Entretien avec Jésus

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 30 mars, 2008

Je l’ai rencontré sur la rue Cartier à Québec. Il faisait sombre à s’enfarger dans les chats noirs. C’était l’hiver, il était pieds nus, et il marchait sur la neige. Il portait toujours la barbe et une grande robe grise. Il avait l’air triste comme s’il avait perdu son poisson rouge. Pourtant, il en avait multiplié avant.
En fait, je suis menteur. Je m’étais penché pour voir une crotte de chien sur le trottoir et avant de piler dessus je me suis écrié :
- Doux Jésus!
- Comment as-tu fait pour me reconnaître?
- Tu joues dans une pièce de théâtre?
- Non, je suis le vrai…
- On a changé de costume, tu sais… Maintenant on porte la cravate.
- Oui, mais je voulais passer inaperçu.
- Ah! Brillant. Tu aurais pu devenir un avocat.
- Je suis le fruit de tous les fruits..
- Commence pas, j’ai pas toute la soirée… Que dirais-tu d’aller prendre une bière dans un café-bar?
- Tu es gai?
- Monsieur Jésus est au courant des mœurs et coutumes… Non.
- Alors , allons-y.
Pendant que nous marchions, des gens lui glissaient de l’argent dans une fente à sa robe. Quand il en rentrait une, il en sortait trois. Un vrai dirigeant de Cie…
***
Ça a pris une éternité à nous rendre au café.

- Vous jouez dans une pièce de théâtre, demanda le serveur?
- Non, c’est vous qui jouez. Je suis le vrai, le Christ déjà venu sauver l’humanité.
Le serveur sourit.
- Ah! Bon. Vous savez donc tout… Que fait ma femme ce soir.
- Elle est en train de se masturber parce que vous n’êtes pas à la maison depuis des lunes.
Rires.
- Pour un Christ, vous avez un langage plutôt étrange.
- Voulez-vous que je vous plaise en mensonges?
- On vous sert quoi?
- Une éponge avec un vin de la SAQ…
- Vous avez bien appris votre rôle.
- La cravate est l’épée des conquérants d’aujourd’hui…
- Bravo! Et vous monsieur?
- Une bière! La maudite…
Il revint quelques minutes plus tard.
- Combien?
- $12.50…
Il jeta sur la table de vieilles pièces d’or.
- Vous n’avez pas de cartes de crédit?
- J’ai la poker.
Il jeta 52 cartes sur la table.
- Thank you!
Il avala sa première gorgée, et je vis le liquide rouge glisser dans son corps. Un liquide solide à travers un corps translucide. Mais j’en avais vu d’autres…
- Comment va votre père?
- Eh! Bien! Il s’est fait crucifier par un caricaturiste en essayant d’écrire l’âme et la lumière sous un autre nom.
- Et vous?
- J’ai encore des clous dans les mains. Les attentes à l’hôpital sont tellement longues…
Une blonde passa et s’écria :
- Alors, mon velu, ça te tenterais de faire l’amour?
- J’ai deux testicules qui sont deux soleils empruntés et le reste est un vieux poteau d’Hydro Québec… Si ça vous chante, vous brûlerez d’un coup mais vous aurez le courant pour l’éternité. Je suis quelqu’un de branché…
- Et moi, je suis la vierge Marie, crétin…
- Allez en paix, dame, je vois qu’il y a déjà une cravate dans votre ventre. Ceux-là me désespèrent…
Trois membres d’un gang de rue passa près de la table.
- Ça alors! Jésus? Fuck off!
Il se mit soudain à avoir mal au ventre et se mit à courir vers les toilettes. Quand il en ressortit, il laissa une traînée brune, un long tracé gluant sur le plancher. Pis encore, au moment où il traversa la rue, il s’effondra sur le sol et se mit à gerber de l’anus. La rue Cartier commençait à être inondée d’odeurs fétides.
- Qu’est ce que t’as fait à mon copain? Demanda l’autre…
Il sortit son pénis et se mit à pisser sur Jésus.
- Vade Retro, dit Jésus.
Le machin disparut lentement, il fut rétrécit et apparut en un une fève germée.
Tout le monde s’esclaffa.
Le gars sortit un couteau et menaça Jésus.
La lame se distendit, le métal se liquidifia et se répandit sur le plancher. Puis il prit de l’expansion et se transforma en une statue de George W Bush. La statue grandit et Jésus fit pousser un cor à son pied. Le cor prit de l’expansion, pencha, et s’effondra sur le truand. Quand le sang jaillit des entrailles du truand, Jésus s’écria.
- Prenez en tous, car ceci est mon corps et mon sang.
Le sang se mit à boudiner en emplissant toute la pièce. Des milliers de saucisses emplirent la pièce.
- Pourquoi offrez-vous à vos convives du boudin?
- Votre sang est enfermé dans les guerres. Ils ne servent qu’à nourrir les ambitions…
Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Le troisième gars du gang apparut. Il était cravaté.
Jésus se mit à trembler de tous ses membres. Il devint blême et glissa lentement sur sa chaise.
- Alors, tu as un peu flagellé mes amis… Je vais te faire un traitement de faveur.
Il sortit un pistolet à clous et le cloua sur le plancher.
- Fais quelque chose, Jésus, fais quelque chose…
- C’est ça le problème : la cravate. Je n’y peux rien…C’est… C’est Satan au cou… Et il m’étrangle…
Alors réapparut la blonde qui, subjuguée par la force de l’homme lui dit en dénouant sa cravate :
- T’es vraiment quelqu’un, toi. Vraiment..
Et plus la cravate se dénouait, plus Jésus reprenait des forces. Et quand il fut debout, il s’empara de la cravate et la glissa dans le pantalon de l’homme. Son pénis disparut et la cravate, molle, pendait avec ses dessins de Satan moustachu.
L’homme était éberlué.
- Merci, maman…
- Qui t’as dit que j’étais ta mère?
- Personne.

La blonde perdit ses souliers, vira au laid. Avant, elle ressemblait à Charlize Theron. Mais une fois sur le plancher, elle se transforma en un monstre hideux : une auto qui répétait sans cesse une pub à la télé : «Conduisez un tout terrain…».

- Mais, Jésus, comment peut-on sauver le monde?
- N’as-tu pas compris que la cravate va finir par tuer plus de gens que toutes les guerres précédentes?
- Mais plus encore..
- Je ne peux pas… Je suis programmé pour venir à tous les 20 ans. Mais personne ne me remarque. C’est à vous de le faire. Le monde ne se sauve que par le monde dans lequel vous habitez. Je peux multiplier les poissons, mais si les pêcheurs sont engagés par des PdG de pêcheries, je n’y peut rien. Désolé, mon temps s’achève. Je reviendrai dans 20 ans…
- Mais…
Jésus se dirigea vers les toilettes, prit un tabouret et fit un plongeon.
Un homme qui y pénétra, voyant des pieds dans l’eau de la cuvette, activa la chasse-d’eau.
« Ouf! Je pense que je n’aurais pas dû en prendre autant ce soir»
Quand je suis rentré, et que j’ai aperçu sa cravate, j’ai compris le message. Je pense que c’était un bel homme. Il avait tous ses cheveux, un air tranquille, et un pouvoir certain.

Quand je suis retourné au travail, le lendemain, mon patron me reçut en grandes pompes…
- Vous ne saurez jamais ce qui m’est arrivé hier soir…

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