’ont vendu aux Allemands. Les Allemands ont prétendu que je ne m’appelais ni Ion ni Iacob, mais Ianos et ils m’ont torturé à nouveau, parce que j’étais Hongrois. Puis un colonel est venu qui m’a dit que je ne m’appelais ni Iacob ni Iankel — mais Iohann — et il m’a fait soldat. D’abord il a mesuré ma tête, il a compté mes dents et mis mon sang dans des tubes en verre. Tout cela pour démontrer que j’ai un autre nom que celui dont m’a baptisé ma mère. C’est à cause de cela que vous m’avez arrêté ? Comme soldat, j’ai aidé des prisonniers français à s’évader de prison. C’est pour cela que vous m’avez arrêté ? Lorsque la guerre a pris fin et que j’ai cru que j’aurais, moi aussi, droit à la paix, les Américains sont venus et ils m’ont donné, comme à un seigneur, du chocolat et des aliments de chez eux. Puis, sans dire un mot, ils m’ont mis en prison. Ils m’ont envoyé dans quatorze camps. Comme les bandits les plus redoutables qu’ait jamais connus la terre. Et maintenant je veux moi aussi savoir : pourquoi. »

 

Demian West ressuscité par un mot: "milliasse"

cowboy à moto

milliasse

nf (mi-li-a-s’)
  • 1Dix fois cent milliards, synonyme aujourd’hui inusité de trillion.Un rayon d’une étoile aurait bien plus d’effort à faire [pour traverser la matière subtile de Descartes] que s’il avait à percer un cône d’or dont l’axe serait treize milliasses deux cents milliards de lieues. [Voltaire, Eléments de la philosophie de Newton mis à la portée de tout le monde]
  • 2Familièrement. Un grand nombre, en parlant par dédain. Il y a dans les rues une milliasse de mendiants.Une milliasse d’observations. [G. Naudé, Apologie, p. 45]

Dans le texte de Demian West,

Du présomptueux des expressions personnelles, que vous retrouverez sur 7 du Québec,  vous noterez que Demian utilise le mot milliasse.

En faisant une recherche sur le web: Demian West milliasse, nous retrouvons une foultitude, ou milliasse de commentaires ou d’articles de Demian.

http://blog.tcrouzet.com/2008/04/25/le-monde-change-et-vous/

On trouvera ici une bataille  de Demian contre une une milliasse de batailleurs.

En fait, sur Google, avec » milliasse et Demian West » , il y en a deux pages.

Moi qui ait mangé de la mélasse pendant mes trois années d’université, je suis obligé de conclure que Demian West est bel et bien vivant et qu’il écrit maintenant sur le site du Les 7  du Québec fondé par PJCA.

Jack Kerouac

Dans le paragraphe de son article, nous retrouvons une analyse très brève de l’histoire du chef-d’oeuvre de Jack Kerouac: Sur la route .

Quand Kerouac a présenté son manuscrit fondateur de la « beat generation » aux éditions Gallimard, on l’a reconduit à la porte parce qu’il avait un look de clochard, selon les critères de la maison. Etait-il moins un écrivain pour autant? Bien sûr que non. Et Gallimard n’était pas moins une maison d’édition.

Or, Kerouac ne s’est jamais présenté aux éditions Gallimard qu’il ne connaissait même pas. La version anglaise est parue en  1957, et Gallimard a édité le livre en 1960.

Sur la route de Jack Kerouac  

C’est Maurice Gagnon, journaliste du journal Le placôteux de notre région qui a probablement pondu le meilleur article sur les origines de Kerouac.

Merci Maurice!

SAINT-PACÔME — Écrivain américain, Jack Kerouac est l’un des chefs de file de la « Beat generation. » Né à Lowell, petite ville industrielle et centre de filature dans le nord-est du Massachusetts, il a ses racines dans la région de Kamouraska. Sa mère, Gabrielle-Ange Lévesque, est née à Saint-Pacôme. Ses grands-parents paternels, eux, sont originaires de Saint-Jean-Port-Joli et de Saint-Pascal.

Les origines kamouraskoises de l’écrivain sont connues. Lui-même en a parlé dans les entrevues qu’il a accordées en français à des journalistes québécois tels que Fernand Séguin et Pierre Nadeau. Dans une récente entrevue à l’émission « Tout le monde en parle », Nadeau disait de Jack Kerouac qu’il se définissait comme « un fils de Saint-Pacôme. »

Les archives de Radio-Canada nous permettent de voir et d’entendre une entrevue dans laquelle Jack Kerouac raconte à Fernand Séguin qu’il a grandi dans un quartier français, qu’il est allé dans une école francophone et qu’il a appris l’anglais à partir de l’âge de six ans. « On parlait français à la maison », dit-il. Kerouac raconte aussi qu’il mangeait « des tourtières et des cretons. »

Le livre souvenir du 150e anniversaire de Saint-Pacôme consacre un article à l’auteur du roman « Sur la route. » Des pages virtuelles lui sont consacrées sur plusieurs sites Internet, dont celui de l’Association des familles Kirouac.

Origines pacômiennes

Jack Kerouac est le fils de Léo-Alcide Kerouac et de Gabrielle-Ange Lévesque. Ceux-ci se sont mariés à Nashua (N.H.), le 25 octobre 1915. Le père de Gabrielle-Ange, Louis, est arrivé aux États-Unis le 18 mars 1890, six ans avant ses parents qui l’ont suivi en 1896. Louis était le cousin germain de Dominique Lévesque, père de l’ancien premier ministre du Québec, René Lévesque.

Bien qu’elle n’y aura passé que peu de temps, la mère de l’écrivain est née à Saint-Pacôme. Ses parents, Louis Lévesque et Joséphine Jean, bien qu’originaires du Kamouraska, habitaient à Nashua. Gabrielle-Ange est née lors d’un voyage que sa mère effectuait à Saint-Pacôme pour la période des Fêtes, nous apprend le site de la famille Kirouac.  « Elle était venue de Nashua, New Hampshire, chez ses beaux-parents et a dû prolonger son séjour jusqu’en février 1893 (ndlr : il s’agit plutôt de 1895). Elle donna alors naissance à des jumelles dont l’une allait devenir la mère de Jack », peut-on lire sur le site.

Chez les Kirouac

Du côté des Kirouac, les grands-parents de Jack, Jean-Baptiste Kirouac et Clémentine Bernier, se sont mariés à Saint-Pascal. Vers 1890, ces derniers ont émigré vers « ce qui semblait être, en ce temps-là, pour des milliers de Québécois, la seule terre pouvant leur fournir du travail et de l’argent pour faire vivre leur famille », toujours selon le site de l’association des familles Kirouac.

Léo-Alcide Kirouack [il a plus tard changé son nom pour Kéroack], le père de Jack, est né à Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup en 1889, l’année précédant le départ de ses parents pour les États-Unis. Léo-Alcide a été agent d’assurance puis propriétaire d’une imprimerie. « Lorsqu’il la vendra, il obtiendra un emploi de linotypiste à New Haven et, par la suite, à Brooklyn. Il est décédé au printemps de 1946 », note le site de l’Association.

L’écrivain

Aujourd’hui, Jack Kerouac est considéré comme l’un des auteurs américains les plus importants du XXe siècle. On dit de lui « qu’il est aussi important pour la littérature américaine que James Dean et Marlon Brando le sont pour le cinéma des années 1950 ou Elvis Presley, pour la musique populaire. » (Livre du 150e anniversaire de Saint-Pacôme)

Le site de l’Association des familles Kirouac rapporte que Jack Kerouac a abandonné ses études universitaires à l’aube de sa 2e année à l’Université de Columbia. C’est à ce moment que commence sa vie d’écrivain. « En errant sur les routes d’Amérique, il deviendra l’un des grands auteurs de sa génération », lit-on en outre sur le site. Considéré comme le meilleur ouvrage de Jack Kerouac, « Sur la route », publié en 1957, raconte ses voyages en auto-stop à travers les États-Unis et au Mexique.

L’écrivain est mort à 47 ans, le 24 octobre 1969, des suites d’une hémorragie intestinale.

Outre les ouvrages et sites mentionnés, soulignons la contribution de monsieur Michel Dumais, généalogiste à la Société historique de la Côte-du-Sud, pour les recherches entourant la rédaction de cet article.

***

Saint Pacôme

J’habite Saint-Pascal de Kamouraska. Kamouraska signifiant: « là où il y a jonc », en amérindien.

Il y a bien des rumeurs concernant le manuscrit de Kerouac qui a été vendu 2.2$ millions  de dollars. Comme quoi l’art est souvent acheté et utilisé comme monnaie par les riches.

Sur rouleau? Le mystère demeure encore. Puisque certaines sources soulignent que Kerouac aurai collé de feuillets pour les glisser dans sa  » machine à écrire ».

Mais une chose est certaine: Kerouac , avec sa « plume glissante », jazzée, a dû faire bien des coupures dans son manuscrit. Il a travaillé presque dix ans sur cette oeuvre.

***

Il est d’ailleurs étonnant qu’une milliasse de cultivés n’aient pas remarqué ce passage « a vide » de Demian.

Quoiqu’il en soit, Demian, je vous souhaite la bienvenue dans le monde des blogueurs. Vous annoncez la mort du « Journal citoyen » mais vous y écrivez. J’ai bien noté toutefois que vous n’aviez pas été dupe de ce que je nommerais « L’arnaque Agoravox ».  Mais il peut servir de pub… En autant qu’un gourou vous ait convaincu de refaire votre portrait et une nouvelle inscription pour commenter.

Moi aussi j’ai cru longtemps en la fraternité et la lutte entre « camarades ».

J’ai déchanté. Le mot « docile » ne me va pas du tout. Les chiens sont dociles… On les a dressés. Alors là, je viens de comprendre que la docilité et le mollasse seraient confondus.

La chose la plus difficile au monde est de savoir quel rôle nous jouons: le renard ou le corbeau?

Quant à la culture, nous en avons tous un morceau. Et c’est comme la pointe de l’Iceberg. Les gens de froideur sortent la tête de l’eau, mais on n’y voit pas le reste.

Vous m’avez appris au moins une chose: ceux qui chantent la « chaleur humaine », la camaraderie, le « monde à sauver », et même la culture livresque restent des gens dont il faut se méfier. Il en est qui tressent des cordes si invisibles que le  soit-disant champion de la connaissance de la manipulation, bien « renseigné », n’y échappe pas.

Je doute de plus en plus de « moi ». S’il faut le mot « amour » bien écrit, je pense que je l’échangerais pour les gens simples que j’ai connus. Eux, ils le pratiquent…

Gaëtan Pelletier

27 septembre 2013

« VOUS ÊTES PARFAITS, VOUS ÊTES COMME DES MACHINES »

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« On vous remplira de bonheur jusqu’aux bords. Quand vous serez rassasié, vous rêvasserez tranquillement [...] et vous ronflerez. Vous n’entendez pas ce grand ronflement symphonique ? Vous êtes difficile : on veut vous débarrasser de ces points d’interrogation qui se tordent en vous comme des vers et vous torturent ! Courez subir la grande opération !  » (Ievgueni Zamiatine, Nous autres) 

« Nous savons maintenant que les songes sont le signe d’une sérieuse maladie mentale  » – Ievgueni Zamiatine,Nous autres, 1921

Un monde rectiligne et lisse, parfaitement ordonné : rien ne dépasse, rien ne dépare. Un bon millier d’années après le XXesiècle, le Dieu Logique – fils du prophète Taylorisme – l’a emporté et règne en maître sur des individus-machines asservis. L’humanité est une mécanique de précision et les humains les pièces bien huilées d’un grand mécano sans âme. Le « Moi » a fait son temps, place au « Nous » omnipotent. Rêve, personnalité et imagination sont prohibés, au profit d’une arithmétique existentielle et de la célébration de la seule idole qui vaille : l’État Unique, piloté par le « Bienfaiteur ». Joie.

C’est dans ce futur réglé comme du papier à musique – même les relations sexuelles sont planifiées à l’avance – que le « héros » de Nous autres1, l’ingénieur D-503, se voit chargé d’une mission de la plus haute importance : construire un vaisseau spatial, l’Intégral, « formidable appareil électrique en verre » qui portera la bonne parole de la Raison triomphante à l’univers tout entier. Au fil du chantier, D-503 tient un journal de bord. Il y consigne les avancées des travaux et sa foi dans le Bienfaiteur ; mais aussi ses états d’âme. Car le vaillant ingénieur dévoué à sa tâche est soudain pris de doutes après sa rencontre avec la belle I-330. Pire : il se met à rêver….

Écrit en 1920-1921 par un certain Ievgueni Zamiatine – russe de son état – et illico censuré par le pouvoir bolchevique, Nous autres est un livre précurseur en matière de dystopie, de récit contre-utopique. La trame du roman rappelle d’ailleurs furieusement celle de deux monuments de la littérature d’anticipation publiés plus tardivement, 1984 de George Orwell (1949) et Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1931). Les trois récits reposent en effet sur le même schéma narratif : le servant fidèle d’un totalitarisme achevé comprend soudain (notamment grâce à l’amour) que son époque est un tas de purin liberticide. Et il paye cette révélation au prix fort. Le Bernard Marx du Meilleur des mondes est ainsi exilé dans une île où ses pensées « hérétiques » resteront inoffensives car confinées. Le Winston Smith de 1984 est torturé pendant des semaines, « rééduqué » jusqu’à renier tout ce qui comptait pour lui. Et le D-503 deNous autres subit un traitement éradiquant son imagination : « Vous êtes malades. Votre maladie c’est l’imagination. C’est un ver qui creuse des rides noires sur votre front. » Dont acte et intervention chirurgicale ; retour au mouton bipède.

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Alexandre Rodtchenko « Parade sportive au stade Dinamo », 1935

Zamiatine fut sans doute le premier à pressentir et représenter le totalitarisme made in XXe siècle avec une telle clarté. Et il exerça une influence certaine sur ses successeurs. Des esprits retors iront jusqu’à accuser Orwell de plagiat2, assertion stupide : si l’écrivain anglais s’inscrivait avec1984 dans la suite évidente du récit de Zamiatine, c’est parce que les intuitions de l’écrivain russe s’étaient révélées d’une justesse étonnante. Il posa les jalons, d’autres complétèrent.

« CE GRAND RONFLEMENT SYMPHONIQUE »

« S’ils ne comprennent pas que nous leur apportons le bonheur mathématique exact, notre devoir est de les forcer à être heureux » – Nous autres

Le récit de Zamiatine paraît familier parce qu’il a posé l’équation de base dans l’analyse littéraire du mal totalitaire : au nom d’un idéal dévoyé, l’homme renonce à sa liberté et se retrouve sous le joug d’une instance suprême. Les outils permettant à celle-ci d’imposer durablement son système de domination varient selon les auteurs et le contexte d’écriture – le Novlangue pour1984, le Soma pour Le Meilleur des mondes, l’informatique pour Un Bonheur insoutenable(Ira Levin, 1969) –, mais la trame reste la même : une société tout entière est privée de libre-arbitre, intégralement sous contrôle. Emprise si forte que le souvenir même de la liberté s’estompe. Tout est verrouillé.

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Le poète R-13, personnage secondaire de Nous autres, légitime ce choix de société en le posant comme la seule manière de réparer l’erreur originelle, celle qu’avaient commise Adam et Ève en choisissant la «  liberté sans bonheur » au détriment du «  bonheur sans liberté ». Bye bye Jardin d’Éden, bonjour les emmerdes : «  Ces idiots-là ont choisi la liberté et, naturellement, ils ont soupiré après des chaînes pendant des siècles. […] Nous venons de rendre le bonheur au monde… »

Quand D-503 soulève de timides objections au sujet de la lobotomie qui lui pend au nez, les sbires du régime s’étonnent : pourquoi refuser cette heureuse volupté ? Cette confortable inconscience de l’engrenage collectif ? Allons, il faut être raisonnable : « On vous guérira, on vous remplira de bonheur jusqu’aux bords. Quand vous serez rassasié, vous rêvasserez tranquillement, en mesure, et vous ronflerez. Vous n’entendez pas ce grand ronflement symphonique ? Vous êtes difficile : on veut vous débarrasser de ces points d’interrogation qui se tordent en vous comme des vers et vous torturent ! Courez subir la grande opération !  »

CONTRE-PROPAGANDE

« On entend seulement le montagnard du Kremlin, / Le bourreau et l’assassin de moujiks. / Ses doigts sont gras comme des vers, / Des mots de plomb tombent de ses lèvres. » (Ossip Mandelstam, 1934, épigramme sur Staline)

Si Zamiatine, né en 1884, a œuvré avec enthousiasme à l’avènement de la révolution russe, le déroulement de celle-ci l’a rapidement déçu. Impliqué dans les événements de 1905, transporté par les premières lueurs de la révolution bolchevique, il a quitté le Parti avant même le début des années 1920, refusant la dérive autoritaire en gestation. Nous autres transcrit cette déception devant l’élan arrêté, ankylosé. Quand I-330 s’exclame « Alors pourquoi parles-tu de la dernière révolution ? Il n’y a pas de dernière révolution, le nombre de révolutions est infini ! », le fantôme de l’enlisement bureaucratique soviétique rôde en embuscade.

Nous autres décrit une société tellement obnubilée par l’efficacité (Stakhanov powa) et la logique industrielle qu’elle a accepté de renoncer à la liberté. L’essentiel est dans la gestion efficace, la maîtrise des affects, l’ablation de toute individualité au nom du bien commun : « Vous êtes parfaits, vous êtes comme des machines : le chemin du bonheur à cent pour cent est ouvert. » Dans ce contexte, poser des questions ou soulever des objections équivaut à désobéir à la ligne du Parti unique : « L’Homo Sapiens ne devient homme, au sens plein du mot, que lorsqu’il n’y a plus de points d’interrogation dans sa grammaire, mais uniquement des points d’exclamation, des virgules et des points. »

Sitôt écrit, sitôt interdit : le roman de Zamiatine a été immédiatement censuré en terre bolchevique (il ne sera pas publié en URSS avant 1988). Son auteur fut menacé de mort et interdit de publication, avant d’être finalement expulsé en 1931. Plaidant sa cause auprès de Staline, Gorki lui sauva la mise. Presque un miracle.
Dans La Génération qui a gaspillé ses poètes, écrit en 19313, Roman Jakobson abordait le cas de ces grands poètes russes qui, après avoir été acteurs ou sympathisants de la révolution, ont affuté leurs critiques par vers interposés : Goumilev, Essenine, Blok… Tous sacrifiés parce qu’ils refusaient le moule idéologique et étaient « encore capables de comprendre ce qui les entourait non pas dans sa statique, mais dans son devenir  ». À l’image d’Ossip Mandelstam rédigeant le célèbre épigramme injurieux sur Staline – bras d’honneur poétique qui le condamnait à mort. Ou de Zamiatine cherchant avec Nous autres à révéler ce devenir qu’il pressentait sombre.

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C’est en 1934 que l’immonde Andreï Jdanov, alors Secrétaire général du Parti, a officiellement fixé les normes du « réalisme socialiste », exhortant les artistes à abandonner les oripeaux du passé pour se transformer en «  ingénieurs des âmes », en mécaniciens du cerveau. Aboutissement logique : le processus totalitaire, qu’il soit d’inspiration communiste ou fasciste, n’admet de littérature que servile et planifiée, utilitaire. Le reste est ennemi. Évoquant les bureaucrates-bourreaux dans sa préface à Nous autres, Jorge Semprun écrivait : « L’infini de la révolution les effraye. Ils veulent dormir tranquillement la nuit. De temps en temps, un Zamiatine surgit et les réveille. En sursaut. »


1 Gallimard, collection l’Imaginaire, 1971 pour l’édition française. Traduit par B. Cauvet-Duhamel.

2 Relevant notamment le fait que l’écrivain anglais avait livré une critique élogieuse de Nous autres dans l’hebdomadaire anglais Tribunes en 1946, trois ans avant la publication de 1984.

3 Et traduit aux éditions Allia en 2001.

L’inconnu sur la terre

Je laisse la place à J.M. Le Clézio. J’ai lu le Procès-Verbal, il y a longtemps… Lui et Réjean Ducharme – qui,je crois, sont amis -, m’ont montré que la littérature était une émotion en jaillissement d’étoiles. Comme si tout ce qu’on avait dans son corps, sortait, des entrailles jusqu’à l’âme. Chercher son âme… À travers les émotions et comprendre la nature humaine, la vraie. Pas celle des faux-jetons qui nous mènent… 

Gaëtan Pelletier

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Depuis longtemps, Jean Marie Gustave Le Clézio enchante ma vie. Je suis heureuse qu’il ait reçu dernièrement le prix Nobel de littérature, ce qui est amplement mérité. Pour ceux qui ne l’ont jamais lu, courrez à la première librairie pour vous procurer "L’inconnu sur la Terre" ou "Désert". Vous ne serez pas déçus, parole de sourire!!!

Extraits choisis de "L’inconnu sur la terre"

Ecrire seulement sur les chose qu’on aime. Ecrire pour lier ensemble, pour rassembler les morceaux de la beauté, et ensuite recomposer, reconstruire cette beauté. Alors les arbres qui sont dans les mots, les rochers, l’eau, les étincelles de lumière qui sont dans les mots, ils s’allument, ils brillent à nouveau, ils son purs, ils s’élancent, ils dansent! … Comment être loin de la vie? Comment accepter d’être étranger, exilé? Tout ce que l’on sait, tout ce que l’on reconnait, et les chimères de la conscience, tout cela cède devant un seul instant de vie. Un moucheron qui traverse l’air, un brin d’herbe que fait vibrer le vent, une goutte d’eau, une lumière, et d’un seul coup il n’y a plus de mots: il y a l’étendue muette de la réalité, où le langage est déposé, où la conscience est minéralisée…

La beauté n’est pas secrète. Elle est libre, exposée de toutes parts. Le ciel est grand, la mer, et la lumière resplendit. Tout est si calme, si vaste, le silence est si profond, à travers lui passent des vols d’oiseaux blancs, lentement, voyageant le long du ciel…

C’est cela qu’on attend, qu’on cherche depuis si longtemps: la lumière. Il suffit alors d’être debout en haut d’une colline, devant la mer, avec le ciel, et regarder, respirer, regarder, respirer. Le regard et le souffle alors sont une seule action, il n’y a plus de différence, plus de frontière. Je ne sais rien, je ne veux rien apprendre, rien de ce que donnent les mots et les lois des hommes. Mais je veux être là, quand cela se passe, debout sur cette colline pauvre, devant le ciel et la mer, tout à fait comme une femme sur son balcon, et regarder ce qui est immense, ce qui est pur…

Quelque chose brûle en moi. J’attends et je n’attends pas. C’est peut-être dans cette rupture dans cet instant, entre les deux pulsions, l’une qui va vers l’infini du oui, l’autre vers l’infini du non, qu’est le lieu de la vie.
Cette lumière qui m’éclaire en moi , et qui ne m’appartient pas, sans cesse me montre l’étendue du possible, ce que je pourrais être un jour, ce que je devrais être. Pareil au feu, à l’étoile, au soleil.
J’attends et en même temps, je n’attends pas.

Les visages sont beaux. Il n’y a rien de plus émouvant dans la personne humaine, rien de plus accompli. Un visage, n’importe lequel, surgi au hasard dans la foule, porté en haut du corps et s’avançant vers moi, un peu secoué par les mouvements de la marche, planant comme un cerf-volant, éclairé par la lumière. Je le regarde, et je ressens l’émotion de mon espèce. Je reconnais chaque détail très vite parce que c’est ce que je connais le mieux de l’homme. Mais en même temps, je me sens troublé, trompé, parce que c’est l’image la plus mystérieuse, la plus difficile…

J’aime la gaité simple de l’enfance. Ceux que la vie étonne, que la vie surprend, et qui s’amusent du monde, ceux-là aussi ont la vertu. Ils ne sont pas sérieux. Les grandes choses, les beaux discours, les événements historiques, ça ne les intéresse pas. Même , quelquefois, ils les regardent, du coin de l’oeil, ils les écoutent du coin de l’oreille, l’air un peu étonné, et ces grandes choses et ces belles phrases tombent à plat, un peu dépitées, sans plus oser être solennelles. Ceux qui ont cette gaité n’ont pas mauvais esprit. Mais c’est simplement que les grandes choses ne sont pas toujours celles qu’on croit, et que la beauté et la vérité n’ont pas besoin d’être sérieuses…

Ce qu’il y a de plus émouvant dans le visage de l’homme: le sourire. Le visage s’ouvre tout à coup, comme si un vent emportait son poids, effaçait sa douleur, sa mémoire, le visage se fend et s’écarte lentement, et quelque chose brille. Quelque chose se montre, sur les joues, sur le front, fait un peu reculer les oreilles. Quelque chose apparaît, une pensée, un regard, une lumière, quelque chose qui parle, qui fait signe.
J’aime le sourire sur le visage des enfants, des femmes. Il n’y a pas d’expression plus belle. Il n’y a rien de plus vrai sur le visage humain, rien de plus doux, de plus harmonieux dans la personne humaine. Le sourire vient du plus profond de l’être, du monde du sommeil peut-être, et monte, traverse le corps lentement à la manière d’un frisson de plaisir, jusqu’à l’orée de la bouche. Frisson de bonheur, frisson de lumière et de paix; ce qu’il montre, c’est l’état d’innocence, l’acceptation du monde et de ses limites, comme une clarté mêlée au jour, âme et monde unis, inséparables, indissociables; enfin, l’être vrai de l’homme, l’être tel qu’au commencement de la vie, aux premiers jours, quand nulle peur, nulle complicité ne vient troubler la transparence de l’âme. Le sourire est cet instant de solitude extrême, de solitude admirable. Il est le moment du retour, le miracle peut-être. Pour rien ni pour personne, dirigé vers le monde immense, le sourire est l’ornement de la vie,. C’est à-dire que sa beauté n’a d’autre raison que cette illumination du monde, cet éclaircissement.

Dans ce livre, Le Clezio parle de tout, de rien, des arbres, des oranges, des légumes, du pain, du vent, des étoiles, des nuages, beaucoup de la mer qu’il aime, des cargos, des bébés, les pauvres gens, de nous, de la simplicité de vivre ce qui est, des mille petites et grandes choses qui font notre vie et à chaque page, de la beauté et de la lumière qui nous éclaboussent… J’espère vous avoir fait envie de le découvrir ou de le relire…

Source: Blog Présence d’amour – Sourire d’amour
http://presencedamour.over-blog.fr/categorie-10607870.html

La nouvelle ère numérique : l’âge de la surveillance généralisée ? (New York Times)

Julian ASSANGE

FRAMABLOG – Deux membres influents de Google (et donc d’Internet), Eric Schmidt et Jared Cohen, ont récemment publié le livre The New Digital Age(La Nouvelle ère numérique).

Nous vous en proposons ci-dessous la critique cinglante de Julian Assange qui n’hésite pas à affirmer que « l’avancée des technologies de l’information incarnée par Google porte en elle la mort de la vie privée de la plupart des gens et conduit le monde à l’autoritarisme ».

Lorsque Google s’associe ainsi avec le gouvernement américain, son fameux slogan a du plomb dans l’aile et la menace plane…

La banalité du slogan de Google « Ne soyez pas malveillant »

« La Nouvelle ère numérique » présente un programme étonnamment clair et provocateur de l’impérialisme technocratique, signé de deux de ses principaux apprentis-sorciers, Eric Schmidt et Jared Cohen, qui élaborent les nouveaux éléments de langage destinés à asseoir la puissance états-unienne sur le monde pour le 21esiècle. Ce langage reflète l’union sans cesse plus étroite entre le Département d’État et la Silicon Valley, incarnée par M. Schmidt, le président exécutif de Google, et par M. Cohen, un ancien conseiller de Condoleezza Rice et de Hillary Clinton, qui est maintenant directeur de Googles Ideas. Les auteurs se sont rencontrés dans le Bagdad occupé de 2009, où ils ont décidé d’écrire ce livre. En flânant parmi les ruines, ils furent excités à l’idée que les technologies de consommation de masse étaient en train de transformer une société laminée par l’occupation militaire des États-Unis. Ils ont décidé que l’industrie des technologies pourrait être un puissant agent de la politique étrangère américaine.

Le livre fait l’apologie du rôle des technologies dans la refonte du monde des nations et des citoyens en un monde semblable à celui des superpuissances dominantes, de gré ou de force. La prose est laconique, l’argumentaire sans détour, la philosophie d’une banalité affligeante. Mais ce n’est pas un livre destiné à être lu. C’est une déclaration majeure destinée à nouer des alliances.

« La Nouvelle ère numérique » est, au-delà de toute autre considération, une tentative par Google de se positionner comme incarnant une vision géopolitique de l’Amérique — la seule et unique entreprise capable de répondre à la question « Où doit aller l’Amérique ? ». Il n’est pas surprenant qu’une sélection imposante des plus farouches bellicistes ait été amenée à donner sa bénédiction à la puissance séduisante du « soft power » occidental. Il faut, dans les remerciements, donner une place de choix à Henry Kissinger, qui, avec Tony Blair et l’ancien directeur de la CIA Michael Hayden, a fait à l’avance les éloges du livre.

Dans celui-ci, les auteurs enfilent avec aisance la cape du chevalier blanc. Un saupoudrage libéral de précieux auxiliaires de couleur politiquement corrects est mis en avant : des pêcheuses congolaises, des graphistes au Botswana, des activistes anti-corruption à San Salvador et des éleveurs de bétail masaïs analphabètes du Serengeti sont tous convoqués pour démontrer docilement les propriétés progressistes des téléphones Google connectés à la chaîne d’approvisionnement informationnelle de l’empire occidental.

Les auteurs présentent une vision savamment simplifiée du monde de demain : les gadgets des décennies à venir ressembleraient beaucoup à ceux dont nous disposons aujourd’hui : simplement, ils seraient plus cool. Le « progrès » est soutenu par l’extension inexorable de la technologie de consommation américaine à la surface du globe. Déjà, chaque jour, un million d’appareils mobiles supplémentaires gérés par Google sont activés.

Google, et donc le gouvernement des États-Unis d’Amérique, s’interposera entre les communications de chaque être humain ne résidant pas en Chine (méchante Chine). À mesure que les produits deviennent plus séduisants, de jeunes professionnels urbains dorment, travaillent et font leurs courses avec plus de simplicité et de confort ; la démocratie est insidieusement subvertie par les technologies de surveillance, et le contrôle est revendu de manière enthousiaste sous le terme de « participation » ; ainsi l’actuel ordre mondial qui s’appuie sur la domination, l’intimidation et l’oppression systématiques perdure discrètement, inchangé ou à peine perturbé.

Les auteurs sont amers devant le triomphe égyptien de 2011. Ils jettent sur la jeunesse égyptienne un regard dédaigneux et clament que « le mélange entre activisme et arrogance chez les jeunes est universel ». Des populations disposant de moyens numériques impliquent des révolutions « plus faciles à lancer » mais « plus difficiles à achever ». À cause de l’absence de leaders forts, cela aboutira, ainsi l’explique M. Kissinger aux auteurs, à des gouvernements de coalition qui laisseront la place à l’autocratie. Selon les auteurs « il n’y aura plus de printemps » (mais la Chine serait dos au mur).

Les auteurs fantasment sur l’avenir de groupes révolutionnaires « bien équipés ». Une nouvelle « race de consultants » va « utiliser les données pour construire et peaufiner une personnalité politique. »

« Ses » discours et ses écrits seront nourris (ce futur est-il si différent du présent ?) « par des suites logicielles élaborées d’extraction d’informations et d’analyse de tendances » alors « qu’utiliser les fonctions de son cerveau », et autres « diagnostics sophistiqués » seront utilisés pour « évaluer les points faibles de son répertoire politique ».

Le livre reflète les tabous et obsessions institutionnels du Département d’État (NdT : l’équivalent du Ministère des Affaires étrangères). Il évite la critique sérieuse d’Israël et de l’Arabie Saoudite. Il fait comme si, de manière extraordinaire, le mouvement de reconquête de souveraineté en Amérique Latine, qui a libéré tant de pays des ploutocraties et dictatures soutenues par les États-Unis ces 30 dernières années, n’avait jamais existé. En mentionnant plutôt les « dirigeants vieillissants » de la région, le livre ne distingue pas l’Amérique Latine au-delà de Cuba. Et bien sûr, le livre s’inquiète de manière théâtrale des croque-mitaines favoris de Washington : la Corée du Nord et l’Iran.

Google, qui a commencé comme une expression de la culture indépendante de jeunes diplômés californiens — une culture du respect, humaine et ludique — en rencontrant le grand méchant monde, s’est embarqué avec les éléments de pouvoir traditionnels de Washington, du Département d’État à la NSA.

Bien que ne représentant qu’une fraction infinitésimale des morts violentes à l’échelle mondiale, le terrorisme est un des sujets favoris des cercles politiques des États-Unis. C’est un fétichisme qui doit aussi être satisfait, et donc « Le Futur du Terrorisme » a droit à un chapitre entier. Le futur du terrorisme, apprenons-nous, est le cyberterrorisme. S’ensuit une série de scénarios complaisants et alarmistes, incluant un scénario haletant de film catastrophe dans lequel des cyber-terroristes s’emparent des systèmes de contrôle aérien américains et envoient des avions percuter des bâtiments, coupent les réseaux électriques et lancent des armes nucléaires. Les auteurs mettent ensuite les activistes qui participent aux manifs virtuelles dans le même panier.

J’ai une opinion très différente à ce sujet. L’avancée des technologies de l’information incarnée par Google porte en elle la mort de la vie privée de la plupart des gens et conduit le monde à l’autoritarisme. C’est la thèse principale de mon livre, Cypherpunks (traduit en français sous le titre Menace sur nos libertés. Mais, tandis que MM. Schmidt et Cohen nous disent que la mort de la vie privée aidera les gouvernements des « autocraties répressives » à « cibler leurs citoyens », ils affirment aussi que les gouvernements des démocraties « ouvertes » la verront comme une bénédiction permettant de « mieux répondre aux problèmes des citoyens et des consommateurs ». En réalité, l’érosion de la vie privée en Occident et la centralisation du pouvoir qui lui est associée rendent les abus inévitables, rapprochant les « bonnes » sociétés des « mauvaises ».

La section du livre relative aux « autocraties répressives » décrit nombre de mesures de surveillance répressives qu’elle condamne : les lois dédiées à l’insertion de « portes dérobées » dans des logiciels afin de rendre possibles l’espionnage de citoyens, la surveillance de réseaux sociaux et la collecte d’informations relatives à des populations entières. Toutes ces pratiques sont d’ores et déjà largement répandues aux États-Unis. En fait, certaines de ces mesures, comme celle qui requiert que chaque profil de réseau social soit lié à un nom réel, ont été défendues en premier lieu par Google lui-même.

Tout est sous nos yeux, mais les auteurs ne peuvent le voir. Ils empruntent à William Dobson l’idée selon laquelle les médias, dans une autocratie, « permettent l’existence d’une presse d’opposition aussi longtemps que les opposants au régime comprennent quelles sont les limites implicites à ne pas franchir ». Mais ces tendances commencent à émerger aux États-Unis. Personne ne doute des effets terrifiants des enquêtes menées sur The Associated Press et James Rosen de Fox News. Reste que le rôle de Google dans la comparution de Rosen a été peu analysé. J’ai personnellement fait l’expérience de ces dérives.

Le ministère de la Justice a reconnu en mars dernier qu’il en était à sa 3ème année d’enquête criminelle sur Wikileaks. Le témoignage du tribunal fait remarquer que ses cibles incluent « les fondateurs, propriétaires ou gestionnaires de WikiLeaks ». Une source présumée, Bradley Manning, fait face à un procès de 12 semaines à partir de demain, avec 24 témoins à charge qui témoigneront à huis clos.

Ce livre est une œuvre de très mauvais augure dans laquelle aucun auteur ne dispose du langage pour appréhender, encore moins pour exprimer, le gigantesque mal centralisateur qu’ils sont en train de construire. « Ce que Lockheed Martin était au 20e siècle, les sociétés technologiques et de cybersécurité le seront au 21e siècle », nous disent-ils. Sans même comprendre comment, ils ont mis à jour et, sans accroc, mis en œuvre la prophétie de George Orwell. Si vous voulez une vision du futur, imaginez des lunettes Google, soutenues par Washington, attachées — à jamais — sur des visages humains disponibles. Les fanatiques du culte de la technologie de consommation de masse y trouveront peu de matière à inspiration, non qu’ils en aient besoin visiblement, mais c’est une lecture essentielle pour quiconque se retrouve pris dans la lutte pour le futur, ayant en tête un impératif simple : connaissez vos ennemis.

Julian Assange

Original The Banality of ‘Don’t Be Evil’ :http://www.nytimes.com/2013/06/02/opinion/sunday/the-banality-of-googl…

Julian Assange – 1er juin 2013 – New York Times
(Traduction : Goofy, agui, P3ter, godu, yanc0, Guillaume, calou, Asta, misc, Gatitac, Martinien + anonymes) Framablog http://www.framablog.org/index.php/post/2013/06/04/assange-google-evil