Archives Journalières: 27-janvier-2012

Il ne faut surtout pas sauver le soldat Needham

«J’en rêve encore. J’ai vu des enfants – des  corps des enfants coupés, brûlés et mutilés. Voir  des femmes mortes et des femmes mutilées vous change à jamais »

John Needham,  Juillet 2009

John Needham est décédé d’une overdose de médicaments, en 2010. En 2008, il  avait battu à mort  sa copine, Jacqwelyn Villagomez. Ce jeune homme, sportif, bon garçon est sorti de la guerre d’Irak, blessé mentalement et physiquement. Sa « transformation » s’est faite durant son année de service dans une unité dont les méthodes étaient pour le moins douteuses. (1)

Après une tentative de suicide pendant le service, il fut blessé au dos et transporté dans un hôpital en Allemagne. Il devient accroc à la médication, puis après une suite d’interventions chirurgicales, il fut atteint d’une infection. On découvrit par la suite une tumeur de la grosseur d’un pamplemousse.

En 2007, il écrivit une lettre aux autorités concernées au sujet des méthodes de l’unité 2-12, dans le but de porter des accusations de crimes de guerre. Cette lettre se «  perdit » sans doute volontairement jusqu’à ce qu’une documentariste produise une vidéo de 47 minutes, une entrevue avec le père de John pour éclaircir cette affaire.(2)

John fut incarcéré et accusé de meurtre. Son père dut payer une caution de 1 million de dollars pour le faire libérer en attendant son procès qui n’eut jamais lieu.

AVERTISSEMENT : les images sont atroces et difficiles à supporter. Néanmoins, elles ont été intégrées dans la lettre de John par un site américain – ainsi qu’à la vidéo – avec un commentaire sur la « nécessité d’aller implanter une démocratie »,  et le prix à payer.

Lettre de John  ( Traduction maison  : Gaëtan Pelletier)

18 décembre 2007

Pour: M. Randy Waddle, inspecteur général adjoint, Ft. Carson, au Colorado,
CC: LTC John Shawkins, inspecteur général, Ft. Carson, au Colorado,
le major général Mark Graham, commandant, Ft. Carson, au Colorado
Major Haytham Faraj, USMC, Camp Pendleton, en Californie
Lt général Stanley Greene, l’armée américaine inspecteur général

Objet: Notification formelle des atrocités de guerre et crimes commis par
le personnel de la Compagnie B, 2-12, 2e Brigade Combat Team, 2nd Infantry
Division en Irak

Cher Monsieur Waddle,

Mon nom est John Needham. Je suis un membre de la Compagnie Bravo du 2e Bataillon, 2e Division d’infanterie, 2e Brigade Combat Team, 2e Division d’infanterie, (BCO ,2-12INF, 2BCT, 2id. J’ai été déployé avec mon unité à l’Irak d’Octobre 2006 jusqu’à Octobre 2007, puis  j’ai été évacués pour des blessures physiques et mentales dont  souffert pendant mon déploiement. Le but de ma lettre est de rapporter ce que je crois être des crimes de guerre et de violation du droit des conflits armés que j’ai personnellement témoins alors qu’il était déployé en Irak.

En arrivant en Irak en Octobre 2006 mon unité a été affectée à l’unité de cavalerie ¼ au Camp Prospérité. En Mars 2007, j’ai été renvoyé de mon unité, la société B 2-12 au camp Falcon. C’était  au camp Falcon que j’ai observé et  été forcé de participer à des actes laids et inhumaines contre les citoyens irakiens dans notre domaine de responsabilités. Ci-dessous je liste quelques-uns des incidents qui ont eu lieu.

En Mars 2007, j’ai été témoin que le  SSG Platt a tiré  et de blessé  un ressortissant irakien sans cause de   provocation. Le sergent-chef a déclaré qu’il soupçonnait l’Irak d’être  un «trigger man » . Nous n’avions pas été attaqués et nous n’avons trouvé aucune preuve au sujet de cet l’homme pour soutenir cette allégation. Pendant que  l’Irakien  saignait sur le sol , PVT Smith a demandé d’administrer les premiers soins à l’irakien. SSgt Platt a dit non : “laisser-le  saigner.” Quand SSG Platt s’est éloigné ,  Pvt Smith et PVT Mullins se sont dirigés vers l’irakien et  l’ont traîné dans une ruelle, et appliqué les premiers soins. Ils l’ont ensuite conduit à une  cache pour un traitement ultérieur.

En Juin 2007 1SG Spry demanda qu’un  jeune iranien  soit  arrêté, interrogé, détenu et tué. Nous n’avions aucune preuve que l’Irakien  était un insurgé ou terroristes. Dans tous les cas où nous avons procédé à des arrestations, aucun ne constituait   une menace.  Bien que je n’ai pas été  personnellement témoin de l’assassinat, j’ai observé 1SG Spry démembrer le corps et parader  attaché au capot d’un Humvee dans le quartier Mouhalla,  pendant que l’interprète lançait  des avertissements en arabe dans  le haut-parleur. J’ai une photo qui montre 1SG Spry, en train d’extirper le le cerveau de la victime.

À une autre occasion un  irakien  a été arrêté par une équipe dirigée par le Sgt Rogers, pendant  il marchait dans une ruelle. L’Irakien  a été détenu et interrogé, les  mains attachées derrière le  dos, SGT Rogers lui arracha la peau du  visage.

1ER Spry a abattu un adolescent irakien  d’environ 16 ans. Cela sans aucune provocation, l’Irakien ne  représentant  aucune menace à l’unité. Il était simplement sur son vélo au passage  d’un site embuscade. Quand je suis arrivé sur la scène,  j’ai observée 1SGT Spry avec SSG Platt qui démembrait  corps du garçon.

En août 2007, j’ai répondu à l’appel radio du SGT Rogers rapportant  qu’il venait d’abattre un Irakien qui tentait d’entrer par un trou que le peloton avait créé en faisant exploser un mur,  afin de leur permettre l’observation de la zone au cours d’une patrouille de sécurité. Quand je suis arrivé, j’ai vu un seul homme armé qui était encore en vie,  couché sur une barricade. L’homme était âgé d’environ  30 ans. Il avait un vieux pistolet Ruger accroché à son pouce. Il était évident,  pour moi ,  que le pistolet a été placé là, vu la  façon dont il était  suspendu à son pouce. L’Irakien  était encore vivant quand je suis arrivé.

J’ai vu le SGT Rogers lui tirer dessus à deux reprises dans le dos avec des balles à pointe creuse. L’Irakien  était encore en mouvement. Je demandais pourquoi ils lui ont tiré dessus à nouveau quand j’ai entendu le sergent Hoskins dire “il se déplace, il est toujours vivant.”

SPEC Hoskins ensuite déménagé à l’irakien et l’a tiré derrière la t^teé . SSG Platt et SGT Rogers étaient visiblement excités de cet acte.  Je les ai vus  ensuite  extirper  la cervelle de l’ irakien  et le placer dans le le « body bag ».  CPT Kirsey doit avoir appris quelque chose de  cet incident parce qu’il était très bouleversé et a admonesté les sous-officiers impliqués.

J’ai vu et entendu 1SGT Spry se  vanter tuer les chiens. Il tenait un compte . Au dernier décompte,  Je me souviens qu’il se vantait d’avoir tué 80 chiens.

En de nombreuses occasions j’ai observé les  SGT Temples, SSG Platt et SGT Rogers battre et abuser d’adolescents irakiens,  certains aussi jeunes que 14, sans cause. Ils devaient pénétrer dans r  une maison près des zones où ils soupçonnaient que nous avions reçu des tirs de snipers, puis ils arrêtaient  et battaient  les enfants.

J’ai des photos qui supportent mes allégations. J’ai aussi de nombreuses autres photos sur un PC portable que l’unité m’a illégalement saisies. J’ai demandé qu’elles me soient retournées, mais ils ont refusé.

Mes expériences m’ ont porté un coup terrible. Je souffre du SSPT( 3 )  et  dépression. Je n’avais aucun moyen d’arrêter les actions atroces  de mon unité. Quand j’ai refusé de participer, ils  ont commencé à abuser de moi et  à me harceler. Je suis toujours en traitement à l’hôpital naval de Balboa. Je vous demande respectueusement que vous enquêtiez  sur ces questions et assumer ma sécurité  en me réaffectant  à une autre unité qui n’est pas située  à Fort Carson, que vous retourniez  mon PC ou, du moins, le saisir pour protéger  les preuves sur celui-ci , et que vous émettez un ordre militaire de protection afin d’interdire les membres de mon unité fautive de harceler, d’exercer des représailles, ou de me contacter.

J’ai quelques photos et quelques documents à l’appui de ces allégations.

Respectueusement,

PFC John Needham
de l’armée américaine

____________________________________

1-      Selon les propos du père de John Needham, Michael, un vétéran de la guerre du Vietnam, l’unité 2-12 s’adonnait au pillage, à la recherche de drogues, et à la revente de marchandises.

2-      On the Dark Side in Al Doura- A Soldier in the Shadows

3-      SSPT : Syndrome de Stress Post Traumatique

Référence :

A – http://www.aolnews.com/2010/02/26/iraq-war-vet-in-murder-case-found-dead-faced-other-charge/

B – http://www.salon.com/2009/02/12/coming_home_three/

C – http://drvitelli.typepad.com/providentia/2011/12/the-military-john-needham-and-ptsd-.html

D- http://www.dailymail.co.uk/news/article-2061425/Troubled-Iraq-veteran-John-Needham-killed-girlfriend-dead-18-months-later.html

Gaëtan Pelletier, Janvier 2012

Pourquoi?


Pourquoi est-ce que les États-Unis disent que l’Iran est dangereux pour la planète?

 

Pourquoi y-a-t-il autant de maladies alors que nous avons une médecine aussi sophistiquée?

 

Pourquoi n’avons-nous plus envie de travailler autant, alors que le travail est une activité de la vie?

 

Pourquoi plante-t-on autant d’aiguilles dans le corps des enfants pour qu’ils soient en « santé » plus tard?

 

Pourquoi devenons-nous de plus en plus pauvres dans les pays riches?

 

Pourquoi dépense-t-on autant d’argent pour la guerre, alors que si on la dépensait pour la paix, on aurait sans doute de meilleurs résultats?

 

Pourquoi avons-nous envie de fuir un monde qui nous donne autant de conforts?

 

Pourquoi avoir donné hier 40% de nos revenus à l’État, et maintenant près de 60%?

 

Pourquoi avons-nous évolué du mal être physique au mal être psychologique?

 

Pourquoi des gens du bout du monde viendraient nous attaquer, alors qu’ils ne sont que des paysans aux yeux si beaux qu’on aimerait les voir de près?

 

Pourquoi créer un système scolaire qui fait que les citoyens commencent à travailler à 30 ans?

 

Pourquoi travailler jusqu’à 67 ans pour une pension, alors que beaucoup de travailleurs seront soit malades ou soit décédés?

 

Pourquoi sommes-nous des fleurs et que les abeilles sont des F-35 venus prendre notre nectar?

 

Pourquoi autant d’amour quand on reçoit un enfant et autant de haine quand on reçoit un adulte?

 

Pourquoi le progrès est-il une télé au lieu d’un art de vivre?

 

Pourquoi les soldats fument-ils autant dans les guerres? Ils n’ont pas peur de mourir?

 

Pourquoi devrions-nous nous abonner à l’éternité ici-bas?

 

Pourquoi sommes-nous autant dénaturés?  Feriez-vous fonctionner vos autos aux carottes?

 

Pourquoi tout le monde veut devenir chanteur, vedette, et non pas soudeur, électricien, ou vidangeur?

 

Pourquoi établir une liste de « métiers » avec cotes de valeurs?

 

Pourquoi se mettre à genoux devant un médecin et vomir devant le vidangeur qui passe à tous les vendredis?

 

Pourquoi les églises sont-elles vides alors que les banques sont pleines?

 

Pourquoi n’existe-t-il pas de « vidéo game » de Jésus contre Allah?

 

Pourquoi voulons-nous vendre nos idées?

 

Pourquoi sommes-nous autant  effrayés, alors que les dinosaures sont disparus?

Gaëtan Pelletier

L’ÂMOGRAPHE: LES COCHONS NE MEURENT JAMAIS

Groinnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn!

Les porcs indiquent le plus souvent le “gronk” (généralement connu sous le nom de “oink”). Ils ont un rituel raffiné de courtoisie, y compris une chanson entre les mâles et les femelles. Les porcelets nouveau-néss apprennent à fonctionner à  la voix de leur mère .Les porcs apprécient la musique.

. Le cochon, animal social

J’aime  les porcs. Les chiens  nous regardent  avec vénération.Les chats nous toisent avec dédain. Lescochons nous  considèrent comme des égaux.

Wiston Churchill

Il y a bien des étapes dans la vie. L’une des plus belles se situe au commencement de celle-ci : on n’a pas de projet, on est le projet. Les plus affligeantes attentes sont les plus angoissantes. Et c’est au moment où tout n’est que projet. Et c’est de cette manière que les gens passent aujourd’hui leur temps : dans la peur de ne jamais rien terminer. Tout simplement parce qu’ils n’arrivent pas à se concentrer sur ce qu’ils sont en train de faire, mais obsédés par la phase dite finale. Alors, on se retrouve toujours avec un bas différent. Et deux bas de «mouture» moyenne, puisque l’un a été fabriqué dans la hâte de crainte que l’autre nous échappe.

Il survient alors, à l’achèvement de l’existence, comme une sorte de retour vers cette enfance à l’âme pure, sans souillure : rien à terminer. Et c’est ainsi que je suis devenu, tranquillement, péniblement, un «lâche-prise». De sorte qu’aujourd’hui, ma plus belle réussite est de tricoter un bas sans me soucier si j’aurai le temps de tricoter l’autre.

***

Peu après mes six ans, mon père décida que ce n’était pas encore le temps pour moi d’aller à l’école. Il avait trouvé un emploi de cuisinier dans le nord de l’Ontario. Mes parents firent les rapidement préparatifs et nous quittâmes le  petit village de Sully  pour un long trajet en auto.

Pour ce qui était de l’école, il fallait se soumettre à l’impératif de l’époque : manger. Les besoins primaires.

- Tu iras plus tard… L’an prochain…

Partis un soir d’octobre, en automobile, par un matin frisquet, alors que les herbes avaient des engelures le voyage m’angoissait un peu.  C’était dans les années cinquante.  Les routes bordant le Saint-Laurent étaient sinueuses… Mais sans trop de trafic. La randonnée, toutefois, me parue  longue.  Nous nous sommes s’est arrêtés  pour le déjeuner « Au Martinet», à La Pocatière.  Après ce fut Québec, Montréal.

La nuit venue, nous nous fîmes un arrêt à un motel. Pendant ce temps, mon frère qui avait à peine un an, avait eu le temps de faire «ses besoins » dans l’auto…et sur moi,  ronflant  sur le siège arrière. Les odeurs étaient insupportables. Je voyais le tableau de bord tout illuminé, danser dans une sorte de gigue, de par ma tête qui oscillait entre le réveil et le sommeil.

*

Le trajet jusqu’au camp se fit dans une Autoneige B-12  Bombardier avec de hublots ronds, à travers lesquels je scrutais ce paysage triste d’automne, avec ses arbres défoliés, cette humidité qui emplissait l’atmosphère  Il n’y avait pas de route pour s’y rendre. Seulement  une voie raboteuse et ardue. Le trajet me parut une éternité.

*

L’hiver arriva. Les chutes de neiges recouvrirent  les bois. Un beau duvet blanc, dans la patience infinie des flocons. Et  à tous les matins, on m’envoyait jouer dehors.  C’est par un de ces matins que je vis le cochon  attendre son repas : les restes du petit déjeuner  que mon père, cuisinier,  balançait  sur la neige avec une chaudière de métal.  De la nourriture chaude qui au contact du tapis glacé  faisaient se soulever  des panages de vapeurs et des exhalaisons aux effluves vibrantes et composites. Le  cochon  avalait ce repas avec un appétit insatiable.  Je le regardais, sans broncher, et il  semblait ne pas trop  se soucier de  moi.

Après quelques matins, il remarqua ma présence. Il se tourna  et me regarda. Je scrutai longuement ce regard aux yeux rouges et ces étranges sourcils roses. Il se rapprocha pour me renifler avec ses deux grosses narines boursoufflées, la tête hautaine, les oreilles pendantes.  Je ne ressentais aucune crainte. Il me semblait que nous avions la même pour curiosité pour les êtres étranges que nous étions  l’un pour l’autre. Il ressemblait à une tirelire vivante. C’est tout ce que je connaissais des cochons. Que savait-il de moi? Je l’ignorais. Mais nous avions une chose en commun : aucun préjugé. Je n’avais pas lu sur les cochons, et lui n’avait pas lu sur les humains. Nous étions deux solitudes, absentés de nos semblables, qui cherchaient désespérément un contact.

Nous sommes prudemment  devenus amis. On a fini par trouver un beau compromis : jouer.

Je courais et il essayait de m’attraper. Je m’arrêtais, puis je repartais. Je pense qu’il  avait compris le jeu : il m’attendait en s’immobilisant.  Nous recommencions alors le même stratège.

Le jeu se terminait quand mon père m’appelait pour aller manger.

Plus les jours passaient, plus nous étions attachés et fidèles. Il devint si habitué à mes sorties qu’il m’attendait à la porte le matin.  Je descendais les deux ou trois marches et lui caressais  le crâne. Puis un jour j’eus l’idée de grimper sur lui. Je le pris pour un cheval. Et lui  se prit à ce  jeu  que nous répétions par la suite à tous les matins. Dès que je m’étais installé, il partait en à toute allure  dans son trajet devenu habituel :  faire le tour du camp.  En tournant  les coins de la bâtisse,  dans son trajet brisé et brusque, il me désarçonnait et je tombais la face en plein dans la neige. Je me relevais, sonné, le capuchon tout croche.  Le cochon  s’arrêtait et m’attendait. Pataud, je me relevais et reprenais ma monture. C’était une drôle d’impression : plus je devenais habile, plus la monture grossissait. Au début, on l’aurait dit adapté à ma taille. Vers la fin, toutefois, on aurait dit qu’il grossissait pour me défier. Je montais alors une gros bête large, trapue, et de plus en plus batailleuse. Car je vis plus tard que c’est comme ça que ça se passe dans la vie : les défis, on dirait,  deviennent plus gros, plus «résistants».

Le jeu dura je ne sais combien de mois. Les enfants n’ont pas la notion du temps, ils ont celle du froid, de la chaleur, des émotions. Et personne n’en fait des horloges de ces émotions. Personne n’a pensé à faire du froid ou de la chaleur des horloges.

Il a fallu des adultes, plus tard, pour regarder le ciel, les saisons, bref, sortir d’eux pour essayer de comprendre l’univers dans le quel ils vivaient. Puis plus tard encore, ils utilisèrent se «temps» pour avilir les Hommes. Ils le hachèrent comme on hache les parties d’un cochon pour s’en nourrir. Ils le hachèrent pour créer des esclaves. J’ignorais à ce moment que le cochon pût être un esclave. Mais, en fait, c’était une bête en liberté qui restait alentour du camp parce que chaque jour lui apportait ses besoins primaires. Il avait été «domestiqué». Mais moi je ne l’étais pas encore.

Au printemps, début mars, quand le soleil se mit à dissoudre lentement cette poudre blanche,  de petits étangs agités par le vent  s’installèrent   sur la croûte durcie par les traîneaux et les chevaux. Ma  monture disparut. Je ne posai pas de questions. L’esclave avait-il pris la fuite? L’esclave avait-il trouvé meilleure nourriture que les restes des repas des humains?

Comment savoir? L’instinct, ici, ne fonctionnait pas.

Je m’attendais à ce qu’il soit là à tous les matins, comme d’habitude. Mais j’étais à la fois inquiet et surpris : inquiet de son absence et surpris par tous les reflets qui poussaient sur la neige et les flaques d’eau. Comme si la vie revenait tranquillement. Une autre vie. Une vie qui me ramènerait un autre compagnon.

Les conifères enneigés se mirent à pleurer et à verdir. Et des chants d’oiseaux emplirent peu à peu la forêt. Et l’arrière du camp ne fut plus souillé par les restes du déjeuner.

L’ami ne se présenta plus.

Et je ne l’attendis plus : deux enfants venaient d’arriver au camp. Et c’est avec eux que j’appris de nouveaux jeux.  Entre autres, celui de créer des images à l’aide de cubes. Celle qui m’étonna et me marqua pour la vie représentait le diable. J’ignorais alors ce qu’était un diable, un Satan. Mais la créature n’avait rien de rose : c’était une sorte de monstre «hors-vie», cornée, à longue queue. Je pense que j’ai eu peur. Mais je ne savais pas pourquoi j’avais peur. C’était par instinct. Le cochon, lui qui se vautrait dans la vase, lui qui était souvent sale, lui qui avalait les restes de repas parfois puants, portait à confiance. . En fait, je pensais qu’en grandissant tout le monde devenait un beau cochon gentil. Mais ce jeu-là, ce jeu «arrêté», à accoupler des cubes pour en faire des images m’a a la fois attiré et répugné. On aurait dit qu’à force de vivre avec un cochon, j’avais appris à reconnaître les créatures de ce monde en lorgnant l’invisible.

J’ai continué à jouer au jeu des cubes. Sur un côté il y avait un lac, sur l’autre un ciel, et sur le troisième un animal agile, griffé, mais gros comme un chat qui aurait vécu dans un camp.

Le temps passa. Un temps trafiqué, mais un temps tout de même.

Moi j’engraissais… Les repas avaient un goût nouveau dont j’appréciais grandement la saveur.

Et plus j’en avalais, plus je courais vite.

J’avais les joues roses, qui s’empourpraient. Et je jour où je passai devant un miroir, étrangement, je vis que mon regard n’était pas si différent de celui de ma monture.

***

Combien d’années? Combien  de ces ans ont passé avant que je m’arrête  devant cette usine à tuer des cochons, à les dépecer? Je ne sais… Trente ans,  quarante ans?

Je sais seulement que personne ne voulait débiter ces bêtes pour un salaire aussi minable qu’on offrait ici.  Alors on fit venir du bout du monde de gens qui parlaient une langue que personne ici ne comprend. Des gens de pays si pauvres qu’ils n’ont rien à jeter aux cochons pour qu’ils restent avec eux, n’ayant eux-mêmes rien pour se nourrir.

Alors ils quittent leur pays pour se nourrir des restes de repas que nous jetons par la porte.

Ils essaient d’apprendre que le temps va si vite, que les besoins primaires sont encore si pressants, qu’on n’a pas le temps de se faire des amis en les taillant avant de bien les regarder dans les yeux.

Et quand ils se promènent dans le village, les gens ne leur portent pas trop d’attention : ce ne sont que des dépeceurs  de cochons.

Infinito par MESA – Street Art au Sahara

L’artiste de rue MESA est allé dans le désert du Sahara pour vivre avec les familles sahraouies des camps de réfugiés.
«Dans le Sahara les conditions de vies sont extrêmement difficile, ils vivent dans le désert des déserts, sur une terre qui n’a pas de fin, et où le temps n’existe pas, explique MESA.

“Les vieux villages sahraouis qui se trouvent dans le Maroc du Sahara Occidental occupé, ont été et continuent aujourd’hui d’être victimes de crimes contre l’humanité. Ils sont séparés de la libération du Sahara par le «mur de la honte» (un mur militaire), défendu avec de grandes forces militaires, et protégé par des millions de mines terrestres.
Après avoir vu la réalité, je suis fier d’apporter mon petit grain de sable, de transmettre un message de paix et de liberté.

 

 

 

 

 

 

 

 

Complément d’info  :
Territoire non autonome selon l’ONU, cette ancienne colonie espagnole n’a toujours pas trouvé de statut définitif sur le plan juridique, plus de trente-cinq ans après le départ des Espagnols, en 1976. Le Sahara occidental est en proie à un conflit opposant les indépendantistes sahraouis du front Polisario au Maroc qui revendique sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. Devenu un enjeu global illustrant la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, le dossier saharien bloque toujours la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA).
Le territoire est revendiqué à la fois par le Maroc — qui l’appelle « Sahara marocain » — et par la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée par le Front Polisario en 1976. Celui-ci est un mouvement dont l’objectif est l’indépendance totale du Sahara occidental, revendication soutenue par l’Algérie.
Depuis le cessez-le-feu de 1991, le Maroc contrôle et administre environ 80 % du territoire, tandis que le Front Polisario en contrôle 20 % laissés par le Maroc derrière une longue ceinture de sécurité, le « mur marocain »

Main

 SolarScot. Hands to Heaven Flickr 

Je passerais mes mains sur toute la surface de ton corps. Et avec mes yeux, je creuserais ton âme jusqu’à la naissance de dieu. Dieu a dû est un spermatozoïde un jour…

Je fermerais les yeux, les mettrais en abat-jour, rien que pour faire le tour de la vie mouvante sur un divan qui vaguerait comme les sels de mer quand je t’embrasse, le soir avant d’aller au lit.

L’amour, c’est de sculpter un peu les frissons avec un beau voyage, sans trop respirer, juste à petits coups de surprises, comme si l’Univers nous pinçait de temps en temps. Un peut d’éternité.

T’est belle comme un gant.

Et mes mains veulent entrer en toi, en silence, lentes comme des escargots fonctionnaires.

Alors, quand vient le temps de vidanger ma lie de ce monde affolé, des jours qui ne parlent plus, je m’en vais au lit, flirter du rêve éveiller les nuances que personne n’a vu.

Je menotte ton regard au mien.

On est cloués.

Tu fébriles.

T’as les yeux d’un aveugle dont je suis le chien.

Je te mords jusqu’aux oreilles.

Et j’entends, comme une musique de Bach, gronder tes cordes vocales. Elles chantent comme on chante dans une douche quand l’eau est une tignasse de gouttelettes  battantes.

Et ta bouche en est pleine…

Tu suaves des lèvres…

Et nos âmes retrouvent leur nid.

Amour! Amour! Amour!

Ce n’est pas des vêtements que nous sommes nus. Non. Mais des silences de la mort que tous ces humains griffant la Terre nous hurlent.

Alors, enfermés entre deux draps, les bras lacés comme des souliers.

On marche l’un vers l’autre.

Aimer est une île pour la contrer la misère de ce monde.

Et tous les amants retrouvent leur dieu…

Adam et Ève, pour tous ceux qui s’aiment, ce sont eux.

Gaëtan Pelletier

Circa 2004