HAULOCAUSTE

Ce soir je m’endors, et les mots ne viennent pas. J’aurais voulu écrire une lettre à tous les enfants du monde. C’est pas facile… Parce que tu ne sais pas ce que les adultes te cachent. Tu ne sais pas non plus tout ce qu’ils détruisent. J’espère qu’un jour tu le sauras.
En attendant, ils t’habillent comme eux. Tu as quatre ans? Tu as cinq ans? On ta acheté un rêve : celui de ne pas vivre dans l’instant. Leur jeu est trafiqué. Même si papa et maman son des père Noël. Ils ont passé par là.

Tu es déjà un soldat. Ton costume est sournois : il est d’une fibre tressée pour te faire marcher droit. Quand tu dormiras à l’école, on te réveillera. Quand tu seras tout excité on t’enverra chez le doc. On te fera avaler des pilules. Pour ne pas que tu rêve de jouer dans le sable. Tu ne joueras que dans un prison de barreaux : apprendre à apprendre, apprendre à acheter, apprendre à t’oublier. On voudra que tu sois grand. On te voudra magicien. Tu transformeras ta petite voiture et ta petite maison en grosse voiture et en grande maison.

Ils mettront de l’eau dans le sable pour en faire du ciment. Tu ne pourras plus décider de la forme de ton château.

Tu prieras ton dieu et on t’apprendra à tuer ceux qui ne le prient pas.
On te fera manger des choses étranges bourrées de sucre et de sel. Ce sera ta première drogue.
Tu es l’or rose des fous de ce monde.

Gaëtan Pelletier
1 juin. 07

2 réponses à HAULOCAUSTE

  1. Gaëtan

    Bizarre comme parfois la poésie n’a pas de temps et d’espace. Ce poème s’appliquerait si bien aux enfants de Gaza. Écrit en 2007, si pertinent en 2009. Ce n’est plus une question spatio-temporelle. Mais une question de lucidité.

    Pierre R.

  2. Pierre,
    Je me souviens d’avoir écrit ce poème un jour après avoir constaté que mon enfance en était une plus libre que celle des enfants d’aujourd’hui qui ont l’air «poussés» pour devenir un «travailleur». Comme si on attendait d’eux le «citoyen».
    Lecture d’Aldous Huxley?

    En «créant» on récupère et on transforme à sa manière….

    J’avais hâte d’aller à l’école, d’apprendre à lire et à écrire.
    La liberté c’est celle de développer les passions qu’on désire. Et chacun a son moment.
    Ce sont les premières victime du siècle «inutile» de la vitesse.

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