La pub suscite une telle controverse que Sean Ono Lennon a cru utile de se porter à la défense de sa mère sur son compte Twitter. Je le cite :
«Elle ne l’a pas fait pour l’argent. Elle espère garder papa dans la conscience publique. Ce n’est pas pour vendre un nouvel album, c’est une pub télévisée pour les jeunes.» Richard Hétu, Cyberpresse
Il y a sept ou huit ans, j’essayais d’intéresser les élèves à l’apprentissage de l’anglais par les chansons des Beatles.
Ces jeunes, nées fin des années 1980, connaissaient peu les Beatles, mais John… oui.
Étonnant. Puisque du point de vue musical, après la rupture des Beatles, John Lennon ne produisit en dix ans que quelques chansons, dont le célèbre IMAGINE. Pour le reste, désolé, mais il lui aurait fallu se placer sur You Tube et n’aurait sans doute obtenu que 4 étoiles.
La « philosophie » Lennon avait dépassé le génie au sein des Beatles. Cet apôtre de la paix, classé activiste par les autorités américaines qui tentèrent de le chasser du pays, n’avait pourtant fait que répéter dans des improvisations peu fignolées des chants de feux de camp pour la paix. La guerre du Vietnam commençait déjà à agacer les américains. Qu’avait-il de plus que les activistes du pays? La gloire qui le précédait…
Lennon était une brûlure intérieure. Un artiste… Pourtant, pendant la décennie 70, il eut peine à se remettre de la rupture des Fab Four.
« It’s only a rock-and-roll band! ».
Il y avait un Lennon qui n’était pas encore né, pas encore mature, qui devait se mettre au monde. La gloire précoce et pratiquement non attendue avait retardé une période de développement de sa personnalité.
Pendant que George Harrison – enfin débarrassé du tyran Lennon et de l’accroc McCartney – entreprenait une longue quête lente mais prudente et sublime, Lennon, en pleine crise, se mit à courir les bars après sa période Bed-In. Yoko Ono le laissa « enfiler » ses amantes, ses cuvées, sachant qu’elle avait une certaine mainmise sur l’homme.
Artiste d’avant-garde, il épousa la cause des femmes « nigers of the world » à son retour vers une vie normale. La cause féminine de l’époque n’était pas vraiment une nouveauté en soi. C’était même un quasi cliché que de s’y accrocher.
On soulignera sa mort le 8 décembre 2010 : 30 ans.
L’activiste avorté
Sans doute Lennon n’avait pas tout dit. L’écorché ne s’était pas encore rendu à terme. 40 ans.
La question reste toujours présente : qu’aurait pu apporter de plus cet activiste?
N’ayant pas eu le temps, ni le désir, ni la maturité pour élever son premier enfant ( Julian), il découvrit les joies de la paternité à l’approche de la quarantaine.
Pourquoi ce souvenir d’un John Lennon comme d’un messie?
Sans doute parce qu’il a été assassiné…
Un Lennon vivant avait-il un « grand » avenir? On ne le saura jamais. C’est le mystère des légendes parties avant le temps… Un peu comme celle de James Dean.
Légendes et hasards
James Dean mourut à 24 ans d’un accident d’auto. Après trois films…
Beaucoup de gens crurent que le véhicule de l’acteur était maudit. Georges Barris, qui a personnalisé la voiture de James Dean, achèta l’épave du véhicule pour 2500 $ et se fractura la jambe quelque temps plus tard.
Peu après, il vendit le moteur et la transmission à deux médecins Troy McHenry et William Eschrid. En faisant la course l’un contre l’autre, l’un mourut en percutant un arbre après avoir perdu le contrôle de sa voiture, tandis que l’autre se blessa sérieusement après que la sienne eut quitté la route.
Barris vendit les pneus de la voiture : ils causèrent un accident de voiture à l’acheteur, et ce malgré le fait qu’ils étaient en bon état.
Deux jeunes essayèrent de voler la voiture mais l’un d’eux, en prenant le volant de la Porsche, s’ouvrit le bras à cause d’un morceau de métal déchiqueté. Plus tard, un autre homme se blessa en essayant de voler le siège du conducteur couvert de sang. Enfin, Barris décida de cacher la voiture, qui fut récupérée par la California Highway Patrol pour l’exposer à titre d’exemple sur les accidents de la route.
La première exposition connut un désastre : en effet, un incendie se déclara, détruisant toutes les voitures aux alentours dans le local et seule cette voiture en sortit indemne. Lors de la deuxième, dans un lycée, la voiture tomba et cassa la jambe d’un étudiant. Sur la voie menant à Salinas, le camion qui transportait le véhicule eut un accident et le conducteur se blessa, uniquement à cause de la Porsche. À deux autres occasions, la voiture s’’échappa’ des camions sans causer d’accidents graves, mais en brisant le pare-brise d’un véhicule. Wikipedia, James Dean
Le « potentiel Lennon »
Auteur compositeur de génie, le Lennon activiste n’avait d’autre talent que celui de sa gloire. Comme une compagnie à la bourse.
C’est de ce potentiel qu’il vit encore aujourd’hui… Bien alimenté par les fanatiques qui sont assoiffés de gourous. Ce dont se méfiait Lennon lui-même…
Les humains sont des usines à fabriquer des trônes… On aime bien les idoles ersatz des dieux…
La pub d’auto
La pub saisit une phrase de Lennon sur l’art et son évolution : « Start something new »…
Il est malheureux que l’on puisse tirer du passé un tel énoncé et le transformer en une pub pour auto. Ce pouvoir actuel – vu les possibilités techniques – pourrait faire revivre n’importe qui et lui faire dire n’importe quoi.
Tout le monde a sa petite phrase de pub.
Mais Lennon n’est pas tout le monde…
Un saint du 20ième siècle…
Alors on cherche les raisons de Madame Ono sur son approbation…
Pour Yoko Ono, John Lennon était un artiste « profond » et puissant. Au point qu’elle ne peut pas faire la part entre l’activiste et le génial musicien. Un « All we are saying, is give peace a chance » n’a pas grande puissance et profondeur dans la bouche de « n’importe qui ». Le génie musical de Lennon est alors transvasé dans le « secteur activisme ».
Pour Yoko Ono qui critiquait la version quelque peu équivoque de « Come Together » dans Love du Cirque du soleil, on comprend qu’elle défendait alors le combat social précisant que John n’avait jamais voulu parler sexualité, on comprend…
Pour la pub d’auto?
Voilà une femme – une éternelle fan – qui souffre du même problème de distorsion que les « chercheurs de dieu » qui courent les gourous.
Mais, comme il se fait tard, Madame Ono a fini par accepter de langer son idole de mari et d’en faire une momie, une éternité énigmatique.
Elle le garde en vie comme Norman Bates garde sa mère dans Psychose,Alfred Hitchock