LE BATEAU

24-novembre-2008

Je vogue dans la mer du temps
Sur un bateau rose
Les vagues en usent les flancs
Les rides s’y déposent

Je ris sur les vagues
Et pleure sur les divagues
Du voyage je n’attends
Que les frissons d’un moment

Je vogue sur la mer du temps
L’enfant aux canards dans son bain
Sage au cumul des cheveux blancs
Amusé de la cloque de l’instant

Bateau et marin, chair et âme
Salin, bullé, têtu mulet-âne

Je suis un vaisseau debout
Entre ciel et terre
À ramer de Terre à Lumière
Au refus d’un mannequin de boue


LA RÉPONSE DE DIEU

24-novembre-2008

Sahib  était à son poste, trempé de sueurs; les balles sifflaient de partout. Il pouvait entendre les cliquetis métalliques sur les tôles froissées qui l’environnaient. Certaines étaient bâfrées de sang déjà coagulé. Il attendait seulement que l’une d’entre elles l’atteigne. Deux jours, trois jours sans dormir. Il n’en pouvait plus. La mort le délivrerait. Mais pourquoi mourir à 20 ans?

Il se dit qu’il n’en sortirait pas vivant. Pourtant, il avait  un destin l’attendait, une vie, une vraie. Et c’est pour cette raison qu’il cria dans un dernier espoir.

«Seigneur! Où es-tu?»

Il attendit une réponse qui ne vint pas.

Il répéta sa question avec une rage qui lui gonfla les veines du cou :

«Seigneur! Où es-tu?»

Le soldat, camouflé, enterré sous le noir de la nuit, entendit l’appel et répondit sur un ton sarcastique :

« Je suis ici, crétin!»

Sahib  comprenait la langue de l’ennemi. De plus, il était violoniste, doté d’une oreille absolue. Chaque syllabe comprenait une note qu’il avait saisie. Cet air était la troisième ligne d’une partition d’une œuvre pour piano de Mozart.

Pourquoi?

Il se rendit compte que son ennemi était à gauche et qu’une lueur, probablement celle de sa mitraillette était visible et que lieu correspondait à la provenance du son.

Il sortit de son trou et se mit à tirer vers une cible invisible. Comme si Dieu lui avait donné l’endroit. Il jubilait.

Il vida alors son chargeur dans un rayon de trente à quarante degrés de haut en bas.

****

Mahmoud était déjà blessé quand les balles se mirent à pleuvoir. L’une d’entre elles lui coupa l’annuaire de la main droite. C’en était fini du piano. Et c’était là le seul instrument qu’il avait pour rejoindre Dieu. Ce Dieu qui avait permis qu’un salaud lui enlève ce qu’il avait de plus précieux : un langage qui reliait tous les êtres.

Il se dit qu’il n’en sortirait pas vivant. Pourtant, il avait  un destin l’attendait, une vie, une vraie. Et c’est pour cette raison qu’il cria dans un dernier espoir.

«Seigneur! Où es-tu?»

Yosef, entendit le cri de l’ennemi. Pour répondre à son sarcasme, il répondit par quelques notes de Fur Elise de Beethoven.

«Je suis ici, crétin!».


LA VOIX

20-novembre-2008

Dieu est venu me livrer le colis d’une voix

Dans une coquille de chair, un soir beau d’été

Montant ou Tennessee, Beatles jazzés, Morane

Un bougeoir de sons qui me canicule, l’éternité…

Chante, ma belle chante! Comme un amour défendu au lit d’une oreille. L’émerveille de tes sons   nous  valse en  quatre temps, quatre vies.  La guitare  brode, java-nouba, les accents de tous les pays, et nos âmes et nos amours.  On voyage par le beau des  vibrances tout chaleur.  On voyage sans temps, les ici sont des ailleurs!  Chante, ma belle, chante! Ta voix est  lumière qui avoue nos tendresses et nos lueurs.

Et les mots s’en vont faire voler les dires

Les  notes   spiralent de ta passion en ballet

Chante, ma belle chante! Le temps d’ouïr

Enterre la laideur d’un monde affolé


UN SAC DE POÉTESSE

18-novembre-2008

lerepos1932

Clara, je la nommerai telle, est décédée il y a sept ou huit ans.

Près de notre demeure. Une jeune poétesse, fragile, révoltée…

On ne saura jamais.

Au fond, on sait peut-être : mais comme tout le monde, on

refuse de voir. Regarder en s’attardant c’est apprendre beaucoup.

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Je vis, je meurs; je me brûle et me noie ;

J’ai chaud extrême en endurant froidure :

La vie m’est et trop molle et trop dure.

J’ai grands ennuis entremêlés de joie

Louise Labé

1524-1566


Nous habitons juste à côté d’une voie ferrée. Comme tous les matins nous nous sommes levés pour aller travailler. Nous n’avons même pas entendu le bruit de la sirène de l’ambulance. Quand les gens meurent pour des causes mal connues, les alarmes restent muettes.

Les sociétés ne veulent pas de l’échec. Un suicide c’est comme une trace de doigt graisseuse sur cette construction stainless de nos organisations résistantes à la corrosion : le malheur est une corrosion de l’âme. Le malheur est un échec que veulent camoufler les sociétés.

C’est comme enfouir un chaudron raté de sa qualité totale.

On l’enterre, c’est tout.

***

Il était tard dans la nuit, j’imagine, juste avant le lever du soleil. On en a parlé au bureau de poste, là où s’agglutinent les gens du village pour échanger les nouvelles du jour. C’est comme ça qu’on vit ici : tranquille, serein, quasi dormant  Alors, il n’y a pas raison de regarder ailleurs. Les autres sont les autres. Mais pour les poètes, les autres sont une partie d’eux, de la vie, de l’univers. Ils ont de grands yeux qui vont plus loin que les villages.

***

La fille habillée de noir attendait dans la nuit le train qui devait la mener dans un autre monde. Les lames des rails étaient froides. Comme son corps allait le devenir un peu après l’impact. Elle avait tant regardé les étoiles!  Elle avait tant scruté la vie et les humains. Elle s’était comme épongée de la souffrance des autres. Pour comprendre la sienne et réparer celle de ses pairs.

C’est comme ça qu’on meurt quand on ne veut plus vivre : on voudrait repasser sa vie et savoir ce qui nous a amené là. Mais elle n’avait pas vraiment le temps…

Elle a dû pleurer. J’imagine… Je n’étais pas là. C’est ce que je ferais si je ne voulais plus vivre.  Elle eut l’idée d’écrire un poème ou une histoire : celle d’un corps qui se vidait de son eau. Les mots, les images avaient toujours été pour elle une façon de comprendre, de saisir à travers un art obscur et malaisé, la vie, rien que la vie. Et les autres en elle… Et c’était déjà fini. La souffrance était maintenant  insupportable.

Elle avait apporté avec elle une bouteille de rhum. Déjà qu’elle en avait avalé la moitié et que sa vision avait diminué de moitié. Elle se disait que si elle avait été un vers, un lombric, elle serait coupée en deux et  les deux parties vivraient leur vie propre.

L’entièreté, l’intensité n’acceptent pas de rupture. On est toujours un dans un tout.

Clara était humaine, trop humaine, continuellement  révoltée, éraflée de l’âme, du corps.  Elle avait essayé de se ressouder. Mais elle n’était pas un lombric. Elle avait essayé de se refaire. Mais on ne se refait pas dans un univers qui vous défait.

**

Au matin, on ramassa les morceaux de la poétesse, puis on les classa  dans un sac. On avait réussit à reconstituer  le puzzle de chair. Mais que savait-on du cassement de l’esprit et de l’âme?

Elle avait passé dans la vie comme une luciole par un soir d’été.

Clara n’a pas laissé d’œuvres.

Le corps de Clara est disloqué dans un sac.

De temps en temps, quand je traverse la voie ferré pour aller au bureau de poste, je me dis qu’on ne sait pas vivre : les machines sont trop lourdes pour les êtres  altruistes  et dégourdis.

Clara est morte pour l’avoir découvert.


Alain Bésil, écrivain. Le mystère du lac Pohénégamook. (extrait, chapitre 2)

14-novembre-2008

L’achat du motorisé

La logique elle-même devient inefficace, puisqu’elle est
logique de l’inanité. Elle n’est, dans plupart des cas, qu’un
mécanisme tournant à vide dans ce labyrinthe à mirages qu’est
tout cerveau humain. Seule l’ignorance jointe au silence, trace
la voie royale de la libération.
La Cendre et les Étoiles

Jacques Lacarrière

That itself is a poisonous twentieth-century attitude. When
you want to worry something, that means you no longer care
about it and want to get on other things.
Zen and the Art of  Motorcyle Maintenance
Robert M. Pirsig

C’était par un bel après-midi de mars, pendant que l’hiver s’en allait à compte-gouttes, avalée lentement par le sol. Les égouts biberonnaient cet eau sale, comme s’ils avaient vécu trop longuement dans un désert de lumière. Blanc là, gris ici, noir de plaques, poivrées entre les bancs de neige et les touffes vertes dissipées en talles. On aurait dit une toile en construction d’un peintre qui avait entrepris le grand tableau de l’été. La Joconde de nos âmes. Le sourire insidieux qui nous traquait. Le mystère…Le grand mystère du réveil… Les Incas avaient sans doute raison d’adorer le soleil. C’est le Tintin de l’âme. La soif de lumière, la faim insaisissable de l’étincelle qui nous habite. Comme le tison qui a donné à l’homme la découverte du feu.
LE soleil, d’une rondeur parfaite, mitraillait de ses rayons cette terre confuse, fluctuant entre une saison et l’autre.
C’était la vie, rien que la vie. En tout, tout, tout, ce qu’elle contenait. Les oiseaux jouaient un air béni, ensemençant d’une canzone tapageuse l’air et le ciel.
C’est là que nous rencontrâmes notre vendeur.
Nous étions en face d’un occidental aux yeux crasseux et à la mèche de chevelure pâteuse, mais aux dents blanches comme un évier de PDG. Il est facile de distinguer un occidental vivant dans un pays riche : plus il est vieux, plus ses dents sont blanches. Des dents de bébé dans un contour de bouche déjà cernée de plis Je voyais cela c’est comme un cheveu dans la soupe d’un menuisier sans chat.
- C’était vous le type qui a écrit La dernière guerre mondiale.
- Oui. Comment le savez-vous?
- Je suis un fervent de votre œuvre.
-Vous lisez et vous vendez des autos?
-Vous conduisez et vous écrivez?
- Ouai! Fis-je, béat.
- Nous cherchons…
- Oui, je sais, un motorisé…Trancha-t-il.
Puis il ajouta :
- Et pas trop gros, n’est-ce pas?
- Exactement. Un usagé si possible… Pour éteindre un peu -excusez-la, cette industrie : Un homme, une bagnole.

- Je ne sais pas si je peux me permettre une remarque…

- Allez-y

- Vous ressemblez à Marie-France Bazzo.

Je me suis tourné vers Éva. Il avait raison, qu’elle avait un petit quelque chose de Madame Marie-France : grande, bien charpentée, coquine, charmante, intelligente. Une féline à talon haut… Une sorte de Michelle Obama… Mais rousse…
- Ah! Je vous le concède. Vous avez l’œil…
Il nous pointa du doigt un véhicule alluré, de dimensions modestes, assez espacé toutefois pour contenir deux habitants, deux ordinateurs, et un espace entre vos êtres,… J’aimais cette phrase de Gibran.
-Qui était donc l’ancien propriétaire.
-Il est plus qu’ancien, il est décédé.
-Je vois qu’il y a une guitare de peinte sur la porte.
-Oui, on peut l’effacer si vous le voulez.
- Non, j’aimerais la garder pour conserver une parcelle d’âme de ce propriétaire. Combien pour le véhicule?
-7,895$

- Qu’est-ce que la dame a à dire sur le véhicule? Dit le vendeur, en souriant.
-Je vous présente Éva Vitanski, Dr en…Anthropologie, Dr en médecine également… Un passe-temps…
- Comme moi, les carcasses ne l’intéressent pas. Blagua-t-il
- Tout à fait!
Il lui tendit une main moite et exémateuse. Au même moment, une mouette passa dans le ciel battant des ailes, comme pour applaudir le conseiller.

Éva enleva ses lunettes teintées et regarda l’homme droit dans les yeux.
- Il y a un problème? Le prix est bien bas pour un tel véhicule.
Il parut embarrassé.
- C’est vrai! Je dois dire que plusieurs clients l’ont ramené, mais il n’y a jamais eu de problèmes mécaniques. Jamais nous en avons connu la raison . Puis il ajouta :
- Ils affirment que la radio ne capte que des airs country.
- Pardon?
Les cils d’Éva prirent le l’amplitude.
- Oui, vous avez bien compris. Ils n’arriveraient pas à régler la radio sur d’autres postes. Ce qui me semble bien mineur comme problème…
- Auriez-vous une licence en droit?
Il me regarda, médusé.
- Pourquoi me demandez-vous cela?
- Vous parlez toujours au conditionnel.
- C’est mon patron qui est avocat. Il m’a fait suivre une formation dudit emploi. J’ai passé trente heures avec lui.
- C’est un véhicule hanté? Demandais-je, taquin.
Nous avons éclaté de rire en chœur. J’en avais les larmes aux yeux, Éva esquissait un narquois sourire, quasiment froid.
Puis elle me décocha une œillade émerillonnée.
« Un véhicule hanté! C’est ridicule!»

L’affaire du siècle!
Nous en étions convaincus
***
Nous nous mîmes en route vers Pohénégamook.

Une chaleur accablante colonisait la cabine. Nous roulions en piétinant les ombres brimbalantes en même temps que les pans de lumière sur l’asphalte gris. Éva barytonnait des airs d’opéra. Éva chantait, mais d’une contorsion qui m’assommait: raidie du thorax, dans une pause empesée, elle catapultait son chapelet de notes, le bec en tuyère de fusée.
Pour alléger l’atmosphère je lui suggérai de chercher un poste à la radio.
Elle comprenait mon agacement mais s’en moquait éperdument. Éva était un être fort, têtu. Ce la l’amusait que je la critique. Cela l’égayait que je puisse me moquer d’elle.

Elle appuya sur les touches.

Nous nous sommes regardés: les seuls postes étaient des postes de musique country. Quand je visais les rétroviseurs en forme de guitare, je ne pouvais m’empêcher de penser au vendeur. Quand je regardais la route, j’avais toujours dans ma vue ce cheval argenté flanqué sur le capot. J’avais l’impression de galoper au lieu de rouler. Et le cheval, qui paraissait avoir été mal vissé, oscillait de la tête à chaque fêlure de l’asphalte.
- On dirait que c’est vrai que le véhicule est hanté. Dit Éva.
- Voyons! C’est une légende …campagnarde. Je suppose que nous sommes à l’heure émissions de musique western.
- Je suis sceptique…
***
Un trajet sinueux dans une forêt sans fin. Des sapins agenouillés par la force des vents, des trembles rachitiques, brûlés par les passages des fardiers rustauds. Tout cela dans un jeu d’ombres et de lumières qui passait.

Je me souvenais d’une halte routière, en plein milieu du trajet, et nous décidâmes d’y passer la nuit afin de profiter de notre nouveau jouet.
***
Les saucisses braisaient pendant ma lecture. Les crépitements, les volutes noires qui semblaient vouloir rejoindre le ciel… Tous ces éléments, mêlés aux odeurs fortes et rances me bouleversaient, sans que j’en connaisse la raison.
Je levai mon livre pour vérifier la cuisson : elles étaient comme nous, ces saucisses, terminant leur cycle de cuisson dans une vieillesse prématurée, se ridant, se tortillant, pour livrer le produit d’une délectation finale. Mais quel était donc ce but? Notre plaisir du palais?
Nous nourrir?
Je savais sciemment que le but de leur vie serait bientôt atteint. Je restai un moment figé, emmuré dans cette vision universelle, percevant toute la chaîne alimentaire de la chair à l’esprit, de l’esprit à l’âme. La saucisse comme un Christ s’offrant à nous… Taurobolique, rougeâtre…C’était l’hostie américaine : le travail acharné d’un mélange de tueries et de fourberies chimiques, ces leurres de palais de la cuisine rapide.
Je fis la lecture des ingrédients et cela ne me rassura guère.
Il en est qui ont leur madeleine, d’autres leur saucisse. Cet instant, reclus, fit jaillir en moi toutes une série de pensées et de préoccupations.
Je voyais Jeanne D’Arc au feu…Braisillant sous le plaisir de la foule. Crispée, torsadée, boucanée, déshydratée sous de longues langues de feu. Tout cela à cause de la folie des hommes. La foule devait crier, hurler, scander. On tue dans le plaisir, parfois. On tue par peur des fantômes. On tue pour tuer nos peurs.
J’essayais d’interrompre ce déchaînement de pensées. Mais je me disais que je réfléchissais…Or, j’étais la victime d’un flot involontaire de d’élucubrations de mon cerveau qui bouillait, fermentant et transformant ces parcelles en un amas en apparence solide. Car, en fait, nous sommes pensés . Si nous ne détruisons pas ce mouvement ingouvernable, nous sommes tous victimes de cette effervescence.
Je me suis alors dit que la connaissance était irréversible.
Ma vie, nos vies, étaient en quelque sorte détruites. Ruinées cet amassement de connaissances, cette manie de scalpeliser notre existence.
Et plus nous nous livrions à ce supposé savoir, plus nous nous enfoncions dans le malheur : nous étions condamnés, désormais, à vivre avec ce poison.
C’est à partir de ce jour-là que j’ai cessé de lire les journaux : c’était probablement la forme la plus virulente de pollution. Quand l’esprit est pollué, on ne peut pas sauver sa carcasse en sirotant des Oméga-3. Le naturel était devenu chimique. Et les journaux étaient remplis de crétins qui répétaient simiesquement leur petit savoir de copier-collé trafiqué.
Au moment de manger, je pris la saucisse, la glissai dans le pain moitié blanc – sorte d’Obama – déjà vendu sous l’étiquette Le Choix du Pésident, et je l’étudiai. J’étais affolé. Affolé et railleur. Car je voyais nos ancêtres affrontant un ours, je me trouvais ridicule, jocrissement débile :
- Éva, j’ai peur de la saucisse.
Je savais qu’on ne pouvait tuer quelque chose de mort.
Il me fallait trouver ce qui me tuait.

-Éva. Repris-je
- Oui.
- C’est quoi la pensée?
- C’est faire le tri dans une coulée de lave.
Je n’ai rien ajouté. Éva avait le sens du raccourci.

***
Neuf heures.
Le feu de camp crépitait, les braises se tricotant aux étoiles, ces cendres du ciel.
Le tison a toujours été pour moi une sorte de représentation de l’univers : un tison naissait, s’allégeant comme une âme s’envolant dans le ciel, s’atténuant de leur lumière pour défier l’organe que sont nos yeux. Mais ils étaient toujours vivants, invisibles, retombant lentement pour s’affaisser, telle une plume, rejoignant avec indolence le sol dans le but nourrir les arbres qui naîtraient plus tard. Je voyais là cette éternité à laquelle nous appartenions. La braise dans son essence est une substance solide qui atteint son absolu par consumation extrême, telle la souffrance humaine à son apogée.
- Je m’ennuie, Éva.
- Vous pensez trop.
Elle lisait un roman populaire pour se détendre : Infinitude d’Amour. L”histoire d’un prince arabe monogamique, qui rencontre un jour une itinérante dont il perçoit la richesse d’âme. Il lui achète un centre de désintoxication et la confie à un chirurgien qui lui fait subir une suite de séances hypnotiques afin de lui refaire l’esthétique de son parcours malheureux. À la fin, elle ressemblait à une héroïne des films de Chaplin.
- Intéressant votre livre?
- Assez! Si ce n’était pas moi qui l’avais écrit, je serais tenté de connaître la fin…

10h49.
- Je n’arrive pas à dormir…
C’était comme ça à tous les soirs. Éva souffrait d’insomnie. Après qu’elle eût essayé tous les médicaments, l’idée me vint de retourner en arrière dans l’histoire de l’humanité. Une partie du cerveau a été programmé pour ce moment de paix qu’est le soir. La nuit est une grande et nécessaire paupière. Excité, le cerveau ne peut se rééquilibrer. J’ai fait des conférences sur le sujet : 10,000 ans de sommeil. J’ai eu une offre d’une compagnie pharmaceutique qui m’a dépêché un étudiant en médecine, tout beau, tout propre, si blanc en dehors, qu’un Satan devait se cacher sous cet habit d’homo-cravatus.
La méthode était simple : une bougie. On ne peut pas avoir de la lumière la nuit et dormir.
- Voulez-vous éteindre la machine à grillons, Alain?
Nous avions acheté un CD gravé des chants de grillons, une espèce en voie de disparition mais qui pollue les trames sonores des films. Cependant, pour les veillées nocturnes, on n’a pas fait mieux depuis la Ford-T.
Somnolant, tournai le volume en sens inverse, de sorte que le son se répandit dans la forêt dans un boulevari à déchirer les tympans d’un Charles Prince.
- Pardon!
- La bougie s’est éteinte. Rallumez-là, je souffre d’angoisse. Je suffoque…
-Bien.
- Je t’aime.
- Moi aussi.
J’ai éteint la bougie.
- Ferme tes yeux… C’est comme ça qu’on refait la nuit en soi.
Je passai une main douce sur son ventre agité, essayant de la délivrer de ses peurs.
Car pour les humains, toutes les nuits se résument en une crainte obscure de la mort.
Puis je lui murmurai à l’oreille ce petit virolai.
Near, far, wherever you are
I believe that my heat will go on
J’étais sûr qu’elle coulerait dans un profond sommeil.
Ce ne fut pas le cas.
- Je ne dors pas, Alain. Répliqua-t-elle sèchement.

Il ne restait qu’une solution, la meilleure, l’ultime
***
Comme préliminaires je tirais les fils de son pyjama un a un, jusqu’à ce que mon désir explose au frôlement de sa chair déjà chaude et vibrante. J’y glissai mon doigt comme on appuie sur un bouton rouge. Et mon missile s’enflammait, sans sortir de son repaire souterrain. C’est Éva qui se glissait sous terre pour en retirer l’or blanc qui jaillirait en elle, capable de faire rouler tous les véhicules de son anatomie.
Nous nous enfilâmes sous un drap mince comme un papier de riz. Au plafond une caméra nous filmait, tandis que trois écrans nous renvoyaient notre image. Tout ça sous un chant de vagues de mer et de sable, avec des bougies de sel et de pétrole blanc.
Le bonheur n’existe que dans le désir. Je pense que c’est Spinoza qui a dit cela. Et nous vivions sous ce principe. Nous allongions notre plaisir comme un café allongé.

Il suffisait qu’elle lève les genoux sous ces mini-projecteurs rosacés pour que mon souffle se mette à courir.
Alors nous prenions nos doigts comme des bras canadiens dans cet espace inconnu pour aller fouiner nos espaces.
Nous restions en ces positions le plus longuement possible. Je voyais les montres molles de la toile de Dali. Nos mouvements au ralenti, le jeu des lumières et des écrans faisaient en sorte que nous passions au moins deux heures avant d’éclater. Ce qui signifiait glisser mon membre dans cette cavité qui m’avait donné naissance. En la pénétrant je me demandais toujours, à chaque fois, qui de nous deux était l’œuf ou la poule.
Certains moments devenaient si intenses que nous nous demandions si nos cœur ava ient imprégnés chacune de nos nervures, chaque . On aurait dit un battement de tambours d’une armée qui s’en allait à la guerre contre la mort.
Il arrivait quelquefois que je me laissais aller à cette façon de faire animale qui était d’y aller de mouvement saccadés et fébriles, en perte de contrôle, comme englouti par la force du désir. Mais je signe et persiste que nous y allions dans le mouvement d’une fusion et que nous en pouvions en connaître la fin. Peu il importait. Il importait qu’au moment opportun nous devenions comme deux flammes se fondant en une seule et unique. Une combustion qui nous propulsait en dehors de ce quotidien pâle ou nos corps n’étaient plus nos corps, mais nos âmes retrouvées. Mais cette fusion s’éteignait rarement d’un coup : au contraire, elle s’allongeait comme dans un vol de planeur sous le souffle seul du vent des cabines fissurées, en balancements et tangages, tel un atterrissage, tel un retour sur terre. Mais cette terre n’était jamais la même. Elle était comme retrouvée, toute neuve, refaite. L’herbe du voisin était moins verte que la nôtre. Nous étions roses comme un pâturage au lever du soleil. Pourtant, c’était la nuit.


LE PETIT PRINCE

13-novembre-2008

Je suis celui qui construit des châteaux de mots
Pour échapper au sable des sabliers
J’y dresse des tourelles pour nous protéger
Des alentours et de tous les maux

Je suis celui qui façonne des fleurs
Pour les semer aux tours et autour
Je mijote le canevas des couleurs
Ornant nos jours et nos après-jour

Je t’amène, princesse, à la tour
Te révéler l’air salin, plus loin que les mers
Que les passions fugaces de nos contours
Tressant de nos doigts la foudre de nos hier

Je suis prince et fou du roi, fou de la reine
Et tous les tapis de mes passions se déroulent vers toi
Je suis l’artisan de tes rires, que tu me retourne sans peine
Ce château est de moi, et l’univers notre toit


LA ROUTE VERS L’INFINI

9-novembre-2008

LA JOIE

La joie est une chose qui se cultive et s’apprend. Elle n’est nulle part ailleurs qu’en nous. Tous ceux qui la cherchent voyagent si loin qu’ils ne peuvent plus la voir. Tous ceux qui veulent l’avoir deviennent prisonniers de leur possession. On la porte comme un enfant…Mais il faut l’élever. Et unie à la compassion et à l’amour des autres, à la reconnaissance la VIE dans l’autre, elle est le bonheur qui danse et qui se moque du malheur d’avoir les pieds sur Terre.

Mais la joie ne peut être si celui ou celle qui la porte n’est pas la joie. Elle n’est pas dans le vin que l’on boit, elle est ravivée par le vin.

Et l’art de la transmettre n’est pas un apprentissage donné: ce n’est qu’une graine envoyée par le vent du rire et le paysage du sourire.

Elle n’est pas facile à acquérir. Mais une fois acquise elle est difficile à déloger. Elle se moque de la peine ou prend une attitude froide et d’attente. La peine est ce qui passe. La joie est ce qui reste.

On ne peut pas cultiver un jardin en même temps que parfaire l’attrait de sa maison.

Il faut choisir. Entre l’apparat qui passe et stagne ou le jardin qui pousse et donne des fruits…


LA ROUTE VERS L’INFINI

4-novembre-2008

LA RAISON D’EXISTER

La raison d’exister n’est pas une «raison» ni un n’a un sens en soi. Le cloisonnement de nos vues fait en sorte que nous sommes limités à un champ de vision… Et ce champ a un mur: notre capacité. Mais notre capacité de perception ne signifie pas qu’il n’y ait rien au-delà de ce champ. Bien que nous sommes tentés de le croire. L’humain cherche une raison à l’existence parce qu’il cherche une raison où un façon d’interpréter ce qu’il voit en fonction d’une logique intrinsèque. Idiot ou génie, la fonction de logique est inhérente à tout être. Le plus stupide des humains – ou que l’on nomme tel- a son propre territoire de perception et y est enfermé. Il gère tout son monde à l’intérieur de son champ. Le génie également. Bien que son champ soit étendu, il n’en demeure pas moins qu’il y est enfermé au même titre que ledit idiot. À la différence que, conscient de son étroitesse et de la possibilité d’une existence extérieure à son champ il «suppose» ou extrapole des champs possibles.

De fait, il n’existe pas de «raison d’exister». L’existence est, tout simplement, mais c’est notre façon de percevoir en cherchant – tout en s’amusant- un sens aux choses et à l’existence parfois complexe des formes de vie- fait en sorte que nous cherchons un sens à notre vie. La recherche du sens de la vie découle de la manière dont fonctionne la matière. Mais la manière dont fonctionne la matière est aussi fermé à notre champ de perception de la matière, en même temps que la logique inhérente à sa façon d’être. Logique toujours limitée à notre champ de perception.

Bref, la question que nous nous posons n’est qu’un leurre sur la façon dont nous posons les questions sur tout ce qui nous entoure, y compris nos extrapolations. Se poser des questions sur le fait d’exister c’est transférer une façon de saisir l’univers, ou de vouloir le saisir, mais en oubliant que celui qui est n’est pas le but de la recherche. Il en est le moteur. Le véritable but, et la vision la plus réelle est: exister est simplement être et vivre. C’est notre extérieur qui la cible des question. Mais la conscience fonctionnant à la manière d’un miroir fait en sorte que parfois la cible s’interroge sur la flèche.

De là la source de bien des illusions.


CERVELLE D’OISEAU

4-novembre-2008


“Les oiseaux on les os vides, c’est

une des raisons pour laquelle ils peuvent voler”.


Bang!

Il y eu un bruit de craquement à bord du 7117. Les passagers poussèrent un cri. Parmi ceux-ci se trouvaient deux militaires, deux bonnes soeurs, une prostituée,  et un gamin qui jouait avec son petit simulateur de vol de poche. Il rêvait de devenir pilote. Il avait toujours habité au bord de la mer, près des côtes de la Nouvelle Angleterre, et sa passion pour le vol des oiseaux décourageait son père. Il passait des heures à les regarder voler, planer, et se poser doucement sur les rochers abrupts.

Le pilote, crispé, poussa un soupir. Mais le pire était à venir. L’aéroport de Portland avait annoncé un système de turbulences en plein milieu du  courant jet de l’atmosphère. Des vents violents issus des masses d’air chaudes et froides en contact se formait un orage.

L’enfant rentrait chez lui après quelques semaines dans un camp de vacances.

*

Près de la masse d’air, qui commençait à s’agiter, un oiseau allait rejoindre son nid. Il y avait une petite tache orange-brûlé à son col. Le vent soufflait en rafales et des entonnoirs d’air en chamaille tournoyaient au ras du sol, soulevant quelques débris, dont un avion de papier lancé par un enfant. Il l’évita de justesse.

*

- Je vais faire appel au centre de contrôle.

Il mirent deux ordinateurs à la disposition du pilote. L’un analysait le mouvement des masses d’air, les vents, ainsi que les prévisions de leurs trajectoire, leur force, etc. L’autre prenait les renseignement et traçait une trajectoire parfaite pour éviter les trajets les plus dangereux.

-  Nous allons entrer dans des turbulences. Ne vous inquiétez pas. Que chaque passager boucle sa ceinture.

Déjà, les vents faisaient trembler l’appareil.

Les ordinateurs fonctionnaient à leur pleine puissance.  Le pilote suivait scrupuleusement les consignes: il tournait à droite, tournait à gauche, descendait, remontait. Mais l’appareil ne cessait de s’agiter et de vibrer sous la vigueur  des rafales   imprévisibles.

-  N’aie pas peur, dit la mère au gamin pour le rassurer.

Elle tremblotait. Ses mains saisirent un verre d’eau qu’elle renversa.

L’avion se mit brusquement en piqué.

Les ordinateurs, comme affolés, incapables de suivre – encore plus de prévoir – les mouvements des deux systèmes commencèrent à émettre des informations contradictoires. À tel point que le pilote s’inquiéta et se demanda s’il ne devait pas suivre son instinct.

- Pas question.

Les ordres. Toujours les ordres.

- Vous avez 344 passagers à bord. Vous risquez leur vie. Et la vôtre, ajoutèrent-ils pour le convaincre.

Le contrôleur ne put s’empêcher d’esquisser un sourire, comme s’il avait trouvé l’argument ultime.

*

L’oiseau se mit à voler en un vol saccadé et un peu fou. Il tournait en tous sens pour éviter les bourrasques, remontait, vrillait, repoussé vers l’arrière, lancé en avant. Il ressemblait à une boule de papier transporté par tous les remous de la tempête qui s’agitait…

Mais il allait droit vers son nid.

*

-  Vous avez dévié de la trajectoire, annonça la tour.

- Notre système nous indique que nous allons dans la bonne direction.

-  Merde!

- Que se passe-t-il?

-  Il va falloir utiliser l’ordinateur de l’armée de l’air. Ça ne suffit pas. Ils sont trop surchargés d’informations. Ils n’arrivent pas à …

-  … À quoi?

Pas de réponse.

Au bout de quelques minutes les informations affluèrent.

*

L’enfant, placé près des deux hôtesses de l’air, entendit leur conversation. Mais pas vraiment. Les sons avait imprégnés son cerveau, mais rivé à son jeu il ne se rendit pas compte qu’il agissait de façon inconsciente. Il prit son petit ordinateur portatif et simula une tempête.

- Ne t’inquiète pas, ajouta la mère qui avala un comprimé pour se calmer.

*

L’oiseau poursuivait son vol. Il n’avait jamais douté de celui-ci. Il persévérait dans son parcours. Là où il semblait chuter, il se redressait. Sans faille.

*

Le pilote commençait à s’inquiéter: des éclairs éclaboussaient le ciel. Les passagers frémissaient d’angoisse.

Les bonnes soeurs égrenaient leur chapelet.

-  Nous allons mourir, s’écria une vieille dame.

-  Elle a peut-être raison, fit remarquer le militaire.

Elles se retournèrent vers l’enfant, le regardant, se disant qu’elles auraient aimé être comme lui, inconscient, ou presque, de tout ce qui se passait.

Quant aux deux soldats, ils regardaient eux aussi l’enfant, sans trop comprendre. L’un fit remarquer à l’autre:

-  À cet âge, on est tous des cervelles d’oiseau…

Mais personne n’avait envie de sourire.

L’enfant avait un plaisir fou. D’autant que l’appareil qu’il pilotait sur son jeu électronique était de plus en plus conforme à la réalité: l’appareil vibrait, le gamin était secoué sur son siège, l’avion plongeait, penchait vers la droite. Il le redressait aussitôt. Et cela fonctionnait. À chaque fois qu’il tournait la petite manette vers la droite, le gros 7117 prenait le même angle. De plus, les bruits s’accentuaient: des craquements, des conversations…

Sa mère s’inquiétait. Son ouïe surdéveloppé pouvait faire en sorte qu’il pouvait saisir les conversation des pilotes à travers la paroi de la cabine. De sorte qu’elle craignait qu’il eût peur. À la maison, dans une autre pièce, il pouvait capter les conversations de ceux qui parlaient à l’autre bout. Cela lui était familier. Rien de nouveau. Il était né avec ce sens trop aiguisé.

*

L’oiseau poursuivait sa route. En vrilles, en saccades. Pourtant rien ne l’arrêtait: il pouvait se redresser et corriger son vol en passant de toutes les subtilités apprises. Il pouvait laisser ses ailes flotter au moment où il le fallait, exercer un battement en temps voulu, descendre, remonter, et ainsi se livrer à des acrobaties en s’ajustant au quart de secondes, multiplier les combinaisons de vol. Cela aisément…

Il n’avait jamais douté.

*

L’enfant suait. Son front perlé de gouttelettes témoignait de ses efforts. Et ses yeux agrandis, rieurs, de sa passion.

- Qu’est-ce qui se passe? Vous approchez de la piste…

- Je n’ai plus le contrôle. Je ne sais pas si ce sont les ordinateurs… Je n’arrive pas à contrôler l’appareil. Je tourne à droite et l’avion tourne à gauche…

Il y eut un silence.

-  C’est impossible.

-  Alors venez piloter vous-même cet appareil. Il est complètement dingue. Je vais aller chercher les chapelets des bonnes soeurs… Il n’y a plus rien à faire…

-  Pourtant, vous êtes sur la bonne piste…

…..

… toutes mes excuses… Je veux dire, vous vous dirigez droit vers la piste. Il ne reste que l’altitude à corriger.

-  Quoi! Je vous entends mal…

-  L’altitude…

Son micro était ouvert et les passagers entendirent le message.

L’enfant tira sur le manche. L’appareil se redressa. Il appuya sur le “F” pour flaps, et sur le G pour actionner le train d’atterrissage.

-  C’est parfait.

-  Pardon?

- Parfait.

-  Mais je n’ai aucun contrôle sur l’appareil. Tout se passe comme si quelqu’un pilotait à ma place.

Les contrôleurs de la tour restèrent figés, pantelants. Ils ne dirent mot.

*

L’oiseau approchait de son nid. Il vit les lumières et laissa ses ailes le porter lentement vers le vieux hangar abandonné: son nid était là.

*

L’enfant jubilait. L’avion, sur son écran, descendait lentement vers la piste.

Et quand il se posa, il tourna le regard et vit les camions de pompier et les ambulances rouler à toute vitesse sur la piste. Cela faisait partie de son jeu. Son oeil allumé et fier les scrutait comme hypnotisé par ce bal lumineux se déroulant devant lui.

L’appareil s’immobilisa.

Il détacha sa ceinture et hurla:

-  Tout le monde dehors.

La porte s’ouvrit et une glissade en caoutchouc se gonfla et se déploya vers la piste.

Il s’y lança en criant, heureux. Les autres, encore figés, restèrent immobilisés sur leur siège.

*

L’oiseau avait presque terminé son vol. Mais un peu fatigué il se laissa porter par l’air  le long de l’avion.

L’enfant se retourna et vit l’oiseau se poser sur son épaule.

Leurs regards se croisèrent. Ils ignoraient ce qui les avaient réunis. Pourtant, sans qu’ils en parlent, sans qu’un son soit émis, ils trouvaient tous les deux naturels d’être là, ensemble, devant ces lumières d’un rouge vif, comme s’il y avait danger….

- On a réussi, s’exclama l’enfant.

L’oiseau battit des ailes, comme pour se secouer, et bécota la tête frisottée de l’enfant. Comme si c’était son oisillon…

Ni l’un ni l’autre, à un seul moment, n’en avait douté.


BRUMAIRE

3-novembre-2008

Je m’en vais au pas

Et les pas m’en vont…

Sur le tapis  tout rouillé des cheveux des érables, s’y glisse et fricassent les couleurs.

Tout petit peintre de mots, au crayon noir sur un fond de lumière. Lumignon du décrire, que la vie, que la vie…

L’hiver se tresse une couverture marron, jaune, grise, frivolante aux vents rouge.  Je pêche d’œil les oies blanches qui dansent en bans échevelés. C’est comme une neige en pastourelle, papillonnante…

En baissant les yeux, je m’élève . Au delà des tapis que tricotent les chiffreurs . Dans l’amour de la Vie et le défaire des leurres, j’apprends les cimes en fleur, moi l’élève de l’école de la Terre…

C’est la vie qui me repeint, c’est bien elle qui m’écrit…

Le plus beau dialogue est dans les feuilles qui se meurent…