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Water for thougth

La Bible rapporte l’histoire de la relation houleuse entre les fils d’Isaac. Jacob, le cadet, devra s’enfuir devant son frère Ésaü, après lui avoir volé la bénédiction de leur père aveugle et mourant, et cela avec la complicité de leur mère, Rébecca. Pour un plat de lentilles que Jacob avait cuisiné, Ésaü, affamé et fatigué après une journée de chasse, lui vend son droit d’aînesse. «C’est ainsi qu’Ésaü méprisa son droit d’aînesse.» Cet évènement serait à l’origine du drame.

Vendrons-nous nos ressources naturelles, nos terres agricoles et notre eau pour quelques plats de lentilles?

L’assiette du présent ou du futur… selon les pays, pour l’instant

 

Nous ne pourrons même plus manger de pissenlits par la racine
une fois enterrés… 

Photo : une des affiches de la Campagne 2008 de

World Food Programme “When you’re starving”

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Eau virtuelle : http://www.terraeco.net/
(Article publié en 2008)

Le savant qui met l’eau à la bouche

Cela fait vingt ans que Tony Allan calcule l’eau cachée derrière les produits de la vie quotidienne, du hamburger à la paire de chaussures. Une «eau virtuelle» qui n’intéressait que les spécialistes jusqu’à ce que les ressources planétaires s’amenuisent. Son invention lui vaut aujourd’hui tous les honneurs.

Un petit noir avalé au coin d’un comptoir. Et nous voilà empruntant 125 millilitres d’eau aux ressources naturelles de la planète. Une broutille, croit-on. Sauf que ce café a, en réalité, nécessité 140 litres du liquide transparent avant d’atterrir au fond de notre tasse. La découverte, signée Tony Allan, scientifique environnemental, remonte à une vingtaine d’années. Elle sera récompensée en août par le très prestigieux Prix de l’eau décerné par la Fondation de l’eau à Stockholm. En attendant son couronnement, le septuagénaire continue de partager sa retraite entre le King’s College et l’École des études orientales et africaines (SOAS) à Londres. Regard brillant et verbe alerte, l’homme est attablé dans une salle de cours où perce timidement le soleil londonien.

Là, il revit en un tournemain la naissance de son idée, en 1988. D’abord nommée «eau intégrée», elle fut rebaptisée «eau virtuelle» quelques années plus tard. «Une appellation moins juste mais plus vendeuse», souligne Tony Allan. L’idée décolle alors. D’autant que son principe est enfantin. En bref, il ne s’agit plus de mesurer sa consommation d’eau au rythme de ses douches et de ses boissons quotidiennes, mais de prendre en compte désormais l’arrosage des vergers d’où proviennent nos fruits, l’eau consommée par des vaches promises à devenir steaks ou encore celle intégrée dans la chaîne de production de notre dernière voiture. En bref, l’eau invisible, cachée derrière le produit.

Pas une simple feuille de calculs

«Chaque année, nous buvons 1 m3 d’eau [ou une tonne] par personne et utilisons 100 m3 pour les travaux domestiques divers. Mais nous consommons près de 1 000 m3 supplémentaires pendant cette même année au détour de la nourriture que nous mangeons», souligne Tony Allan. En 2002, une équipe néerlandaise dirigée par Arjen Hoekstra achève de populariser le concept. Il traduit la théorie d’Allan en chiffres précis. Ainsi, selon ces calculs, une tasse de café exigerait 35 litres d’eau, tandis qu’un hamburger «avalerait» 2 400 litres. Même les produits éloignés des rivages de l’agriculture comme un jean ou une puce électronique se voient dotés d’un poids liquide.

Cet éventail de données permet à tout individu de calculer son empreinte en eau. De chaque côté du spectre, estime Arjen Hoekstra, se tiennent l’Américain et le Chinois moyen. Si le premier consomme 2 480 m3 d’eau par an en moyenne, le second se contente de 702 m3 pendant la même année. Mais l’idée de Tony Allan ne se limite pas à une simple feuille de calculs. Non, elle a son rôle à jouer sur la scène mondiale. Flash-back. En 1988, le concept d’eau virtuelle est né dans l’esprit du scientifique au détour d’une constatation. «Tout le monde prédisait depuis longtemps qu’avec la pénurie d’eau, des conflits violents finiraient par émerger.»

Certes, Israël et la Syrie se sont bien affrontés entre 1962 et 1964 pour le contrôle des eaux du Jourdain. Mais rien d’envergure. Même constat dans les autres régions du monde. «Des agriculteurs ou des villages voisins pouvaient bien s’opposer, mais aucun pays n’entrait en conflit avec un autre autour d’une histoire d’eau.» Un verre au comptoir international Le scientifique se gratte la tête. Et comprend. Là où un pays manque du précieux liquide, il se sert au comptoir du commerce international… en eau virtuelle. Prenons un pays en pénurie d’eau : Israël par exemple. Plutôt que chercher à mettre la main sur les eaux du Jourdain au détriment de ses voisins, le pays peut aller pister l’eau là où elle se trouve : dans un épi de blé américain ou un bol de riz thaï. Ainsi, plutôt que de puiser sur ses maigres ressources pour arroser ses champs, Israël peut réserver son eau à la boisson et aux ablutions de sa population. Une leçon bien comprise par les autorités locales. «Israël était autrefois largement agricole, se souvient Tony Allan. Désormais, le pays importe à 80 % ses produits alimentaires.»

Garder les champs pour les légumes
Cet échange est facilité lorsque le pays est doté lui-même d’une monnaie d’échange, comme le pétrole dans les pays du Golfe, l’industrie high-tech à Singapour, les services à Londres. «Le bassin de la Tamise concentre 17 millions d’habitants. Or, si la région devait vivre en autarcie, ses ressources en eau ne pourraient subvenir aux besoins que de 500 000 personnes.» La solution? Importer de l’eau via les aliments en payant grâce aux recettes réalisées dans le tertiaire. Certes, le schéma corrige les inégalités de ressources aux quatre coins du monde. Mais son équilibre est fragile, car l’eau pourrait bien venir à déserter la surface du globe et ne pas suffire face à une population grandissante.

Tony Allan reste optimiste. Selon lui, fournir de l’eau aux 2 milliards de personnes supplémentaires qui devraient peupler le globe en 2025 grâce à l’eau virtuelle sera, certes difficile, mais néanmoins possible. «À moins bien sûr que l’on se mette à utiliser les champs où poussent aujourd’hui les légumes pour produire de l’énergie. Je ne vois pas comment on pourra s’en sortir si on se lance à fond dans les agrocarburants par exemple.»

Mieux vaut donc assurer ses arrières en limitant la demande. La solution? Apprendre à utiliser l’eau plus efficacement en maîtrisant des technologies de pointe, et limiter la soif des consommateurs. «Auparavant, dans la plupart des pays, on mangeait de la viande deux à trois fois par semaine. Aujourd’hui, il n’y a pas un sandwich qui ne contienne pas un peu de viande. L’empreinte d’eau d’un Américain carnivore s’élève aujourd’hui à 5 m3 par jour : un quart de m3 est réservé à sa boisson, à ses ablutions et au nettoyage de sa maison, le reste – 4,75 m3 – vient de la totalité de la nourriture qu’il ingère et dont il n’a pas vraiment besoin. Si les gens se conduisaient mieux en tant que consommateurs, ils amélioreraient leur santé en même temps que celle de la planète.»

Des États pas tous liquides

L’eau virtuelle contenue dans les aliments est une donnée qui varie fortement en fonction des produits et des pays. Au sein des cultures agricoles, celle du riz est la plus grosse consommatrice d’eau virtuelle avec 2 291 m3 par tonnes, pour 1 334 m3 pour le blé. L’élevage, lui, est encore plus gourmand : il faut nourrir l’animal, l’abreuver et le soigner. Résultat : une note en eau virtuelle plutôt salée. Prenons l’exemple d’un steak saignant consommé sur le Formica de notre cuisine. Avant d’atterrir dans notre assiette, il aura fallu trois ans pour que le bœuf atteigne l’âge adulte et produise environ 200 kg de viande fraîche. Durant cette période, l’animal aura consommé 1 300 kg de grains (blé, maïs, soja, avoine…) et 7 200 kg d’herbe. Or, pour cultiver ces champs, il aura fallu environ 3 millions de litres d’eau.

À cela, ajoutons les 24 000 litres d’eau lapés par le ruminant dans son abreuvoir et les 7 000 litres supplémentaires pour son entretien. Bref, pour obtenir 1 kg de bœuf, il aura fallu 15 340 litres d’eau. Une moyenne, en fait. Car le taux d’eau virtuelle contenue dans un produit change énormément d’un pays à un autre, en fonction du climat, des technologies adoptées ou de la nature des sols. Idem pour les produits industriels qui nécessitent, en moyenne, 80 litres par dollar produit dans le monde. Mais aux États-Unis, ce taux atteint 100 litres par dollar. En Allemagne et aux Pays-Bas, il est d’environ 50 litres. En Chine et en Inde, de 20 à 25 litres. En moyenne, l’empreinte virtuelle s’élève donc à 1 243 m3 par habitant dans le monde. En réalité, elle varie du simple au triple.

Pub des années 50

Source: Situation Planétaire

Le Japon bientôt inhabitable?

 

Par Olivier Cabanel

Cela fait trois mois aujourd’hui que la catastrophe nucléaire de Fukushima a eu lieu, et malgré les tentatives du lobby nucléaire qui tente de nous rassurer, la situation est aux antipodes d’être réglée.

Miguel Quintana, journaliste indépendant basé au Japon essaye de faire le point, malgré toutes les tentatives de désinformation lancées par Tepco, et le gouvernement Japonais.

90 000 japonais ont été déplacés, vivant dans 2400 centres d’accueil, et qui malgré les invitations de relogement proposées par le gouvernement, préfèrent rester dans ces centres, car étant sans revenus, quitter ces lieux d’accueil, les priverait de rations alimentaires, et les obligeraient à assurer leur survie, alors qu’ils n’en ont pas les moyens.

D’autre part, les fonds récoltés grâce à la solidarité mondiale tardent à parvenir aux intéressés, suite, semble-t-il à la désorganisation des services sociaux japonais.

Même si l’information a été distillée au compte goutte, Tepco avoue maintenant avoir menti : les réacteurs 1, 2 et 3 avaient effectivement fondus quelques heures après le tsunami.

On peut voir sur cette vidéo, un ralenti saisissant de la première explosion.

Le 7 juin l’agence de sécurité nucléaire et industrielle japonaise a avoué que les doses de radioactivité qui ont été réellement relâchées sont de l’ordre du double de ce qui avait été dit.

L’estimation d’origine était de 370 000 terra becquerels, elle est passée à 770 000, et ces chiffres ne sont pas définitifs, puisque la centrale continue à relâcher chaque jour toujours plus de radioactivité, dans l’air et dans l’eau, car les fuites d’eau contaminée continuent de se produire.

En effet les sous sols de la centrale sont totalement inondés, (plus de 100 000 tonnes d’eau radioactive s’y trouvent actuellement correspondant à 720 000 tbq) et les nombreuses fissures provoquent bien évidemment des fuites continuelles.

Fin mai le ministère des sciences japonais nous annonçait la découverte de niveaux d’irradiation plusieurs centaines de fois supérieurs à la norme au fond de l’Océan Pacifique sur une zone de plus de 300 km de long.

Comme le dit le journaliste, on assiste à un crescendo d’informations.

Quant aux travailleurs qui tentent de travailler dans la centrale, ils sont exposés à des doses de radiation de l’ordre de 4000 mSv/heure dans le bâtiment du réacteur n°1, ce qui fait douter des affirmations de Tepco qui prétend pouvoir régler la situation d’ici la fin de l’année.

Aujourd’hui, personne, Tepco y compris, ne sait ce qui se passe vraiment dans la centrale, et tant que l’eau irradiée y restera stockée, la pollution radioactive continuera de se dégager.

L’interview complète est sur ce lien.

Aujourd’hui, la centrale fumante continue donc à relâcher de la radioactivité qui fait allègrement le tour de la terre, s’accumulant dans l’eau, le sol et nos aliments chaque jour un peu plus comme on peut le constater dans cette vidéo

Les travaux ont été suspendus dans le réacteur n° 3, celui qui pose le plus de problème, puisqu’il fonctionnait au Mox (uranium et surtout plutonium), et on a mesuré sur le site 100 millions de becquerels par cm3. lien

Les travailleurs ne peuvent pas s’approcher plus de 30 minutes des bâtiments, vu le taux d’irradiation, la piscine du bâtiment n°4 menace de s’écrouler, et la situation va se compliquer encore, puisque la saison des pluies va commencer au Japon. lien

C’est une situation insoluble, car d’une part, l’exploitant est obligé d’arroser continuellement les réacteurs, pour freiner la montée en température, et d’autre part, il ne sait que faire des milliers de mètres cubes d’eau radioactive, même si Areva promet de trouver une solution pour traiter cette eau.

De plus l’exploitant envisage de relâcher en mer 3000 tonnes d’eau « faiblement radioactive » provenant de la centrale de Fukushima daini. lien

Au sujet de cette seconde centrale, Tepco se montre peu bavard, et on s’interroge en haut lieu suite à une fuite d’huile inexpliquée, un incendie sur un tableau électrique, et la présence d’eau de mer dans une installation jugée hermétique. lien

Tepco a perdu plus de 90% de sa valeur boursière.

Dans cette vidéo, Yves Marignac, directeur de Wise-Paris propose son analyse de la situation, 3 mois après la catastrophe.

La situation n’est toujours pas contrôlée, les fuites continuent, et tout ce que peut faire l’exploitant, c’est d’arroser en continu les réacteurs en fusion, afin d’empêcher une aggravation de la situation. vidéo

Un rapport gouvernemental confirme la fonte totale des 3 réacteurs, évoquant un emballement du cœur du combustible nucléaire à l’intérieur de ceux-ci, faisant couler celui-ci au fond des réacteurs (syndrome chinois) pouvant traverser l’enceinte de confinement.

Dans une interview donnée au Wall Street Journal, un haut fonctionnaire, Ichiro Ozawa évoque la possibilité de la perte totale du pays, celui-ci pouvant devenir totalement inhabitable. lien

Le journal japonais « Daily Yomiuri  » affirme que nous vivons « le pire aboutissement d’un accident nucléaire ». lien

De plus en plus de personnes sont évacuées chaque jour, lesquelles viennent compliquer la situation déjà précaire, des réfugiés.

Les premiers effets de la radioactivité commencent à être constatés, avec la naissance d’un lapin mutant, sans oreilles. lien

On ne sait pas encore si le Japon va devoir être totalement évacué dans les mois à venir, mais on est sur que la situation devient critique à Tokyo.

En effet, dès le 16 mars, Agnès Buzyn, présidente du conseil d’administration de l’IRSN, et professeur d’hématologie à l’hôpital Necker de Paris, avait envisagé, sur l’antenne de France Info, cette éventualité dans les heures ou les jours à venir. lien

D’ailleurs, le 7 juin, un habitant de la banlieue de Tokyo, compteur à la main, à constaté que le taux de radiation élevée, mesuré dans la rue, chez lui, et sur son toit, ne devrait pas lui permettre de sortir, ni de manger des légumes de jardin. lien

Les mesures ont atteint 48 000 mS/heure, ce qui est la limite maximum autorisée pour les travailleurs du nucléaire. lien

On s’achemine donc vers une évacuation des 36 millions de japonais habitant à Tokyo.

Le nucléaire qui devait être le salut des économies industrielles, est en train d’en devenir le fossoyeur, puisqu’au Japon, on est dans l’expectative : exposer la population aux risques que l’on sait, afin que l’économie reprenne, ou laisser s’achever la débâcle en cours. lien

Pour ceux qui auraient raté l’émission « envoyé spécial  » consacrée sur la 2ème chaine au nucléaire, c’est sur ce lien.

Mais en France, l’autocrate présidentiel droit dans ses bottes continue contre vents et marées de défendre l’indéfendable, au même moment ou une étude confirme la certitude statistique (estimée de 50%) d’un possible accident nucléaire dans notre pays. lien

Aujourd’hui, on sait que, contrairement aux attentes des lobbys pro nucléaires, l’électricité nucléaire est la plus chère.

En effet, entre le démantèlement des centrales, estimé à 17 milliards par EDF, mais qui devrait allègrement franchir la barre des 200 milliards, le traitement des déchets, toujours sans solution acceptable, et le dédommagement des citoyens touchés par un accident, on constate que le prix du kilowatt nucléaire est largement sous estimé. lien

Quant aux fameux tests de résistance prévus en Europe, ils font déjà l’objet de critiques acerbes de la part de nombreux eurodéputés, qui dénoncent leur insuffisance. lien

La profonde divergence constatée par le commissaire Oettinger est surtout basée sur le fait que certains pays, dont la France, refusent d’envisager la possibilité d’une attaque terroriste. lien

Pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, une pétition pour l’interdiction du combustible mox sur toute la planète. lien

Et sur ce lien, la pétition pour un référendum en faveur de la sortie du nucléaire : elle vise le million de signatures.

Le 11 juin, date anniversaire de la catastrophe, des manifestations auront lieu un peu partout dans le monde. lien

Pour avoir une vision chronologique de la situation à Fukushima, on peut aller visiter avec profit ce très bon site proposé par l’ACRO, ce laboratoire indépendant qui mesure régulièrement la pollution radioactive du sol et des plantes de notre pays. lien

L’échéance donnée par les Mayas pour fin 2012, ou même selon d’autres sources pour octobre 2011 ne devrait rassurer personne, (lien) en ces temps troubles ou de nombreux chercheurs évoquent avec inquiétude le réveil de la ceinture de feu. lien

D’autant que le 4 juin dernier, une centrale nucléaire égyptienne a connu quelques difficultés, puisqu’après une explosion, restée très discrète, une fuite d’eau radioactive a été constatée. lien

Mais comme dit mon vieil ami africain : « Qui s’est brûlé la langue une fois n’oublie jamais de souffler sur sa soupe ».

L’image illustrant l’article provient de « stmichelarchange.org »

Crime environnemental : sur la piste de l’huile de palme

Par Sophie Chapelle (17 avril 2012)

L’huile de palme est massivement importée en Europe. Elle sert à la composition d’aliments comme aux agrocarburants. Avec le soutien de la région Languedoc-Roussillon, une nouvelle raffinerie devrait voir le jour à Port-la-Nouvelle, dans l’Aude. À l’autre bout de la filière, en Afrique de l’Ouest, l’accaparement de terres par des multinationales, avec l’expropriation des populations, bat son plein. Basta ! a remonté la piste du business de l’huile de palme jusqu’au Liberia. Enquête.

Quel est le point commun entre un résident de Port-la-Nouvelle, petite ville méditerranéenne à proximité de Narbonne (Aude), et un villageois du comté de Grand Cape Mount, au Liberia ? Réponse : une matière première très controversée, l’huile de palme, et une multinationale malaisienne, Sime Darby. D’un côté, des habitants de Port-la-Nouvelle voient d’un mauvais œil la création d’« une usine clés en main de fabrication d’huile de palme » par Sime Darby, en partie financée par le conseil régional du Languedoc-Roussillon. À 6 000 km de là, les paysans libériens s’inquiètent d’une immense opération d’accaparement des terres orchestrée par le conglomérat malaisien, en vue d’exploiter l’huile de palme et de l’exporter vers l’Europe, jusqu’à Port-la-Nouvelle en l’occurrence. Un accaparement de terres qui pourrait déboucher sur des déplacements forcés de population et mettre en danger leur agriculture de subsistance.

Le petit port de l’Aude devrait donc accueillir une raffinerie d’huile de palme. Deux compagnies, la néerlandaise Vopak et le malaisien Unimills – filiale du groupe Sime Darby – sont sur les rangs, prêtes à investir 120 millions d’euros, venant s’ajouter aux 170 millions d’euros du conseil régional. La Région promet la création de 200 emplois, quand Sime Darby en annonce 50 pour cette usine qui prévoit d’importer 2 millions de tonnes d’huile de palme par an [1].

Du Languedoc-Roussillon au Liberia

Une perspective loin de réjouir plusieurs habitants réunis au sein du collectif No Palme [2]. Ces riverains d’une zone Seveso ont toujours en tête l’importante explosion de juillet 2010 dans la zone portuaire, après qu’un camion transportant du GPL se soit renversé. « La population n’a jamais été consultée ni informée de ce projet de raffinerie, relève Pascal Pavie, de la fédération Nature et Progrès. Ces installations présentent pourtant un risque industriel surajouté. » Le mélange du nitrate d’ammonium – 1 500 tonnes acheminées chaque mois à Port-la-Nouvelle – avec de l’huile végétale constituerait un explosif cocktail. Avec les allers et venues de 350 camions supplémentaires par jour. Cerise sur le gâteau, l’extension du port empièterait sur une zone côtière riche en biodiversité. « Notre collectif s’est immédiatement intéressé au versant international et européen de ce projet », explique Pascal.

L’opérateur du projet, Sime Darby, est un immense conglomérat malaisien, se présentant comme « le plus grand producteur mondial d’huile de palme ». Présent dans 21 pays, il compte plus de 740 000 hectares de plantations, dont plus d’un tiers au Liberia. Et c’est là que remonte la piste de l’huile que l’usine devra raffiner.

De Monrovia, la capitale, elle mène à Medina, une ville de Grand Cape Mount. D’immenses panneaux de Sime Darby promettent « un avenir durable ». Scrupuleusement gardés par des forces de sécurité privées recrutées par la compagnie, quelques bâtiments en béton émergent au milieu des pépinières d’huile de palme. C’est là que les futurs employés pourront venir vivre avec leurs familles. 57 « villages de travail » seront construits d’ici à 2025, promet la firme. Mais quid des habitants qui ne travailleront pas dans les plantations ? L’ombre d’un déplacement forcé de populations plane. « Quand Sime Darby a commencé à s’installer, ils ont dit qu’ils nous fourniraient des centres médicaux, des écoles, du logement… Mais nous n’avons rien vu, se désole Radisson, un jeune habitant de Medina qui a travaillé pour l’entreprise. Comment pourraient-ils nous déplacer alors qu’aucune infrastructure n’est prévue pour nous accueillir ? »

Agriculture familiale menacée

Le village de Kon Town est désormais entouré par les plantations. Seuls 150 mètres séparent les maisons des pépinières d’huile de palme. « Le gouvernement a accordé des zones de concession à la compagnie sans se rendre sur le terrain pour faire la démarcation », déplore Jonathan Yiah, des Amis de la Terre Liberia. Un accaparement qui priverait les habitants des terres cultivables nécessaires à leur subsistance. Les taux d’indemnisation pour la perte de terres et de cultures sont également sous-évalués. « Comment vais-je payer les frais scolaires de mes enfants maintenant ? », s’insurge une habitante qui ne reçoit qu’un seul sac de riz pour une terre qui, auparavant, donnait du manioc, de l’ananas et du gombo à foison.

La compagnie Sime Darby se défend de vouloir déplacer les communautés. Pourtant, un extrait de l’étude d’impact environnemental, financée par la compagnie elle-même, mentionne clairement la possibilité de réinstallation de communautés, si ces dernières « entravent le développement de la plantation » [3]. Du côté des autorités, on dément. Cecil T.O. Brandy, de la Commission foncière du Liberia, assure que le gouvernement fait tout pour « minimiser et décourager tout déplacement. Si la compagnie peut réhabiliter ou restaurer certaines zones, ce sera préférable ». Faux, rétorque les Amis de la Terre Liberia. « En laissant une ville au milieu d’une zone de plantations, et seulement 150 mètres autour pour cultiver, plutôt que de leur dire de quitter cette terre, on sait que les habitants finiront par le faire volontairement », dénonce James Otto, de l’ONG. Pour les 10 000 hectares déjà défrichés, l’association estime que 15 000 personnes sont d’ores et déjà affectées.

Des emplois pas vraiment durables

L’emploi créé sera-t-il en mesure de compenser le désastre environnemental généré par l’expansion des monocultures ? C’est ce qu’espère une partie de la population du comté de Grand Cape Mount, fortement touchée par le chômage. Sime Darby déclare avoir déjà embauché plus de 2 600 travailleurs permanents, auxquels s’ajouteraient 500 travailleurs journaliers. Quand l’ensemble des plantations seront opérationnelles, « Sime Darby aura créé au moins 35 000 emplois », promet la firme. Augustine, un jeune de Kon Town, y travaille depuis deux ans. D’abord sous-traitant, il a fini par être embauché par la compagnie et a vu son salaire grimper de 3 à 5 dollars US pour huit heures de travail par jour. Tout le monde ne semble pas avoir cette « chance » : 90 % du personnel de l’entreprise disposent de contrats à durée déterminée – trois mois en général – et sous-payés ! Les chiffres varient selon les témoignages, de 50 cents à 3 dollars US par jour, en fonction de la récolte réalisée. « Dans quelle mesure ces emplois sont-ils durables ?, interroge Jonathan, des Amis de la Terre Liberia. Une fois que les arbres seront plantés et qu’ils commenceront à pousser, combien d’emplois l’entreprise pourra-t-elle maintenir ? »

L’opacité entourant le contrat liant le gouvernement à Sime Darby renforce les tensions [4]. Malgré l’adoption d’une loi sur les droits des communautés, les communautés locales n’ont pas été informées, encore moins consultées. « Sime Darby s’est entretenu uniquement avec les chefs des communautés, raconte Jonathan Yiah. Or, la communauté est une unité diversifiée qui rassemble aussi des femmes, des jeunes, qui ont été écartés du processus de consultation. »

Contrat totalement opaque

Même de nombreux représentants d’agences gouvernementales ou de ministères ignorent tout du contenu du contrat, certains nous demandant même de leur procurer une copie. C’est ainsi que notre interlocuteur au ministère des Affaires intérieures a découvert qu’une partie du contrat portait sur le marché des crédits carbone. Des subventions qui iront directement dans la poche de la multinationale, comme le mentionne cet extrait en page 52 du contrat : « Le gouvernement inconditionnellement et irrévocablement (…) renonce, en faveur de l’investisseur, à tout droit ou revendication sur les droits du carbone. »

« C’est à se demander si les investisseurs son vraiment intéressés par l’huile de palme ou par les crédits carbone », ironise Alfred Brownell, de l’ONG Green Advocates. « Nous disons aux communautés que ce n’est pas seulement leurs terres qui leur sont enlevées, ce sont aussi les bénéfices qui en sont issus », explique Jonathan Yiah.

La forêt primaire remplacée par l’huile de palme ?

Les convoitises de la multinationale s’étendent bien au-delà. Le militant écologiste organise depuis des mois des réunions publiques avec les habitants du comté de Gbarpolu, plus au nord. Cette région abrite une grande partie de la forêt primaire de Haute-Guinée. Sime Darby y a obtenu une concession de 159 827 hectares… Du contrat, les habitants ne savaient rien, jusqu’à ce que les Amis de la Terre Liberia viennent le leur présenter. La question de la propriété foncière revient sans cesse. « Comment le gouvernement peut-il céder nos terres à une compagnie alors même que nous détenons des titres de propriété ? », interrogent-ils. La crainte relative à la perte de leurs forêts, de leurs terres agricoles, d’un sol riche en or et en diamants s’installe.

Lors d’une réunion, au moment où James énonce la durée du contrat, 63 ans – reconductible 30 ans ! –, c’est la colère qui prend le pas. « Que deviendront mes enfants au terme de ces 63 années de contrat avec Sime Darby ? », se désespère Kollie, qui a toujours vécu de l’agriculture, comme 70 % de la population active du pays. Parmi les personnes présentes, certaines, au contraire, voient dans la venue de Sime Darby la promesse d’investissements dans des hôpitaux, des écoles, des routes, mais aussi dans de nouveaux systèmes d’assainissement en eau potable. Et, déjà, la peur de nouveaux conflits germent. « Nous ne voulons de personne ici qui ramène du conflit parmi nous », lance Frederick. Les plaies des deux guerres civiles successives (1989-1996, puis 2001-2003) sont encore ouvertes. Près d’un million de personnes, soit un Libérien sur trois, avaient alors fui vers les pays voisins.

Mea culpa gouvernemental

« En signant une série de contrats à long terme accordant des centaines de milliers d’hectares à des conglomérats étrangers, le gouvernement voulait relancer l’économie et l’emploi, analyse James, des Amis de la Terre Liberia. Mais il n’a pas vu toutes les implications ». D’après un rapport de janvier 2012 réalisé par le Centre international de résolution des conflits, près de 40 % de la population libérienne vivraient à l’intérieur de concessions privées ! Aux côtés de Sime Darby, deux autres compagnies, la britannique Equatorial Palm Oil et l’indonésienne Golden Veroleum, ont acquis respectivement 169 000 et 240 000 hectares pour planter de l’huile de palme.

Dans le comté de Grand Cape Mount, en décembre 2011, des habitants se sont saisis des clés des bulldozers de Sime Darby afin d’empêcher la poursuite de l’expansion des plantations et d’exiger des négociations. Une équipe interministérielle a depuis été mise en place, où siègent des citoyens du comté. « Oui, il y a eu des erreurs dans l’accord », reconnait-on à la Commission foncière. « Nous essayons de trouver des solutions pour que chacun en sorte gagnant », renchérit-on au ministère des Affaires intérieures. Difficile à croire pour les habitants du comté, qui n’ont rien vu, jusque-là, des grandes promesses philanthropes de Sime Darby.

De l’huile de palme dans les agrocarburants

Et si le changement venait des pays où l’on consomme de l’huile de palme ? Retour dans l’Aude, au pied du massif des Corbières. En décembre 2011, Sime Darby a annoncé geler pour un an son projet d’implantation de raffinerie à Port-la-Nouvelle. Les prévisions de commandes d’huile de palme sont en baisse, alors que le coût de l’usine grimpe. L’huile de palme commence à souffrir de sa mauvaise réputation, alimentaire et environnementale. De nombreuses marques l’ont retirée de la composition de leurs produits. L’huile de palme contribuerait à la malbouffe. Une fois solidifiée par injection d’hydrogène, elle regorge d’acides gras qui s’attaquent aux artères : un cauchemar pour les nutritionnistes. Dans les enseignes bios, elle commence également à être pointée du doigt comme l’une des causes de la déforestation, en Indonésie, en Afrique ou en Amérique latine. Pourtant, bien que la grande distribution réduise son besoin en huile de palme, cette dernière demeure aujourd’hui, et de loin, la première huile végétale importée en Europe. Merci les agrocarburants…

« La consommation moyenne d’un Européen est d’environ 12 litres/an d’huile de palme, ce qui représente un accaparement d’environ 25 m2 de plantation de palmiers à huile dans un autre pays », souligne Sylvain Angerand, des Amis de la Terre France. « Relocaliser l’économie, développer les transports en commun, lutter contre l’étalement urbain seraient autant de mesures structurelles permettant de réduire notre consommation de carburant », propose l’écologiste. Réduire nos besoins ici, en Europe, pourrait diminuer partiellement l’accaparement des terres dans le Sud. À Port-la-Nouvelle, le collectif No Palme planche déjà sur des plans de développement alternatif pour le port. Avec en tête, les témoignages de leurs compères libériens.

Texte, photos et vidéo : Sophie Chapelle

Photo : CC Rainforest Action Network

Notes

[1] À titre de comparaison, la raffinerie de Darwin en Australie, ouverte en 2008 pour produire 800 millions de litres de biodiesel à partir d’huile de palme, n’emploie actuellement que 20 personnes.

[2] No Palme est l’acronyme de Nouvelles Orientations pour des alternatives locales et méditerranéennes.

[3] Télécharger l’extrait (en anglais) de l’étude d’impact environnemental sur les déplacements et les réinstallations des communautés affectées.

[4] L’accord signé entre Sime Darby et le gouvernement de Monrovia remonte à juillet 2009.

 

Les Verts fossoyeurs de l’altermondialisme

Photo : Agence France-Presse Pedro Armestre

Je me permets de placer une lettre au Devoir de Monsieur Denis Blondin. Il y a des années que je me bats contre cette arnaque qui consiste à enrégimenter le peuple en lui faisant croire que le Vert sauvera la planète et ses habitants.

Encore un beau crédo!

De l’hitlérisme à la sauce brûlante…

Pendant que la machine de production ne cesse de « parfaire » ses produits pour qu’ils durent le moins longtemps possibles, elle culpabilise le citoyen et lui fait avaler ses cure-dents pour « sauver le monde ».

Dieu-État a créé le péché mortel du déchet… qu’il produit. Comme les versions des programmes pour les ordinateurs.

Mises à jour : 1.23.46 pour 1.23.51.

Au moins on fait un mea culpa et correctifs. Comme un confessionnal …

Le Vert n’aura d’effet que lorsque la production tournera au vrai vert.

En attendant, jetez. Vous n’avez pas le choix. Car de toute manière, on a parfait l’obsolète.

Et plus la machine à « faire des profits » s’agite, plus elle cherche les moyens de réduire la vie des appareils que  nous « consommons ».

Alors, je me suis acheté un souffleur à neige qui date de 20 ans. Dix fois plus solide que les modèles récents. Et notre voiture a dix ans… Et rien que pour vomir la racaille incapable de s’ajuster au monde actuel, je la garderai et la ferai réparer pièce par pièce.

Si les sociétés riches et avancées (sic) se mettent au Vert, les autres sont en train de faire comme il y a cinquante ans ici.

Prenons notre mal en patience… On en a pour des générations…

La planète se réchauffe et l’Europe gèle.

Est apparu un type à la télé qui a trouvé une explication.

Ou une contre explication…

:-)

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Les Vertsfossoyeurs de l’ altermondialisme, Denis Blondin,Québec

Malgré l’expansion marquée de la conscience environnementaliste, rien ne semble se pointer à l’horizon pour modifier la trajectoire de notre système de production capitaliste. C’est pourtant lui, le véritable moteur du désastre écologique. Ce système reste fondé sur un principe de croissance économique illimitée et, loin de se remettre en question, il maintient son cap insensé chez nous en même temps qu’il fleurit à une allure accélérée en Chine, en Inde ou au Brésil. Même la dernière crise financière, pourtant sévère, ne l’a pas modifié d’un iota.

Il peut sembler injuste de vouloir rendre notre nouvelle ferveur environnementaliste responsable de cette inertie, mais c’est pourtant sa part de responsabilité que je voudrais cerner ici. C’est parce qu’elle constitue un rouage essentiel de notre conscience collective et qu’elle pourrait jouer un rôle différent.

Je constate que la vague écologiste a étouffé la vague altermondialiste. Elle a déplacé sur un plan strictement matériel une réflexion qui portait au départ sur la société. Nos yeux sont maintenant braqués sur des cirques ternes comme celui de Copenhague, pendant que les forums sociaux mondiaux se font de plus en plus timides, discrets et sans conséquence. Ce joli coup de barre a requis la collaboration de tous, tant les grands manitous que les petits militants plus ou moins verts que nous sommes presque tous devenus.

Verts militants et grands récupérateurs

À la base, il y a les citoyens de bonne volonté, qui votent de plus en plus vert. Mais les Partis verts n’ont qu’un seul et unique programme: c’est la verdure. Comme les questions sociales, économiques et politiques sont trop compliquées, ils évitent de s’en mêler pour ne pas perdre de votes. Le pire, c’est qu’ils ont l’impression d’être bien partis, sous prétexte qu’ils recueillent un pourcentage croissant de votes parmi les mécontents des vieux partis. En fait, ils réussissent surtout à freiner l’essor des véritables partis alternatifs.

L’éveil d’une conscience environnementaliste ne semble susciter que des ajustements mineurs dans le choix des gadgets à consommer. Ceux qui en ont les moyens se pavanent avec des autos hybrides, les autres se contentent des petits gestes du recyclage quotidien. Le problème des petits gestes, ce n’est pas tellement qu’ils risquent de prendre la place des grands, c’est qu’ils peuvent déplacer notre champ de conscience vers la mauvaise cible. La foi a besoin d’être alimentée par des rituels, mais les rituels peuvent aussi devenir des soporifiques aussi efficaces que le chapelet ou l’aumône: ils créent de la bonne conscience à peu de frais et confortent le système social dominant sans le contester. Je préfère encore la mauvaise conscience.

Chouchous

Les citoyens de bonne volonté ne sont pas les seuls à vouloir préserver notre culture matérialiste si enivrante. Ils emboîtent le pas aux grands manitous de la nouvelle économie verte, ceux qui font fortune en convainquant les gouvernements de subventionner la destruction des vieux chars pour pouvoir en vendre plus vite des nouveaux. Ces écologistes-là sont les chouchous des gouvernements, du moins ceux qui ne vivent pas du sable bitumineux.

La progression des idéaux verts se nourrit de leur récupération comme instruments de marketing. Le vert est rapidement devenu un simple logo facilitant la vente ou le vote, tout comme le bio ou l’équitable, si bien que le consommateur finit par oublier la différence entre les trois pour ne retenir que le signe «plus»: ce sont de bons produits.

Pendant ce temps, nous laissons les riches dormir en paix. Ils ne sont pas les seuls responsables, mais leur position aux commandes des institutions leur confère une plus grande responsabilité. Il reste qu’acheter 49 $ des lecteurs DVD qu’on jettera au bout d’un an est aussi scandaleux qu’empocher des primes faramineuses pour s’acheter des jets privés, et cela en vertu de l’empreinte sociale, pas seulement de l’empreinte écologique. Ce qui importe, c’est de cibler le système même qui est en cause: celui qui définit le bonheur comme un niveau de consommation et l’être humain comme une créature animée de besoins illimités et vouée à l’irresponsabilité, puisque tout finit avec sa mort individuelle et matérielle.

Les vrais enjeux

Faut-il sauver la planète ou les humains? Comme ce sont des humains qui choisissent, la réponse semble évidente. Mais quels humains? Il peut très bien arriver que le choix soit fait par les riches seulement et vise seulement leur propre préservation, comme d’habitude. Ce qui est nouveau dans l’histoire, c’est que cette option n’est plus envisageable parce qu’on ne peut plus construire des murs ou des frontières pour séparer l’air ou l’eau des pauvres de ceux des riches, même si ces derniers préfèrent l’ignorer. Il faut à tout prix les — c’est-à-dire nous — forcer à regarder cette réalité en face.

Personne ne peut fournir les plans détaillés de la nécessaire révolution. Seuls des grands objectifs peuvent être définis. On peut les ramener à deux cibles essentielles: la transformation des institutions politiques, économiques et sociales, et l’émergence d’une nouvelle culture. C’est précisément ce à quoi s’était attaqué spontanément le mouvement altermondialiste au moment où il a émergé, au tournant du millénaire. On pourrait penser que ce mouvement s’est simplement essoufflé, mais en fait, il a été dévié. Les idéaux qui l’ont inspiré n’ont pas disparu, ils ont été noyés dans un discours écologiste plus tapageur et plus subventionné.

Culture

Au-delà de la boulimie de surconsommation et de la misère imposée à des continents entiers, il y a une culture, il y a une société avec son système économique et ses institutions. Ce sont des constructions humaines et il est donc possible de les changer, car rien de tout cela n’est irrémédiablement inscrit dans notre nature humaine. Cette nature a, pendant très longtemps, produit des économies durables et des cultures axées sur l’être humain où la liberté signifiait l’absence de contraintes, plutôt que la multiplicité des choix entre des modèles de VUS, où l’on pouvait chercher à être une richesse plutôt qu’à être riche.

Puis est arrivé le «développement», qui a fini par inverser les priorités et définir la consommation des biens matériels comme une fin en soi. Nous ne pouvons pas revenir en arrière, mais nous pouvons saisir l’occasion que nous donne la conscience écologique pour remettre notre société mondialisée sur une trajectoire historique plus prometteuse.

*****

Denis Blondin – Québec

La privatisation de l’eau, un crime contre la terre et l’humanité

Alors que s’achève le Forum alternatif mondial de l’eau à Marseille, la Via Campesina réaffirme le droit à l’eau. Pour ce mouvement international qui rassemble des millions de paysannes et de paysans, de petits producteurs, de sans-terre, de jeunes du monde rural, ou de travailleurs agricoles, l’eau est un bien commun au bénéfice de tous les être vivants. Il doit être soumis à une gestion publique, démocratique, locale et soutenable.

Nous, organisations paysannes de différents pays du monde, membres de la Via Campesina, nous sommes rencontrés du 12 au 17 mars 2012 à l’occasion du Forum alternatif mondial de l’eau à Marseille, en France. Des délégués venus, entre autres, de Turquie, du Brésil, du Mexique, du Mali, ont exprimé la détresse des « affectés » environnementaux et particulièrement ceux qui sont touchés par la construction des barrages, les gaz de schiste, les mines, l’accaparement, la marchandisation, la rareté de l’eau, les pollutions généralisées, les répressions et les meurtres envers les militants défenseurs de l’eau.

Nous revendiquons que le droit « de » et « à » l’eau soient respectés dans le cadre de la souveraineté alimentaire. Le droit « de » l’eau étant le respect permanent du cycle de l’eau dans son intégralité.

Nous affirmons que la privatisation et la marchandisation de l’eau et de tout autre bien commun (semences, terre, connaissances locales et traditionnelles, etc.) sont un crime contre la terre et l’humanité. Les grands projets de barrage et de centrales hydroélectriques emprisonnent et accaparent l’eau, ne tenant compte ni des besoins, ni des pratiques traditionnelles ni de l’opinion des communautés locales, et faisant fi de la préservation de l’écosystème.

Les crises de l’eau, de la biodiversité, les crises sociales, énergétiques et financières sont toutes liées et sont les conséquences du néolibéralisme et du modèle d’agriculture industrielle promu par les institutions financières internationales (Banque mondiale, Fond monétaire international, Organisation mondiale du commerce), les traités de libre-échange, le Conseil mondial de l’eau, les multinationales et la majorité des gouvernements.

L’économie verte est une fausse solution face au changement climatique et à la pénurie d’eau. La marchandisation de l’eau, du carbone, de la biodiversité, les OGM, les nanotechnologies, la géo-ingénierie [1] sont les nouveaux débouchés du néolibéralisme pour répondre aux crises. La fuite en avant continue alors que ces réponses technicistes et marchandes sont les principales responsables des chaos écologiques et sociaux que nous subissons.

Le modèle de production industrielle, les monocultures, l’agrochimie, ont pollué nos eaux, mis en péril notre santé. Nous défendons les pratiques agroécologiques et l’agriculture paysanne, qui mettent en pratique la souveraineté alimentaire et contribuent à la préservation et l’utilisation soutenable de l’eau.

L’eau est un bien commun au bénéfice de tous les être vivants et doit être soumise à une gestion publique, démocratique, locale et soutenable [2]. Les connaissances locales et traditionnelles de gestion de l’eau, qui protègent et considèrent l’écosystème dans sa globalité, existent depuis des millénaires. Elles ont fait preuve au fil du temps de leur efficacité. Les politiques publiques et les lois sur l’eau doivent reconnaître et respecter ces connaissances.

Pour la souveraineté alimentaire : stop à l’accaparement de l’eau !

La Via Campesina
Photo :

Notes[1] Lire à ce sujet : Les projets fous des apprentis sorciers du climat.

[2] Lire à ce sujet : Gestion de l’eau : quand le service public est plus efficace que le business privé.

bastamag.net

Bétail blues


80% des antibios absorbés par le bétail et la volaille :
Les antibiotiques, une des plus grandes découvertes médicales du monde, sont en train de perdre leur efficacité dans la lutte contre les infections bactériennes et l’utilisation massive des médicaments chez les animaux en est le plus grand coupable.
La menace croissante de la résistance aux antibiotiques est largement due à la mauvaise utilisation et la surutilisation des antibiotiques chez les gens et les animaux, ce qui conduit à une augmentation des “super-bactéries”. Cependant, les gens utilisent une partie beaucoup plus petite des antibiotiques vendus dans ce pays par rapport au montant mis de côté pour les animaux d’élevage.
En fait, selon de nouvelles données rendues publiques par la Food and Drug Administration (FDA), 80% des antibiotiques vendus en 2009 ont été utilisés pour le bétail et la volaille.
Source Center for a Livable Future

25% des enfants et adolescents aux Us prennent des médicaments quotidiennement
More than a quarter of U.S. kids and teens are taking a medication on a chronic basis, according to Medco Health Solutions Inc., the biggest U.S. pharmacy-benefit manager with around 65 million members. Nearly 7% are on two or more such drugs, based on the company’s database figures for 2009.
Source Wall Street Journal

Attention, policiers sous stéroïdes
Aux Etats-Unis, de plus en plus de policiers sont pris en flagrant délit de consommation de stéroïdes, comme l’ont révélé de récents démantèlements de trafics d’hormones synthétiques.
Source Eveil 2010

Niveaux records…Le Québec, champion du Ritalin
Les Québécois sont plus que jamais les champions du Ritalin, a appris le Journal de Montréal. En 2010, ils ont consommé près de 32 millions de pilules de cette famille de médicaments, ce qui constitue un nouveau record.
Source Eveil 2010

Tchernobyl, la fin d’un monde

Il n’y a qu’une seule force de guérison, c’est la nature.

(Arthur Schopenhauer)

« Realm Pluton» est l’essai photo de la zone morte autour de Tchernobyl, où le plus dévastateur  accident nucléaire est  survenu soudainement le 26 avril, 1986. Cette déclaration graphiques propose un témoignage indéniable contre la vanité des ingénieurs et des bureaucrates, et servira de preuve d’avertissement contre ceux qui affirment avec désinvolture l’énergie nucléaire est totalement sûr. S’il vous plaît partagez votre copie de « royaume de Pluton » avec vos amis et aux vues similaires connaissances. ( voir plus bas).

En 2004, mon site de Tchernobyl fut l’un des sites d’Internet les plus visités. C’est quand mon compte a été bloqué et que les journaux dans le monde entier ont commencé à écrire que j’étais une combine commerciale, une publicité pour un jeu sur ordinateur, une vendeuse de photos, etc., que j’ai réussi à toucher un point sensible et je suis fière de cela. Avec toutes ces expériences, j’ai réalisé que celui qui veut dire la vérité doit être capable d’en être le gage, et cela me motiva de créer la seconde partie de l’histoire de Tchernobyl, la « Terre des Loups ».

Il y a « beaucoup d’argent » à faire dans l’industrie de l’énergie atomique. Seulement 1 kg (2,2 livres) d’uranium raffiné produira la même quantité d’énergie que 50 wagons de marchandise chargés de charbon (3.000 tonnes). L’uranium raffiné, par conséquent, est près de 3 millions de fois plus intéressant à transporter que le charbon, en termes de poids. Cela attire naturellement la riche politique et les intérêts financiers puissants, dont le seul souci est de traire la vache et s’ils traient la vache sans limite, en se moquant de la sécurité des réacteurs ou de la santé publique, finalement à la place du lait, ils obtiendront du sang.

Peu importe qu’ils aient durement essayé de discréditer mon site, l’histoire est toujours là et davantage de monde continue de le lire.

Je ne suis pas une activiste pour ou contre le nucléaire. Je ne suis qu’un auteur pro-humain, qui pense que Tchernobyl est un avertissement à l’humanité.

Les voyages de  Filatova Elena Vladimirovna

Je Voyage beaucoup et une de mes destinations favorites est  vers le nord de Kiev, en direction de soi-disant de Tchernobyl « zone morte », qui est 130 km de chez moi. Pourquoi ma préférée ? Parce que l’on peut prendre de longues  randonnées  sur des routes désertes.

Les gens sont tous partis et de la nature est en pleine floraison. Il ya de beaux bois et de lacs.

Dans les endroits où les routes   n’ont pas été parcourues par les camions ou véhicules de l’armée, ils sont dans le même état qu’ils étaient il ya 20 ans – sauf pour une lame occasionnelle d’herbe ou un arbre qui a découvert une fissure pour pousser. . Le temps ne brise  pas les routes, elles peuvent donc  rester comme ça jusqu’à ce qu’elles  puissent être ouvertes à la circulation normale à nouveau … Dans quelques siècles…

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Le plutonium va régner ici pendant

des milliers d’années… La vie du plutonium

est d’environ 24,000 ans.

Nommé en l’honneur de Pluton, le roi de la mort

Et des sous-mondes…

Elena V.

PLUTO’S REALM

Perdus d’avance…

Silence, on souffre!
Pitié pour la condition animale

«La tragédie du jour suivant, écrivait Edward Gibbon à propos des spectacles romains, consista dans un massacre de cent lions, d’autant de lionnes, de deux cents léopards et de trois cents ours.» Le temps de ces spectacles odieux est révolu (même si divers combats de coqs ou de taureaux font penser qu’on pourrait encore remplir un cirque avec des amateurs de sang). Mais la vérité, si l’on consent à la regarder en face, est que notre société fait preuve d’une plus grande et plus secrète cruauté. Aucune civilisation n’a jamais infligé d’aussi dures souffrances aux animaux que la nôtre, au nom de la production rationnelle «au coût le plus bas». Pour sept cents fauves massacrés un jour de fête dans l’Empire romain, ce sont des millions d’animaux que nos sociétés condamnent à un long martyre.

N’ayons pas peur des mots : la France est couverte de camps de concentration et de salles de torture. Des convois de l’horreur la sillonnent à tout instant et en tous sens. Pour cause d’élevage intensif, les fermes, devenues des «exploitations», se sont reconverties en centres de détention à régime sévère, et les «fillettes» de Louis XI passeraient pour de véritables hangars face aux dispositifs où l’on enferme des créatures que la nature avait conçues pour la lumière, pour le mouvement et pour l’espace.

En France, 50 millions de poules pondeuses -à qui l’on a souvent tranché le bec au fer rouge – sont incarcérées à vie dans des cages minuscules où elles ne peuvent ni dormir ni étendre les ailes, mais seulement absorber une nourriture éventuellement issue de fosses septiques et de boues d’épuration… Les truies sont sanglées jour et nuit dans des stalles qui leur interdisent toute espèce de mouvement, et ce pendant deux ans et demi… Des veaux de 145 kg sont enchaînés dans l’obscurité en cases de 0,81 m… Des poulets, dits « de chair », ont les flancs si hypertrophiés que leurs os ne les portent plus et qu’il leur est impossible de se déplacer. Au moyen d’un tube de 40 centimètres enfoncé dans l’oesophage, des appareils pneumatiques font avaler chaque jour 3 kilos de maïs brûlant (l’équivalent de 15 kilos pour un humain) à des canards et à des oies immobilisés dans des « cercueils » grillagés, puisque, de toute façon, ils ne peuvent plus se tenir debout. Pour finir cette existence qui a surtout le mérite d’être brève, beaucoup seront transportés dans des conditions effroyables, entassés sans nourriture, sans soins, sans eau, au cours de voyages proprement étouffants, interminables et souvent fatals. Qui a vu cela ne l’oublie plus jamais.

En Chine, où il est courant d’ébouillanter et d’écorcher vifs les animaux, des ours sauvages sont enfermés jusqu’à ce que mort s’ensuive dans des cages où ils ne peuvent pas même s’asseoir et où ils perdent jusqu’à l’usage de leurs membres. Une sonde est en permanence enfoncée dans leur foie pour y prélever la bile, utilisée en médecine traditionnelle. En Occident, la «communauté scientifique» fignole des animaux d’un genre nouveau : sans poils ni plumes ni graisse, aveugles et dotés de quatre cuisses, manifestement conçus pour le bonheur au grand air! Il serait long, et pénible, de multiplier les exemples.

Pour ces millions, pour ces milliards d’animaux, le simple fait de vivre, depuis la naissance jusqu’à la mort, est un supplice de chaque seconde, et ces régimes épouvantables leur sont infligés pour des raisons si mesquines qu’on a peine à croire que des êtres humains puissent s’en prévaloir sans honte : une chair plus blanche, quelques centimes gagnés sur un œuf, un peu de muscle en plus autour de l’os. «Cruelles friandises», disait Plutarque.

Quant aux animaux sauvages, pour n’en dire qu’un mot, on se doute qu’ils ne sont guère épargnés par le piège, le fusil, le poison, le trafic, la pollution ou la destruction de leur habitat. 8 500 espèces de vertébrés sont menacées d’extinction à court terme. L’homme est seul responsable de cette extermination qui ne peut être comparée qu’aux extinctions massives du mésozoïque. Au Cameroun, les grands singes sont actuellement victimes de ce qui mérite pleinement d’être appelé une destruction systématique, comparable à une sorte de génocide. Et, dans le domaine de la protection des animaux sauvages, ce n’est certes pas la France qui pourra donner des leçons, elle qui montre tant de zèle à légaliser le braconnage.

On a vu récemment de monstrueuses hécatombes, de terribles holocaustes où les animaux étaient non pas « euthanasiés », comme on le dit pudiquement, mais massacrés et brûlés par milliers, par millions en Grande-Bretagne, victimes d’une maladie le plus souvent sans réelle gravité (la fièvre aphteuse), mais coupables de gêner le commerce et de déprécier la marchandise. Il faut d’ailleurs savoir que les abattages continuent après l’épizootie et que 450 000 vaches saines sont actuellement sacrifiées en France à «l’assainissement du marché». Ce traitement, déjà révoltant quand il s’agit de lait ou de choux-fleurs, est-il admissible sur des êtres sensibles, affectueux et craintifs, et qui ne demandent qu’à vivre ? Rares ont été les professionnels qui se sont plaints d’autre chose que du montant ou de la rapidité de versement des primes au moyen desquelles on s’acharne à maintenir coûte que coûte une agriculture de cauchemar : un système d’indemnités après sinistre, une prime à la torture et à la pollution? Qui n’a pensé aux pires horreurs médiévales en voyant ces crémations en masse, ces charniers remplis à la pelleteuse? À quelle horreur veut-on nous préparer en appelant «sensiblerie» ou «zoophilie» toute compassion à l’égard de la condition animale?

Ces condamnés sans langage

Les sentiments et les affaires n’ont jamais fait bon ménage, mais il semble quand même qu’on ait franchi les limites du supportable. Un producteur fait-il encore la différence entre une créature qui souffre et un objet manufacturé, quand il appelle un veau «le produit de la vache»? Et alors qu’on entend de plus en plus souvent parler d’«organes vitaux» pour les voitures et de «pièces détachées» pour les corps?

Il est vrai que partout des hommes, des femmes, des enfants sont victimes de l’injustice, de l’arbitraire, de la misère ou de mauvais traitements, que l’humiliation du prochain est un principe universel, que trop d’innocents croupissent en prison. Mais les souffrances s’additionnent sans s’exclure. «Dans le combat pour la vie, écrit Raoul Vanegeim, tout est prioritaire.» Peut-on être heureux quand on sait que d’autres êtres vivants, quels qu’ils soient, gémissent?

Ceux que la souffrance animale laisse indifférents, fait sourire ou hausser les épaules au nom des «priorités» devraient se demander si leur réaction ne ressemble pas à celle des adeptes de l’inégalité, partisans de l’esclavage jusqu’au début du XIXe siècle, ou des adversaires du vote des femmes voilà à peine plus de cinquante ans. Au Cambodge, au Rwanda, dans les Balkans et ailleurs, n’a-t-on pas fait valoir également une «priorité» entre les plus proches voisins de nationalité, de religion, de «race» ou de sexe pour renvoyer les victimes à l’étrangeté, et si possible à l’animalité, afin de les éliminer plus facilement?

Notre compassion est-elle si limitée qu’il faille établir des hiérarchies subjectives entre ceux qui méritent d’être sauvés en premier lieu, puis en second, puis plus du tout? Faudra-t-il attendre qu’il n’y ait plus un seul Européen dans le malheur avant de se soucier des Africains, ou que tous les humains soient comblés pour s’occuper des animaux? A quel odieux «choix de Sophie» serions-nous alors sans cesse confrontés?

Claude Lévi-Strauss a écrit : «L’homme occidental ne peut-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d’autres hommes, à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d’un humanisme corrompu aussitôt que né pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion? (…) L’unique espoir pour chacun d’entre nous de n’être pas traité en bête par ses semblables est que tous ses semblables, lui le premier, s’éprouvent immédiatement comme des êtres souffrants.»

Au risque de choquer, demandons-le franchement : pourquoi les hommes auraient-ils le droit de se conduire avec les non-humains comme des barbares avec des innocents, et faudra-t-il toujours être l’inquisiteur, le démon, l’esclavagiste ou l’oppresseur d’un autre ? Quelle vie est a priori méprisable? Tant que certains se croiront autorisés à maltraiter un être sensible parce qu’il porte des cornes ou des plumes, nul ne sera à l’abri.

La cause des animaux a beaucoup avancé, dans les faits comme dans les mentalités. Rien qu’en France, des dizaines d’associations la défendent, et jamais elle n’a rassemblé dans le monde autant de militants. Quatre-vingt-dix pour cent des Français se déclarent prêts à payer 15 centimes de plus un œuf de poule libre. Même la législation évolue. Mais peu, et lentement. Et les phénomènes d’extinction massive et d’élevage intensif rattrapent vite les quelques avancées, non pour des motifs sentimentaux ou philosophiques (car l’opinion s’indigne sincèrement des brutalités envers les animaux), mais, encore une fois, pour cette même raison économique, qui s’oppose obstinément à la sensibilité individuelle.

Aux innombrables condamnés sans langage qui espèrent de nous des gestes qui ne viendront pas, nous n’avons à offrir que de bien piètres signes. On ne s’attend pas à ce que les Français deviennent tous végétariens ni, comme certains le demandent, que les droits humains soient étendus au singe. Mais quelle honte y aurait-il à faire un pas dans le sens de la compassion, à créer par exemple un secrétariat d’États à la condition animale comme il y en a un à l’économie solidaire? La Belgique n’a pas craint de le faire. La Pologne a renoncé au gavage ; la Grande-Bretagne envisage d’interdire la chasse à courre. Malgré sa politique agricole, l’Europe s’est déjà timidement mais réellement penchée sur la question de l’élevage, de la chasse, de l’expérimentation et du bien-être. Tôt ou tard, on s’indignera massivement que des hommes aient pu torturer des animaux, même pour des raisons économiques, comme on s’indigne aujourd’hui des massacres romains, des bûchers, du chevalet et de la roue. N’est-il pas préférable que le plus tôt soit le mieux?

Armand Farrachi
Le monde Diplomatique, Aout 2001, p.21

«Le seul moteur de notre civilisation productiviste est la destruction. Destruction des hommes, des peuples, des milieux naturels, destruction même de cette économie qui, emportée par son élan criminel, s’autodétruit et ne trouve à se survivre qu’en détruisant ailleurs.» Ce constat d’Armand Farrachi est clair : malgré les meilleures déclarations d’intention la planète est en danger. Qui sont les ennemis de la Terre? Les producteurs qui se livrent au pillage de la nature. Les chasseurs, pour qui la mort du non-humain est un loisir. Les idéologues qui justifient la violence contre le vivant par les concepts commodes de «progrès» et d’«humanisme». Les consommateurs, prêts à brader leur liberté et leur responsabilité contre la promesse d’un bienêtre trompeur.

Ce texte est extrait de Les Ennemis de la Terre; Réponses sur la violence faite à la nature et à la liberté, paru aux éditions Exils.

Romancier et essayiste, Armand Farrachi a notamment publié La Dislocation (Stock, 1974), Descendance (Stock, 1982), Rousseau ou l’état sauvage (PUF, 1997), Sermons aux pourceaux (Zulma, 1997). Il s’est engagé auprès des écologistes de terrain, en particulier pour la protection de la faune sauvage.

Bibliothèque virtuelle des droits des animaux

COMMENTAIRE

À l’inverse d’Armand Farrachi, Pascal Bruckner, dans son ouvrage «Le fanatisme de l’apocalypse : sauver la terre, punir l’homme» (Grasset, 2011) ridiculise les écologistes, les faisant passer pour des terroristes :
«La planète est malade. L’homme est coupable de l’avoir dévastée. Il doit payer. Telle est la vulgate répandue aujourd’hui dans le monde occidental. Le souci de l’environnement est légitime : mais le catastrophisme nous transforme en enfants qu’on panique pour mieux les commander. Haine du progrès et de la science, culture de la peur, éloge de la frugalité : derrière les commissaires politiques du carbone, c’est peut-être un nouveau despotisme à la chlorophylle qui s’avance.»

«La meilleure façon de ne plus polluer, serait-ce de mettre un terme à l’existence humaine? Devrions-nous éradiquer tous les citoyens de tous les pays pour sauver notre planète? L’écologie deviendrait-elle une religion avec ses prêtres, ses temples, son vocabulaire et sa version de la fin du monde?» (Question de débat à l’émission «Plus on est de fous, plus on lit!», Radio-Canada)

***
COMMENTAIRE

Bon sang, il suffit de regarder autour de soi! Nul besoin de faire de projection dans le futur ou de référer à un quelconque calendrier Maya – il suffit de regarder autour de soi, maintenant, c’est tout. Est-ce si difficile? Mais, peut-être qu’après tout, nous ne voulons pas le voir ni le savoir…

SOURCE: SITUATION PLANÉTAIRE 

L’écologie et la pathologie du capitalisme

Nos forêts sont des produits commerciaux mesurées en stères à débiter

L’écologie et la pathologie du capitalisme (Dissident Voice)

Charles SULLIVAN

Contrairement à ce qu’on nous a toujours dit, il n’y a pas d’Etats Unis d’Amérique. Les Etats-Unis sont un territoire occupé qu’il serait plus approprié d’appeler les Etats des Entreprises d’Amérique. Si les états sont unis sur le plan géopolitique, les habitants ne le sont pas. Nous sommes une nation divisée en classes idéologiques, sociales et économiques. Les Etats-Unis ne sont pas une démocratie et ne l’ont jamais été. La structure du pouvoir ne permet pas aux travailleurs de se faire entendre ni d’influencer collectivement le cours des événements.

En dépit du discours sur la liberté et la démocratie, les droits des entreprises ont continuellement supplanté les droits souverains de l’individu et de la communauté. L’histoire des classes laborieuses et la multiplication des catastrophes environnementales en sont la preuve. Par exemple, les agences gouvernementales “ostensiblement créées pour protéger la santé publique” autorisent partout l’exploitation du gaz de schiste par fracture hydraulique même lorsque cela empoisonne l’eau potable de la commune et cause des dégâts incalculables à l’environnement.

Toutes nos forêts sont des produits commerciaux et sont mesurées en stères à débiter et à expédier à des prix défiant toute concurrence, comme pour une liquidation. L’admirable biodiversité mondiale cède la place à la désertification et à la monoculture. L’argent change de main. Une toute petite minorité s’enrichit aux dépens de la multitude. La planète et ses habitants sont traités comme des produits à exploiter. On nous dit qu’il n’y a rien de sacré sauf le dollar et les marchés.

Pourtant c’est un fait avéré qu’aucun être humain, pas même les PDG et les membres du Congrès, ne peuvent vivre sans eau potable et sans air pur. Nous sommes littéralement en train de sacrifier ce qui garantit la vie sur la planète et d’hypothéquer l’avenir pour assouvir les désirs insatiables de quelques individus ridiculement riches. Les Américains, endoctrinés depuis leur naissance, sont convaincus que la cupidité égoïste est une bonne chose.

Les riches et les puissants ont décrété que les profits des entreprises, “le Saint Graal du capitalisme étasunien”, sont plus précieux que la vie elle-même. Les cyniques qui sont au pouvoir n’ont pas de conscience. L’histoire montre que les sociopathes n’hésitent pas à employer n’importe quels moyens pour tirer parti de leurs victimes sans méfiance.

Mais enfin, même les adeptes de Friedman doivent bien penser que certaines choses ne peuvent ni être transformées en marchandises, ni être achetées ou vendues. Tout être vivant a le droit de respirer de l’air pur et de boire de l’eau potable, par exemple. Ce sont des biens nécessaires à tous ; ils ne peuvent moralement appartenir à des personnes privées. Pourtant, le capitalisme moderne est basé sur deux choses : la propriété privée et la transformation en marchandises des travailleurs et de la nature.

Le capitalisme et le culte des marchés qui va avec, ont fait disparaître la biodiversité de la planète pour lui substituer un univers de marchandises. Ce que nous voyons et pensons savoir n’est pas la réalité. C’est ce que les responsables du marketing et de la perception des consommateurs nous font voir — c’est un hologramme.

Le conflit entre le capitalisme et l’écologie dans laquelle s’origine la vie sur la planète s’intensifie. On assiste à une lutte féroce entre le capital et la démocratie. La botte du capitalisme écrase la démocratie. Nous vivons dans un monde moribond et nous avons hérité de libertés moribondes. L’avidité des multinationales et la surpopulation en sont responsables. La contestation se répand partout.

Pratiquement tous les soulèvements, les inégalités et les problèmes environnementaux d’aujourd’hui proviennent du capitalisme y compris la surpopulation et les agressions armées. Le capitalisme nécessite une expansion économique ininterrompue et un marché en plein essor pour les consommateurs. Ce n’est tout simplement pas possible sur une planète limitée.

Ces tensions sont on ne peut plus manifestes dans la ceinture de charbon et les montagnes de l’ouest de la Virginie, où j’habite. Ici les montagnes sont dépouillées de leurs forêts avant qu’on les fasse exploser pour extraire à bas coût du charbon pour enrichir la multinationale Massey Energy Corporation. Le procédé, qu’on appelle “écimer les montagnes” a empoisonné des rivières, modifié leur trajet et changé le relief et l’hydrologie du territoire. Il a détruit des communautés humaines et biologiques tout en remplissant les coffres des industriels du bois et du charbon.

L’extraction minière traditionnelle a coûté la vie a des milliers de mineurs qui essayaient de vivre modestement de leur travail. Parfois cela a conduit à des conflits armés entre les mineurs et les agents de sécurité de Pinkerton engagés par les compagnies minières dans des endroits comme Matewan et Blair Mountain.

A l’ouest de la Virginie, le Roi Charbon et l’industrie du gaz et du pétrole font la loi. Le gouvernement est entièrement soumis aux lobbys industriels. Il est donc inutile de recourir aux tribunaux ni d’en appeler au sens moral des gouvernements pour obtenir réparation. Si nous nous limitons aux moyens mis à notre disposition par nos oppresseurs, toute la région sera sacrifiée. Les travailleurs et les pauvres font les sacrifices ; les milliardaires et l’industrie récoltent les profits. Et c’est nous qui devrons assumer les conséquences.

L’illusion de la démocratie “y compris voter en l’absence d’un choix réel” est loin de valoir l’action directe et l’anarchie. La démocratie ne peut pas prospérer sur le sol stérile que le capitalisme laisse derrière lui. Soit nous avons la démocratie, soit nous avons le capitalisme, soit nous créons quelque chose d’entièrement différent. On ne peut pas concilier des concepts aussi radicalement opposées.

Les hommes modernes habitent un monde absurde et contradictoire fabriqué par les hommes. En dépit de ce qu’affirme la Cour Suprême, les multinationales ne sont pas des personnes et l’argent n’est pas la parole. Tout le monde le sait bien. Mais la loi en a décidé autrement. Nous devons refuser de concéder cette victoire à l’état marchand en refusant de capituler.

La lutte pour les droits de la communauté, l’égalité, et la justice sociale, économique et environnementale doit se faire à l’extérieur du système qui crée les inégalités et engendre la destruction gratuite des biens communs. Des quantités d’espèces de plantes et d’animaux d’une inestimable valeur écologique sont éliminées pour permettre la construction de centres commerciaux, de blocs d’appartements sécurisés, de casinos et de terrains de golf. Une catastrophe écologique et économique se profile. Nous sommes menacés par une famine mondiale dans un monde anthropocentrique surchauffé.

Dans le monde entier, de riches multinationales pillent les ressources biologiques et minérales communes. Quoi de plus absurde et de plus immoral ?

Il est facile de démontrer que le capitalisme, l’invention d’Adam Smith qui a remplacé le féodalisme pendant la révolution française, est fondé sur beaucoup de principes erronés dont on ne pouvait pas connaître la fausseté à l’époque de Smith. Malgré cela, les économistes qui ont reçu une formation classique affirment que le capitalisme est une force naturelle alors que c’est une construction humaine défectueuse. Le capitalisme moderne présente des symptômes pathologiques et témoigne d’une approche contraire à la vie et à la liberté. Il détruit la planète et hypothèque l’évolution.

De fait, même si on met de côté les considérations éthiques et que l’on se place d’un point de vue strictement biologique, le capitalisme moderne est sans nul doute un cancer virulent qui dévore son hôte. Mais la plupart d’entre nous se refusent à le voir. On demande aux gens comme moi de ne pas prononcer de mots qui fâchent en public. Cela pourrait offenser les bons croyants. Quand cela m’arrive, je pense à Thoreau qui disait : “N’importe quelle vérité est meilleure que les faux-semblants.” Nous avons l’obligation morale de dire ce que nous savons clairement et nettement.

Tout le monde sait qu’une idéologie d’expansion constante sur une planète limitée est en contradiction avec les impératifs écologiques comme la capacité de la planète, le dépassement écologique et l’épuisement des ressources. Mais les économistes classiques se comportent comme si ces impératifs n’existaient pas ou comme si ils allaient mystérieusement disparaître sous l’irrationnelle exubérance du capitalisme.

En réalité, toute l’économie politique est basée sur l’écologie et sur des systèmes biologiques vivants et évolutifs. L’écologie est la seule économie qui importe.

Même sans être très versé en écologie, on peut prédire certaines choses avec une certitude mathématique. Par exemple, la poursuite du capitalisme comme économie politique principale conduira nécessairement soit à la destruction de la biosphère, ce qui signifie la mort des organismes qui y vivent, soit à l’abolition du système capitaliste.

A quoi ressemblerait une ère post-capitaliste et comment fonctionnerait-elle ?

Le capitalisme mondial qui dépend des énergies fossiles et des produits pétrochimiques bon marchés pour produire de la nourriture doit céder le pas à l’agriculture organique et aux économies locales à échelle humaine. La nourriture doit être cultivée localement ainsi que les autres produits de première nécessité dans toute la mesure du possible. L’ère des énergies fossiles bon marchés arrive à son terme. L’homme industrialisé doit affronter courageusement ses addictions et embrasser la sobriété ou il s’autodétruira.

On dit que la nature a le dernier mot. Les hommes ont intérêt à s’inspirer des systèmes naturels qui se sont adaptés sur des périodes infinies.

Une économie sans argent, basée sur le besoin doit remplacer le système actuel d’exploitation pour le profit. De la même manière, les biens et les services doivent s’échanger sans être soumis aux marchés. Ces échanges seraient de valeur égale et donc intrinsèquement justes.

Le modèle classiques d’entreprises sera remplacé par des coopératives possédées et gérées par les travailleurs. De la sorte, les travailleurs -et non le conseil d’administration- prendront toutes les décisions. Ils partageront les risques et les profits et distribueront les excédents de production tout en réduisant le temps de travail quotidien et hebdomadaire. Une part des excédents sera alloué à la communauté et à la protection des biens communs.

Les nouveaux modèles économiques doivent être soumis aux lois écologiques ou ils échoueront. Les alternatives au capitalisme existantes, comme la coopérative espagnole de Mondragon doivent être analysées et évaluées pour en faire des modèles qui pourraient être adaptés ailleurs.

Il n’y a pas de meilleur maître que l’évolution et la sélection naturelle. L’histoire confirme que les idées les plus révolutionnaires sont parfois les plus anciennes. Par exemple, des études anthropologiques montrent que l’Homo sapiens à ses débuts a évolué en instituant des principes égalitaires à l’intérieur des clans tribaux. Les peuples et les cultures qu’ils créent doivent s’adapter ou périr.

Les sociétés égalitaires du futur seront très différentes de la société capitaliste d’aujourd’hui. Les campagnes politiques et les élections finiront aux oubliettes de l’histoire. Des sociétés évoluées n’ont pas besoin de leaders et d’officiels élus.

Tous les membres d’une communauté égalitaires sont des leaders. Le pouvoir circule d’une manière circulaire et non sous la forme linéaire d’une hiérarchie du haut vers le bas. Il n’y aura pas de classes sociales ou économiques. Personne n’aura des privilèges ou des droits qui sont déniées aux autres. Tous les membres de la communauté auront des pouvoirs égaux et auront la même valeur. Tous auront les mêmes accès aux opportunités. La santé et l’éducation supérieure, comme l’air pur et l’eau claire seront considérés comme un droit de naissance et seront gratuits.

L’action directe remplacera les élections politiques. Au lieu d’accepter d’être gouverné, le peuple souverain peut créer le monde qu’il veut habiter. Quand les membres d’une communauté partagent le pouvoir et jouissent de l’égalité des chances, ils sont désireux de participer. Tout le monde apporte quelque chose à la table. Tout le monde contribue et toute la société en bénéficie.

Les communautés deviendront aussi interconnectées et interdépendantes que des systèmes écologiques. Mais chacune restera autonome dans la vaste matrice de la nature. Les états et les nations tels que nous les connaissons finiront sans doute aussi aux oubliettes de l’histoire.

Au lieu de l’exploitation et de la compétition cynique du capitalisme, ce sont des principes de coopération et de besoins sociaux qui régiront ces communautés. Dans un écosystème sain, le bien-être des individus dépend du bien-être de la communauté et vice versa. Personne ne sera abandonné. Nous avancerons tous ensemble.

Tous les organisme vivants ont une origine commune et une destinée commune. L’écologie et l’économie doivent se fondre en un système naturel intégré qui favorise la survie sur le long terme dans un monde déjà dévasté par l’homme industrialisé. La guérison écologique et sociale doit faire partie du processus de construction de communautés soutenables.

La transition du capitalisme à la coopération ne sera ni facile ni douce. Il y aura de nombreux faux départs. Au début il y aura une résistance féroce au changement révolutionnaire. Nous avons tendance à nous accrocher à ce qui nous est familier et confortable, à ce que nous connaissons, même quand le paradigme dominant et la culture populaire nous nuisent.

Les premiers pas sur une nouvelle route sont souvent les plus difficiles. Le chemin n’est pas tracé. Il y aura des angoisses et des incertitudes. Mais il faut se lancer. L’alternative est l’oubli. Si nous engageons dans cette nouvelle odyssée, cela assurera la survie de l’espèce et nous verrons l’avènement d’un nouvel âge des lumières.

Charles Sullivan

Charles Sullivan a une maîtrise en sciences de la nature ; c’est un militant communautaire et un auteur indépendant qui habite dans the Ridge et Valley Province à l’ouest de la Virginie.

Pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2012/01/ecology-and-the-pathology-…

Traduction : Dominique Muselet

Notre poison quotidien: La tarte aux cerises

Voici un message de Marie -Monique ROBIN (et Claude BOURGUIGNON).

J’ai le plaisir de vous informer que mon film “Notre poison quotidien ” sera diffusé le 15 mars sur ARTE, à 20 h 40.   Le même jour, mon livre éponyme sera dans les librairies ainsi que le DVD.

Je commence aujourd’hui une série de papiers qui vont expliquer la démarche que j’ai suivie pour réaliser cette longue enquête qui m’a conduite dans six pays européens (France, Italie, Allemagne, Suisse, Grande Bretagne, Danemark), aux Etats Unis, au Canada, au Chili, et en Inde.

Pourquoi cette enquête?

Alors que je travaillais sur le passé et le présent peu glorieux de Monsanto et que je découvrais comment depuis sa création au début du XXème siècle la firme n’a cessé de cacher la haute toxicité de ses produits, je me suis posé *trois questions:

  • Est-ce que le comportement de Monsanto constitue une *exception* dans l’histoire industrielle?”
  • “Comment sont *réglementés les 100 000 molécules chimiques qui ont envahi notre environnement depuis la fin de la seconde guerre mondiale?”
  • “Y-a-t il un lien entre l’exposition à ces produits chimiques et “l’épidémie de maladies chroniques évitables” que l’*Organisation mondiale de la santé OMS ) a constatée surtout dans les pays dits “développés”

Consciente que le champ d’investigation était très vaste, j’ai décidé de ne m’intéresser qu’aux seuls produits chimiques qui entrent en contact avec notre chaîne alimentaire du champ du paysan (pesticides) à l’assiette du consommateur (additifs et plastiques alimentaires).

Avant d’entreprendre mon nouveau tour du monde, j’ai réalisé un long travail de recherche préparatoire qui a consisté à lire de nombreux livres (une centaine, essentiellement anglophones), rapports, études scientifiques et j’ai rencontré des experts (toxicologues, biologistes, représentants des agences de réglementation), soit directement lors de rendez-vous personnels ou lors de colloques spécialisés.

J’ai aussi consulté les archives d’organisations internationales comme l’OMS ou le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) qui dépend de la première.

Des infos http://robin.blog.arte.tv/category/notre-poison-quotidien/

Marie-Monique Robin


Et pour illustrer et vous couper l’appétit :  la “Recette de la tarte aux cerises”

Voici, la liste des produits chimiques utilisés pour la fabrication d’une tarte aux cerises de supermarché, depuis le champ de blé jusqu’à l’usine agro-alimentaire.  Bon appétit!

Histoire de la Pâte :

Pour obtenir la farine, les grains de blé ont été enrobés d’un fongicide avant semis.

Pendant sa culture, le blé a reçu de 2 à 6 traitements de pesticides selon les années, 1 traitement aux hormones pour raccourcir les tiges afin d’éviter la verse et 1 dose importante d’engrais:

240 kg d’azote, 100 kg de phosphore et 100 kg de potassium à l’hectare, tout de même !

Le blé moissonné, dans le silo, après récolte, les grains sont fumigés au tétrachlorure de carbone et au bisulfure de carbone, puis arrosés au chlopyriphosméthyl.

Pour la mouture, la farine reçoit du chlorure de nitrosyle, puis de l’acide ascorbique, de la farine de fève, du gluten et de l’amylase.

Ensuite, il faut faire lever la pâte. La poudre levante est traitée au silicate de calcium et l’amidon est blanchi au permanganate de potassium.

Pas de pâte sans corps gras. Ceux-ci reçoivent un antioxydant (pour éviter le rancissement) comme l’hydroxytoluène de butyle et un émulsifiant type lécithine.

Histoire de la Crème :

La crème sur laquelle vont reposer les cerises se fait avec des oeufs, du lait, et même de l’huile.*

Les oeufs proviennent d’un élevage industriel où les poules sont nourries avec des granulés contenant des:

- antioxydants (E300 à E311),

- arômes, – émulsifiants: alginate de calcium,

- conservateurs : acide formique,

- colorants : capsanthéine,

- agents liants: lignosulfate

- et enfin des appétants : glutamate de sodium, pour qu’elles puissent avaler tout ça.

Elles reçoivent aussi des antibiotiques, bien entendu, et surtout des anticoccidiens.

Les oeufs, avant séchage, reçoivent des émulsifiants, des agents actifs de surface comme l’acide cholique et une enzyme pour retirer le sucre du blanc. *

Le lait provient d’un élevage industriel où les vaches reçoivent une alimentation riche en produits chimiques :

- antibiotiques : flavophospholipol (F712) ou monensin-sodium (F714)

-  antioxydants : ascorbate de sodium (F301), alphatocophérol de synthèse (F307), buthyl-hydrox-toluène (F321) ou éthoxyquine (E324),

- émulsifiants : alginate de propylène-glycol (F405) ou polyéthylène glycol (F496),

-  conservateurs : acide acétique, acide tartrique (E334), acide propionique (F280) et ses dérivés (F281 à E284),

-  composés azotés chimiques : urée  (F801) ou diurédo-isobutane (F803),

- agents liants : stéarate de sodium,

- colorants : F131 ou F142

- et enfin des appétants pour que les vaches puissent manger tout ça, comme le glutamate de sodium.

Les huiles, quant à elles, ont été :

extraites par des solvants comme l’acétone,

- puis raffinées par action de l’acide sulfurique,

- puis lavage à chaud, – neutralisées à la lessive de soude,

- décolorées au bioxyde de chlore ou au bichromate de potassium

- et désodorisées à 160°C avec du chlorure de zinc.

- Enfin, elles ont été recolorées à la curcumine.

La crème de la tarte, une fois fabriquée, reçoit des arômes et des stabilisants comme l’acide alginique (E400).

Histoire des Cerises

(complété d’après des éléments de “Aromathérapie” Jean Valnet 1990,  Maloine) :

Les cerisiers ont reçu pendant la saison entre 10 et 40 traitements de pesticides selon les années. * Les cerises sont : – décolorées à l’anhydride sulfureux – et recolorées de façon uniforme à l’acide carminique ou à l’érythrosine.

Elles sont plongées dans une saumure contenant du sulfate d’aluminium
- et à la sortie, reçoivent un conservateur comme le sorbate de potassium (E202).

Elles sont enfin enduites d’un sucre qui provient de betteraves qui, comme les blés, ont reçu leur bonne dose d’engrais et de pesticides.

Ce sucre est extrait par :

- défécation à la chaux et à l’anhydride sulfureux,

- puis décoloré au sulfoxylate de sodium,

- puis raffiné au norite et à l’alcool isopropylique.

Il est enfin azuré au bleu anthraquinonique.

Par ces traitements, les cerises ayant donc perdu tout leur goût, il est nécessaire d’ajouter un parfum artificiel alimentaire. Ce parfum est une recréation synthétique du goût et de l’odeur à partir d’éléments artificiels issus de la chimie du pétrole aux prix de revient extrêmement faibles- par économie d’échelle – en comparaison du parfum naturel de fruit. L’exemple développé est ici la cerise, mais de tels composés servent à recréer aussi bien des parfums artificiels de fraise, d’ananas, de framboise, de miel, de caramel, de muguet. etc.

* Le parfum artificiel de cerise se compose  des molécules synthétiques (donc à la stéréochimie inversée) suivantes : – acétate d’éthyle – acétyle méthylcarbinol – butyrate d’isoamyle – caproate d’éthyle – acrylate d’isoamyle – caprate d’éthyle – butyrate de terpène – géraniol – butyrate de géranyl – acétylacetate d’éthyle – heptanoate d’éthyle  aldéhyde benzoïque – aldéhyde p-touque – vanilline – essence

artificielle d’amande amère SAP – essence artificielle de girofle Bourbon – essence artificielle de cannelle Ceylan – essence de lie de vin.

Ce texte, consacré à “la tarte aux cerises de supermarché” a été rédigé

par Claude Bourguignon, un ingénieur agronome qui travailla à l’INRA, avant de quitter l’honorable maison pour cause de désaccord.

Spécialiste de la microbiologie des sols, c’est lui qui démontra, pour la première fois, que les sols cultivés à grand renfort d’engrais chimiques et de pesticides, étaient biologiquement … morts.

Tout ce qui fait la vie, et donc la qualité des terres, à savoir les populations microbiennes et fongiques, est détruit par les produits chimiques, conduisant à une perte des nutriments et à l’érosion des sols.

En France, il n’ y a plus aucune chaire de microbiologie des sols, y compris à l’INRA! -

Membre de la Société américaine de microbiologie, Claude Bourguignon a créé avec sa femme le Laboratoire d’analyse microbiologique des sols, qui intervient dans de nombreux pays, pour aider les agriculteurs à retrouver la fertilité de leurs sols.

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