DIALOGUE D’ACARIENS

25-août-2009

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Il était une fois deux acariens qui le ventre plein essayait de comprendre le monde dans lequel ils vivaient.

-    Notre repas vient de se lever pour aller travailler.

-    Ouais! Ils travaillent tellement ces temps-ci que leur peau tombe en lambeaux. La nourriture chute du ciel. Il ne reste plus qu’à ramasser. Plus le temps passe, plus il y a de nourriture…

-    Ils viennent d’ouvrir le soleil…

-    Les rideaux de la chambre?

-    Je ne sais pas trop ce que c’est… C’est une théorie de notre confrère qui habite à l’autre bout du matelas.  Il prétend que le matelas est rond.

-    Ridicule!

-    Penses-tu qu’il existe une vie en dehors du matelas?

-    Probablement! D’ailleurs il y a un nouvel habitat : une bête qui miaule.

-    Si on regarde dans la lumière, qu’est ce qu’il peut y avoir?

-    J’imagine qu’il ya d’autres matelas, d’autres acariens, d’autres mondes…

-    Des mondes-maison?

-    Oui.

-    Ce n’est pas sérieux?

-    C’est ce que m’a raconté un acarien. Un jour il était pris dans un orifice de notre masse de nourriture et la masse regardait le soleil. Il prétend que le soleil mène  à d’autres soleils…

-    Ça n’a aucun sens.

-    Ce n’est rien. J’ai un ami qui a inventé une lunette qui grossit.

-    Et?

-    Il a vu un monstre volant.

-    Beurk!

-    Notre nourriture l’a tué, je dirais détruite avec un manche de métal muni d’une palette jaune. Ça volait…

-    Voyons! Voler, tu veux dire n’avoir rien sur quoi marcher….

-    Rien! Enfin, il y aurait une substance inconnue, plus légère que le matelas…

-    Je n’y crois pas…

-    Ben mon ami, le scientifique, m’a dit que c’est le carburant de notre nourriture. Ils en avalent toujours, ils ne cessent d’en avaler. C’est comme une nourriture invisible qui les fait vivre…

-    Ils ne mangent pas?

-    Je ne sais pas si tu es allé faire un tour sur la bouche le matin… Ça pue.

-    Il y a une nourriture qui fait tellement de pellicules que j’en ai fait une indigestion.

-    J’ai entendu dire qu’il y a une mode en ce moment : on fait venir la nourriture de la chevelure pour la transporter à des milliers de millimètres.

-    Sérieux?

-    Très sérieux. On appelle ça la globalisation. J’ai découvert toute une mine dans un orifice. Le problème est qu’il y a des bruits qui entrent, et c’est visqueux. En plus, temps en temps, on y enfonce un truc bizarre qui déloge toute la nourriture de la nourriture.

-    On pourrait faire fortune avec ça.

-    Ouais! Je sais. 90% des acariens ne connaissent rien de cet orifice.

-    Nous allons dire de ne pas y aller, c’est trop dangereux.

-    Bonne idée! On leur dira que ça n’existe pas. Et quand la nourriture sera partie en vacances, on leur vendra de ces résidus engrangés. Mieux encore, on leur fera croire que plus ça vient de loin, meilleur c’est..

-    C’est honnête?

-    T’as qu’à rien dire… J’ai d’ailleurs avertis certains de ne pas aller à certains endroits du matelas, sinon, ils risquaient de tomber en bas du monde…

-      T’es génial…

-    Comme ça on les contrôlera…

-    Et qu’est ce qu’on fera avec tout cet avoir?

-    Une fois qu’ils seront pauvres, on n’aura plus qu’à jouir de la vie. On leur dira où aller chercher la nourriture… Ils nous l’apporteront…

-    Pourquoi?

-    Parce que c’est nous qui savons où elle se trouve. Il y a des moments dans la semaine où il n’y a presque pas de nourriture. Je ne sais pas trop ce qu’ils font ces nourritures. Mais ils nous quittent… Il y a une sorte de mur, là-bas, au loin : Wall Street.  Alors on reste là, presque affamés… Mais si on connaît les cycles, on pourra les mettre dans un endroit, les garder, et vendre à grand prix.

-    Mais ceux qui vivent sur ce coussin noir qui ne sert à rien, sauf à décorer le monde… On va les laisser mourir?

-    Ils sont si naïfs qu’ils croient que le coussin est le monde, alors que c’est le matelas.

-    Mais on pourrait leur dire qu’il existe un monde plus grand qu’un coussin?

-    S’ils savent trop, nous risquons de perdre notre confort. Et, surtout, notre pouvoir sur le matelas. C’est ça savoir être bien : c’est garder les autres dans l’ignorance.

-    Comment on fera?

-    On leur donnera des médailles et des récompenses. Tu connais l’orgueil des acariens… On n’a qu’à leur donner un peu de gloire…

-    Sans nourriture?

-    Non. Juste une médaille représentant un honneur. Il suffit de les connaître et de bien enrober notre message. Si on leur dit que le ramassage de la nourriture est la chose la plus important au monde, ils le croiront.

-    Si certains découvrent notre subterfuge?

-    C’est simple, on contrôle leur savoir.

-    Comment?

-    En leur disant ce qu’il faut savoir. Comme c’est nous qui contrôlons  leur faim, nous leur diront comment sortir de leur faim.

-    Comment?

-    Le moyen est simple : plus ils travailleront à ramasser la nourriture, plus ils seront riches… Comme nous… Comment pourraient-ils deviner notre combine? C’est ainsi que nous procédons. Alors ils se diront qu’en procédant comme nous ils deviendront comme nous.

-    Pour revenir aux coussins décoratifs…Il y a présentement une guerre entre le clan du cousin noir et celui du coussin blanc…

-    C’est normal : moins on possède, moins on est dans le confort. Alors au lieu de leur donner du savoir, nous allons créer une famine. Quand les acariens ont le ventre creux ils ne sont pas intéressés à savoir, ils sont intéressés à manger. Et tout leur esprit est pris dans ce piège, dans cet enfermoir… »Le ventre vide est le plus grand avaloir de l’esprit… Tu es bien naïf…

-    Naïf?

-    C’est comme ça qu’on crée la richesse.

-    Mais c’est nous qui en profitons?

-    Ouais! Mais il y a des malins qui pensent comme moi…

-    Et la guerre des coussins?

-    Ah! J’ai engagé un fabricant d’armes. Il a trouvé le moyen de récupérer toutes les pinces des acariens morts…

-    Ça donne quoi?

-    J’ai pensé à tout : j’ai donné assez de connaissances à un acarien qui a travaillé sur le  moyen de greffer ces pinces sur d’autres acariens… De sorte qu’ils pourront se défendre mieux…

-    Et ils se défendent mieux?

-    Disons qu’ils se tuent mieux…

-    Mais s’ils se tuent mieux nous allons perdre nos clients.

Il éclata de rire.

-    Je leur ai dit que pour progresser il fallait augmenter leur population afin d’avoir plus de cueilleurs et de soldats. Alors ils sont certains qu’en augmentant le nombre d’individus ils finiront par vivre mieux. Et leur productivité… On appelle cela, la croissance infinie… C’est leur nouveau dieu…

-    Il sert à quoi ce «dieu»?

-    À nous…


L’INSOUTENABLE LÉGÈRETÉ DE LA FINANCE

17-juillet-2009

J’essayais de comprendre le message que nous recevons de tous azimuts concernant la crise financière : On nous dit de nous attendre au pire; on nous dit de consommer pour l’éviter, on nous dit de freiner nos ardeurs concernant le crédit.

Il semble  que l’un tire sur la culotte à droite l’autre à gauche tout en nous criant de marcher droit.

Et si le réservoir était plein?

C’est peut-être ça le frein à disque qui ralentit le carrosse :  on a cessé de consommer un peu de ce superflus. Une fois l’essentiel acheté et pas trop endetté le consommateur a-t-il le goût de se lancer dans la dentelle?

Ce que nos politiciens ainsi que  nos financiers ne comprennent pas – ou veulent ignorer- c’est qu’ils ont créé une bulle et il faut la laisser se dégonfler. Et la vitesse de dégonflement est en deçà de la vitesse du rafistolage désiré.

Le trou

Un nid de poule de la dimension d’un terrain de football.

La poule

Ce n’est certes pas ce chef d’entreprise gratifié d’une prime de dizaines de millions qui n’ira pas s’acheter un écran plasma HD 1080 P, un nouveau récepteur et un nouvel abonnement pour HD.  Mais le salarié moyen réussit à peine à vivre avec une certaine rigueur, voire à survivre dans un monde où un «kit» de possessions est consacrée comme  une norme. N’a-t-il pas remis en question cette norme?

La victime du nid  poule n’était peut-être pas aussi niaise que l’évaluateur harvardien….

L’équilibre

La crise financière, pour l’instant, en est une d’équilibre à refaire.  Il faudra des mois, ou bien quelques années avant de dégonfler ce faux avoir de la célèbre subprime, cette forme de prêts à taux élevés ( pour éviter et compenser les risques )  basée sur l’ambition démesurée ( ou l’inconscience) des financiers.

Le pari de la subprime n’était pas celui du consommateur. Celui-ci se voyait sans doute «rassuré» par le prêteur. Et le prêteur connaissait les risques. Mais le «savant» prêteur les étalait. Le prêteur avait pour garantie une marge de manœuvre dans un taux élevé.

Un jour on s’est retrouvés avec un tas de crétins possesseurs de châteaux mais pas au courant du phénomène «château de cartes».

Taux d’intérêt fixes et bas pour deux ans… La carotte..

On a les moyens… Deux ans.

Plouf!

Quand le magicien en perd son lapin…

Et qu’offre-t-on au consommateur pour «reprendre du service»? C’est à dire se remettre à dépenser de façon à satisfaire une demande de biens superflus pour satisfaire la détresse des attardés du magot?

Parce qu’est bien ça qu’on lui demande : continuer de consommer…autant.

Sinon plus. Parce qu’en réalité, il faudrait se mettre à dépenser encore plus pour payer les bavures des cravatés griffés.

Résultat : le magicien qui rate son tour du chapeau ne trouve plus les lapins pour courir après l’endettement. Aucun intérêt. Une fois la mèche vendue, n’importe qui peut le faire. Alors pourquoi payer pour le show?

Malhabile, il ne vaut plus grand chose.

Son show est en faillite, emportant le magicien et, hélas, le lapin.

Taux  et  tard… Les financiers sont devenus des vendeurs d’autos…

Avec la réputation qu’on leur connaît…

En 2000, nous avons acheté une voiture d’une couleur si singulière qu’il n’y en avait que dix dans la belle Province.

On en a trouvé dix dans un village de 4000 âmes.

Le mensonge était coloré.

Mais à grande échelle, le mensonge finit par n’avoir que ce mélange de toutes les couleurs : le brun.

Hot-dog fine cuisine?

La recette des financiers, on la connaît : des taux moins élevés pour relancer l’économie.

La recette était déjà là au moment de la crise immobilière. Si les taux avaient été élevés – en général –  la recette pourrait fonctionner. Mais nous nous retrouvons  au plancher.

Le plancher des taux  reste un plancher.

Plus bas qu’un plancher, on appelle ça un sous-sol. Avez-vous déjà vu une banque dans un sous-sol? Sous-sol= 0 revenus.

Même si les taux étaient à zéro – ce qui est impossible, à moins qu’on vous mente en gonflant le prix, ce qui n’est pas à écarter – c’est non viable.

Sauf pour les autos…

Sauf que pour les autos, certains ont été poursuivis pour une probable tentative de camouflage de taux dans les prix des voitures.

On s’est tous fait cuisiner : la table était trop grande pour le nombre de convives.

La gageure

La gageure du monde de la finance était celle-ci : le consommateur est avide, malléable pas trop «intelligent», du moins d’un monde en apparence compliqué : celui de la finance

Le consommateur est avide : on n’a qu’à lui planter des rangées d’autos pour le faire saliver.

Le vendeur a-t-il cru qu’il pouvait faire pousser des consommateurs? Où des revenus?

Non, rouler un bout de temps et changer de château.

Moïse et sa tablette d’argent

Alors notre nouveau Moïse se montre en HD avec sa tablette pour nous sermonner avec ses dix commandements.

  1. Tu emprunteras  sans t’endetter. Je suis le Seigneur, ton dieu.
  2. Tu consommeras sans jeter.
  3. Tu consommeras notre cinéma avec un écran géant HD et en allant au cinéma.
  4. Tu garderas ta voiture  longtemps mais tu en achèteras  une autre, car les «spéciaux» arrivent.
  5. Tu feras l’achat d’une maison sans dépenser plus que le quart de ton salaire.
  6. Tu te procureras deux  tondeuses pour le prix d’une. ( Plus on a de tondeuses, plus le gazon pousse vite)
  7. Tu iras magasiner  le 2 janvier après avoir tout dépensé entre le 15 et le 25 décembre de l’année précédente. ( C’est du Bachand, ça, le courbé wallmartien, sans égards aux travailleurs). Voyons! M. Bachand, si le peuple est du beurre d’arachide, même si vous grossissez le pot, ça ne fait pas plus de beurre d’arachide.
  8. Tu investiras des milliards pour trois mois… Pour un développement durable.
  9. Tu nous laisseras jeter ton argent dans les grosse Cies. Car, elles, en t’employant, évitent le chômage. ( Il faudrait le creuser ce commandement).
  10. Tu n’assassineras point tes points Air Miles, mais ne voyage pas trop, ça pollue. ( Sauf pour la gouvernance-générale).

Bon!

Mes commandements sont brouillons, je l’avoue. Mais quand on travaille avec du brouillage… on récolte du brouillon.


Conte gouttes

31-mars-2008

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Il était une fois une rivière qui buvait l’eau du ciel pour faire nager les poissons. Et des gouttes infimes naissaient les ruisselets branchus qui s’évasaient dans les forêts.

Et les poissons nageaient.

Il était une fois un poète qui buvait les lueurs des yeux des humains pour émouvoir les âmes. Et des émotions s’éveillaient d’autres émotions qui s’évasaient sur la Terre et au Ciel.

Et les êtres vivaient.

Il était une fois un nourrisson qui se nourrissait au compte goutte. Si frêle, si petit. Après avoir nagé pendant neuf mois dans le ventre d’une mère.

Et il écrirait qu’à chacun était une vie.

Il était une fois un océan si grand que personne n’aurait imaginé qu’il était né du ciel et de gouttes.

Et tout compte fait…

Tout compte…

Gaëtan Pelletier
18 août, 2000