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Le cordonnier et l’intellectuel

Cela faisait deux mois que cet universitaire philosophe, prof à la faculté de l’Université Laval, souffrait d’une douleur au pied.

Il consulta un médecin. Sans résultat

Un acupuncteur. Sans résultat.

Un physiothérapeute : nil.

Un psy.

—   Cela se produit-il après ou avant de faire l’amour?

—   Oui. Ben… Les deux…

—   Alors c’est à cause de cela.

—   Ah!

—   Vous êtes traumatisé. Nous allons vous hypnotiser pour en trouver la cause.

Deux séances par semaine pendant un an.

Puis il revint en disant qu’il n’était pas guéri.

—   Bien sûr. Je trouve les causes, mais c’est à vous de vous guérir.

Facture : 3,843$.

Puis un jour il buta contre un trottoir et brisa ses souliers de 450$.

Il alla chez le cordonnier.

Le cordonnier colla la semelle et vit un petit clou près du talon.

Bang! Un coup de marteau.

—   Combien?

—   Bof! 50 cents.

—   50 cents? Mais comment pouvez-vous vivre bien ainsi?

—   Un cerveau ça s’use plus vite que les souliers, fit remarquer le cordonnier en souriant.

Il ressortit de l’atelier et se mit à marcher en hâte vers sa demeure.

Il avait envie de sa femme… Ils firent l’amour.

Il se sentit si bien que quelques heures plus tard il envoya un chèque de 2000$ au psychologue, avec quelques mots :

« Merci, je n’ai plus mal aux pieds».

LE LION

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Quand le lion vit la souris, il se mit à rire, à rire, à rire… Se disant qu’il n’y avait pas de proie plus facile, vu sa petitesse. Et quand il voulut l’attraper il se heurta à l’étroitesse de son trou. Mais fort qu’il était, il fut incapable d’imaginer seulement la longueur et la finesse du souterrain.

Et la souris, pour rire , sortit derrière lui et lui mordilla la queue.

Elle joua ainsi au lion et à la souris jusqu’à ce que le roi de la création, si frustré, en oublia de chercher sa pitance là où il le fallait.

Un fois affaibli, couché, essoufflé, la souris en fit le tour.

Elle le regarda droit dans les yeux.

Et juste avant de mourir il comprit qu’il n’y avait pas qu’une seule façon de tuer quelqu’un, ou de s’en nourrir.

Et la souris resta près de son trou, fière, voyant tous les oiseaux venir prendre leur repas.

CONTES DES MILLE ET UNE VIES

Il était une fois un homme qui vivait selon son agenda. Il y inscrivait tout ce qu’il avait à faire, par conséquent tout ce qu’il avait fait était écrit.

Il se s’appelait Alexis, avait les dents blanches et des cheveux savamment lissés vers la droite.

Il transportait toujours une mallette, de sorte que sa femme, voulant parfois le retrouver, y avait collé un cellulaire.

Un jour, dans un dérivatif quasi lunatique, il perdit son agenda.

Ne sachant trop que faire à la minute qui suivait, il s’épuisa en parcourant les rues de la ville à la recherche de son agenda, laissant sa mallette près d’un funérarium.

Il fouilla tous les containers de recyclage, sans aucune notion du temps, délabré, épuisé, et devint au fil du temps sans temps, sale, barbu, fripé, chiffonnier.

On retrouva son corps enveloppé de papier, taché d’encre, les cheveux longs.

On ne sut pas s’il alla au ciel ou en enfer : ce n’était pas inscrit dans son agenda.