KILL ME! BUT KILL ME GREEN…

30-juin-2009

Bombarder sans polluer, voilà ce que propose Recherche et développement pour la défense Canada de Valcartier (RDDC Valcartier).

Avouons que la première phrase nous rassure…

Un peu.

En la lisant, je me suis dit qu’en cas de guerre mes pissenlits allaient au moins se soustraire aux barbares et à leur élégance de tuer avec un permis d’état. Par surcroît  l’expression sauver la planète acquérait un peu de sens, car il m’a toujours semblé que sauver la maison et laisser les occupants périr, c’est comme si le pompier arrosait la maison sans se soucier  du chat.

La vertilisation (sic)

On propose tout bêtement de  vertiliser (sic) un peu la vieille recette des engins destructeurs.

La guerre, elle, ne change pas.

Il y a plusieurs définitions de la guerre. La mienne se réduit à ceci : trouer de balles le soldat du camp adverse pour qu’il se vide de son liquide rouge et qu’il cesse de bouger. Mais pour beaucoup, la guerre est une stratégie pour s’accaparer d’un lopin de terre contenant des richesses. Mais pas les humains. De sorte que garder intact le terrain est prioritaire.

Revenons à nos morrons.

L’aboutissement de telles recherches a pour but   de réduire les dangers des bombes qui n’explosent pas. Car en n’explosant pas, elles polluent. Le moyen ? Insérer une seconde bombe, ou amorce, qui exploserait après une période définie.

J’y avais pensé, mais je n’osais pas en parler… Mais je suis prêt à aider à améliorer le produit : mettre une horloge indiquant l’heure de l’explosion. De cette manière, la presque totalité des paysans travaillant dans les champs pourraient continuer de travailler bijambistes. Jardiner d’une jambe, c’est bon pour Las Vegas…

Préserver  la nappe phréatique. ( On prend soin de votre tapis…)

«Un jour ou l’autre, une munition non explosée va rouiller ou fendre, affirme Sylvie Brochu, chimiste à RDDC Valcartier. Tout le contenu explosif peut alors s’infiltrer dans le sol. Le vrai danger, c’est que ces munitions gagnent la nappe phréatique.»

Puis on ajoute : «On est des pionniers dans ce domaine, affirme un autre. Ce serait une première mondiale.

On commence à avoir peur de la guerre ! On devient craintif et bilieux :  Qui a envie de manger des carottes condimentées  aux RDX ?

La nappe phréatique !  On ne badine  pas avec l’environnement !  Monsieur Dion vient (presque) de nous quitter… On titrait : Stéphane Dion rend  son tablier. La nappe avec. Ça doit vouloir dire que la table est mise pour un autre chef qui va cuisiner avec des ingrédients et des recettes moins idéalistes.

Lui, au moins, il était vert… Et dans tous les sens du terme.

La guerre peut causer le cancer.

L’explosif le plus utilisé serait le RDX, toxique pour l’environnement, «en plus d’être cancérigène.»

Un homme averti en vaut un et demie.

James Bond avait raison : On ne meure que deux fois.

Canada : premier au monde.

«Le RIGHTRAC est le seul projet au monde qui tente de mettre au point des munitions vertes.»

Le seul ? Mais il paraît que c’est douteux. Les premiers ? Quelqu’un d’autre y aurait songé. On le sait, les armées se livrent à des  besognes cryptiques. Les  européens seraient les chefs de file de telles recherches.

Vu la tendance des états-uniens en matière de guerre, j’en conviens qu’ils seraient des clients ravis d’un tel produit. Le premier réflexe d’un soldat américain en arrivant en terre conquise, c’est d’éteindre les puits de pétrole. Et ce n’est pas parce que ça pollue…

C’est que ça fait rouler plus loin les tanks.

Un restaurant avec plus de cuisiniers que de clients.

Rien qu’au mot  :  RIGHTRAC… Alors ce doit être fiable.

S’il y a un RIGHTRAC, il doit obligatoirement y avoir un WRONGTRAC….

J’ai deviné ! C’est cette partie de notre armée canadienne qui a acheté des sous-marins à la Grande Bretagne. Ce sont les seuls sous-marins au monde qui nécessitent plus de mécaniciens que de marins. Si vous ne saisissez pas ce que je veux dire, imaginez un restaurant qui aurait besoin de plus de cuisiniers que de clients.

Il ferait faillite… Mais, nos dirigeants, eux, peuvent toujours aller puiser dans la caisse de l’assurance-emploi – ou autre, l’éventail est varié – des petits travailleurs. On éponge Roger pour tenter de faire flotter une pirogue d’acier de centaines de millions.

On est les premiers. Zéro doute. Dans le bilboard du bêtisier…

Alors, à tous ceux qui subissent les guerres, vous aurez la chance de garder une nappe phréatique en forme pour le vainqueur et vos plantes vertes pour quelques heures de plus. J’hésite dans la spéculation temporelle… Mais, comme eux, j’irais au plus court. Sinon, l’ennemi disposant d’une heure, pourrait renvoyer la balle dans le camp adverse.

Si le camp adverse, c’est vous, alors vos pissenlits sont scrap . Et vous, vous les mangerez par la racine.

Mais verts…

Baptême ! Ils ont pensé à tout.


Holocauste

29-juin-2009

Ce soir je m’endors, et les mots ne viennent pas. J’aurais voulu écrire une lettre à tous les enfants du monde. C’est pas facile… Parce que tu ne sais pas ce que les adultes te cachent. Tu ne sais pas non plus tout ce qu’ils détruisent. J’espère qu’un jour tu le sauras.
En attendant, ils t’habillent comme eux. Tu as quatre ans? Tu as cinq ans? On ta acheté un rêve : celui de ne pas vivre dans l’instant. Leur jeu est trafiqué. Même si papa et maman son des père Noël. Ils ont passé par là.

Tu es déjà un soldat. Ton costume est sournois : il est d’une fibre tressée pour te faire marcher droit. Quand tu dormiras à l’école, on te réveillera. Quand tu seras tout excité on t’enverra chez le doc. On te fera avaler des pilules. Pour ne pas que tu rêve de jouer dans le sable. Tu ne joueras que dans un prison de barreaux : apprendre à apprendre, apprendre à acheter, apprendre à t’oublier. On voudra que tu sois grand. On te voudra magicien. Tu transformeras ta petite voiture et ta petite maison en grosse voiture et en grande maison.

Ils mettront de l’eau dans le sable pour en faire du ciment. Tu ne pourras plus décider de la forme de ton château.

Tu prieras ton dieu et on t’apprendra à tuer ceux qui ne le prient pas.
On te fera manger des choses étranges bourrées de sucre et de sel. Ce sera ta première drogue.
Tu es l’or rose des fous de ce monde.
Gaëtan Pelletier
1 juin. 07


ÊTRE LIBRE

28-juin-2009

Je crois que c'est une fleur
Qui choisit dans quel sol elle va pousser,
Que c'est un oiseau aux vives couleurs
Qui va dans la direction qu'il s'était fixée

Je crois que c'est un chat bohémien
Qui n'est pas venu boire son lait
Parce qu'Il a décidé de faire
une promenade ce matin
Où les chattes,mielleusement,l'appelaient.

Je crois que c'est un robuste labrador
Qui a fait ses besoins sur la moquette du salon,
Que c'est un enfant qui dort
Parce qu'il ne voulait pas
réfléchir pendant sa punition

Je crois que c'est un grand rêveur
Qu'on a gentiment laissé rêver,
Et je crois aussi que c'est un homme qui meurt
Parce qu'il ne voulait pas tuer.
 Eve Bolieu
1999

LES PROFITEURS DE LA GUERRE ET LEURS JOUETS

28-juin-2009

democracybombs

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Les profiteurs de la guerre sont plus riches que jamais et continuent d’inventer toutes sortes d’armes jusqu’à des robots de guerre en passant par les armes à énergie, nauséabonde et affectant les émotions. Les États-Unis contrôle 42% du marché de l’armement mondial et vous trouverez plusieurs représentants au gouvernement qui ont des parts dans le secteur militaro-industriel. J’imagine que ça ne va pas aider à arrêter les guerres. L’aspect le moins connu est la présence grandissante des mercenaires privés comme ceux de Blackwater. Ces mercenaires et employés privés constituent la moitié des forces américaines présentes en Irak. C’est une guerre semi-privée. Pensez-vous vraiment qu’ils veulent que la guerre et l’occupation cesse?

François Marginean

WorldMilitarySpending

FRANÇOIS MAGINEAN,

Suite sur    http://lesnouvellesinternationales.blogspot.com/


CONNAISSANCE ET COMPÉTENCE : COMMENT OUVRIR UN POT DE CONFITURES

26-juin-2009
Source: ImageShack

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L’ÉDUCATION

Quand elle ne génère pas de pouvoir
pour celui qui s’éduque, elle n’est rien
d’autre que du colonialisme intellectuel
et technique.

Marcel D’Amboise, Conseiller pédagogique

( Entre l’arbre et l’écorce, 1988)

______________________

Toute l’existence est un long processus d’apprentissage : ce qui signifie apprendre. Apprendre veut dire  également répéter, rater, répéter, recommencer. On n’y échappe pas.

C’est comme apprendre à jouer d’un instrument de musique, ou le tricot  : il faut des connaissances pour finir par avoir une certaine compétence.

Mais là, on ne sait pas trop ce qu’est une compétence, surtout après avoir passé   par le galimatias (Discours confus qui semble dire quelque chose, mais ne signifie rien)  des «pédagocrates»  qui se gargarisent la matière grise avec une solution  qui frise la chimie des mots. Une chimie nucléaire…

Avant d’aller au pot de confitures, nous allons essayer de comprendre comment on peut devenir capable d’en ouvrir un en suivant le mode d’emploi des  Nerds enfermés dans des nombrils de bétons qui prétendent savoir  comment  fonctionne un mode d’apprentissage. Et ils le savent…

Quant à l’application sur le plan pratique, c’est une autre paire de lobes…

Qu’est-ce qu’une compétence ?

Voici ne réponse:

La compétence est le potentiel d’action d’une personne (savoir-agir); l’action dont il est question ici concerne l’accomplissement de tâches complexes (résolution de problèmes, prise de décision, réalisation de projets) en mobilisant les ressources appropriées (savoirs disciplinaires et stratégies) dans différentes situations. Qu’est-ce qu’une compétence?

Pas mal…

Une compétence est complète et insécable

Il n’existe pas telle chose qu’une partie de compétence ou 50% de compétence. Une compétence doit permettre de gérer complètement une situation, sinon ce n’est pas une compétence, mais une ressource ou une simple dimension de la compétence. Un pilote compétent doit savoir décoller, naviguer et atterrir. S’il sait seulement décoller, il n’est pas au tiers compétent: il ne l’est pas du tout! Voilà pourquoi le développement de compétences ne peut pas s’effectuer de façon segmentée ou séquentielle, mais doit se faire de façon concentrique. Un pilote minimalement compétent saura décoller, naviguer et atterrir, sur un petit avion, par beau temps, avec un instructeur et en vol à vue. Un pilote plus compétent saura décoller, naviguer et atterrir sur un Boeing, de nuit et aux instruments. . Qu’est-ce qu’une compétence?

Il me semble que c’est clair… Si vous voulez prendre l’avion avec comme pilote un capitaine de navire marchand,  vous risquez gros.

La triste histoire des noyés qui s’étaient trop gargarisés

On peut bien établir une séquence, même dans un vocabulaire et des formules abstraites, ça ne ramène pas le cochon dépecé en vie.

Et plus on se gargarise de cette eau, plus on s’étouffe.

Le fondement théorique de cette «réforme» est illusoire puisqu’elle sous-entend que déchiqueter savamment l’apprentissage, permettra de refaire le chemin inverse grâce aux séquences découvertes.

Tout ça existait avant. Les nommer, c’est bien. Sauf que dans la pratique, on demande aux gens qui enseignent de recoller les morceaux en suivant bien le tracé d’un apprentissage.

D’où le sermon suivant…

En effet, à la suite de la réalisation en équipe d’une activité éducative orientante dans une école, ces partenaires mentionnent qu’ils ont eu l’opportunité d’actualiser et d’approfondir leur champ disciplinaire, en plus de réinvestir leurs connaissances respectives. De même, ils disent avoir été en mesure d’acquérir plusieurs compétences transversales (ex. : Exploiter l’information – consulter différentes sources pour obtenir les bonnes informations ; Résoudre des problèmes – trouver des stratégies d’adaptation pour s’ajuster aux imprévus, pour gérer les horaires, les rencontres entre les membres de l’équipe, les divergences d’opinions ; Exercer son jugement critique – questionner les liens entre la théorie et la pratique, discriminer les informations pertinentes à transmettre ; Mettre en œuvre sa pensée créatrice – trouver des idées différentes et originales pour l’activité et le matériel à bâtir ; Se donner des méthodes de travail efficaces – établir un plan structuré de travail, répartir les tâches de travail, planifier et organiser son temps, respecter les délais ; Exploiter les technologies de l’information et de la communication – faire des recherches sur Internet, communiquer par courriel, produire une présentation PowerPoint ; Actualiser son potentiel – mettre à profit ses ressources personnelles, prendre conscience de ses forces et de ses faiblesses, s’affirmer ; Coopérer – apprendre à travailler en équipe, à partager des tâches, à échanger des points de vue, à faire confiance, à faire des compromis ; Communiquer de façon appropriée – faire part de ses idées et discuter ; faire preuve de respect et d’écoute ; se familiariser avec un nouveau vocabulaire, animer l’activité en classe). Cahiers pédagogiques

Quoi de neuf? Quelqu’un peut me le dire. Tout le monde fait ça, ou presque, à l’école, depuis des décennies.

Et avec des moyens bien plus simples.

Si vous cherchez des renseignements sur la réforme, allez sur le site de Stoppons la réforme. Bonne chance pour y trouver la clef qui simplifiera vos recherches! On a tellement écrit sur le sujet que vous en avez pour passer de longues soirées d’hiver.

Le plus étrange,  dans ces démarches vers le «savoir-être» ou «savoir-faire», c’est que les gens de la réforme – en lutte avec le personnel enseignant – ne passeraient pas l’examen . En fait, ils ne savent pas mettre en œuvre la moitié du paragraphe ci-haut mentionné.

Comme apprendre à faire des compromis… Faire preuve de respect, etc. Alors, tout le corps clérical des «exécutants» de la réforme, est devenu  une chapelle de missionnaires-dictateurs, par «devoir».

La règle : convertir. Les pauvres enseignants  ne comprennent pas… Comme disait un certain Dypréau : « La vérité que l’on retrouve dans le vin redevient mensonge dans l’eau claire ».

Ce que vous allez lire plus bas semble avoir été trempé dans une solution qui est devenue… un problème.

Définition des compétences

Pour lire sans trop s’ennuyer les définitions qui suivent, imaginez Peter McCleod ou Dieudonné en train de vous réciter ces virtuosités :

“La compétence n’est pas un état ou une connaissance… des personnes qui sont en possession de connaissances ou de capacités ne savent pas les mobiliser de façon pertinente et au moment opportun… L’actualisation de ce que l’on sait dans un contexte singulier… est révélatrice du passage à la compétence. Celle-ci se réalise dans l’action. Elle ne lui préexiste pas… Il n’y a de compétence que de compétence en acte ” (Le Boterf, 1994).

La compétence est “capacité d’agir efficacement dans un type défini de situation, capacité qui s’appuie sur des connaissances, mais ne s’y réduit pas ” (Perrenoud, 1997).

« Une compétence est une capacité d’action efficace face à une famille de situations, qu’on arrive à maîtriser parce qu’on dispose à la fois des connaissances nécessaires et de la capacité de les mobiliser à bon escient, en temps opportun, pour identifier et résoudre de vrais problèmes » (Perrenoud, 1999).

« Il y a toujours des connaissances ” sous ” une compétence, mais elles ne suffisent pas. Une compétence est quelque chose que l’on sait faire. Mais ce n’est pas un simple savoir-faire, un” savoir-y-faire “, une habileté. C’est une capacité stratégique, indispensable dans les situations complexes. La compétence ne se réduit jamais à des connaissances procédurales codifiées et apprises comme des règles, même si elle s’en sert lorsque c’est pertinent. Juger dela pertinence de la règle fait partie de la compétence » (Perrenoud, 1999).

“La compétence se distingue du savoir-faire, aptitude à agir, et du savoir pur, aptitude à comprendre, en ce qu’elle est une aptitude à juger” (Reboul, 1980)

« La compétence ne va pas sans savoirs et savoir-faire. Mais elle les dépasse par le fait même qu’elle les intègre” (Reboul, 1980).

“La compétence de l’expert en tableaux n’est pas une somme de savoirs sur l’histoire de la peinture, mais l’aptitude à appliquer ces savoirs à des œuvres inconnues pour décider si elles sont authentiques ou non; si le verdict de l’expert était totalement prévisible, on n’aurait pas besoin de lui” (Reboul, 1980).

« La compétence est un ensemble structuré et cohérent de ressources, qui permet d’être efficace dans un domaine social d’activité » (Delignières et Garsault, 1993).

“Un ensemble hiérarchisé de savoirs, de savoir-faire, de conduites-types, de procédures standards, de types de raisonnement que l’on peut mettre en oeuvre sans apprentissage nouveau” (De Montmollin, 1984)

« La compétence est un savoir agir reconnu. SAVOIR: des connaissances intellectuelles, des représentations. AGIR: des capacités à mettre en oeuvre. RECONNU: socialisé, validé, inséré dans un exercice, un lieu » (Le Boterf, 1999) .

« On reconnaîtra qu’une personne sait agir avec compétence si elle sait combiner et mobiliser un ensemble de ressources pertinentes (connaissances, savoir-faire, qualités, réseaux de ressources…), pour réaliser, dans un contexte particulier, des activités professionnelles selon certaines modalités d’exercice (critères d’orientation), afin de produire des résultats (services, produits), satisfaisant à certains critères de performance pour un client ou un destinataire » (Le Boterf, 1999) .

Typologie des ressources (Le Boterf, 1999) François Muller

Bon ! Avez-vous assez bu ? Rendu à ce stade d’épandage de mots, c’est devenu une nouvelle forme de pollution. Vite ! au thé vert !

Au moins, on dirait qu’il en est qui savent faire des résumés avec des copier-coller. Faites bouillir tout ça dans une marmite et faites vous une décoction…

On s’amuse énormément depuis dix ans. Le coût de ces pontifes de la matière grise  qui savent tricoter des bas à l’envers pour ensuite placer le client à l’envers pour que tout soit à l’endroit,  doit être énorme.

Dix ans de fonctionnariat. Dix ans à faire vivre des élucubrés,  plus les rejetons simiesques, applicatifs de la «réforme»… Sans compter les dommages collatéraux faits aux enseignants qui quittent la fonction, et les plus jeunes qui restent quelques années et changent de «branche»… Et les élèves qui ne savent même plus la signification du mot «apprendre»

Quant aux «hauts-gradés», ces avaleurs de sirop d’esprit épais, qui beurrent leurs ego avec des idées aussi frelatées, eux, ne mangent pas de sandwiches croûtées.

Il en est passé des truites sous les ponts, depuis. Je ne connais pas  les coûts de ces exercices, de ces coups d’épée dans l’eau, pour une bande de narcisses les yeux rivés aux théories de pédagogues clinquants. Dans la pratique,  c’est du caca… Mais on aime bien le caviar… On n’est pas loin du trou…

Et six ministres, plus un possible remaniement qui nous mènerait à sept. Comme les chakras. Ce qui signifie «roue» ou disque de métal symbolisant le pouvoir.

Comme le dit le monsieur aux départs de F1 : «On roule à Gilles-Villeneuve». On roule sur un bolide qui perd ses roues à tous les deux ans.

.

Le pot de confitures … Doc! Doc! Doc! Ouvrez…

Tout le monde dans sa vie a éprouvé des difficultés à ouvrir un pot de confitures.

Il vous faut alors développer des compétences transversales, qui sont le mélange du savoir-faire et du savoir-être. Les connaissances et compétences transversales

Même avec un doctorat en pédagogie, on arrive parfois difficilement à acquérir la compétence d’ouvrir un pot de confitures.

Il faut d’abord savoir qu’il faut le dévisser à l’envers du mouvement des aiguilles d’une montre.

Le docteur essaie. Une, deux, trois fois. Il finit par remettre sa virilité en cause : manque de force.

Il sacre comme un bûcheron… Mais en docteur… Ou en latin de l’Abitibi.

Il n’a pas de savoir faire, parce que sa maman ne lui a pas appris que le sucre à la température de la pièce, une fois remis dans le frigo…fige.

Le doc fige. Il devient rouge comme les fraises dans le pot.

Sa conjointe rit de lui.

- Arrête de rire, tu m’écrases…

Alors, il l’engueule. C’est qu’il n’a pas non plus saisi qu’il est en train de développer son savoir-être. Si le doc avait développé un tantinet l’autodérision, il en rirait aussi.

À bout de nerf, il a envie de le  câ…ser à la poubelle. Encore un trou dans son savoir-être : le cultivé n’a pas cultivé ni sa patience ni son humilité. Il en sait trop… Mais il ne sait pas comment réagir devant la situation.

Il ignore que pour ouvrir le pot, il lui faut ramener la température du contenant à la chaleur de la pièce. Et plus encore s’il veut le faire avant de rater le déjeuner.

La dame, coquette et rieuse, voire sarcastique, lui donne le mode d’emploi prescrit par le ministère de l’Éducation… Qu’il a lui-même écrit….

-  Alors, comment on fait?

-  Tu passes le pot sous le robinet d’eau chaude. Le couvercle…

Il s’exécute et le pot s’ouvre.

En jargon du ministère, cela se nomme «réinvestir une connaissance». La madame du nono  doc lui a montré en quelques secondes…

Savoir-faire

L’élève doit être capable de:

1. FAIRE DES CHOIX (DOMAINE, ITINÉRAIRE, SUJET)

2. POSER UN PROBLÈME, QUESTIONNER

3. S’INFORMER, SE DOCUMENTER

- savoir lire des consignes

- s’initier à la recherche documentaire (CDI, internet)

- lire et comprendre un document

4. COMPRENDRE, RAISONNER, ARGUMENTER

- comprendre et appliquer des consignes

- sélectionner et mettre des informations en relation

- ordonner des idées

- expliquer, contrôler et critiquer des informations

5. RÉALISER  :

- faire un choix de production

- réinvestir des connaissances

- utiliser des outils, les TICE

6. COMMUNIQUER, RENDRE COMPTE

- maîtriser la langue écrite

- maîtriser le langage oral

- choisir et utiliser des outils de communication

Savoir-être

Tout au long de l’itinéraire, l’élève développe par son attitude des compétences

vis-à-vis d’un projet, d’une activité, d’un groupe …

1.COMPORTEMENT :

- se concentrer

-s’investir

- prendre confiance en soi

- écouter les autres

- prendre la parole

- travailler avec soin et précision

2. AUTONOMIE :

-  s’organiser, planifier des activités (avec par exemple le carnet de bord)

-  analyser des difficultés et rechercher des solutions

- demander des informations pertinentes

-  développer un esprit d’initiative

-  participer à un travail personnel, à un travail de groupe

Les itinéraires participent ainsi à l’éducation aux choix et à la citoyenneté. Les connaissances et compétences transversales

Bon! Avez-vous bien lu? Participer à un travail personnel. Je passe le chapelet de nigauderies –relisez tout simplement la liste –  pour ne pas allonger le texte. Ou bien je téléphone à  Raël qui dit ceci :  «Il est temps de cesser de croire et de commencer à comprendre».

J’aurais envie de lui passer le message  : «C’est ce qu’on fait, Monsieur Raël, sauf qu’il y a trop d’extra-terriens qui ont les pieds dans un vaisseau spatial et la tête sur Terre».

***

Il ne reste plus qu’à vous amuser à détecter tout ce que le docteur en pédagogie a raté dans son apprentissage vers la compétence.

Grosso modo, sur les quelque 25 points – environ – mentionnés, il en a raté une vingtaine. Au moins…

L’enseignement, c’est comme les pots de  confitures : une fois en classe,  chaque «récipient» a sa température à laquelle il faut s’adapter.

C’est la raison pour laquelle en,  éducation,  rien ne remplacera la chaleur humaine…


Bonjour la vie!

25-juin-2009
Source: FuturaScience

Source: FuturaScience

J’aurai vécu maille par maille,   le temps qui tricotent les jours.Cherché les fleurs de lumière,  les chapelets d’âmes  en  prière…

Bonjour la vie…

Je me serai baigné aux frissons de tant d’ amours, que j’en aurai brûlé mon souffle, les    échanges aquarelles, grêles,  sur nos toiles de chairs  buvardes.

Bonjour la vie!

Toi qui m’a fait rencontrer des diables à tous les coins d’heure

J’ai laissé  taire  ces démons  pour écouter les anges camouflés. J’ai laissé la laine du temps filer pour un repaire campé.

Bonjour la vie…

J’ai tournillé par des soirs de brou, dans l’aventure de détruire les rumeurs du mourir à jamais. Il ne m’est restée qu’une réponse debout, une bulle éclatée du fumet du cœur…Mais j’y ai cru,  et encore j’y croît…

Bonjour la vie!

Toi et tes beaux océans, unis aux pleurs des hommes cassés de toutes les guerres.

Pauvre lui-elle! Pauvre nous! J’y laisserai sans doute quelques gouttes. Voyages de mes amers, dunes austères. Et de là mes doutes..

Bonjour la vie!

Toi la belle aux  magies  des  moments qui parlent  de par le grillon enfoui sous l’herbe, le langage des braise d’un feu de camp, je t’entends. Dans tes symphonie déliées, tu colores mon âmes et celles des amours, apparoir des miroirs.

Bonjour la vie!..

Tu m’as fait chasseur de beauté, garni  d’une seule arme, la  tendresse . Je me serai battu à  tendre ma joue. J’aurai accroché mes paupières de fil de fer, pour te voir toujours, même la nuit.

Bonjour la vie!

Je marcherai encore aux dalles des villes,  aux fonds spongieux des forêts. À chaque pas, chaque pas, découvrant ta grandeur,  chaque foulée aura été un monde…Là où toute sortie est une entrée… Mes jambes s’usent,  je vais,  bien quiet,  là d’où je viens…

Bonjour la terre!

Bonjour la vie!

Hiver 2005


LES VIEUX COOLS ET LES CABINES TÉLÉPHONIQUES

24-juin-2009

On «prolonge» notre belle vision matérialiste. Les vieux sont cool. Ils le sont quand ils sont en santé et encore vivants.

Après que tous les cools alentour d’eux se soient retrouvés au cimetière.

Les cools que j’ai connus l’étaient à 20 ans. Les vieux que j’ai connus l’étaient à vingt ans.

En fait, les cool sont ceux qui ne changent pas d’idée mais qui changent la façon de s’intégrer à la vie… Et de la vivre…

Être cool, pour moi, c’est d’avoir échappé à l’esclavage du travail pour simplement devenir ce que j’étais vraiment : rien.

Un petit poète qui joue de la guitare, qui a encore les cheveux long, et qui s’est dit qu’il doit y avoir autre chose dans la vie que ces vendeurs de rêves qui nous fabriquent des cauchemars.

Rien mais tout : parce que peut-être que s’il y a quelque chose à bâtir en ce monde, c’est soi.

Point.

Rien d’autre.

Alors que les prêtres de la religion du savoir bien être se pointent avec leurs recettes de bonheur, leurs servants de messes qui essaient de nous faire communier aux Oméga 3, au bio, au thé vert et au recyclage du carton.

Il n’y a rien que je déteste le plus que ces nouveaux prêtres à lunettes qui font des chroniques avec leurs boîte à outils sur comment «bien manger», comment «faire de l’exercice», comment devenir un bon petit soldat de bois de l’état.

C’est vrai que le «vieux» qui se berçait et qui fumait la pipe avant était «vieux». C’est qu’on lui avait dit- lui qui avait travaillé pendant des années de ses bras – devait se reposer pour se «ménager».

Et c’est tout le contraire qu’on nous dit : bougez, vous vivrez mieux.

On a raison. Ça vous brûle les glycérides, ça vous éloigne de l’arthrite et ça vous prolonge le moteur.

Partir à la pêche aux cools, c’est bien.

Mais un ramassis de deux ou trois «réussis» ne montre pas une réussite de société. Parce qu’on présente les cools comme une réussite de société. C’est loin d’être le cas. Thérèse est morte d’un cancer du sein à 62 ans, Gilbert d’un infarctus à 43, et une de mes élèves est décédée à 29 ans d’un cancer du colon. Et Dan à 49 ans…Pour avoir brûlé ses lampions un peu trop vite.

***

Avant, il y avait les cabines téléphoniques. Il semblerait qu’ils disparaissent, vu l’invention des cellulaires.

Avant il y avait les églises. Ces monstres plantés au milieu de petits villages pauvres pour la «gloire de Dieu». Des millions engloutis dans cet «appareil» à parler à Dieu. Aujourd’hui on ne sait plus comment se départir de ces œuvres d’art.

Il y a tellement d’orgueil dans ces monuments, avec leur panoplies de saints, leur toit jusqu’au ciel, qu’il est à se demander si les prêtes de l’époque avaient bien lu leur bible. L’orgueil étant probablement le pire péché, celui qui avait donné naissance à Satan?

C’est quoi être cool?

C’est être un peu en dehors des modes qui passent.

Ma grand-mère, née en 1880, était cool : elle fabriquait sa propre boisson, a laissé 17 enfants, et quand elle jardinait, l’été, elle rentrait un peu étourdie mais ravie. Son petit verre et son plaisir de voir pousser sa salade.

Elle savait vivre.

Elle avait appris à vivre sans téléphone et sans religion.

Être cool s’est échapper à ce qui vous tue et communiquer avec la vie, sans dieu ni cellulaire.


Le jardinier

23-juin-2009

Ce matin, j’ai refait le jardin

En juin.

Comme on refait un monde…

Les mains dans la terre, les papillons qui passent, emmêlés aux fleurs des pruniers qui picotent le jardin. Mes muscles qui se lamentent… Je suis déjà vieux comme un bout de terre qui a fait son chemin.

J’ai la chair un peu crevassée.

Mais j’ai l’âme de enfant tout propre, nettoyé des saletés de l’existence. Un moustique est un monde, un brin d’herbe, les nuages qui passent. C’est rien mais c’est tout.

Qu’est-ce que le bonheur, sinon qu’être tout dans ce fouillis d’herbes dites mauvaises. D’être pareil, rien que pareil. Sans orgueil, sans vanité.

La nature ne se fait pas plus belle quand on travaille à l’organiser. Elle est équilibre. Tout le secret est là. Elle ressemble a un esprit libre qui laisse son imagination aller. Sans rien choisir ce qui est beau, parce que la beauté n’est pas une organisation, c’est tout le contraire. Dans cet anarchisme, du moins apparent, se cache la création. Tout ce vert, ces coloris ne sont que l’œuvre d’un esprit libre. Un Dieu?

La plus belle leçon est d’écouter du regard la vue d’une chorégraphie déroutante, architecturée à la fois dans sa recherche, dans ses trouvailles ramenées et ses nouveautés.

L’art n’est qu’une activité pour retrouver cette façon d’être.

L’art est pour soi. Mais un soi n’est jamais un soi seul. C’est une partie d’un nous.

Il n’y a rien à vendre dans cette recherche.

Personne ne créé, ici-bas. Tout le monde copie.

La beauté ne se crée pas, elle se découvre.

Écrire est, d’une certaine façon, dérisoire. C’est une vidure, une tentative. Au delà de tout, c’est essayer de montrer à un aveugle ce qu’il ne peut voir. Ça reste un acte personnel.

À l’université, il n’y a pas d’études sur le pissenlit, le papillon, les nuages, et le vieux clou rouillé qu’on découvre en travaillant la terre.

Je ne sais pas qui a donné toute cette vie à ce monde. Je sais cependant que les humains se sont dit : «On peut faire mieux».

On ne peut pas faire mieux, parce que le meilleur est devant soi.

La difficulté est de reconnaître que le vrai modèle est en nous.

Exister, à la manière occidentale, c’est nier. Nier qu’on est pauvres d’esprit.

Il n’y a pas d’âme dans les travaux humains.

Il n’y a pas d’argent au ciel non plus.

Quand je mourrai, le jardin deviendra un fouillis inorganisé.

Il naîtra un autre jardinier.

Saura-t-il que ce qu’il fait pousser n’est autre que lui?


Présence

22-juin-2009

À l’intérieur de moi

Une parcelle de ta présence

Danse et rit

De mes bêtises quotidiennes

Au plus profond de mon être

Ton sourire me foudroie du regard

M’inspire et joue avec mon âme

Me cajole et caresse mes pensées

Chez toi j’ai le refuge

D’un souvenir

Entamé

Ève Bolieu 1993


L’ÂMOGRAPHE: L’ALAMBIC

22-juin-2009
Les chasseurs dalambic

Les chasseurs d'alambic

Sully, 1955 ( circa)

“Pris modérément,
il ralentit l’âge,
il chasse la toux,
il éclaircit l’esprit,
il soigne l’hydropisie,
il guérit la strangulation,
il dissout la pierre et repousse la gravelle,
il chasse la mélancolie,
il protège et préserve la tête de tourner,
les yeux d’être éblouis,
la langue de zézayer,
la bouche de gargouiller,
les dents de claquer,
la gorge de racler,
la trachée de se durcir,
l’estomac de se contracter,
le coeur de gonfler,
le ventre de se crisper,
les intestins de gronder,
les mains de trembler,
les tendons de se raccourcir,
les veines de se rétrécir,
les os de se déformer,
la moelle de se liquéfier,
et c’est en vérité une liqueur souveraine
si elle est prise systématiquement.”

Un remède assurément miraculeux et indispensable !

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Les premières gouttes d’alcool sont apparues lorsque, pour la première fois, Noé a ressenti un désespoir profond qu’il ne pouvait noyer dans un vulgaire verre d’eau. La solution consistait donc à consommer sans modération quelques litres de ce liquide salvateur qu’est la bière.  ou le whiskyé

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L’alcool a toujours été un remède à la misère humaine. Dans ce petits pays, un village étroit dans l’immensité d’alors qu’était la Terre, les humains vivaient. Et vivre c’est souffrir un peu…

Je peux voir encore cet alambic fabriqué de pièces éparses que l’on camouflait en les éparpillant,   une fois démantelées   dans  divers bâtiments. Il était posé  sur un poêle à bois. Même si la fabrication de l’alcool  se faisait généralement le matin  très tôt, vers cinq heures, j’étais là. Une grande fête… On plaçait le liquide dans l’alambic et on attendait. Un liquide à l’odeur de fruits, bulleux, effervescent,  Puis goutte à goutte cette distillation de la misère humaine sortait au bout d’un tuyau de cuivre torsadé. On y plaçait un verre… L’expectative  était longue… Les désirs le sont tous, car ils ne mènent qu’à un autre désir : mais c’est toujours un peu la délivrance.

Chacun  en s’humectant les lèvres, salivés à  goûter à la première crue pour savoir si elle serait bonne… Elle était toujours exquise … Même si les premières petites rasades semblaient amères. On grimaçait, on levait le verre à la lueur de la fenêtre pour en voir la translucidité.

On s’impatientait  comme on attend à l’hôpital quand on a mal. On respirait court.

La vie était dure.

L’hiver,  c’était sous la lampe à l’huile qui faisait un grand cinéma d’ombres dans la maison. On pouvait entrevoir  des oiseaux sombres au plafond. Des ailes fuyantes… Mais ce qui fascinait le plus, était sans doute dans le visage des gens presque crispés.  Comme une file attendant le bonheur. Le bonheur qui arrivait goutte à goutte. Un peu comme dans la vie. Le baume sur la plaie vive des jours.

Je n’ai jamais connu mon grand-père du côté maternel. Henriette, la grand-mère avait épousé en seconde noces un Cloutier. C’était un petit homme frêle, un peu renfrogné, ronchonneur,  comme un cultivateur après une mauvaise récolte. La vie était toujours une mauvaise récolte… Un menu bonhomme au visage osseux. Henriette se défoulait sur lui. Car elle avait un caractère de cheval sauvage, mêlé à une tendresse. Autant de caractère finit toujours par tuer les autres… Mais autant de caractère est aussi signe de faiblesse.

Je ne sais trop ce qu’ils partageaient, mais au moins, ils partageaient la coulée de leur alambic. La cuvée étant terminée ils se retrouvaient avec chacun deux litres de ce faux gin qu’ils allaient cacher dans la cave. Ils avaient – après avoir fait refaire le solage de cette vieille maison – créé une cachette au haut du mur de ciment. Et au moment de se diviser la cuvée ils regardaient d’un œil loupé la bouteille pour savoir si celles-ci étaient égales en contenu. Pas une once d’injustice. Mais bien de la chamaille pour un millimètre qui dépassait l’autre.

Le grand-père vécut et mourut comme sa terre : sèchement, abandonné, l’air d’attendre une récolte qui ne viendrait jamais.

Il m’emmena souventes fois à la pêche. Orgueilleux, il détestait revenir à la maison sans prises. Je le regardais pêcher, sacrer, maugréer au bord de la rivière. Tortueuse comme la vie, tortueuse comme le cours de l’existence qui se fraye un chemin à travers la rocaille.

Il n’y avait pas de place pour le rêve dans ce monde : on vivait, on travaillait, on allait au ciel ou en enfer. On passait plus de temps à étouffer ses remous intérieurs qu’à vivre. L’alambic était une sorte de délivrance à ce monde enclos. Comme des humains dans un parc de savoirs : l’espace était restreint et la vie moche.

Alors, il restait l’alambic et son produit voluptueux, qui  goutte à goute délivrait son paradis caché.

Pourquoi ai-je vécu là dans cette maison? Je pense que mon père avait dû faire un mauvais coup et qu’il n’avait plus d’argent pour se payer un loyer. Du moins, c’est ce qu’il arriva pour une période dont j’ai oublié la longueur. Car les visites et le temps passé dans cette maison s’emmêlent.

Puis un jour…

Les policiers sont entrés dans la maison pour chercher l’alambic. Je me souviens clairement de ma mère crispée, enceinte de mes frères jumeaux, assise, en train de coudre, sur cette vieille machine en balançant du pied.

Ils n’ont  rien trouvé. Ni alcool, ni alambic. Il n’y avait que des images du Christ, lui et son cœur saignant, ou encore des ersatz des œuvres divines datant du moyen-âge. Et des crucifix qui paraient les murs comme des toiles d’espoir pour un monde meilleur.

Ils ont dû passer le village au peigne, car les alambics étaient répandus comme une mauvaise herbe.

Durant cette période, je me souviens que, pendant la nuit, ma grand mère montait  au second étage, sur un escalier torsadé et craquant, pour me soulager des maux d’oreilles qui me menèrent plus tard à l’otosclérose, maladie qui frappa Beethoven. Elle grimpait avec sa lampe, allumait sa pipe et me soufflait de la fumée dans les oreilles.

Mon père continua à cultiver les alambics longtemps. Le jour où il dénicha une maison et trouva le moyen de vivre, il débusqua un recoin dans la maison pour y fabriquer sa mouture frelatée.

La vie dans cette maison pour craquer aux vents, me semblait étrange. Je me souviens d’un hiver – il n’y avait pas de toilettes – où  nous allions dehors, faire nos besoins- à moins 15 degrés. Dans un pot de chambre dont nous rejetions le contenu dans la neige le lendemain. Le compostage n’était pas encore à la mode. Mais il était… Et la neige, dès que les premiers rayons chauds du soleil se montraient le nez, fondait en avalant ce tas brun.

Le terrain était vaste : assez pour labourer deux grands potagers. On se partageait la terre comme la récolte de l’alambic : chacun son jardin. Le grand-père et la grand-mère luttaient à savoir qui ferait la meilleure récolte. La meilleure, c’était celle qui sortait de la bouche d’Henriette.

L’été, c’était le grand luxe : nous allions nous soulager dans un cabanon de planches brûlées par le soleil et investi de mouches plus bleues que le ciel et plus grasses qu’un obèse volant étasunien. C’était leur McDo… Le bruit des mouches?  Comme des avions…

On s’asseyait sur ce trône de bois et l’on rejetait les «débris de corps» dans une latrine où nageaient les nouvelles de l’époque sur des déchirures  de journaux écrits noirs sur brun.

Et de par les interstices, le soleil traçait  des lignes de lumières sur le sol.

Grand-maman Henriette cultivait son potager avec la même joie qu’elle cultivait son amour pour la récolte de son alambic. Elle se levait le matin, déjeunait, puis allait sarcler. Il y avait de jours où elle sarclait en titubant, car elle allait puiser ses forces dans le sous-sol de la maison en avalant un petit verre. À la fin de la journée, elle adorait sarcler.