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Il était une fois deux acariens qui le ventre plein essayait de comprendre le monde dans lequel ils vivaient.
- Notre repas vient de se lever pour aller travailler.
- Ouais! Ils travaillent tellement ces temps-ci que leur peau tombe en lambeaux. La nourriture chute du ciel. Il ne reste plus qu’à ramasser. Plus le temps passe, plus il y a de nourriture…
- Ils viennent d’ouvrir le soleil…
- Les rideaux de la chambre?
- Je ne sais pas trop ce que c’est… C’est une théorie de notre confrère qui habite à l’autre bout du matelas. Il prétend que le matelas est rond.
- Ridicule!
- Penses-tu qu’il existe une vie en dehors du matelas?
- Probablement! D’ailleurs il y a un nouvel habitat : une bête qui miaule.
- Si on regarde dans la lumière, qu’est ce qu’il peut y avoir?
- J’imagine qu’il ya d’autres matelas, d’autres acariens, d’autres mondes…
- Des mondes-maison?
- Oui.
- Ce n’est pas sérieux?
- C’est ce que m’a raconté un acarien. Un jour il était pris dans un orifice de notre masse de nourriture et la masse regardait le soleil. Il prétend que le soleil mène à d’autres soleils…
- Ça n’a aucun sens.
- Ce n’est rien. J’ai un ami qui a inventé une lunette qui grossit.
- Et?
- Il a vu un monstre volant.
- Beurk!
- Notre nourriture l’a tué, je dirais détruite avec un manche de métal muni d’une palette jaune. Ça volait…
- Voyons! Voler, tu veux dire n’avoir rien sur quoi marcher….
- Rien! Enfin, il y aurait une substance inconnue, plus légère que le matelas…
- Je n’y crois pas…
- Ben mon ami, le scientifique, m’a dit que c’est le carburant de notre nourriture. Ils en avalent toujours, ils ne cessent d’en avaler. C’est comme une nourriture invisible qui les fait vivre…
- Ils ne mangent pas?
- Je ne sais pas si tu es allé faire un tour sur la bouche le matin… Ça pue.
- Il y a une nourriture qui fait tellement de pellicules que j’en ai fait une indigestion.
- J’ai entendu dire qu’il y a une mode en ce moment : on fait venir la nourriture de la chevelure pour la transporter à des milliers de millimètres.
- Sérieux?
- Très sérieux. On appelle ça la globalisation. J’ai découvert toute une mine dans un orifice. Le problème est qu’il y a des bruits qui entrent, et c’est visqueux. En plus, temps en temps, on y enfonce un truc bizarre qui déloge toute la nourriture de la nourriture.
- On pourrait faire fortune avec ça.
- Ouais! Je sais. 90% des acariens ne connaissent rien de cet orifice.
- Nous allons dire de ne pas y aller, c’est trop dangereux.
- Bonne idée! On leur dira que ça n’existe pas. Et quand la nourriture sera partie en vacances, on leur vendra de ces résidus engrangés. Mieux encore, on leur fera croire que plus ça vient de loin, meilleur c’est..
- C’est honnête?
- T’as qu’à rien dire… J’ai d’ailleurs avertis certains de ne pas aller à certains endroits du matelas, sinon, ils risquaient de tomber en bas du monde…
- T’es génial…
- Comme ça on les contrôlera…
- Et qu’est ce qu’on fera avec tout cet avoir?
- Une fois qu’ils seront pauvres, on n’aura plus qu’à jouir de la vie. On leur dira où aller chercher la nourriture… Ils nous l’apporteront…
- Pourquoi?
- Parce que c’est nous qui savons où elle se trouve. Il y a des moments dans la semaine où il n’y a presque pas de nourriture. Je ne sais pas trop ce qu’ils font ces nourritures. Mais ils nous quittent… Il y a une sorte de mur, là-bas, au loin : Wall Street. Alors on reste là, presque affamés… Mais si on connaît les cycles, on pourra les mettre dans un endroit, les garder, et vendre à grand prix.
- Mais ceux qui vivent sur ce coussin noir qui ne sert à rien, sauf à décorer le monde… On va les laisser mourir?
- Ils sont si naïfs qu’ils croient que le coussin est le monde, alors que c’est le matelas.
- Mais on pourrait leur dire qu’il existe un monde plus grand qu’un coussin?
- S’ils savent trop, nous risquons de perdre notre confort. Et, surtout, notre pouvoir sur le matelas. C’est ça savoir être bien : c’est garder les autres dans l’ignorance.
- Comment on fera?
- On leur donnera des médailles et des récompenses. Tu connais l’orgueil des acariens… On n’a qu’à leur donner un peu de gloire…
- Sans nourriture?
- Non. Juste une médaille représentant un honneur. Il suffit de les connaître et de bien enrober notre message. Si on leur dit que le ramassage de la nourriture est la chose la plus important au monde, ils le croiront.
- Si certains découvrent notre subterfuge?
- C’est simple, on contrôle leur savoir.
- Comment?
- En leur disant ce qu’il faut savoir. Comme c’est nous qui contrôlons leur faim, nous leur diront comment sortir de leur faim.
- Comment?
- Le moyen est simple : plus ils travailleront à ramasser la nourriture, plus ils seront riches… Comme nous… Comment pourraient-ils deviner notre combine? C’est ainsi que nous procédons. Alors ils se diront qu’en procédant comme nous ils deviendront comme nous.
- Pour revenir aux coussins décoratifs…Il y a présentement une guerre entre le clan du cousin noir et celui du coussin blanc…
- C’est normal : moins on possède, moins on est dans le confort. Alors au lieu de leur donner du savoir, nous allons créer une famine. Quand les acariens ont le ventre creux ils ne sont pas intéressés à savoir, ils sont intéressés à manger. Et tout leur esprit est pris dans ce piège, dans cet enfermoir… »Le ventre vide est le plus grand avaloir de l’esprit… Tu es bien naïf…
- Naïf?
- C’est comme ça qu’on crée la richesse.
- Mais c’est nous qui en profitons?
- Ouais! Mais il y a des malins qui pensent comme moi…
- Et la guerre des coussins?
- Ah! J’ai engagé un fabricant d’armes. Il a trouvé le moyen de récupérer toutes les pinces des acariens morts…
- Ça donne quoi?
- J’ai pensé à tout : j’ai donné assez de connaissances à un acarien qui a travaillé sur le moyen de greffer ces pinces sur d’autres acariens… De sorte qu’ils pourront se défendre mieux…
- Et ils se défendent mieux?
- Disons qu’ils se tuent mieux…
- Mais s’ils se tuent mieux nous allons perdre nos clients.
Il éclata de rire.
- Je leur ai dit que pour progresser il fallait augmenter leur population afin d’avoir plus de cueilleurs et de soldats. Alors ils sont certains qu’en augmentant le nombre d’individus ils finiront par vivre mieux. Et leur productivité… On appelle cela, la croissance infinie… C’est leur nouveau dieu…
- Il sert à quoi ce «dieu»?
- À nous…

Publié par gaetanpelletier 
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