Archives quotidiennes : 2-janvier-2013

L’écologie et la pathologie du capitalisme (Dissident Voice)

Charles SULLIVAN

Contrairement à ce qu’on nous a toujours dit, il n’y a pas d’Etats Unis d’Amérique. Les Etats-Unis sont un territoire occupé qu’il serait plus approprié d’appeler les Etats des Entreprises d’Amérique. Si les états sont unis sur le plan géopolitique, les habitants ne le sont pas. Nous sommes une nation divisée en classes idéologiques, sociales et économiques. Les Etats-Unis ne sont pas une démocratie et ne l’ont jamais été. La structure du pouvoir ne permet pas aux travailleurs de se faire entendre ni d’influencer collectivement le cours des événements.

En dépit du discours sur la liberté et la démocratie, les droits des entreprises ont continuellement supplanté les droits souverains de l’individu et de la communauté. L’histoire des classes laborieuses et la multiplication des catastrophes environnementales en sont la preuve. Par exemple, les agences gouvernementales "ostensiblement créées pour protéger la santé publique" autorisent partout l’exploitation du gaz de schiste par fracture hydraulique même lorsque cela empoisonne l’eau potable de la commune et cause des dégâts incalculables à l’environnement.

Toutes nos forêts sont des produits commerciaux et sont mesurées en stères à débiter et à expédier à des prix défiant toute concurrence, comme pour une liquidation. L’admirable biodiversité mondiale cède la place à la désertification et à la monoculture. L’argent change de main. Une toute petite minorité s’enrichit aux dépens de la multitude. La planète et ses habitants sont traités comme des produits à exploiter. On nous dit qu’il n’y a rien de sacré sauf le dollar et les marchés.

Pourtant c’est un fait avéré qu’aucun être humain, pas même les PDG et les membres du Congrès, ne peuvent vivre sans eau potable et sans air pur. Nous sommes littéralement en train de sacrifier ce qui garantit la vie sur la planète et d’hypothéquer l’avenir pour assouvir les désirs insatiables de quelques individus ridiculement riches. Les Américains, endoctrinés depuis leur naissance, sont convaincus que la cupidité égoïste est une bonne chose.

Les riches et les puissants ont décrété que les profits des entreprises, "le Saint Graal du capitalisme étasunien", sont plus précieux que la vie elle-même. Les cyniques qui sont au pouvoir n’ont pas de conscience. L’histoire montre que les sociopathes n’hésitent pas à employer n’importe quels moyens pour tirer parti de leurs victimes sans méfiance.

Mais enfin, même les adeptes de Friedman doivent bien penser que certaines choses ne peuvent ni être transformées en marchandises, ni être achetées ou vendues. Tout être vivant a le droit de respirer de l’air pur et de boire de l’eau potable, par exemple. Ce sont des biens nécessaires à tous ; ils ne peuvent moralement appartenir à des personnes privées. Pourtant, le capitalisme moderne est basé sur deux choses : la propriété privée et la transformation en marchandises des travailleurs et de la nature.

Le capitalisme et le culte des marchés qui va avec, ont fait disparaître la biodiversité de la planète pour lui substituer un univers de marchandises. Ce que nous voyons et pensons savoir n’est pas la réalité. C’est ce que les responsables du marketing et de la perception des consommateurs nous font voir — c’est un hologramme.

Le conflit entre le capitalisme et l’écologie dans laquelle s’origine la vie sur la planète s’intensifie. On assiste à une lutte féroce entre le capital et la démocratie. La botte du capitalisme écrase la démocratie. Nous vivons dans un monde moribond et nous avons hérité de libertés moribondes. L’avidité des multinationales et la surpopulation en sont responsables. La contestation se répand partout.

Pratiquement tous les soulèvements, les inégalités et les problèmes environnementaux d’aujourd’hui proviennent du capitalisme y compris la surpopulation et les agressions armées. Le capitalisme nécessite une expansion économique ininterrompue et un marché en plein essor pour les consommateurs. Ce n’est tout simplement pas possible sur une planète limitée.

Ces tensions sont on ne peut plus manifestes dans la ceinture de charbon et les montagnes de la Virginie occidentale, où j’habite. Ici les montagnes sont dépouillées de leurs forêts avant qu’on les fasse exploser pour extraire à bas coût du charbon pour enrichir la multinationale Massey Energy Corporation. Le procédé, qu’on appelle "écimer les montagnes" a empoisonné des rivières, modifié leur trajet et changé le relief et l’hydrologie du territoire. Il a détruit des communautés humaines et biologiques tout en remplissant les coffres des industriels du bois et du charbon.

L’extraction minière traditionnelle a coûté la vie a des milliers de mineurs qui essayaient de vivre modestement de leur travail. Parfois cela a conduit à des conflits armés entre les mineurs et les agents de sécurité de Pinkerton engagés par les compagnies minières dans des endroits comme Matewan et Blair Mountain.

Dans la Virginie occidentale, le Roi Charbon et l’industrie du gaz et du pétrole font la loi. Le gouvernement est entièrement soumis aux lobbys industriels. Il est donc inutile de recourir aux tribunaux ni d’en appeler au sens moral des gouvernements pour obtenir réparation. Si nous nous limitons aux moyens mis à notre disposition par nos oppresseurs, toute la région sera sacrifiée. Les travailleurs et les pauvres font les sacrifices ; les milliardaires et l’industrie récoltent les profits. Et c’est nous qui devrons assumer les conséquences.

L’illusion de la démocratie "y compris voter en l’absence d’un choix réel" est loin de valoir l’action directe et l’anarchie. La démocratie ne peut pas prospérer sur le sol stérile que le capitalisme laisse derrière lui. Soit nous avons la démocratie, soit nous avons le capitalisme, soit nous créons quelque chose d’entièrement différent. On ne peut pas concilier des concepts aussi radicalement opposées.

Les hommes modernes habitent un monde absurde et contradictoire fabriqué par les hommes. En dépit de ce qu’affirme la Cour Suprême, les multinationales ne sont pas des personnes et l’argent n’est pas la parole. Tout le monde le sait bien. Mais la loi en a décidé autrement. Nous devons refuser de concéder cette victoire à l’état marchand en refusant de capituler.

La lutte pour les droits de la communauté, l’égalité, et la justice sociale, économique et environnementale doit se faire à l’extérieur du système qui crée les inégalités et engendre la destruction gratuite des biens communs. Des quantités d’espèces de plantes et d’animaux d’une inestimable valeur écologique sont éliminées pour permettre la construction de centres commerciaux, de blocs d’appartements sécurisés, de casinos et de terrains de golf. Une catastrophe écologique et économique se profile. Nous sommes menacés par une famine mondiale dans un monde anthropocentrique surchauffé.

Dans le monde entier, de riches multinationales pillent les ressources biologiques et minérales communes. Quoi de plus absurde et de plus immoral ?

Il est facile de démontrer que le capitalisme, l’invention d’Adam Smith qui a remplacé le féodalisme pendant la révolution française, est fondé sur beaucoup de principes erronés dont on ne pouvait pas connaître la fausseté à l’époque de Smith. Malgré cela, les économistes qui ont reçu une formation classique affirment que le capitalisme est une force naturelle alors que c’est une construction humaine défectueuse. Le capitalisme moderne présente des symptômes pathologiques et témoigne d’une approche contraire à la vie et à la liberté. Il détruit la planète et hypothèque l’évolution.

De fait, même si on met de côté les considérations éthiques et que l’on se place d’un point de vue strictement biologique, le capitalisme moderne est sans nul doute un cancer virulent qui dévore son hôte. Mais la plupart d’entre nous se refusent à le voir. On demande aux gens comme moi de ne pas prononcer de mots qui fâchent en public. Cela pourrait offenser les bons croyants. Quand cela m’arrive, je pense à Thoreau qui disait : "N’importe quelle vérité est meilleure que les faux-semblants." Nous avons l’obligation morale de dire ce que nous savons clairement et nettement.

Tout le monde sait qu’une idéologie d’expansion constante sur une planète limitée est en contradiction avec les impératifs écologiques comme la capacité de la planète, le dépassement écologique et l’épuisement des ressources. Mais les économistes classiques se comportent comme si ces impératifs n’existaient pas ou comme si ils allaient mystérieusement disparaître sous l’irrationnelle exubérance du capitalisme.

En réalité, toute l’économie politique est basée sur l’écologie et sur des systèmes biologiques vivants et évolutifs. L’écologie est la seule économie qui importe.

Même sans être très versé en écologie, on peut prédire certaines choses avec une certitude mathématique. Par exemple, la poursuite du capitalisme comme économie politique principale conduira nécessairement soit à la destruction de la biosphère, ce qui signifie la mort des organismes qui y vivent, soit à l’abolition du système capitaliste.

A quoi ressemblerait une ère post-capitaliste et comment fonctionnerait-elle ?

Le capitalisme mondial qui dépend des énergies fossiles et des produits pétrochimiques bon marchés pour produire de la nourriture doit céder le pas à l’agriculture organique et aux économies locales à échelle humaine. La nourriture doit être cultivée localement ainsi que les autres produits de première nécessité dans toute la mesure du possible. L’ère des énergies fossiles bon marchés arrive à son terme. L’homme industrialisé doit affronter courageusement ses addictions et embrasser la sobriété ou il s’autodétruira.

On dit que la nature a le dernier mot. Les hommes ont intérêt à s’inspirer des systèmes naturels qui se sont adaptés sur des périodes infinies.

Une économie sans argent, basée sur le besoin doit remplacer le système actuel d’exploitation pour le profit. De la même manière, les biens et les services doivent s’échanger sans être soumis aux marchés. Ces échanges seraient de valeur égale et donc intrinsèquement justes.

Le modèle classiques d’entreprises sera remplacé par des coopératives possédées et gérées par les travailleurs. De la sorte, les travailleurs -et non le conseil d’administration- prendront toutes les décisions. Ils partageront les risques et les profits et distribueront les excédents de production tout en réduisant le temps de travail quotidien et hebdomadaire. Une part des excédents sera alloué à la communauté et à la protection des biens communs.

Les nouveaux modèles économiques doivent être soumis aux lois écologiques ou ils échoueront. Les alternatives au capitalisme existantes, comme la coopérative espagnole de Mondragon doivent être analysées et évaluées pour en faire des modèles qui pourraient être adaptés ailleurs.

Il n’y a pas de meilleur maître que l’évolution et la sélection naturelle. L’histoire confirme que les idées les plus révolutionnaires sont parfois les plus anciennes. Par exemple, des études anthropologiques montrent que l’Homo sapiens à ses débuts a évolué en instituant des principes égalitaires à l’intérieur des clans tribaux. Les peuples et les cultures qu’ils créent doivent s’adapter ou périr.

Les sociétés égalitaires du futur seront très différentes de la société capitaliste d’aujourd’hui. Les campagnes politiques et les élections finiront aux oubliettes de l’histoire. Des sociétés évoluées n’ont pas besoin de leaders et d’officiels élus.

Tous les membres d’une communauté égalitaires sont des leaders. Le pouvoir circule d’une manière circulaire et non sous la forme linéaire d’une hiérarchie du haut vers le bas. Il n’y aura pas de classes sociales ou économiques. Personne n’aura des privilèges ou des droits qui sont déniées aux autres. Tous les membres de la communauté auront des pouvoirs égaux et auront la même valeur. Tous auront les mêmes accès aux opportunités. La santé et l’éducation supérieure, comme l’air pur et l’eau claire seront considérés comme un droit de naissance et seront gratuits.

L’action directe remplacera les élections politiques. Au lieu d’accepter d’être gouverné, le peuple souverain peut créer le monde qu’il veut habiter. Quand les membres d’une communauté partagent le pouvoir et jouissent de l’égalité des chances, ils sont désireux de participer. Tout le monde apporte quelque chose à la table. Tout le monde contribue et toute la société en bénéficie.

Les communautés deviendront aussi interconnectées et interdépendantes que des systèmes écologiques. Mais chacune restera autonome dans la vaste matrice de la nature. Les états et les nations tels que nous les connaissons finiront sans doute aussi aux oubliettes de l’histoire.

Au lieu de l’exploitation et de la compétition cynique du capitalisme, ce sont des principes de coopération et de besoins sociaux qui régiront ces communautés. Dans un écosystème sain, le bien-être des individus dépend du bien-être de la communauté et vice versa. Personne ne sera abandonné. Nous avancerons tous ensemble.

Tous les organisme vivants ont une origine commune et une destinée commune. L’écologie et l’économie doivent se fondre en un système naturel intégré qui favorise la survie sur le long terme dans un monde déjà dévasté par l’homme industrialisé. La guérison écologique et sociale doit faire partie du processus de construction de communautés soutenables.

La transition du capitalisme à la coopération ne sera ni facile ni douce. Il y aura de nombreux faux départs. Au début il y aura une résistance féroce au changement révolutionnaire. Nous avons tendance à nous accrocher à ce qui nous est familier et confortable, à ce que nous connaissons, même quand le paradigme dominant et la culture populaire nous nuisent.

Les premiers pas sur une nouvelle route sont souvent les plus difficiles. Le chemin n’est pas tracé. Il y aura des angoisses et des incertitudes. Mais il faut se lancer. L’alternative est l’oubli. Si nous engageons dans cette nouvelle odyssée, cela assurera la survie de l’espèce et nous verrons l’avènement d’un nouvel âge des lumières.

Charles Sullivan

Charles Sullivan a une maîtrise en sciences de la nature ; c’est un militant communautaire et un auteur indépendant qui habite dans the Ridge et Valley Province de la Virginie Occidentale.

Pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2012/01/ecology-and-the-pathology-…

Traduction : Dominique Muselet

Flocon de Phénix

Un ouvrage de Mary Summer Rain se rapporte également au phénix : "L’envol du Phénix. No-Eyes parle des changements à venir". Récit retraçant les visions partagées entre la vieille guérisseuse Chippewa aveugle No-Eyes et la jeune Summer Rain. Le récit se situe en 1982-1983, il évoque des changements planétaires : effondrement économique, catastrophes naturelles, divers accidents, agitation sociale, révoltes. Cependant, le point culminant sera "la venue de l’Age de la Paix" et "la renaissance de l’Arbre Sacré" dans le Grand Cercle des Nations, quand le Phénix ressuscité planera en paix au-dessus de la Terre. Wikipedia  

***

 

Le matin est tout petit. Mais le jour sera grand.

Au bord de la route, je stationne l’auto et j’enfile mes raquettes. Les flocons délicats descendaient du ciel. Légers comme des parachutes de froid, se balançant dans une invasion à faire loucher. Tout beau! Tout beau! Et c’est comme ça que j’ai retrouvé toute la manne gonflant le sol des bois.

On ne vieillit que deux fois : le jour où l’on se croit vieux et le jour où l’on commence à l’être mais avec le grand sourire fou de l’enfant. Comme si plus rien n’avait d’importance, sauf le vivant.

Et c’est cela qu’on a tué : notre belle liaison avec la vie.

Dans ce froid emmitouflant, au cœur des arbres qui portaient chacun une poignée de neige, il suffisait de marcher et de regarder la beauté du monde en même temps que la douleur du froid.

L’esprit s’enferme dans un flocon. L’esprit s’aimante à la douleur du froid mordant le bout des doigts.

Plus une piste de lièvres depuis qu’on a rasé les arbres de l’autre côté du boisé. Un grande tranche de vie. Sans laisser rien debout.

Même avec les raquettes, de la neige jusqu’aux genoux. Un petit pas pour l’Humanité, mais un grand pour moi.

Ça m’a rappelé mes 12 ans dans le petit village où je suis né. Il n’y avait rien pour s’amuser à l’intérieur de la maison. Alors, on creusait des tunnels sous la neige, tard le soir, puis on retournait à la maison complètement épuisés et trempés en entrant.

Le matin est tout petit, mais il sera grand… Car échapper à tout ce bruit, à ce massacre de la Vie pour la petite vie n’a fait que me retrousser.

La veille, nous étions collés à l’écran de l’ordi, par Skype, vers la Colombie. Des enfants qui jouaient… Des enfants qui hurlaient, des enfants « trop de vie ».

On nous apprend si vite à mourir… On fait de nous des cendres et après il faut en renaître. On a le choix entre se morfondre dans des avenirs vendus par des institutions financières à mitraillette ou la vie de tous les jours. La simple. La riante. L’enfantine.  La folle…

Les petits bonheurs sont de grands bonheurs quand ils n’ont pas de structures. C’est la spontanéité, c’est la blessure d’une chute, c’est les pleurs et les rires mélangés. C’est tout dans les petits riens. C’est le temps, oui le temps si tellement volé de ne rien faire… Parce que ne rien faire est sans doute plus vivant que de tenter de tout faire.

La neige est là.

Et je marche en regardant chaque arbre comme s’il avait sa propre vie. Certains sont butés, d’autres séchés, d’autres vigoureux. La forêt n’est pas raciste… Nous, les humains, nous le sommes. Couleur de peau? C’est bien peu… Le racisme mondialiste se complaît dans le placement étagé des humains qui ont de la « valeur » et ceux qui n’en n’ont pas.

L’érable ne rejette pas le cèdre. Le cèdre garde ses aiguilles en hiver  pour oxygéner… Mais nous sommes cultivés, on n’arrête pas de nous cultiver. Les librairies sont noyées d’arbres imprimés et séchés.

Il faut être tous une  bibliothèque d’Alexandrie. Brûlons-nous! Mettons le feu à tout ce qu’on nous vend de mort  pour remplir des banques, cuisiner des guerres, larder  des orgueilleux-vaniteux qui veulent devenir des Califes à la place du Calife et que le monde serait – par crédo – remplis que de Califes!

On dérêve!

Il y a trop de petits princes décédés. Non! Ils ne sont pas morts, mais un peu zombies.

C’est la vie, dira-t-on… Non, c’est une hécatombe mondialiste. Et ce son des enfants ridés qui ont tracé ce parcours.

La neige est comme un amas de petits oiseaux morts, tous blancs, sur lesquels on marche. Des trillions… On ne les compte pas, on y marche comme tous ceux qui marchent sur tous ceux qui sont passés en ce monde.

Mais la neige ne dure pas, ici. Elle fond au printemps. C’est magique! Elle coule dans la terre, emprunte le chemin tracé naturellement des rivières et se rend jusqu’à nous.

Nous sommes constitués d’au moins 70% d’eau.

Je me suis dit, essoufflé, que ces flocons seraient sans doute ce qui me ferait vivre vraiment l’an prochain ou dans les années à venir.

Je marche sur l’avenir, le mien… Je marche sur l’avenir, le nôtre. Pourtant, il me fait mal, il est froid. Tortionnaire! Il m’empêche de penser. Et c’est bien ainsi.

J’ai lu après être retourné à la maison que l’on veut privatiser l’eau.

J’ai donc marché sur de l’eau future qui sera privatisée. Et comme je suis constitué d’eau, je suis moi-même déjà privatisé.

Le pire est que dans ce nouvel esclavage, je n’appartiens plus à « quelqu’un », mais à quelque chose… Une compagnie en Chine ou je ne sais quoi.

La neige est une cendre froide…

Il faut maintenant marcher pour oublier un futur.

Vivre est devenu une dette. Vivre en toute simplicité.

Je n’avais pas pris conscience de cette chaîne néfaste. Je marchais, je marchais… J’écrivais au présent, me voilà pris entre le présent et l’avenir. Coincé.

Alexandrie et ses livres, c’était sans doute bien. Mais personne ne les avait lus vraiment. Ou du moins si peu de gens…

Je me sens comme le Phénix…

Alors, demain, j’irai encore voir ce qui reste de ce monde, mais peu avant, ou après, je parlerai, j’échangerai avec tous ceux qui vivent sous le joug du « progrès ».

Il est « normal » que quelqu’un sèche comme un arbre après son temps et sa tâche d’arbre, mais il n’est pas normal que perdus dans la complexité nous ne pouvons plus voir la réalité et la beauté de la création.

On ne nous a pas volé que  nos terres, on nous a volés TOUTE la Vie.

Demain, je retourne à la raquette sur neige. Avant qu’un printemps mondialiste siphonne toute la grandeur du monde. Même avec trois paires d’yeux, six oreilles, vingt mains, si on ne peut saisir tout cela, c’est qu’on a réussi à flamber l’oiseau à partir de la neige.

J’ai comme pas envie…

 

Gaëtan Pelletier

2 janvier 2013

Du Lakota à Gaza – La profonde blessure de Wounded Knee

Le 29 décembre est le 122ième anniversaire du massacre de Wounded Knee. C’est une catastrophe dont le souvenir est encore frais dans l’esprit des peuples autochtones d’Amérique. Chaque génération en perpétue le souvenir.

En 1891, en faisant l’historique du massacre, Thomas Morgan, le Commissaire aux Affaires Indiennes, a écrit:

"Il est difficile de surestimer l’ampleur des calamités qu’a provoqué pour le peuple Sioux la disparition soudaine des bisons. Eux qui jouissaient d’un espace illimité sont maintenant enfermés dans des réserves; eux qui bénéficiaient d’un approvisionnement abondant sont maintenant tributaires de subventions et fournitures gouvernementales de plus en plus maigres. Dans ces circonstances, n’importe quel être humain serait malheureux et agité et même agressif et violent."

Le Commissaire Morgan ne s’attendrissait pas sur le sort des peuples natifs. Il ne faisait que décrire la réalité. Un an avant le massacre, en octobre 1889, il avait donné par écrit ses directives concernant la population autochtone:

"les Indiens doivent adopter les "coutumes des blancs" de gré ou de force. Il faut qu’ils s’adaptent à leur environnement et à notre mode de vie. Notre civilisation n’est peut-être pas parfaite mais elle est ce qui peut arriver de mieux aux Indiens. Il ne faut pas qu’ils puissent y échapper et s’ils ne veulent pas s’y plier il faut les briser. Le tissu des relations tribales doit être détruit, le socialisme doit être anéanti et il faut leur substituer la famille et l’autonomie individuelle."

Le massacre de Wounded Knee est toujours décrit comme une "bataille" dont personne n’est responsable mais s’il fallait vraiment nommer un responsable alors ce serait le Lakota qui a tiré le premier. C’est cela qui leur sert à justifier tout ce qui s’est passé. Un siècle après les meurtres, le Congrès a présenté des excuses et exprimé son "profond regret" pour les évènements de ce jour de 1890 où plus de 370 hommes, femmes et enfants qui s’enfuyaient devant l’armée ont été assassinés. Mais le massacre de Wounded Knee n’est en rien une anomalie, ni un accident. Wounded Knee c’est le symbole de toute l’histoire de la relation de l’Empire avec les peuples autochtones.

"Je ne me suis pas rendu compte à l’époque de ce que cela signifiait. Quand je regarde en arrière du haut de mon grand âge, je vois les cadavres ensanglantés des femmes et des enfants entassés ou dispersés le long du ravin tortueux aussi clairement que quand j’étais jeune. Et je sais maintenant que quelque chose d’autre est mort dans cette boue sanglante et a été enterré dans le blizzard. Le rêve d’une peuple. C’était un rêve magnifique." Elan Noir.

Les descendants des victimes commémorent le massacre afin d’honorer ceux qui sont tombés et de guérir leurs communautés toujours dévastées. Les descendants des coupables refusent de reconnaître le mal qu’ils ont fait et le mal prolifère.

Depuis Wounded Knee, où quelques jours après le massacre, Frank Baum (qui a écrit plus tard "Le magicien d’Oz), le jeune rédacteur en chef du journal The Pioneer, a écrit: "Le Pioneer avait déjà dit que notre sécurité dépendait de l’extermination totale des Indiens. Comme nous les avons maltraités pendant des siècles il était préférable, pour protéger notre civilisation, d’en finir une fois pour toutes au prix d’une vilenie de plus en effaçant de la surface de la terre ces sauvages indomptables."

Jusqu’au Vietnam, où l’appel de Lyndon Johnson à gagner les coeurs et les esprits de la population civile a été perverti par les GI en "Tiens-les par les couilles, et leur coeur et leur esprit viendront avec."

Jusqu’en Irak, où Madeleine Albright a répondu à la question de savoir si les sanctions qui avaient causé la mort d’un demi million d’enfants avaient valu la peine: "Je pense que c’était un choix difficile mais nous pensons que oui, ça en valait la peine."

Jusqu’à Gaza, dont Dov Weisglass a dit: "L’idée c’est de mettre les Palestiniens au régime, mais sans les faire mourir de faim."

Jusqu’en Iran, où selon le Département d’Etat, les nouvelles sanctions en place, "commencent à faire mal," et jusqu’en des dizaines d’autres endroits, le mal prolifère.

Dans tous les cas, la puissance qui détient la supériorité militaire prétend que ceux qu’elle occupe et opprime sont dangereux et menacent jusqu’à son existence, alors même qu’elle affame la population, lui dénie toute liberté de mouvement et viole ses droits les plus élémentaires sous prétexte de "sécurité". Tous les efforts de "l’ennemi" pour faire la paix sont ignorés et qualifiés de "mensonges" pendant que le vol de la terre et/ou des ressources se poursuit impunément. Chaque fois que les opprimés font valoir leurs droits ou osent se retourner contre leurs oppresseurs, ces derniers prétendent qu’ils sont motivés par la haine et qu’ils veulent annihiler l’état. Les négociations sont considérées comme de la faiblesse et l’oppresseur n’accepte de négocier que s’il y voit un moyen d’accentuer l’oppression. Les oppresseurs parlent tout le temps de "rechercher la paix" tout en détruisant systématiquement tout ce qui s’oppose à leur entreprise.

Nous tuons en affamant, en refusant des médicaments, en isolant. Quand ça ne suffit pas à faire taire les "mécontents" nous n’hésitons pas à faire parler le feu et les bombes. Souvenez-vous des paroles du Commissaire Morgan: "Notre civilisation n’est peut-être pas parfaite mais elle est ce qui peut arriver de mieux aux Indiens. Il ne faut pas qu’ils puissent y échapper et s’ils ne veulent pas s’y plier il faut les briser."

Un jour nous aussi nous serons brisés par cette conception dévoyée de la civilisation.

La doctrine Dahiya est une stratégie militaire ayant pour objectif la dissuasion qui consiste pour l’armée israélienne à cibler délibérément des infrastructures civiles pour faire souffrir la population civile et lui rendre la vie si difficile que résister à l’occupation et rendre les coups devient pratiquement impossible. La doctrine a pris le nom d’un faubourg résidentiel du sud de Beyrouth. Les bombes israéliennes ont détruit tout le quartier pendant la guerre du Liban de 2006. Mais cette doctrine n’est pas une stratégie moderne de contrôle des populations. Mettre Gaza "au régime" n’est pas non plus un moyen inédit de soumettre tout un peuple en le maintenant dans la pauvreté, la malnutrition, la lutte pour se procurer les produits de première nécessité; la violence, qui est la manière étasunienne de procéder, a été adoptée par nos alliés les plus proches (qui sont aussi "la seule démocratie du Moyen Orient" avec "l’armée la plus morale du monde"), les Israéliens.

Le 27 décembre marque le 4ième anniversaire du début de l’opération Cast Lead, (le nom vient d’une chant populaire pour enfants de Hannoukah à propos d’une toupie (dreidel) faite de plomb fondu). Pendant l’attaque de Gaza, 1417 personnes ont été tuées dont 330 enfants, 4336 personnes ont été blessées et 6400 maisons ont été détruites. Des hôpitaux, des mosquées, des usines électriques et des systèmes d’eau ont été délibérément ciblés.

Israël accuse le Hamas de crimes de guerre pour avoir lancé des roquettes sans système de guidage en Israël. Les officiels israéliens prétendent que "le Hamas se cache derrière des civils" pour justifier le bombardement de centres de populations et d’infrastructures civiles. Tuer les citoyens de Gaza avec des armes de précision est un crime de guerre, qui que ce soit qui se cache derrière ces armes.

Après le récent meurtre de 20 enfants dans une école de Newtown, Connecticut, le Président Obama essuyait ses larmes en disant:

"Notre première tâche est de prendre soin de nos enfants. C’est notre principale mission. Si nous n’arrivons pas à le faire, alors nous n’arriverons à rien. C’est en fonction de cela que notre société sera jugée. Et pouvons-nous vraiment dire, en tant que nation, que nous assumons nos obligations dans ce domaine?"

Lors de la dernière opération israélienne de 8 jours contre Gaza intitulée "Pilier de nuée" (le nom est tiré de la Bible), trois générations de la famille al-Dalou, dont 4 enfants de 1 à 7 ans, ont été assassinées par un seule bombe. Le fils survivant ne parle pas de se rendre, ni d’abandonner les terres de la famille ni de disparaître. Il demande justice. A sa tristesse se mêle de la colère. Peut-on le lui reprocher?

Avec le cessez le feu, le peuple de Gaza a envoyé toujours le même message au monde. Nous somme ici. C’est notre patrie. Nous ne partirons jamais. Il faudra tous nous tuer.

Quand les bombardements se sont arrêtés, notre Congrès a immédiatement voté un nouveau stock de munitions et de bombes à Israël pour qu’il puisse "se protéger". Le mal prolifère.

Dans son discours le Président a ajouté:

"Si nous pouvons faire quelque chose pour éviter à un seul enfant, un seul parent, une seule ville, le chagrin qui a submergé Tucson et Aurora et Oak Creek et Newtown et des communautés comme Columbine et Blacksburg auparavant, alors certainement nous devons le faire."

Wounded Knee n’a pas disparu. Le peuple du Lakota existe toujours. Gaza n’a pas disparu. Le peuple palestinien existe toujours. En Afghanistan, Irak, Pakistan, Yémen, Libye et Somalie, les gens pleurent leurs enfants assassinés. Les violences qu’ils subissent en notre nom continuent. Si nous pouvons faire quelque chose pour sauver un enfant, nous devons le faire.

JOHNNY BARBER, CounterPunch

Johnny Barber qui était à Gaza vient de rentrer aux Etats-Unis.

Pour consulter l’original: counterpunch.org

Traduction: Dominique Muselet

alterinfo.net